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FLUX ET REFLUX

De Encyclopédie

FLUX ET REFLUX, s. m. (Physiq. & Hydrogr.) mouvement journalier, régulier, & périodique, qu’on observe dans les eaux de la mer, & dont le détail & les causes vont faire l’objet de cet article.

Dans les mers vastes & profondes, on remarque que l’Océan monte & descend alternativement deux fois par jour. Les eaux, pendant environ six heures, s’élevent & s’étendent sur les rivages ; c’est ce qu’on appelle le flux : elles restent un très-petit espace de tems, c’est-à-dire quelques minutes, dans cet état de repos ; après quoi elles redescendent durant six autres heures, ce qui forme le reflux : au bout de ces six heures & d’un très-petit tems de repos, elles remontent de nouveau ; & ainsi de suite.

Pendant le flux, les eaux des fleuves s’enflent & remontent près de leur embouchure ; ce qui vient évidemment de ce qu’elles sont refoulées par les eaux de la mer. Voyez Embouchure & Fleuve. Pendant le reflux, les eaux de ces mêmes fleuves recommencent à couler.

On a désigné le flux & reflux par le seul mot de marée, dont nous nous servirons souvent dans cet article. Voyez Marée. Le moment où finit le flux, lorsque les eaux sont stationnaires, s’appelle la haute mer ; la fin du reflux s’appelle la basse mer.

Dans tous les endroits où le mouvement des eaux n’est pas retardé par des îles, des caps, des détroits, ou par d’autres semblables obstacles, on observe trois périodes à la marée ; la période journaliere, la période menstruelle, la période annuelle.

La période journaliere est de 24 heures 49 minutes, pendant lesquelles le flux arrive deux fois, & le reflux deux fois ; & cet espace de 24 heures 49 minutes, est le tems que la lune met à faire sa révolution journaliere autour de la terre, ou, pour parler plus exactement, le tems qui s’écoule entre son passage par le méridien, & son retour au même méridien.

La période menstruelle consiste en ce que les marées sont plus grandes dans les nouvelles & pleines lunes, que quand la lune est en quartier ; ou, pour parler plus exactement, les marées sont les plus grandes dans chaque lunaison, quand la lune est environ à 18 degrés au-delà des pleines & nouvelles lunes, & les plus petites, quand elle est environ à 18 degrés au-delà du premier & du dernier quartier. Les nouvelles ou pleines lunes s’appellent syzygies, les quartiers, quadratures : ces expressions nous seront quelquefois commodes, & nous en userons, Voyez Syzygies, Quadratures, &c.

La période annuelle consiste en ce qu’aux équinoxes les marées sont les plus grandes vers les nouvelles & pleines lunes, & celles des quartiers sont plus grandes qu’aux autres lunaisons ; au contraire dans les solstices, les marées des nouvelles & pleines lunes ne sont pas si grandes qu’aux autres lunaisons ; au lieu que les marées des quartiers sont plus grandes qu’aux autres lunaisons.

On voit déjà par ce premier détail, que le flux & reflux a une connexion marquée & principale avec les mouvemens de la lune, & qu’il en a même, jusqu’à un certain point, avec le mouvement du soleil, ou plûtôt avec celui de la terre autour du soleil. Voyez Copernic. D’où l’on peut déjà conclure en général, que la lune & le soleil, & sur-tout le premier de ces deux astres, sont la cause du flux & reflux, quoiqu’on ne sache pas encore comment cette cause opere. Il ne restera plus sur cela rien à desirer, quand nous entrerons dans le détail de la maniere dont ces deux astres agissent sur les eaux : mais suivons les phénomenes du flux & du reflux.

Dans la période journaliere on observe encore : 1°. que la haute mer arrive aux rades orientales plûtôt qu’aux rades occidentales : 2°. qu’entre les deux tropiques la mer paroît aller de l’est à l’oüest : 3°. que dans la zone torride, à moins de quelque obstacle particulier, la haute mer arrive en même tems aux endroits qui sont sous le même méridien ; au lieu que dans les zones tempérées, elle arrive plûtôt à une moindre latitude qu’à une plus grande ; & au-delà du soixante-cinquieme degré de latitude, le flux n’est pas sensible.

Dans la période menstruelle on observe 1°. que les marées vont en croissant des quadratures aux syzygies, & en décroissant, des syzygies aux quadratures : 2°. quand la lune est aux syzygies ou aux quadratures, la haute mer arrive trois heures après le passage de la lune au méridien : si la lune va des syzygies aux quadratures, le tems de la haute mer arrive plûtôt que ces trois heures : c’est le contraire si la lune va des quadratures aux syzygies : 3°. soit que la lune se trouve dans l’hémisphere austral ou dans le boréal, le tems de la haute mer n’arrive pas plus tard aux plages septentrionales.

Enfin dans la période annuelle on observe 1°. que les marées du solstice d’hyver sont plus grandes que celles du solstice d’été : 2°. les marées sont d’autant plus grandes que la lune est plus près de la terre ; & elles sont les plus grandes, toutes choses d’ailleurs égales, quand la lune est périgée, c’est-à-dire à sa plus petite distance de la terre : elles sont aussi d’autant plus grandes, que la lune est plus près de l’équateur ; & en général les plus grandes de toutes les marées arrivent quand la lune est à la fois dans l’équateur, périgée, & dans les syzygies : 3°. enfin dans les contrées septentrionales, les marées des nouvelles & pleines lunes sont en été plus grandes le soir que le matin, & en hyver plus grandes le matin que le soir.

Tels sont les phénomenes principaux ; entrons à-présent dans leur explication.

Les anciens avoient déjà conclu des phénomenes du flux & reflux, que le soleil & la lune en étoient la cause : causa, dit Pline, in sole lunâque, liv. II. c. 97. Galilée jugea de plus, que le flux & reflux étoit une preuve du double mouvement de la terre par rapport au soleil : mais la maniere dont ce grand homme fut traité par l’odieux tribunal de l’inquisition, à l’occasion de son opinion sur le mouvement de la terre, Voyez Copernic, ne l’encouragea pas à approfondir, d’après ce principe, les causes du flux & reflux : ainsi on peut dire que jusqu’à Descartes, personne n’avoit entrepris de donner une explication détaillée de ce phénomene. Ce grand homme étoit parti pourcela de son ingénieuse théorie des tourbillons. Voyez Cartésianisme & Tourbillon. Selon Descartes, lorsque la lune passe au méridien, le fluide qui est entre la terre & la lune, ou plûtôt entre la terre & le tourbillon particulier de la lune, fluide qui se meut aussi en tourbillon autour de la terre, se trouve dans un espace plus resserré : il doit donc y couler plus vîte ; il doit de plus y causer une pression sur les eaux de la mer ; & de-là vient le flux & le reflux. Cette explication, dont nous supprimons le détail & les conséquences, a deux grands défauts ; le premier, d’être appuyé sur l’hypothèse des tourbillons, aujourd’hui reconnue insoûtenable, voyez Tourbillons ; le second est d’être directement contraire aux phénomenes : car, selon Descartes, le fluide qui passe entre la terre & la lune, doit exercer une pression sur les eaux de la mer ; cette pression doit donc refouler les eaux de la mer sous la lune : ainsi ces eaux devroient s’abaisser sous la lune, lorsqu’elle passe au méridien : or il arrive précisément le contraire. On peut voir dans les ouvrages de plusieurs physiciens modernes, d’autres difficultés contre cette explication : celles que nous venons de proposer sont les plus frappantes, & nous paroissent suffire.

Quelques cartésiens mitigés attachés aux tourbillons, sans l’être aux conséquences que Descartes en a tirées, ont cherché à raccommoder de leur mieux ce qu’ils trouvoient de défectueux dans l’explication que leur maître avoit donnée du flux & du reflux : mais indépendamment des objections particulieres qu’on pourroit faire contre chacune de ces explications, elles ont toutes un défaut général, c’est de supposer l’existence chimérique des tourbillons : ainsi nous ne nous y arrêterons pas davantage. Les principes que nous espérons donner aux mots Hydrodynamique, Hydrostatique, & Résistance, sur la pression des fluides en mouvement, serviront à apprécier avec exactitude toutes les explications qu’on donne ou qu’on prétend donner du flux & reflux, par les lois du mouvement des fluides & de leur pression. Passons donc à une maniere plus satisfaisante de rendre raison de ce phénomene.

La meilleure méthode de philosopher en Physique, c’est d’expliquer les faits les uns par les autres, & de réduire les observations & les expériences à certains phénomenes généraux dont elles soient la conséquence. Il ne nous est guere permis d’aller plus loin, les causes des premiers faits nous étant inconnues : or c’est le cas où nous nous trouvons par rapport au flux & reflux de la mer. Il est certain par toutes les observations astronomiques, voyez Loi de Kepler, qu’il y a une tendance mutuelle des corps célestes les uns vers les autres : cette force dont la cause est inconnue, a été nommée par M. Newton, gravitation universelle, ou attraction, voyez ces deux mots ; voyez aussi Newtonianisme : il est certain de plus, par les observations, que les planetes se meuvent ou dans le vuide, ou au-moins dans un milieu qui ne leur résiste pas. V. Planete, Tourbillon, Résistance, &c. Il est donc d’un physicien sage de faire abstraction de tout fluide dans l’explication du flux & reflux de la mer, & de chercher uniquement à expliquer ce phénomene par le principe de la gravitation universelle, que personne ne peut refuser d’admettre, quelque explication bonne ou mauvaise qu’il entreprenne d’ailleurs d’en donner.

Mettant donc à part toute hypothèse, nous poserons pour principe, que comme la lune pese vers la terre, voyez Lune, de même aussi la terre & toutes ses parties pesent vers la lune, ou, ce qui revient au même, en sont attirées ; que de même la terre & toutes ses parties pesent ou sont attirées vers le soleil, ne donnant point ici d’autre sens au mot attraction, que celui d’une tendance des parties de la terre vers la lune & vers le soleil, quelle qu’en soit la cause : c’est de ce principe que nous allons déduire les phénomenes des marées.

Kepler avoit conjecturé il y a long-tems, que la gravitation des parties de la terre vers la lune & vers le soleil, étoit la cause du flux & reflux.

« Si la terre cessoit, dit-il, d’attirer ses eaux vers elle-même, toutes celles de l’Océan s’éleveroient vers la lune ; car la sphere de l’attraction de la lune s’étend vers notre terre, & en attire les eaux ».

C’est ainsi que pensoit ce grand astronome, dans son introd. ad theor. mart. & ce soupçon, car ce n’étoit alors rien de plus, se trouve aujourd’hui vérifié & démontré par la théorie suivante, déduite des principes de Newton.

Théorie des marées. La surface de la terre & de la mer est sphérique, ou du moins étant à-peu-près sphérique, peut être ici regardée comme telle. Cela posé, si l’on imagine que la lune A (Planche géographique, fig. 6.) est au-dessus de quelque partie de la surface de la mer, comme E, il est évident que l’eau E étant le plus près de la Lune, pesera vers elle plus que ne fait aucune autre partie de la terre & de la mer, dans tout l’hémisphere FEH.

Par conséquent l’eau en E doit s’élever vers la lune, & la mer doit s’enfler en E.

Par la même raison, l’eau en G étant la plus éloignée de la lune, doit peser moins vers cette planete que ne fait aucune autre partie de la terre ou de la mer, dans l’hémisphere FGH.

Par conséquent l’eau de cet endroit doit moins s’approcher de la lune, que toute autre partie du globe terrestre ; c’est-à-dire qu’elle doit s’élever du côté opposé comme étant plus legere, & par conséquent elle doit s’enfler en G.

Par ces moyens, la surface de l’Océan doit prendre nécessairement une figure ovale, dont le plus long diametre est EG, & le plus court FH ; de sorte que la lune venant à changer sa position dans son mouvement diurne autour de la terre, cette figure ovale de l’eau doit changer avec elle : & c’est-là ce qui produit ces deux flux & reflux que l’on remarque toutes les vingt-cinq heures.

