ADANE
ADANE, s. m. (Hist. nat.) en Italien, Adello ou Adeno ; en Latin, Attilus, poisson qui ne se trouve que dans le fleuve du Pô. Il a cinq rangs de grandes écailles rudes & piquantes, deux de chaque côté, & l’autre au milieu du dos : celui-ci finit en approchant de la nageoire, qui est près de la queue ; cette nageoire est seule sur le dos : il y en a deux sous le ventre & deux près des nageoires ; la queue est pointue. Ce poisson seroit assez ressemblant à l’esturgeon, sur-tout par ses grandes écailles : mais il les quitte avec le tems ; l’esturgeon au contraire ne perd jamais les siennes. Quand l’adane a quitté ses écailles, ce qui arrive lorsqu’il a un certain âge, il est fort doux au toucher. Ce poisson a la tête fort grosse, les yeux petits, la bouche ouverte, grande & ronde : il n’a point de dents ; lorsque la bouche est fermée, les levres ne sont pas en ligne droite, elles forment des sinuosités. Il a deux barbillons charnus & mous ; ses ouies sont couvertes, & son dos estblanchatre. Ce poisson est si grand & si gros, qu’il pese jusqu’à mille livres, au rapport de Pline, ce qui est fort étonnant pour un poisson de riviere. On le pêche avec un hameçon attaché à une chaîne de fer ; & il faut deux bœufs pour le traîner lorsqu’il est pris. Pline[1] assûre qu’on ne trouve ce poisson que dans le Pô. En effet on n’en a jamais vû dans l’Océan ni dans la Méditerranée. Quelque gros qu’il puisse être, ce n’est pas une raison pour croire qu’il ne soit pas de riviere ; car l’étendue & la profondeur du Pô sont plus que suffisantes dans de certains endroits pour de pareils poissons : celui-ci habite les lieux où il y a le plus de poisson, & il s’en nourrit ; il se retire pendant l’hyver dans les endroits les plus profonds. La chair de l’adane est molle, mais de bon goût, selon Rondelet[2]. Aldrovande[3] prétend qu’elle n’est pas trop bonne en comparaison de l’esturgeon. Voyez ces deux Auteurs & le mot Poisson
Notes
- ↑ # Pline l'Ancien, Historiae naturalis, Paris, François Muguet, 1685.
- ↑ Guillaume Rondelet, La Seconde Partie de l’Histoire entiere des poissons, Lyon, Mace Bonhome, 1558.
- ↑ Ulisse Aldrovandi, De Piscibus libri V. et de Cetibus lib. unus. Ioannes Cornelius Uteruerius […] collegit. Hieronymus Tamburinus in lucem edidit […], Bologne, Bellagamba, 1613.