CANTATE
CANTATE, s. f. (Belles-Lettres.) petit poëme fait pour être mis en musique, contenant le récitd’une action galante ou héroïque : il est composé d’un récit qui expose le sujet ; d’un air en rondeau ; d’un second récit, & d’un dernier air contenant le point moral de l’ouvrage.
L’illustre Rousseau est le créateur de ce genre parmi nous. Il a fait les premieres cantates Françoises ; & dans presque toutes, on voit le feu poëtique dont ce génie rare étoit animé : elles ont été mises en musique par les Musiciens les plus célebres de son tems.
Il s’en faut bien que ses autres poëmes lyriques ayent l’agrément de ceux-ci. La Poësie de style n’est pas ce qui leur manque : c’est la partie théatrale, celle du sentiment, & cette coupe rare que peu d’hommes ont connue, qui est le grand talent du théatre lyrique, qu’on ne croit peut-être qu’une simple méchanique, & qui fait seule réussir plus d’opéra que toutes les autres parties. Voyez Coupe.
La cantate demande une poësie plûtôt noble que véhémente, douce, harmonieuse ; parce qu’elle doit être jointe avec la musique, qui ne s’accommode pas de toutes sortes de paroles. L’enthousiasme de l’ode ne convient pas à la cantate : elle admet encore moins le desordre ; parce que l’allégorie qui fait le fonds de la cantate, doit être soûtenue avec sagesse & exactitude, afin de quadrer avec l’application qu’en veut faire le poëte. Princ. pour la lect. des Poët. tom. I.[1]
On appelle aussi cantate, la piece de Musique vocale accompagnée d’instrumens, composée sur le petit poëme de même nom dont nous venons de parler, & variée de deux ou trois récitatifs, & d’autant d’ariettes.
Le goût de la cantate aussi-bien que le mot, nous est venu d’Italie. Plusieurs bons auteurs, les Berniers, les Campras, les Monteclairs, les Batistins, en ont composé à l’envi : mais personne en cette partie n’a égalé le fameux Clerambault, dont les cantates doivent par leur excellent goût être consacrées à l’immortalité.
Les cantates sont tout-à-fait passées de modes en Italie, & elles suivent en France le même chemin. On leur a substitué les cantatilles.
Notes
- ↑ Edme Mallet, Principes pour la lecture des Poëtes, Paris, Durand, 1745.