Telle est d’abord en général, & pour ainsi dire en gros, l’explication du flux & reflux. Mais pour faire entendre sans figure, par le seul raisonnement, & d’une maniere encore plus précise, la cause de l’élévation des eaux en G & en E, imaginons que la lune soit en repos, & que la terre soit un globe solide en repos, couvert jusqu’à telle hauteur qu’on voudra d’un fluide homogene, rare & sans ressort, dont la surface soit sphérique ; supposons de plus que les parties de ce fluide pesent (comme elles font en effet) vers le centre du globe, tandis qu’elles sont attirées par le soleil & par la lune ; il est certain que si toutes les parties du fluide & du globe qu’il couvre, étoient attirées avec une force égale & suivant des directions paralleles, l’action des deux astres n’auroit d’autre effet, que de mouvoir ou de déplacer toute la masse du globe & du fluide, sans causer d’ailleurs aucun dérangement dans la situation respective de leurs parties. Mais suivant les lois de l’attraction, les parties de l’hémisphere supérieur, c’est-à-dire de celui qui est le plus près de l’astre, sont attirées avec plus de force que le centre du globe ; & au contraire les parties de l’hémisphere inférieur sont attirées avec moins de force : d’où il s’ensuit que le centre du globe étant mû par l’action du soleil ou de la lune, le fluide qui couvre l’hémisphere supérieur, & qui est attiré plus fortement, doit tendre à se mouvoir plus vîte que le centre, & par conséquent s’élever avec une force égale à l’excès de la force qui l’attire sur celle qui attire le centre ; au contraire le fluide del’hémisphere inférieur étant moins attiré que le centre du globe, doit se mouvoir moins vîte : il doit donc fuir le centre pour ainsi dire, & s’en éloigner avec une force à-peu-près égale à celle de l’hémisphere supérieur. Ainsi le fluide s’élevera aux deux points opposés qui sont dans la ligne par où passe le soleil ou la lune : toutes ses parties accourront, si on peut s’exprimer ainsi, pour s’approcher de ces points, avec d’autant plus de vîtesse, qu’elles en seront plus proches.

On explique par-là avec la derniere évidence, comment l’élévation & l’abaissement des eaux de la mer se fait aux mêmes instans dans les points opposés d’un même méridien. Quoique ce phénomene soit une conséquence nécessaire du système de M. Newton, & que ce grand géometre l’ait même expressément remarqué, cependant les Cartésiens soûtiennent depuis un demi-siecle, que si l’attraction produisoit le flux & reflux, les eaux de l’Océan, lorsqu’elles s’élevent dans notre hémisphere, devroient s’abaisser dans l’hémisphere opposé. La preuve simple & facile que nous venons de donner du contraire sans figure & sans calcul, anéantira peut-être enfin pour toûjours une objection aussi frivole, qui est pourtant une des principales de cette secte contre la théorie de la gravitation universelle.

Le mouvement des eaux de la mer, au moins celui qui nous est sensible & qui ne lui est point commun avec toute la masse du globe terrestre, ne provient donc point de l’action totale du soleil & de la lune, mais de la différence qu’il y a entre l’action de ces astres sur le centre de la terre, & leur action sur le fluide tant supérieur qu’inférieur : c’est cette différence que nous appellerons dans toute la suite de cet article, action, force, ou attraction solaire ou lunaire. M. Newton nous a appris à calculer chacune de ces deux forces, & à les comparer avec la pesanteur. Il a démontré par la théorie des forces centrifuges, & par la comparaison entre le mouvement annuel de la terre & son mouvement diurne (Voyez Force centrifuge & Pesanteur), que l’action solaire étoit à la pesanteur environ comme un à 128682000 : à l’égard de l’action lunaire, il ne l’a pas aussi exactement déterminée, parce qu’elle dépend de la masse de la lune, qui n’est pas encore suffisamment connue ; cependant, fondé sur quelques observations des marées, il suppose l’action lunaire environ quadruple de celle du soleil. Sur quoi voyez la suite de cet article.

Il est au moins certain, tant par les phénomenes des marées que par d’autres observations (Voyez Equinoxe, Nutation, & Précession), que l’action lunaire pour soûlever les eaux de l’Océan, est beaucoup plus grande que celle du soleil ; & cela nous suffit quant à présent. Voyons maintenant comment on peut déduire de ce que nous avons avancé l’explication des principaux phénomenes du flux & reflux. Dans cette explication nous tâcherons d’abord de nous mettre à la portée du plus grand nombre de lecteurs qu’il nous sera possible, & par cette raison nous nous contenterons d’abord de rendre raison des phénomenes en gros ; mais nous donnerons ensuite les calculs & les principes, par le moyen desquels on pourra donner rigoureusement les explications que nous n’aurons fait qu’indiquer.

Nous avons vû que les eaux doivent s’élever en même tems au-dessous de l’endroit où est la lune, & au point de la terre diamétralement opposé à celui-là ; par conséquent à 90 degrés de ces deux points, ces eaux doivent s’abaisser : de même l’action solaire doit faire élever les eaux à l’endroit au-dessus duquel est le soleil, & au point de la terre diamétralement opposé ; & par conséquent les eaux doivent s’abaisser à 90 degrés de ces points. Combinant en- semble ces deux actions, on verra que l’élévation des eaux en un même endroit doit être sujette à de grandes variétés, soit pour la quantité, soit pour l’heure à laquelle elle arrive, selon que l’action solaire & l’action lunaire se combineront entre elles, c’est-à-dire selon que la lune & le soleil seront différemment placés par rapport à cet endroit.

En général dans les conjonctions & oppositions du soleil & de la lune, la force qui fait tendre l’eau vers le soleil, concourt avec la pesanteur qui la fait tendre vers la lune. Car dans les conjonctions du soleil & de la lune, ces deux astres passent en même tems au-dessus du méridien ; & dans les oppositions, l’un passe au-dessus du méridien, dans le tems que l’autre passe au-dessous ; & par conséquent ils tendent dans ces deux cas à élever en même tems les eaux de la mer. Dans les quadratures au contraire, l’eau élevée par le soleil se trouve abaissée par la lune ; car dans les quadratures, la lune est à 90 degrés du soleil ; donc les eaux qui se trouvent sous la lune sont à 90 degrés de celles au-dessus desquelles se trouve le soleil ; donc la lune tend à élever les eaux que le soleil tend à abaisser, & réciproquement ; donc dans les syzygies l’action solaire conspire avec l’action lunaire à produire le même effet, & au contraire elle tend à produire un effet opposé dans les quadratures : il faut par conséquent en général, & toutes choses d’ailleurs égales, que les plus grandes marées arrivent dans les syzygies, & les plus basses dans les quadratures.

Dans le cours de chaque jour naturel, il y a deux flux & reflux qui dépendent de l’action du soleil, comme dans chaque jour lunaire il y en a deux qui dépendent de l’action de la lune, & toutes ces marées sont produites suivant les mêmes lois ; mais celles que cause le soleil sont beaucoup moins grandes que celles que cause la lune : la raison en est, que quoique le soleil soit beaucoup plus gros que la terre & la lune ensemble, l’immensité de sa distance fait que l’action solaire est beaucoup plus petite que l’action lunaire.

En général, plus la lune est près de la terre, plus son action pour élever les eaux doit être grande ; & il en est de même du soleil. C’est une suite des lois de l’attraction, qui est plus forte à une moindre distance.

Faisant abstraction pour un moment de l’action du soleil, la haute marée devroit se faire au moment du passage de la lune par le méridien, si les eaux n’avoient pas (ainsi que tous les corps en mouvement) une force d’inertie (Voy. Force d’intertie) par laquelle elles conservent l’impression qu’elles ont reçûe : mais cette force doit avoir deux effets ; elle doit retarder l’heure de la haute marée, & diminuer aussi en général l’élévation des eaux. Pour le prouver, supposons un moment la terre en repos & la lune au-dessus d’un endroit quelconque de la terre ; en faisant abstraction du soleil, dont la force pour élever les eaux est beaucoup moindre que celle de la lune, l’eau s’élevera certainement au-dessus de l’endroit où est la lune. Supposons maintenant que la terre vienne à tourner ; d’un côté elle tourne fort vîte par rapport au mouvement de la lune ; & d’un autre côté l’eau qui a été élevée par la lune, & qui tourne avec la terre, tend à conserver autant qu’il se peut, par sa force d’inertie, l’élévation qu’elle a acquise, quoiqu’en s’éloignant de la lune, elle tende en même tems à perdre une partie de cette élévation : ainsi ces deux effets contraires se combattant, l’eau transportée par le mouvement de la terre, se trouvera plus élevée à l’orient de la lune qu’elle ne devroit être sans ce mouvement ; mais cependant moins élevée qu’elle ne l’auroit été sous la lune, si la terre étoit immobile. Donc le mouvement de la terre doit en général retarder les marées & en diminuer l’élévation.

Après le flux & le reflux, la mer est un peu de tems sans descendre ni monter, parce que les eaux tendent à conserver l’état de repos & d’équilibre où elles sont dans le moment de la haute marée, & dans celui de la marée basse ; & qu’en même tems le mouvement de la terre déplaçant ces eaux par rapport à la lune, change l’action de cet astre sur ces eaux, & tend à leur faire perdre l’équilibre : ces deux efforts se contrebalancent mutuellement pendant quelques momens. Il faut y joindre la tenacité des eaux, & les obstacles de différentes especes qui doivent en général retarder leur mouvement, & empêcher qu’elles ne le prennent tout-d’un-coup, & par conséquent qu’elles ne passent brusquement de l’état d’élévation à celui d’abaissement.

La lune passe au-dessus des rades orientales, avant que de passer au-dessus des rades occidentales : le flux doit donc arriver plûtôt aux premieres.

Le mouvement général de la mer entre les tropiques de l’est à l’oüest, est plus difficile à expliquer ; ce mouvement se prouve par la direction constante des corps qui nagent à la merci des flots. On observe de plus que, toutes choses d’ailleurs égales, la navigation vers l’occident est fort prompte, & le retour difficile, J’ai démontré dans mes recherches sur la cause des vents, qu’en effet cela doit être ainsi ; que l’action du soleil & celui de la lune doit mouvoir les eaux de l’Océan sous l’équateur d’orient en occident. Cette même action doit produire dans l’air un effet semblable ; & c’est-là, selon moi, une des principales causes des vents alisés. Voyez Alisé. Mais c’est-là un de ces phénomenes dont on ne peut rendre la raison sans avoir recours au calcul. Voyez donc l’ouvrage cité ; voyez aussi les articles Vent & Courant.

Si la lune restoit toûjours dans l’équateur, il est évident qu’elle seroit toûjours à 90 degrés du pole, & que par conséquent il n’y auroit au pole ni flux ni reflux : donc dans les endroits voisins des poles, le flux & le reflux seroit fort petit, & même tout-à-fait insensible, sur-tout si on considere que ces endroits opposent beaucoup d’obstacle au mouvement des eaux, tant par les glaces énormes qui y nagent, que par la disposition des terres. Or quoique la lune ne soit pas toûjours dans l’équateur, elle ne s’en éloigne que de 28 degrés : il ne faut donc point s’étonner que près des poles & à la latitude de 65 degrés, le flux & reflux ne soit pas sensible.

Supposons maintenant que la lune décrive pendant un jour un parallele à l’équateur, on voit 1°. que l’eau sera en repos au pole pendant ce jour, puisque la lune demeurera toûjours à la même distance du pole ; 2°. que si le lendemain la lune décrit un autre parallele, l’eau sera encore en repos au pole pendant ce jour-là, mais plus ou moins abaissée que le jour précédent, selon que la lune sera plus près ou plus loin du zénith ou du nadir des habitans du pole ; 3°. que si on prend un endroit quelconque entre la lune & le pole, la distance de la lune à cet endroit sera plus différente de 90 degrés en défaut, lorsque la lune passera au méridien au-dessus de cet endroit, que la distance de la lune à ce même endroit ne différera de 90 degrés en excès, lorsque la lune passera un méridien au-dessous de ce même endroit. Voilà pourquoi en général, en allant vers le pole boréal, les marées de dessus sont plus grandes quand la lune est dans l’hémisphere boréal, & celles de dessous plus petites ; & en s’avançant même plus loin vers le pole, il ne doit plus y avoir qu’un flux & qu’un reflux dans l’espace de 24 heures ; parce que quand la lune est au-dessous du méridien, elle n’est pas à beaucoup près à 180 degrés de l’endroit dont il s’agit, & qu’elle se trouve au contraire à une distance assez peu différente de 90 degrés, pour que les eaux doivent s’abaisser alors au lieu de s’élever. Le calcul démontre évidemment toutes ces vérités, que nous ne pouvons ici qu’énoncer en général.

Comme il n’arrive que deux fois par mois que le soleil & la lune répondent au même point du ciel, ou à des points opposés, l’élévation des eaux (telle qu’on la trouve même en négligeant l’inertie) ne doit se faire pour l’ordinaire ni immédiatement sous la lune, ni immédiatement sous le soleil, mais dans un point milieu entre ces points ; ainsi quand la lune va des syzygies aux quadratures, c’est-à-dire lorsqu’elle n’est pas encore à 90 degrés du soleil, l’élévation la plus grande des eaux doit se faire plus au couchant de la lune ; c’est le contraire quand la lune va des quadratures aux syzygies. Donc dans le premier cas, le tems de la haute mer doit précéder les trois heures lunaires ; car d’un côté l’inertie des eaux donne l’élévation trois heures après le passage de la lune au méridien ; & d’un autre côté la position respective du soleil & de la lune donne cette élévation avant le passage de la lune au méridien. Au contraire, & par la même raison, dans le second cas, le tems de la haute marée doit arriver plûtard que les trois heures.

Les différentes marées qui dépendent des actions particulieres du soleil & de la lune, ne peuvent être distinguées les unes des autres, mais elles se confondent ensemble. La marée lunaire est changée tant soit peu par l’action du soleil, & ce changement varie chaque jour, à cause de l’inégalité qu’il y a entre le jour naturel & le jour lunaire. Voyez Jour.

Comme il arrive quelque retard aux marées par l’inertie & le balancement des eaux, qui conservent quelque tems l’impression qu’elles ont reçûe ; par la même raison les plus hautes marées n’arrivent pas précisément dans la conjonction & dans l’opposition de la lune, mais deux ou trois marées après : de même les plus petites marées ne doivent arriver qu’un peu après les quadratures.

Comme dans l’hyver le soleil est un peu plus près de la terre que dans l’été, on observe en général que les marées du solstice d’hyver sont plus grandes, toutes choses d’ailleurs égales, que celles du solstice d’été.

Voilà l’explication des principaux phénomenes du flux & du reflux ; les autres ont besoin du calcul, ou demandent quelques restrictions. C’est par le calcul qu’on peut prouver, 1°. que l’intervalle d’une marée à l’autre est le plus petit dans les syzygies, & le plus grand dans les quadratures : 2°. que dans les syzygies l’intervalle des marées est de 24 h. 35 min. & qu’ainsi les marées priment de 15 m. sur le mouvement de la lune : 3°. qu’au contraire dans les quadratures les marées retardent de 35 min. sur le mouvement de la lune ; voyez l’excellente piece de M. Daniel Bernoulli, sur le flux & reflux de la mer : 4°. que l’intervalle moyen entre deux marées consécutives, lequel intervalle est de 24 h. 50 min. arrive beaucoup plus près des quadratures que des syzygies ; ces différentes lois souffrent quelque altération, selon que la lune est apogée ou périgée. Ibid. ch. vj. & vij. 5°. Que les changemens dans la hauteur des marées sont fort petits, tant aux syzygies qu’aux quadratures ; cela doit être en effet, car les marées sont les plus grandes aux syzygies, & les plus petites aux quadratures : or quand des quantités passent par le maximum ou par le minimum, elles croissent ou décroissent pour l’ordinaire insensiblement avant & après l’instant où elles passent par cet état. Voyez Maximum & Minimum. 6°. Que les plus grands changemens dans la hauteur des marées se feront plus près des quadratures que des syzygies.

A l’égard des regles qu’on a établies sur les grandes marées des équinoxes, M. Euler dans ses savantes recherches sur le flux & reflux de la mer, observeavec raison que quand la lune est dans l’équateur, ces regles n’ont lieu que pour les eaux situées sous l’équateur même. C’est ce que la théorie & les observations confirment, comme on le peut voir dans l’ouvrage cité.

Telles seroient régulierement toutes les marées, si les mers étoient par-tout également profondes ; mais les bas-fonds qui se trouvent en certains endroits, & le peu de largeur de certains détroits où doivent passer les eaux, sont cause de la grande variété que l’on remarque dans les hauteurs des marées : & l’on ne sauroit rendre compte de ces effets, sans avoir une connoissance exacte de toutes les particularités & inégalités des côtes, c’est-à-dire de la position des terres, de la largeur & de la profondeur des canaux, &c.

Ces effets sont visibles dans les détroits entre Portland & le cap de la Hogue en Normandie, où la marée ressemble à ces eaux qui sortent d’une écluse qu’on vient de lever ; & elle seroit encore plus rapide entre Douvres & Calais, si elle n’y étoit contrebalancée par celle qui fait le tour de l’île de la Grande-Bretagne.

L’eau de la mer, après avoir reçû l’impression de la force lunaire, la conserve long-tems, & continue de s’élever fort au-dessus du niveau de la hauteur ordinaire qu’elle a dans l’Océan, sur-tout dans les endroits où elle trouve un obstacle direct, & dans ceux où elle trouve un canal qui s’étend fort avant dans les terres, & qui s’étrécit vers son extrémité, comme elle fait dans la mer de Severn, près de Chepstow & de Bristol.

Les bas-fonds de la mer, & les continens qui l’entre-coupent, sont aussi cause en partie que la haute marée n’arrive point en plein Océan dans le tems que la lune s’approche du méridien, mais toûjours quelques heures après, comme on le remarque sur toutes les côtes occidentales de l’Europe & de l’Afrique, depuis l’Irlande jusqu’au cap de Bonne-Espérance, où la lune placée entre le midi & le couchant, cause les hautes marées. On assûre que la même chose a lieu sur les côtes occidentales de l’Amérique.

Les vents & les courans irréguliers contribuent aussi beaucoup à altérer les phénomenes du flux & du reflux. Voyez Vent & Courant.

On ne finiroit point, si on vouloit entrer dans le détail de toutes les solutions ou explications particulieres de ces effets, qui ne sont que des corollaires aisés à déduire des mêmes principes ; ainsi lorsqu’on demande, par exemple, pourquoi les mers Caspienne, Méditerranée, Blanche & Baltique n’ont point de marées sensibles, la réponse est que ces mers sont des especes de lacs qui n’ont point de communication réelle ou considérable avec l’Océan : or le calcul montre que l’élévation des eaux doit être d’autant moindre, que la mer a moins d’étendue. Voyez les pieces de MM. Daniel Bernoulli & Euler. Ainsi les marées doivent être presqu’insensibles dans la mer Noire, dans la mer Caspienne, & très-petites dans la Méditerranée. Elles doivent être encore moindres dans les mers Blanche & Baltique, à cause de leur éloignement de l’équateur, par les raisons exposées ci-dessus. Dans le golfe de Venise la marée est plus sensible que dans le reste de la Méditerranée ; mais cela doit être attribué à la figure de ce golfe, qui le rend propre à élever davantage les eaux en les resserrant.

Nous dirons ici un mot des marées qui arrivent dans le port de Tunking à la Chine ; elles sont différentes de toutes les autres, & les plus extraordinaires dont on ait jamais entendu parler. Dans ce port on ne s’apperçoit que d’un flux & d’un reflux qui se fait en 24 heures de tems. Quand la lune s’approche de la ligne équinoctiale, il n’y a point de marée du tout & l’eau y est immobile : mais quand la lune commence à avoir une déclinaison, on commence à s’appercevoir d’une marée, qui arrive à son plus haut point lorsque la lune approche des tropiques ; avec cette différence, que la lune étant au nord de la ligne équinoctiale, la marée monte pendant que la lune est au-dessus de l’horison, & qu’elle descend pendant que la lune est au-dessous de l’horison ; de sorte que la haute marée y arrive au coucher de la lune, & la basse marée au lever de la lune : au contraire quand la lune est au midi de la ligne équinoctiale, la haute marée arrive au lever de la lune, & la basse à son coucher ; de sorte que les eaux se retirent pendant tout le tems que la lune est au-dessus de l’horison.

On a donné différentes explications plausibles de ce phénomene ; M. Euler a prouvé par le calcul que cela devoit être ainsi. Voyez la fin de son excellente piece sur le flux & reflux. Newton a insinué que la cause de ce fait singulier résulte du concours de deux marées, dont l’une vient de la grande mer du Sud, le long des côtes de la Chine ; & l’autre de la mer des Indes.

La premiere de ces marées venant des lieux dont la latitude est septentrionale, est plus grande quand la lune se trouve au nord de l’équateur au-dessus de l’horison, que quand la lune est au-dessous.

La seconde de ces deux marées venant de la mer des Indes & des pays dont la latitude est méridionale, est plus grande quand la lune décline vers le midi, & se trouve au-dessus de l’horison, que quand la lune est au-dessous ; de sorte que de ces marées alternativement plus grandes & plus petites, il y en a toûjours successivement deux des plus grandes & deux des plus petites qui viennent tous les jours ensemble.

La lune s’approchant de la ligne équinoctiale, & les flux alternatifs devenant égaux, la marée cesse, & l’eau reste sans mouvement ; mais la lune ayant passé de l’autre côté de l’équateur, & les flux, qui étoient auparavant les moindres, étant devenus les plus considérables, le tems qui étoit auparavant celui des hautes eaux, devient le tems des eaux basses, & le tems des eaux basses devient celui des hautes eaux ; de sorte que tout le phénomene de cette marée singuliere du port de Tunking s’explique naturellement & sans forcer la moindre circonstance, par les principes ci-dessus, & sert infiniment à confirmer la certitude de toute la théorie des marées.

Ceux de nos lecteurs qui seront assez avancés dans la Géométrie, pourront consulter sur la cause des marées les excellentes dissertations de MM. Maclaurin, Daniel Bernoulli & Euler, couronnées par l’académie royale des Sciences de Paris en 1740. Dans mes réflexions sur la cause générale des vents, imprimées à Paris en 1746, j’ai donné aussi quelques remarques sur les marées, cette matiere ayant beaucoup de rapport à celle des vents réglés, entant qu’ils sont causés par l’action du soleil & de la lune.

Après avoir expliqué en gros les phénomenes du flux & reflux pour le commun des lecteurs, il nous paroît juste de mettre ceux qui sont plus versés dans les Sciences, à portée de se rendre raison à eux-mêmes de ces phénomenes d’une maniere plus précise. Pour cela, nous allons donner la formule algébrique de l’élévation des eaux pour une position quelconque donnée du soleil & de la lune.

Si on nomme S la masse du soleil, L celle de la lune, D la distance du soleil à la terre, δ celle de la lune, r le rayon de la terre, les forces du soleil & de la lune, pour mouvoir les eaux de là mer, sont entr’elles, toutes choses d’ailleurs égales, comme SrD3 à Lrδ3, ou plus simplement comme SD3 à Lδ3.

Pour nous expliquer plus exactement, soit z la distance de la lune au zénith d’un lieu quelconque, on aura à très-peu-près δrcosz pour la distance de la lune à ce lieu ; & L(δrcosz)2 pour la force avec laquelle la lune tend à attirer l’eau de la mer en cet endroit là ; cette force se décompose en deux autres : l’une tend vers le centre de la terre ; & par le principe de la décomposition des forces (voyez Décomposition & Composition), elle est Lr(δrcosz)3 ; l’autre est parallele à la ligne qui joint les centres de la terre & de la lune ; & elle est par les mêmes principes égale à δL(δrcosz)3= à très peu-près Lδ2+3Lrcoszδ3. Voyez Suite, Approximation, & Binome, & sur-tout l’article Négliger, en Algebre. Il faut retrancher de cette force, suivant ce qui a été dit plus haut, la force Lδ qui agit également sur toutes les parties du globe terrestre, & qui tend à transporter toute cette masse par un mouvement commun à toutes les parties ; ainsi (le centre de la terre étant par ce moyen regardé comme en repos par rapport aux eaux de la mer) on aura 3Lrcoszδ3 pour la force avec laquelle ces eaux tendent à s’élever vers la lune suivant une ligne parallele à celle qui joint les centres du soleil & de la lune : cette force se décompose en deux autres : l’une dans la direction du rayon de la terre ; elle est par le principe de la décomposition des forces, 3Lrcosz2δ3, & tend à éloigner les eaux du centre de la terre. L’autre est dirigée suivant une perpendiculaire au rayon, ou tangente à la terre ; & elle est 3Lrcosz×sinzδ3. Ainsi comme nous avons déjà trouvé qu’il y a une force Lrδ3 qui tend à pousser les eaux vers le centre de la terre, il s’ensuit que les eaux tendront à s’éloigner de ce centre avec une force égale à 3Lr(cosz)2Lrδ3, & à se mouvoir parallelement à la surface de la terre avec une force =3Lrsinzcoszδ3. Il en est de même de l’action du soleil ; il n’y aura qu’à mettre dans l’expression précédente S au lieu de L, & D au lieu de δ.

De ces deux forces on peut même négliger entierement la premiere, comme je l’ai démontré dans mes Reflexions sur la cause des vents, & comme plusieurs géometres l’avoient démontré avant moi ; car l’action de la pesanteur, pour pousser les particules de l’eau au centre de la terre, est comme infiniment plus grande que l’action qui tend à les en écarter ; nous l’avons déjà observé ci-dessus, & nous le prouverons ainsi en peu de mots. La force de la pesanteur est Tr2, en appellant T la masse de la terre ; car chaque particule de la surface de la terre est attirée vers son centre avec une force égale à la masse de la terre divisée par le quarré du rayon. Voy. Attraction & Gravitation. Or Tr2 est à Lrδ3 comme Tδ3 à Lr3, c’est-à-dire incomparablement plus grande, puisque T est plus grand que L, & que δ est égale à environ 60 fois r. Voyez Lune, Terre, &c. Ainsi l’action de la gravité sur les eaux de la mer, est incomparablement plus forte que l’action de la lune : or on trouve par le calcul, que l’action du soleil SrD3 est beaucoup plus petite que l’action de la lune Lrδ3. Donc l’action de la gravité est beaucoup plus grande que les actions du soleil & de la lune, pour élever les eaux de la mer dans une direction perpendiculaire à la terre. Donc, &c.

La force 3Lrcoszsinzδ3 est aussi beaucoup plus petite que la gravité, & par les mêmes raisons ; mais l’effort de cette force n’étant point contraire à celui de la pesanteur, elle doit avoir tout son effet : or quel est son effet ? de mouvoir les eaux de la mer horisontalement & avec des vîtesses différentes, selon la différence de la distance z de la lune au zénith : & ce mouvement doit évidemment faire élever les eaux de la mer au-dessous de la lune.

Pour le démontrer d’une maniere plus immédiate & plus directe, supposons une sphere fluide, dont les parties pesent vers le centre avec une force égale à-peu-près à Tr2, & soient outre cela poussées perpendiculairement au rayon par une force égale à 3Lrcoszsinzδ3 ; on démontre aisément par les principes de l’Hydrostatique (voyez Figure de la Terre, mes réflexions sur la cause des vents, & plusieurs autres ouvrages), que cette sphere, pour conserver l’équilibre de ses parties, doit se changer en un sphéroïde, dont la différence des axes seroit 3Lr2δ2×r2T=3Lr32Tδ3 ; & que la différence d’un rayon quelconque au petit axe de ce sphéroïde seroit 3Lr42Tδ3×cosz2.

Ce nouveau sphéroïde devant être égal en masse à la sphere primitive, il est facile, par les principes de Géométrie, de déterminer la différence des rayons de ce sphéroïde aux rayons correspondans de la sphere, de trouver par conséquent de combien le fluide sera élevé ou abaissé en chaque endroit, au-dessus du lieu qu’il occuperoit dans la sphere, si la lune n’avoit point d’action. Par-là on trouvera d’abord aisément l’élevation & l’abaissement des eaux en chaque endroit, en supposant la lune en repos, & la terre sphérique & aussi en repos. Car quoique ces hypothèses soient bien éloignées de la vérité, cependant il faut commencer par-là, pour aller ensuite du simple au composé.

Quand la terre ne seroit pas supposée primitivement sphérique, mais sphéroïde, pourvû qu’on la regardât comme en repos, ainsi que la lune, l’élévation des eaux, en vertu de l’action de la lune, seroit sensiblement la même que sur une sphere parfaite. J’ai démontré cette proposition dans mes réflexions sur la cause des vents, art. 50-62.

On trouveroit de même, & par les mêmes principes, l’élévation des eaux sur la sphere ou sur le sphéroïde, en vertu de l’action seule du soleil, & on peut démontrer (comme je l’ai fait dans l’endroit même que je viens de citer) que l’élévation des eaux, en vertu de l’action conjointe des deux astres, est sensiblement égale à la somme des élevations qu’elles auroient en vertu des deux actions séparées.

Mettons en calcul les idées que nous venons d’exposer. Soit r le rayon de la sphere, r’le demi petit axe du sphéroïde dans l’hypothèse que la lune seule agisse ; on aura pour la différence des rayons de la sphere & du sphéroïde r+3Lr'42Tδ3×cosz2r= (voy. les articles Sinus & Négliger) r+3Lr44D3+3Lr4cos2z4δ3r : ainsi la différence de la sphere & du sphéroïde, aura pour élément [rr+3Lr44δ3+3Lr4cos2z4δ3]×rdz×rsinz×2π, 2π étant le rapport de la circonférence au rayon. L’intégrale de cette quantité qui doit être =0, lorsque z=0, est 2πr2[rr+3Lr44δ3]×(1cosz)+2πr2× 3Lr44δ3×[132cos3z3212+cosz2] ; lorsque z=90degrés, & que par conséquent cosin. z=0, & cos. 3 z=0, cette quantité devient 2πr2(rr+3Lr44δ3+3Lr44δ3×13) ; or la différence de la sphere & du sphéroïde, qui est le de cette derniere quantité, doit être égale à zero : donc cette quantité elle-même doit être égale à zero ; on aura donc rr=3Lr44δ3×23), ou r=rLr42δ3. Donc la différence des rayons du sphéroïde & des rayons correspondans de la sphere pour chaque angle z, sera Lr42δ3+3Lr44δ3+3Lr4cos2z4δ3=Lr44δ3+3Lr4cos2z4δ3.

Donc si on nomme Z la distance du soleil au zénith, l’élévation des eaux, en vertu des actions réunies du soleil & de la lune, sera Lr44δ3+Sr44D3+3Lr4cos2z4δ3+3Sr4cos2z4D3. C’est la formule de l’élévation des eaux de la mer, en faisant abstraction du mouvement de la terre & de celui des deux astres ; & cette formule a lieu généralement, de quelque maniere qu’on suppose le soleil & la lune placés par rapport à un point quelconque de la terre, sans qu’il soit nécessaire que ces astres soient, ni dans l’équateur, ni dans un même parallele à l’équateur.

En faisant la quantité précédente=0, on trouvera l’endroit où les eaux ne sont ni élevées, ni abaissées ; en la faisant égale à un plus grand ou à un moindre (voyez Maximum & Minimum), on trouvera l’endroit où les marées sont les plus hautes & les plus basses ; on trouvera de plus l’heure des hautes & basses marées par la même formule, en supposant, ce qui n’est pas exactement vrai, que le point des plus hautes & des plus basses marées soit le même que si on considéroit le soleil & la lune comme en repos ; mais quoique cette supposition ne soit pas parfaitement exacte, cependant elle répond en général assez bien aux phénomenes, comme on le peut voir dans les excellentes pieces de MM. Euler & Daniel Bernoulli sur le flux & reflux de la mer. Voyez aussi l’article Marée. Au reste ces deux grands géometres, ainsi que M. Maclaurin, ont donné des méthodes d’approximation particulieres pour déterminer le moment précis de l’élevation des eaux, en ayant égard au mouvement de la terre & à celui de la lune.

La formule qu’on a donnée ci-dessus pour les hauteurs des marées, donne les plus petites & les plus hautes, les premieres dans les quadratures, les secondes dans les syzygies ; & c’est par le rapport de ces marées que M. Newton a déterminé celui des quantités Lδ3 & SD3. Mais M. Daniel Bernoulli croit qu’il vaut mieux le déterminer par les intervalles entre les marées consécutives aux syzygies & aux quadratures. Le premier de ces deux grands géometres trouve ce rapport égal à environ 4, & M. Daniel Bernoulli à 52 ; ce qui, comme l’on voit, est fort différent. Mais il faut avoüer aussi qu’eu égard aux circonstances physiques, qui troublent & dérangent ici beaucoup le géométrique, la méthode d’employer les marées pour découvrir un tel rapport, est fort incertaine. Les phénomenes de la nutation & de la précession sont bien préférables, voyez Nutation & Précession, & ces phénomenes donnent un rapport assez approchant de celui de M. Daniel Bernoulli. Voyez mes Recherches sur la précession des équinoxes. Paris, 1749.

Les trois pieces de MM. Bernoulli, Euler & Maclaurin sur le flux & reflux de la mer, dont nous avons parlé plusieurs fois dans le courant de cet article, ont chacune un mérite particulier, & ont paru avec raison aux commissaires de l’académie, dignes de partager leurs suffrages : ils y ont joint (apparemment pour ne pas paroître adopter aucun système) une piece du P. Cavalleri jésuite, qui est toute cartésienne, ou du moins toute fondée sur la théorie des tourbillons, & dont nous n’avons tiré rien autre chose que le détail des principaux phénomenes. C’est dans les trois autres pieces qu’il faut chercher les explications, sut-tout dans celles de MM. Euler & Bernoulli, car la piece de M. Maclaurin entre dans un moindre détail ; mais elle est remarquable par un très-beau théoreme sur la figure que doit prendre la terre en vertu de l’action du soleil & de la lune, combinée avec la pesanteur & la force centrifuge de ses parties. Voyez Figure de la Terre.

Dans la piece de M. Euler on trouvé un calcul ingénieux du mouvement des eaux, en ayant égard à leur inertie ; mais ce calcul est peut-être un peu trop hypothétique. Dans le premier chapitre de cette même piece, l’auteur paroit adopter les tourbillons ; mais il est aisé de voir que ce n’est pas sérieusement, & qu’il se montre d’abord Cartésien en apparente, pour être ensuite Newtonien plus à son aise. M. Daniel Bernoulli est plus franc, & sa piece n’en est par-là que plus estimable : elle joint d’ailleurs à ce mérite, celui d’être faite avec beaucoup d’intelligence & de clarté. Plus on relit ces trois excellens ouvrages, plus on est embarrassé auquel on doit donner la préférence, & plus on applaudit au jugement que l’académie en a porté en les couronnant tous trois.

Je crois qu’on me permettra de donner aussi dans cet article une idée de la maniere dont j’ai traité la question dont il s’agit dans mes réflexions sur la cause des vents, que l’académie royale des Sciences de Prusse a honorées de son suffrage en 1746. Comme je ne considere guere dans cette piece que l’attraction de la lune & du soleil sur la masse de l’air, il est évident que les mêmes principes peuvent s’appliquer au flux & reflux. Je commence donc, ce que personne n’avoit fait avant moi, par déterminer les oscillations d’un fluide qui couvriroit la terre à une petite profondeur, & qui seroit attiré par le soleil ou par la lune. On peut par cette théorie comparer ces oscillations à celles d’un pendule, dont il est aisé de déterminer la longueur. Je fais voir ensuite que le célebre M. Daniel Bernoulli s’est trompé dans l’équation qu’il a donnée pour l’élévation des eaux, en supposant la terre composée de couches différemment denses ; & je démontre qu’il n’est point nécessaire pour expliquer l’élévation des eaux, d’avoir recours à ces différentes couches ; qu’il suffit seulement de supposer que la partie fluide de la terre n’ait pas la même densité que la partie solide : enfin je donne le moyen de déterminer la vîtesse & l’élévation des particules du fluide, en ayant égard à l’inertie, & d’une maniere, ce semble, beaucoup moins hypothétique que M. Euler. C’est par ce moyen que je trouve qu’un fluide qui couvriroit la terre, doit avoir de l’est à l’oüest un mouvement continuel. L’article Vent présentera un plus grand détail sur l’ouvrage dont il s’agit.

Ce mouvement de la mer d’orient en occident est très-sensible dans tous les détroits : par exemple, au détroit de Magellan le flux éleve les eaux à plus de 20 piés de hauteur, & cette intumescence dure six heures ; au lieu que le reflux ne dure que deux heures, & l’eau coule vers l’occident : ce qui prouve que le reflux n’est pas égal au flux, & que de tous deux il résulte un mouvement vers l’occident, mais beaucoup plus fort dans le tems du flux que dans celui du reflux : c’est par cette raison que dans les hautes mers éloignées de toute terre, les marées ne sont guere sensibles que par le mouvement général qui en résulte, c’est-à-dire par ce mouvement d’orient en occident. Ce mouvement est sur-tout remarqua-ble dans certains détroits & certains golfes ; dans le detroit des Manilles, dans le golfe du Mexique, dans celui de Paria, &c. Voyez Varenii geographia, & l’hist. nat. de M. de Buffon, tome I. p. 439.

Les marées sont plus fortes dans la Zone Torride, entre les Tropiques, que dans le reste de l’Océan, sans doute parce que la mer sous la Zone Torride est plus libre & moins gênée par les terres. Elles sont aussi plus sensibles dans les lieux qui s’étendent d’orient en occident, dans les golfes qui sont longs & étroits, & sur les côtes où il y a des îles & des promontoires. Le plus grand flux qu’on connoisse pour ces sortes de détroits, est à l’une des embouchures du fleuve Indus, où l’eau s’éleve de 30 piés. Il est aussi fort remarquable auprès de Malaga, dans le détroit de la Sonde, dans la mer Rouge ; dans la baie de Hudson, à 55 degrés de latitude septentrionale, ou il s’éleve à 15 piés ; à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, sur les côtes de la Chine & du Japon, &c. Ibid.

Il y a des endroits où la mer a un mouvement contraire, savoir d’occident en orient, comme dans le détroit de Gibraltar, & sur les côtes de Guinée. Ce mouvement peut être occasionné par des causes particulieres ; mais il est bon de remarquer en général, comme je l’ai prouvé dans mes réflexions sur la cause des vents, qu’à une certaine distance de l’équateur le mouvement de l’est à l’oüest doit se changer en un mouvement de l’oüest à l’est, ou du moins en un mouvement qui participe de l’oüest, avec quelques modifications que l’on peut voir dans la piece citée art. lxx. n°. 5. mais comme le mouvement de la mer vers l’occident est le plus constant & le plus général, il s’ensuit que la mer doit avec le tems gagner du terrein vers l’occident. Voyez Mer.

Nous réservons pour le mot Marée d’autres détails sur ce phénomene, si on les juge nécessaires : nous croyons devoir renvoyer pour le présent nos lecteurs aux ouvrages cités, ainsi qu’aux autres remarques que M. de Buffon a faites sur les effets du flux & reflux, dans le premier volume de son histoire naturelle ; remarques qui pourront aussi trouver leur place ailleurs. Mais pour rendre cet article le plus utile qu’il nous est possible. nous allons joindre ici, d’après l’état du ciel de M. Pingré, les tables suivantes, avec l’explication que lui-même y a jointe.

Nous donnons, dit-il, une liste des principaux ports & des côtes de l’Europe sur l’Océan, avec l’établissement de ces endroits, tel qu’on a pu le connoître par les expériences réitérées. (On appelle établissement ou heure d’un port, l’heure à laquelle la mer est la plus haute au tems des nouvelles & pleines lunes). Nous y ajoûtons une note de la hauteur à laquelle la mer monte communément aux nouvelles & pleines lunes des équinoxes. Cette table est presque entierement tirée du quatrieme volume de l’Architecture hydraulique de M. Bélidor.

PROBLEME XX. Trouver l’heure de la pleine mer dans un port dont l’établissement est connu.

Premiere méthode. Ajoûtez autant de fois 48′ qu’il se sera écoulé de jours depuis la nouvelle ou pleine lune précédente ; & ajoûtez la somme à l’établissement ou à l’heure du port. Si on est trop éloigné de la nouvelle ou pleine lune précédente, on peut prendre autant de fois 48′ qu’il y a de jours jusqu’à la nouvelle ou pleine lune suivante, & retrancher la somme de l’heure du port à laquelle on ajoûtera 12 heures, s’il est nécessaire.

Seconde méthode. Cherchez dans l’état du ciel l’heure du passage de la lune au méridien, soit sur l’horison, soit sous l’horison ; & ajoûtez-y l’heure du port.

Troisiemt méthode plus exacte. Cherchez dans l’état du ciel la distance de la lune au soleil. Cette distance vous donnera, avec le secours de la table, page 133. le nombre d’heures qu’il faut ajoûter à l’heure du port, si vous vous servez de la colonne qui a pour titre retardement des marées ; ou qu’il en faut retrancher, si vous employez celle qui est intitulée anticipation. Il faut préférer celle-ci, lorsque l’on approche de la nouvelle ou de la pleine Lune suivante.

Exemple.

On demande l’heure de la pleine mer au Havre-de-Grace le 18 Mai 1755. L’heure du port est 9 heures.

1°. Le 18 Mai à 9 heures du matin, il se sera écoulé environ 7 jours depuis la nouvelle Lune. 7 fois 48′ donnent 5h 36′ qu’il faut ajoûter à 9h. La haute mer sera à 2h 36′ du soir.

2°. La Lune passe au méridien sous l’horison le 18 Mai matin à 5h 32′. Ajoûtez-y l’heure du port 9h, & vous trouverez la pleine mer à 2h 32′ du soir.

3°. Le 18 Mai à 9h du matin la distance de la lune au soleil est d’environ deux signes 21d. A cette distance le retardement de la marée doit être, selon la table de la page 133. de 4h 16′. Ajoûtez donc 4h 16′ à 9h ; & l’heure de la pleine mer se trouvera réduite à 1h 16′ du soir, plus de 5 quarts-d’heure plûtôt que par les deux autres méthodes.

Table pour trouver le diametre de la Lune en long. ou asc. dr. Table pour le retardement ou l’anticipation des Marées.
Lat. ou déclin. de ☽. Milliemes parties à ajoûter. Dist. de la ☽ au ☉. Retardement Anticipation. Distance de la ☽ au ☉.
S. D. H. M. H. M. S. D.
0 000 O. 6 0 18 VI. 6
2 0 001 12 0 35 12
3 0 001 18 0 52 18
4 0 001 24 1 9 24
5 0 004 I. 0 1 26 VII. 0
6 0 005 6 1 44 6
7 0 007 12 2 2 12
8 0 010 18 2 20 18
9 0 012 24 2 39 24
10 0 015 II. 0 2 58 VIII. 0
11 0 018 6 3 18 6
12 0 022 12 3 40 12
13 0 026 18 4 4 18
14 0 030 24 4 29 24
15 0 034 III. 0 4 57 IX. 0
16 0 039 6 1 18 6
17 0 044 12 6 5 5 55 12
18 0 049 18 6 45 5 15 18
19 0 054 24 7 25 4 35 24
20 0 060 IV. 0 8 3 3 57 X. 0
21 0 066 6 8 38 3 22 6
22 0 073 12 9 8 2 52 12
23 0 079 18 9 35 2 25 18
24 0 086 24 10 0 2 0 24
25 0 094 V. 0 10 23 1 37 XI. 0
26 0 101 6 10 44 1 16 6
27 0 109 12 11 4 0 56 12
28 0 117 18 11 23 0 37 18
29 0 125 24 11 41 0 19 24
VI. 0 0 0 0 0 XII. 0

Heures de la pleine mer, ou établissement des côtes & des principaux ports de l’Europe.

H. M. Espagne et Portugal.
2 0 Cadix.
1 45 Sanlucar de Barrameda.
12 45 Palos & Guelva.
1 30 Lepe, Aimonte, Tavilla.
2 15 Farao.
4 30 Sétuval,
3 0 Sur les côtes occidentales des deux royaumes.
3 0 Sur les côtes septentrionales d’Espagne.
3 45 Dans les ports & havres des côtes septentrionales.
Le long des côtes de Barbarie, depuis le cap de Geer jusqu’au détroit, la mer monte de 10 piés ; de 10 le long des côtes d’Espagne, depuis le détroit jusqu’au cap Sainte-Marie ; de 12 jusqu’au cap de Finisterre ; & de 15 jusqu’à S. Jean-de-Luz.
Gascogne et Guienne.
3 0 Sur toutes les côtes en général.
3 15 A S. Jean-de-Luz & à Mémissan.
3 45 Bayonne & dans le bassin d’Arcasson.
7 14 Bordeaux.
3 45 Au sud de la tour de Cordoüan & à Royan.
4 30 Au nord de cette tour, & à l’entrée de la Garonne.
Le long de toutes ces côtes, la mer monte de 15 piés.
Aunis et Poitou.
3 0 Sur les côtes en général.
3 45 Broüage & la Rochelle.
4 15 Rochefort.
3 30 Chapus & Beauvoir.
3 30 Dans le Pertuis Breton & dans celui d’Antioche.
3 15 L’île de Ré & Olonne.
La mer monte partout de 18 piés.
Bretagne.
3 0 Sur les côtes méridionales & dans la rade du Conquest.
3 15 Ile Noirmoutier.
4 0 Bourgneuf.
3 45 A l’embouchure de la Loire, au Croisic.
4 30 La Roche-Bernard.
4 15 A Port-Blanc.
3 45 La riviere de Vilaine, Morbihan, Auray.
1 45 Vannes, île de Groa, Belle-Isle.
4 0 Port-Louis ou Blavet, & dans le raz de Fontenay.
3 45 Concarneau, & dans le port de Brest.
3 30 Benaudet, Penmarck, Audierne, & dans la baie de Brest.
4 15 Dans l’Yroise.
4 0 Dans le passage du Four.
4 30 Hors l’île d’Oüessant-en mer.
5 0 Porsal.
5 15 Ile de Bas, S. Paul de Léon, Morlaix.
5 30 Tréguier.
6 0 Ile de Bréhat, rade de la Frénaye, Saint-Malo, Cancale.
Sur les côtes méridionales, depuis l’embouchure de la Loire jusqu’au raz de Fontenay, dans l’Yroise, & au passage du Four, la mer monte de 18 piés ; de 20 dans les rades de Doüernené & de Bertaume ; de 25 à l’île de Bas ; de 30 au sept îles ; de 45 à Bréhat, Saint-Malo & Cancale.
Normandie.
6 30 Mont S. Michel, Pontorson, Granville.
9 30 Iles de Gernesey & d’Origny.
12 45 Dans le raz Blanchart.
12 30 Cap de la Hougue.
10 15 Au large de Cherbourg.
7 45 A Cherbourg.
10 30 A Barfleur & au large de la Hougue.
8 0 A la Hougue, au port en Bessin.
10 0 Isigny, Etréhan.
9 0 Caën, Dive.
1 15 Roüen.
9 15 Honfleur.
9 0 L’embouchure de la Seine, le Havre-de-Grace.
10 0 Fécamp, Saint-Valeri en Caux.
10 15 Dieppe.
10 30 Le Tréport, Quillebeuf.
La mer monte de 36 à 40 piés à Granville & aux îles Angloises, & seulement de 18 depuis la Hougue jusqu’au Chef de Caux.
Picardie.
10 30 Sur les côtes de Picardie.
10 45 S. Valery sur Somme, Etaples & Boulogne.
11 0 Ambleteuse.
11 30 Calais.
Depuis le Chef de Caux jusqu’au Pas de Calais, la mer monte de 18 piés.
Flandre.
3 0 Hors les bancs en mer.
12 0 Sur les côtes près de terre.
11 30 Graveline.
12 0 Nieuport, Ostende, l’Ecluse.
11 45 Dunkerque.
En-dedans des bancs, depuis le pas de Calais jusqu’à l’embouchure de l’Escaut, la mer monte de 18 piés, & de 15 seulement au large des bancs.
1 0 Côtes & îles de Zélande.
12 30 Flessingue.
6 45 Anvers.
1 45 Armuyden.
4 30 Dordrecht.
3 45 Rotterdam.
3 0 Devant la vieille Meuse.
1 45 A l’embouchure de la Meuse, à la Brille & à Bergue.
6 0 Hors le Texel.
6 45 Dans le passage du Texel.
7 30 Dans la rade des Marchands.
10 30 Près de Medenblick.
12 15 Horn.
3 0 Amsterdam.
9 30 Sur le Wlac de Frise.
12 0 A Wrek, à Delfzy.
9 0 Dans le passage de Vlic.
8 15 Hors le Vlic.
12 15 Embden.
Aux embouchures de l’Escaut & de la Meuse, & hors le Texel le long de la côte, la mer monte de 20 piés ; en rade des Machands en-dedans du Texel, de 15 ; à Amsterdam de 7 seulement.
Allemagne.
6 15 Hambourg.
12 0 Devant le Weser, à l’embouchure de l’Elbe.
5 45 Bremen.
12 45 Dans le Fade.
La mer monte de 15 piés.
Danemarx.
1 30 A Suydersy.
12 15 Dans le canal de Sylt.
12 30 Dans le Leidor.
La mer monte de 15 piés.
Angleterre.
3 45 Barwich.
3 15 Entrée de la riviere de Rive, Newcastle ; Hartelpole & dans la Tées.
6 0 Hull.
5 15 Entrée de la riviere de Humber.
6 45 Lynne ou Lyn-Regis, Blanchney.
9 15 Devant Yarmouth hors les bancs.
10 30 Yarmouth.
10 45 Orfort, Harwich, la rade des Dunes.
1 30 L’entrée de la Tamise.
3 0 Londres.
11 30 Nord-Forland, Sandwich, la Ry, Hastingue.
12 45 Arundel.
10 30 Sur les bancs de Veenbrug & à la rade de Sainte-Hélene.
11 45 Portsmouth.
12 0 Southampton.
9 15 A l’est de l’île de Wicht, & au havre de la Pole.
9 0 Aux aiguilles de l’île de Wicht, & à Waymouth.
8 45 Dans le raz de Portland.
5 30 Exmouth.
5 15 Torbay, Dartmouth, Plimouth, Fawic.
6 0 Falmouth.
4 45 Monsbaye, baie de Saint-Yves.
4 30 Aux Sorlingues, & sur toute la côte depuis l’extrémité de l’Angleterre jusqu’à la pointe de Harland.
6 0 A l’île Londay & à l’entrée du canal de Bristol.
6 45 Dans la rade de Bristol.
6 15 Cardif ou Glamorgan.
5 45 Saint-David & Carmarthen.
5 30 Milfort.
Aux îles Sorlingues, à l’oüest de l’Angleterre jusqu’au cap Lésard, la mer monte de 20 piés ; de 24 depuis le cap Lésard jusqu’à Goustard, & depuis Portland jusqu’à l’île de Wicht ; de 18 dans la rade de Ste Hélene & au nord de l’île de Wicht ; de 16 le long de la côte en allant vers les Dunes ; dans la rade des Dunes, & depuis l’île Tanor jusque devant la Tamise, de 12 piés. Elle croît jusqu’à 15 piés depuis l’entrée de la Tamise jusque devant Yarmouth, & à 18 au nord d’Yarmouth jusqu’aux côtes septentrionales d’Ecosse, & aux îles Orcades.
Ecosse.
12 30 Aux îles Féro.
1 45 Aux îles Schetland.
2 0 Aux Orcades.
3 15 A Aberdone.
3 30 A l’embouchure de la riviere d’Edimbourg.
4 30 A Edimbourg.
10 45 Entrée orientale de Lembs.
9 0 Entrée occidentale.
La mer monte de 18 à 20 piés, ainsi que sur les côtes d’Irlande.
Irlande.
10 45 Karlingfort.
10 30 Strangfort.
10 15 Knocfergus.
6 45 Longhfoyle.
6 30 Longhsuvilly.
4 30 Dunghall.
4 15 Moye-Knisal, Gallouay.
3 45 Le long des côtes occidentales.
4 30 Dans les baies de Beterbuy & de Dingle.
6 0 Dans la riviere de Limerik.
3 15 Au havre de Smérik.
4 45 Dans la baie de Kilmare, à Baltimore, à Corck.
5 15 Dans la baie de Bantry.
4 30 Sur les côtes méridionales, au cap de Clare, à Kinsal.
5 0 A Ross, à Dungarwan.
5 45 Waterford.
6 15 Cap Carnaroot.
10 30 Sur les côtes depuis Grenord jusqu’à l’île d’Alque.
9 0 Dublin, l’île de Man.

Italie.

Le mouvement des eaux est insensible dans presque toute l’étendue de la mer Méditerranée. Il y a divers courans, il est vrai, mais sans flux & reflux. La mer ne monte sensiblement que dans le fond du golfe de Venise, dans l’Archipel, & au fond de la mer Noire. A Venise, elle monte de trois piés : elle monte d’autant moins qu’on s’éloigne plus du fond du golfe.

Amérique.

J’ai peu de connoissance de ce qui regarde le flux & le reflux des mers d’Amérique. Voici le peu que j’en ai rassemblé dans les meilleurs livres que j’aye pu consulter.

Dans la Zone Torride, la mer ne monte que de 3 ou 4 piés.

Cependant à Panama, le flux monte à plus de 16 piés.

Dans la baie d’Hudson, la mer monte jusqu’à 16 piés.

Au port de Saint-Julien, vers l’extrémité de la terre Magellanique, l’élévation des eaux est de 20 à 25 piés.

Dans le port de Chéquetan, distant de 30 lieues à l’oüest d’Acapulco’en Mexique, la mer monte de 5 piés.

A l’embouchure de la riviere des Emeraudes, 16 piés.

A Guayaquil en Pérou, 16 piés : établissement, 10 heures.

A l’île Gorgone sur la même côte, 14 piés.

Aux îles de Lobos sur la même côte, 3 piés.

A l’île de Jean Fernandez, 7 piés.

A l’entrée orientale du détroit de Magellan, 21 piés : établissement, 11 heures.

A l’embouchure de la riviere des Amazones, selon Orellane, l’eau monte près de 30 piés.

Aux Antilles, l’eau ne monte que de 3 piés.

A Louisbourg, la mer monte de 5 piés 8 pouces : l’établissement est 7h 15′.

Entre l’île Royale & l’Acadie, au détroit de Fronsac, 5 piés 4 pouces : heure 8h 30′.

Au passage de Bacareau sur la côte de l’Acadie, la mer aux solstices monte à près de 9 piés : heure 8h 15′. Au fond de la même baie, l’eau monte, à ce qu’on assûre, de 60 à 70 piés.

Afrique.

Aux Canaries, la mer monte de 7 à 8 piés.

A l’île de Gorée, 6 à 7 piés.

Le long des côtes de Guinée, elle monte assez généralement de 3 piés, & de 5 ou 6 aux embouchures des rivieres & entre les îles.

A l’embouchure de la riviere de S. Vincent, sur la côte de Grain en Guinée, elle monte de 8 ou 9 piés au moins ; & de 6 ou 7 au cap Corse sur la côte d’Or.

A Bandi, sur la même côte de Guinée dans le golfe, l’établissement est de 4 heures.

Entre l’île de Loanda & la terre ferme d’Angola, la plus grande hauteur des eaux est de 4 à 5 piés : mais elle est de 8 piés à l’embouchure de la riviere de Quanza.

Au cap de Bonne-Espérance, établissement 2h 3′ : hauteur des eaux, 3 piés.

A l’île de Socotora, vis-à-vis le cap Guardafuy, établissement 6 heures.

Au-dessous de Suaquem dans la mer Rouge, la mer monte de 10 piés, de 4 seulement dans la baie de Suaquem, & de 6 sur les côtes : mais à 7 lieues au nord de Suaquem, on nous dit que la mer monte jusqu’à 22 coudées, & bien plus haut encore vers Suez.

Asie.

A Aden en Arabie, la hauteur des eaux est de 6 à 7 piés.

A Tamarin aux Indes orientales, établissement 9 heures : la mer monte jusqu’à 12 piés.

Aux Moluques, & sur la côte occidentale de l’île Formose, elle ne monte que de 3 ou 4 piés.

Flux

Flux, s. m. (Medec.) ce terme a plusieurs significations, mais qui concourent toutes à exprimer un transport d’humeurs d’une partie dans une autre, soit pour y être déposées, soit pour y être évacuées ; ainsi dans le premier cas, le mot flux est synonyme à celui de fluxion. Voyez Fluxion. Dans le second cas, il est employé pour désigner tout écoulement contre nature, de quelque humeur que ce soit, par quelque partie qu’il se fasse. On ne distingue ordinairement les différentes especes de flux, que par des épithetes relatives à la source immédiate de la matiere de l’écoulement, c’est-à-dire à la partie qui la fournit, ou à cette matiere même, ou aux circonstances de l’écoulement.

De la premiere espece, sont le flux hépatique, les différens flux utérins, &c. dont la matiere coule du foie, de la matrice, &c. Voyez Hépatique (Flux), Utérin (Flux), &c.

De la seconde espece sont les différens flux hématiques, le flux céliaque, le flux salivaire, &c. dans lesquels la matiere de l’écoulement est du sang, du chyle, de la salive, &c. Voyez Hémorrhagie, Hémorrhoïde, Céliaque (Passion), Salivation, &c.

De la troisieme espece, sont le flux menstruel, le flux lochial, dans lesquels l’écoulement doit naturellement se faire dans des tems reglés ou dans des cas parriculiers ; le premier chaque mois, le second après chaque accouchement. Voyez Menstrues, Lochies.

Le mot flux n’est employé que rarement dans les écrits des Medecins, parce qu’on s’y sert le plus souvent de termes tirés du grec, propres à chaque sorte de flux ; ainsi on appelle diarrhée le flux, le cours de ventre, diabetes le flux d’urine, gonorrhée le flux de semence, &c. Voyez Diarrhée, Diabetes, Gonorrhée, &c.

La dyssenterie avec déjections sanglantes, est appellée vulgairement flux de sang, quoique cette derniere dénomination convienne à toute hémorrhagie, dans quelque partie qu’elle se fasse. Voyez Dyssenterie, Hémorrhagie.

Flux dyssenterique

Flux dyssenterique, (Manége, Maréchall.) quelques medecins l’ont nommé diarrhée sanglante.

Cette maladie s’annonce par des excrémens glaireux, bilieux, sanieux, sanglans, féculens, mêlés à des matieres filamenteuses, &c.

Elle est le plus souvent une suite du flux de ventre dans lequel il y a douleur, inflammation, irritation, voyez Flux de ventre, & elle reconnoît les mêmes causes. Ici la bile est beaucoup plus acre & infiniment plus stimulante ; aussi les douleurs intestinales sont-elles extrèmement violentes & les spasmes très-cruels. L’animal est extrèmement fatigué, surtout lorsque les intestins grêles sont attaqués, ce dont on ne peut douter, quand on s’apperçoit d’un grand dégoût & d’un grand abattement dès les premiers jours de la maladie. Si les matieres chargées d’une grande quantité de mucosité sont legerement teintes de sang, ainsi que dans la dyssenterie blanche, l’éro- sion, les exulcérations des intestins ne sont point encore bien considérables : mais si le sang est abondant, comme dans la dyssenterie rouge, & que les déjections soient purulentes, on doit craindre la putréfaction sphacéleuse qui peut conduire incessamment le cheval à la mort.

La premiere intention & le premier soin du maréchal doit être d’appaiser les accidens. La saignée est un remede indispensable. Il la multipliera selon le besoin. L’animal sera mis au son, à l’eau blanche, à la décoction faite avec la rapure de corne de cerf, & dans laquelle on aura fait bouillir des têtes de pavot blanc ; son régime sera le même, en un mot, que celui qu’il doit observer dans le flux de ventre qui peut dégénérer en dyssenterie. On prescrira en même tems des lavemens anodyns, faits avec le bouillon de tripe ou le lait de vache, trois ou quatre jaunes d’œufs, & trois onces de sirop de pavot blanc. Dans le cas de la purulence des matieres, on feroit succéder à ceux-ci des lavemens, des bouillons de tripe dans lesquels on délayeroit des jaunes d’œufs & deux ou trois onces de térebenthine en résine. Le cérat de Galien ajoûté à ces lavemens, n’est pas moins efficace que la térebenthine.

En supposant que les douleurs soient diminuées ou calmées, & que les symptomes les plus effrayans commencent à disparoître, on pourra donner à l’animal pendant quelques jours avec la corne, une décoction legere d’hypecacuana, cette racine ayant été mise en infusion sur de la cendre chaude l’espace de douze heures dans une pinte d’eau commune, à la dote d’une once. Insensiblement on substituera à l’eau commune une tisane astringente, composée de racines de grande consoude & de tormentille : mais le maréchal ne doit point oublier que les stiptiques & les astringens ne doivent être administrés qu’avec la plus grande circonspection, ainsi que les purgatifs, lors même que l’animal paroît sur le point de son rétablissement.

Flux de ventre

Flux de ventre, (Manége, Maréchall.) diarrhée, dévoiement, termes synonymes par lesquels nous désignons en général une évacuation fréquente de matieres différentes, plus ou moins ténues, plus ou moins copieuses & plus ou moins acres, selon les causes qui y donnent lieu. Cette évacuation se fait par la route ordinaire des déjections ; les matieres se montrent quelquefois seules, & le plus souvent elles accompagnent la sortie des excrémens, qui sont dès lors plus liquides.

Tout ce qui peut déterminer abondamment le cours des humeurs sur les intestins, en occasionner le séjour & l’amas, former obstacle à la résorption des sucs digestifs, obstruer les orifices des vaisseaux lactés, affoiblir, augmenter le mouvement péristaltique ou l’action des fibres intestinales, & troubler les puissances digestives, doit nécessairement susciter un flux de ventre. La transpiration insensible interceptée d’une maniere quelconque, un exercice trop violent, un repos trop constant, la protrusion difficile & douloureuse des crochets, l’inflammation des intestins, leur irritation conséquemment à une bile acre & mordicante, des alimens pris en trop grande quantité, des fourrages corrompus, l’herbe gelée, l’avoine germée, la paille de seigle, des eaux trop crues, trop froides, des eaux de neige, une boisson qui succede immédiatement à une portion considérable d’avoine, des purgatifs trop forts, &c. sont donc autant de causes que l’on peut justement accuser dans cette circonstance.

Le traitement de cette maladie demande de la part du maréchal une attention exacte, eu égard à leurs différences.

Dans le cas où il est question de l’abondance des humeurs & de leur séjour, ainsi que de leur amas,ce dont il sera assûré par les borborygmes qui se feront entendre, & par la liquidité & la blancheur des excrémens, il purgera l’animal ; il s’attachera ensuite à fortifier les fibres de l’estomac & des intestins, dont la foiblesse & le relâchement favorisent l’abord & l’accumulation dont il s’agit. Pour cet effet il aura recours aux remedes corroborans, tels que la thériaque, le diascordium, la cannelle enfermée dans un noüet suspendu au mastigadour, &c. La rhubarbe seroit très-salutaire, mais elle jetteroit dans une trop grande dépense.

Lorsqu’il y aura inflammation, irritation, douleur, chaleur, tension des muscles du bas-ventre, & que les déjections seront jaunâtres, verdâtres & écumeuses, il employera les médicamens dont l’effet est de délayer, de détendre, de calmer & d’adoucir ; & quelque tems après que les symptomes seront dissipés, il terminera la cure par des purgatifs legers.

Les lavemens émolliens multipliés, les décoctions des plantes émollientes données en boisson, les têtes de pavot blanc dans les lavemens & dans ces mêmes décoctions, supposé que les douleurs soient vives, la saignée même, si l’on craint les progrés de l’inflammation, la décoction blanche de Sydenham, c’est-à-dire la corne de cerf rapée à la dose de quatre onces, que l’on fera bouillir dans environ trois pintes d’eau commune, pour jetter cette même eau dans les décoctions émollientes dont j’ai parlé, produiront de grands changemens. Les purgatifs convenables après l’administration de ces remedes, & ensuite de leur efficacité, pour évacuer entierement les humeurs vitiées qui entretiennent la cause du mal, seront une décoction de sené à la dose d’une once & demie, dans laquelle on délayera trois onces de casse ou trois onces d’électuaire de psillio, &c.

Il importe au surplus que le maréchal soit très-circonspect & ne se hâte point d’arrêter trop tôt le flux de ventre, qui souvent n’est qu’une suite des efforts de la nature, qui se décharge elle-même des matieres qui lui sont nuisibles, & qui dès lors est très-salutaire à l’animal.

Flux d’urine

Flux d’urine, (Manége, Maréchal.) évacuation excessive & fréquente de cette sérosite saline, qui séparée de la masse du sang dans les reins & conduite à la vessie par la voie des ureteres, s’échappe au-dehors par celle du canal de l’urethre. Cette évacuation n’a lieu que conséquemment à la volonté de l’animal, & le flux n’est en aucune façon involontaire, comme dans l’incontinence d’urine.

Dans le nombre infini de chevaux que j’ai traités, je n’en ai vû qu’un seul attaqué de cette maladie. Elle me paroît d’autant plus rare dans l’animal qui fait mon objet, que très-peu de nos écrivains en font mention. Je ne m’arrêterai point à ce qu’ils nous en ont dit ; car je ne m’occupe que du soin de me préserver des erreurs répandues dans leurs ouvrages, & je me contenterai d’insérer simplement ici l’observation que le cas dont j’ai été témoin, m’a suggérée.

Un cheval ayant été tourmenté par des tranchées violentes, accompagnées de rétention d’urine, fut mis à un très-long usage de diurétiques les plus puissans. Les remedes les plus salutaires & les plus efficaces ne sont dans les mains ignorantes qui ont la témérité & l’audace de les administrer, que des sources de nouveaux desordres & de nouveaux maux. L’animal fut atteint d’un flux tel que celui qui, relativement au corps humain, constitue la seconde espece de diabetes. Ses urines auparavant troubles, épaisses & semblables à celles que rendent les chevaux sains, étoient crues, limpides, aqueuses, & si abondantes qu’elles surpassoient en quantité l’eau dont on l’abreuvoit ; & il ne se saisissoit du fourrage que dans le moment où il avoit bû. Cette derniere circonstance fut la seule qui étonna le maréchal au- quel il étoit confié ; il se félicitoit d’ailleurs d’avoir sollicité la forte évacuation dont il ne prévoyoit pas le danger, & vantoit ingénument ses succès. Le propriétaire du cheval, alarmé de l’éloignement que le cheval témoignoit pour tous les alimens qui lui étoient offerts, eut recours à moi. Après quelques questions faites de ma part au maréchal, je crus pouvoir décider que le défaut apparent d’appétit n’avoit pour cause qu’une grande soif, & que l’écoulement excessif de l’urine n’étoit occasionné que par la dilatation & le relâchement des canaux secrétoires des reins, ensuite de la force impulsive qui avoit déterminé les humeurs en abondance dans ces conduits. La maladie étoit récente, je ne la jugeai point invincible. Je prescrivis d’abord un régime rafraîchissant, car j’imaginai qu’il étoit important de calmer l’agitation que des diurétiques chauds, & du genre des lithontriptiques, devoient avoir suscitée. J’ordonnai qu’on tînt l’animal au son, & qu’on lui en donnât quatre fois par jour, arrosé d’une décoction forte de racines de nenuphar, de guimauve & de grande consoude. Je prohibai une boisson copieuse, & je fis bouillir dans l’eau dont on l’abreuvoit, une suffisante quantité d’orge. Ces remedes incrassans opérerent les effets que je m’en étois promis ; l’animal fut moins altéré, il ne dédaignoit plus le fourrage, & ses urines commençoient à diminuer & à se charger. Alors je le mis à l’usage des astringens. J’humectai le son avec une décoction de racines de bistorte, de tormentille & de quinte-feuille ; enfin les accidens s’évanoüissant toûjours, & le cheval reprenant tans cesse ses forces, on exigea de lui un exercice, qui excitant de legeres sueurs, le rappella entierement à son état naturel.

Flux

Flux, (Chimie, Metallurg.) se dit en général de toute matiere destinée à accélérer la fusion des substances qui n’y entrent que difficilement, ou à la procurer à celles qui sont absolument infusibles par elles-mêmes. Dans ce rang on a abusivement placé les corps réductifs qui ne sont que donner du principe inflammable sans fondre par eux-mêmes ; les fondans qui procurent la fusion sans réduire, avec ceux qui, étant composés des deux premiers & opérant leur double action, méritent seuls de porter le nom de flux simplement, ou de flux réductifs. Nous allons entrer dans le détail de ces différentes especes, & assigner leurs emplois particuliers.

Flux blanc. On prend une certaine quantité du flux crud, à parties égales de nitre & de tartre, que nous décrirons ci-après. On le met dans une poesle de fer ou dans un creuset, dont les deux tiers restent vuides. On place ce vaisseau sur un feu médiocre : ou la matiere s’embrase toute seule, ou bien on l’alume avec un charbon ardent, sans la mettre sur le feu. Elle détonne & s’enflamme rapidement. Le bruit cessé ; on trouve au fond du vaisseau une masse saline rouge, qu’on pile & enferme toute chaude dans une bouteille de grès pour le besoin. Cette préparation s’appelle aussi alkali extemporané. On la bouche bien, parce qu’elle attire l’humidité de l’air presqu’aussi rapidement que l’alkali fixe, dont elle ne differe qu’en ce qu’elle contient un peu de phlogistique. Elle est d’un blanc grisâtre.

Flux crud. On met en poudre fine, separément du nitre & du tartre. On prend parties égales pour faire le flux blanc décrit ci-dessus. Si l’on veut faire du flux noir, on met deux ou trois parties de tartre sur une de nitre ; on mêle bien le tout par la trituration, & on le garde dans des vaisseaux bien bouchés, quoiqu’il ne souffre pas beaucoup d’altération quand il est exposé à l’air libre.

Flux noir. Nous avons dit qu’il contenoit plus de tartre que le blanc. La préparation en est la même : mais il ne détonne pas avec autant de rapidité. Laraison en est sensible ; ce phénomene est dû au nitre qui est ici empâté d’une plus grande quantité de tartre. Voici l’explication que donne M. Roüelle de cette inflammation. Le nitre ne s’enflamme point par lui-même dans un creuset rouge où il est en fonte. Il lui faut le contact d’un charbon ardent. Ce charbon met donc le feu au nitre, & le fait détonner ; celui-ci brûle le tartre à son tour & le réduit en charbon ; & ce charbon du tartre sert de porte-feu aux molécules nitreuses qui se trouvent auprès de lui, & ainsi successivement, jusqu’à ce que toute la masse ait subi la détonnation. Ce raisonnement est fondé sur l’expérience qui apprend que souvent le feu s’éteint dans la préparation du flux noir, parce qu’on n’a pas bien mêlé les ingrédiens, ou qu’il arrive, malgré cela, que deux molécules de tartre se trouvant près l’une de l’autre, la premiere enflammée n’a pas assez de force pour réduire sa voisine en charbon, & qu’ainsi la détonnation cesse. Quand ce petit accident arrive, on présente de nouveau le charbon ardent à la composition, ou même on l’y laisse tout-à-fait. L’alkali fixe qu’il y introduit y est en si petite quantité, qu’il ne mérite aucune considération. Plusieurs artistes préferent à ce sujet un vaisseau élevé à une poesle, parce que cet inconvénient n’y arrive pas aussi fréquemment, la composition y étant plus entassée. Ils le choisissent d’étroite embouchure, & le ferment d’un couvercle. Mais cette précaution est au-moins inutile dans la préparation du flux blanc, & sur-tout dans celle du flux noir, pour ne pas dire qu’elle y est même nuisible. La vapeur qui s’éleve pendant ce tems, est un clyssus (voyez cet article) qui contient de l’eau, un peu d’acide nitreux, & d’alkali volatil du tartre. Ainsi on court risque de ne retenir que des substances nuisibles aux desseins qu’on se propose, qui sont d’avoir un alkali bien sec, & sans le concours d’aucun sel neutre.

Si l’on n’a point recours au charbon ardent, & qu’on fasse détonner ce mélange par lui-même sur le feu, l’explication du phénomene reste toûjours la même. C’est toûjours le tartre mis en charbon par le contact du nitre ou du creuset rougis au feu. Voy. la théorie de l’inflammation des huiles & du nitre alkalisé par le charbon.

Cette opération se termine dans un instant, & celle du flux blanc plus rapidement que celle du flux noir. Celle-ci donne un sel alkali noirci par la grande quantité du charbon du tartre, qui prend aussi le nom d’alkali extemporané. Il faut le conserver ainsi que le flux blanc, dans une bouteille de grès ou de verre bien bouchée, & tenue dans un lieu sec & chaud. Si, faute de ce soin, ils prenoient l’humidité de l’air, il les faudroit rejetter, comme incapables de remplir les vûes qu’on se propose. La raison en est sensible : l’alkali fixe retient l’humidité de l’air, avec autant de force qu’il l’attire avec rapidité. Ainsi on ne peut l’enlever au flux, qui ne differe de l’alkali que par le concours du phlogistique, qu’en le calcinant à un feu vif qui dissipe en même tems ce phlogistique, dont la perte réduit le flux à un simple alkali. Voyez ci-après l’alkali fixe en qualité de fondant. Pour prévenir cet inconvénient, quelques chimistes ne font leur flux noir qu’à mesure qu’ils en ont besoin. Ils mettent avant l’opération dans le creuset qui doit y servir, la quantité de flux crud qui leur est nécessaire. La détonnation est l’affaire d’un instant, & l’on sait qu’il faut mettre environ le double de la quantité qu’on veut avoir, parce que la perte va à-peu-près à moitié. Les artistes qui sont dans l’usage de mettre le flux crud avec leurs ingrédiens, doivent souvent manquer leurs opérations. Et en effet, la détonnation ne peut s’en faire dans un creuset dont le couvercle est lutté, condition requise pour la réduction ; sans compter que le clyssus peut enlever par trusion quelques mo- lécules de la matiere d’un essai, & le rendre faux.

La distillation du tartre donne un résidu qui est un flux noir tout fait. Voyez Tartre. On peut l’employer aux mêmes usages. Il n’en est pas de même de celui de la distillation de la lie ; il contient outre cela un tartre vitriolé qui nuiroit à l’opération par le foie de soufre qui résulteroit de sa présence. Voyez Foie de soufre.

Quand nous avons dit que ces flux vouloient être conservés dans des bouteilles de grès ou de verre, nous avons voulu exclure en même tems les bouteilles de terre vernissées. Cette attention ne seroit pas nécessaire pour la conservation d’un flux qu’on n’employe qu’à des réductions ordinaires ; mais dans les essais où tout doit être de la derniere exactitude, il seroit à craindre que les petites écailles détachées de la bouteille, ne portassent du plomb, & même de l’argent dans l’opération ; car ce vernis n’est que du plomb ou de la litharge vitrifiés avec le sable qui se trouve à la surface du vase ; & l’on sait que le verre de plomb est réductible, au moins en partie.

Nous allons passer aux corps simplement réductifs, ensuite à ceux qui ne sont que fondans ; & nous parlerons en dernier lieu de ceux qui sont réductifs & fondans.

On réduit des chaux métalliques avec la graisse ou le suif.

Le noir de fumée sert à la réduction de quelques corps. C’est le charbon de la résine.

Les Potiers-d’étain ont toûjours soin de tenir sur leur étain des charbons allumés, ou du suif ou de la graisse, ou de l’huile, ou même ils fondent leur étain sous les charbons.

La même méthode se trouve aussi pratiquée par quelques plombiers & les Fondeurs en cuivre.

Les ouvriers qui font le fer-blanc, ont grand soin de tenir une couche de suif ou de graisse de quelques doigts sur l’étain fondu, dans lequel ils plongent leur feuille de fer préparée, pour empêcher que la chaux qui ne manqueroit pas de se former à la surface de leur métal en bain, ne vienne à adhérer à la surface de la feuille de fer, & ne s’oppose par-là l’adhérence de l’étain. Voyez Fer-blanc, Chaux & Soudure.

Les Chauderonniers jettent de tems en tems de la résine blanche ou du suif sur l’étamage en bain, pour la même raison que ceux qui travaillent au fer-blanc. La résine se convertit en charbon ou noir de fumée.

Les Ferblantiers passent de tems en tems de la résine ou de la colophone sur leur soudure, ou l’y jettent en poudre pour empêcher aussi la calcination.

Les Chauderonniers fondent leur soudure, qui est composée de zinc & de cuivre, dans une poesle de fer à-travers les charbons embrasés, pour empêcher la calcination, ou réduire les molécules metalliques que le feu auroit pû mettre en cet état.

On ajoûte après la fonte de l’alliage qui doit faire le tombac, le similor, &c. un morceau de suif, &c. pour réparer la perte du phlogistique.

La mine de plomb ordinaire se fond à-travers les charbons ardens, pour reprendre le phlogistique qu’elle a pû perdre par la calcination, & avoir un réductif continuel qui l’empêche d’en perdre davantage, ou qui lui restitue celui qu’elle peut perdre même dans la fonte. Si on y ajoûte de l’écaille de fer, c’est pour absorber le soufre qu’elle a pû retenir. Voy Fonte en grand.

On empâte avec de la poix la mine d’étain, qu’on réduit entre deux charbons joints par des surfaces plates & bien polies, dans l’inférieur desquels il y a deux fossetes communiquant par une petite rigole, dont la premiere sert de creuset, & la seconde de cone de fer.

On la stratifie encore avec les charbons, commenous l’avons dit de la mine de plomb, mais sans addition.

La mine d’antimoine se calcine peu, si on a soin de lui ajoûter de la poudre de charbon, & n’a guere de chaux que l’apparence.

Dans la cémentation du zinc avec le cuivre pour en faire du laiton, on employe le poussier de charbon. Voyez plus bas le zinc comme fondant du cuivre.

Le fourneau allemand fournit, par le contact immédiat des charbons ardens, aux metaux qu’on y fond, un phlogistique continuel qui pénetre les pores ouverts des molécules metalliques, & les réduit. Voyez Fonte en grand.

On convertit le fer en acier, en lui donnant un phlogistique surabondant par la cémentation avec la poudre de charbon, les ongles, les cornes, les poils, la graisse des animaux, & avec de l’huile. Les autres ingrédiens qu’on y ajoûte, ne servent que pour donner du corps au cément. Voyez Acier. Ce n’est pas qu’il en devienne plus fusible, mais il fait exception parmi les autres metaux & demi-metaux, excepté l’arsenic dont la chaux est fusible, &c. On fait encore de l’acier en plongeant l’extrémité d’une barre de fer dans la fonte en bain. La barre enleve le phlogistique à la fonte.

La trempe en paquet, cette opération qui consiste à réduire en acier les épées, les pieces des platines des fusils, & autres petits ustensiles d’acier, se fait avec un cément où les Ouvriers font entrer la boue des rues, l’ail, les oignons, l’urine, les excrémens, le suif, la graisse, l’huile, la farine, les œufs, le lait, le beurre, &c. Voyez Trempe en paquet.

On fait aussi de l’acier en mettant une barre de fer dans un creuset sans addition, fermant le creuset & l’exposant pendant un certain tems au feu.

Ce qui précede prouve donc que tout corps inflammable, de quel regne & de quel individu des trois regnes qu’il soit tiré, produit toûjours les phénomenes de la réduction. Voyez Calcination, Chaux, Phlogistique & Réduction. Venons-en actuellement aux fondans ou menstrues secs.

Le feu mérite la premiere place, comme étant le fondant de tous les corps & l’instrument sans lequel ils seroient dans une inaction parfaite, à l’exception peut-être de l’air & du mercure.

Si l’on met du cuivre sur du plomb bouillant, celui-là disparoît bien-tôt, pour ne plus former avec le plomb qu’une seule & même masse homogène en apparence.

Le plomb produit encore le même phénomene avec l’or & l’argent, & les fond à un moindre degré de feu que s’ils eussent été seuls. Voyez Essai, Affinage & Raffinage de l’argent.

Ce métal dissout encore le cuivre, l’or & l’argent alliés ensemble. Voyez Œuvre & Liquation.

L’étain est aussi dissous par le plomb, au degré de feu nécessaire à tous les deux, & forme avec lui une masse homogène en apparence, plus fusible que l’un & l’autre ne l’étoient avant. Voyez Soudure des Chauderonniers & des Ferblantiers. Mais pour que la combinaison persiste, il ne faut pas leur donner un plus grand degré de feu. Voyez calcination de l’étain par le plomb. Potée.

Le plomb & le fer réduits en scories, se dissolvent aisément, ce qu’ils ne pouvoient faire avec leur metallicité, & forment un verre d’un roux opaque.

Les demi-métaux fondent aisément avec le plomb, mais ils lui enlevent sa malléabilité, & lui donnent une couleur noire, d’obscure qu’elle étoit avant. Il est bon d’avertir ici qu’en nous servant de l’expression générale de demi-métaux, nous ferons toûjours exception du mercure & du cobolt. Ainsi nous les spécifierons quand il sera nécessaire.

La litharge, ou le verre de plomb par lui-même, étant mêlé par la trituration à des pierres vitrescibles, les réduisent en verre à un feu beaucoup moins violent qu’il n’eût été nécessaire à tous les deux pour subir cet état. Ce verre devient si pénétrant par une quantité considérable de litharge, qu’il perce les creusets, à moins qu’ils ne soient d’une composition particuliere. Voyez Litharge, Verre de Saturne & Creuset.

Elle produit le même effet avec toutes les pierres calcaires ; avec cette différence, qu’elles en demandent une plus grande quantité pour devenir aussi fluides.

Elle dissout les apyres même les plus réfractaires, pourvu toutefois qu’on ait la précaution de bien mêler par la trituration, & de donner un leger degré de feu long-tems continué.

Le cuivre entre aisément en fonte à l’aide de la litharge ; mais elle en consume une très-grande partie, & le change avec elle en un verre très-pénétrant.

Elle réduit l’étain & sa chaux en un verre blanc de lait brillant & opaque, avec une legere teinte de jaune. Voyez Émail.

L’or & l’argent en sont aussi dissous, mais sans perte, parce qu’elle n’a pas les propriétés d’enlever leur phlogistique. Voyez Essai, Affinage & Raffinage de l’argent.

L’étain dissout aisément l’or, l’argent & le cuivre ; mais il les rend très-fragiles, s’ils n’en contiennent qu’une petite quantité. Voyez Bronze. Il dissout aussi le fer, & il sert même à le souder.

Les demi-metaux se fondent aisément avec ce metal ; mais il leur donne de la fragilité, s’il est en petite quantité avec eux.

Le cuivre dissout l’or & l’argent. Voyez Monnoie.

L’or & l’argent se dissolvent l’un l’autre. Voyez Inquart, Départ, Monnoie, &c.

Ils se mêlent intimement aussi avec le fer ; & même l’or sert à souder le fer & l’acier, pourvu toutefois qu’il soit bien pur.

L’arsenic mêlé par une trituration exacte aux différentes terres & pierres vitrescibles, calcaires & apyres, les dispose ordinairement à une prompte fusion.

Fondu avec le cuivre, il lui donne une fusion aisée & assez prompte ; & il le réduit en un metal d’autant plus aigre, qu’il est en plus grande quantité.

Avec l’étain, il en fait une masse blanche, claire, par écailles, & qui imite presque le zinc à l’inspection : mais il se forme une grande quantité de chaux d’étain, mêlée d’arsenic, qui lui adhere.

Le plomb mêlé à l’arsenic & exposé à un feu doux auquel il ne bout ni ne fume tout seul, éprouve ces deux états, & est volatilisé, s’élevant sous la forme d’une fumée très-épaisse, & laissant après lui un verre jaune très-fusible. Il reste aussi du plomb qui est fragile & obscur.

L’arsenic pénetre aussi l’argent, & en fait un composé d’un beau rouge vif, si on y ajoûte une petite quantité de soufre.

Il pénetre l’or aussi, & le rend terne & fragile : & si l’on expose alors ce mélange subitement à un grand feu, l’or s’y dissipe en partie.

Mêlé au verre de plomb, il lui donne plus de pénétration & d’activité. Il fond aussi le spath.

Il fait un verre avec l’alkali fixe & les cailloux.

Ce demi-metal est enfin résous à son tour par différens metaux, sur lesquels il produit mutuellement la même action.

Le régule d’antimoine donne un verre qui agit beaucoup plus puissamment sur les corps que la litharge ; car il a la propriété d’atténuer les pierres de toutes les especes, de les dissoudre, & de les changer même en scories.

L’antimoine & son régule causent la même altération à tous les metaux, les réduit même en scories, & les volatilise.

Ce que nous avons dit de l’arsenic au sujet de l’union qu’il fait avec les différens metaux, est également vrai du régule d’antimoine. Car le metal qu’il fond le plus rapidement, est le fer, & après lui le cuivre, &c. Voyez Caracteres d’Imprimerie.

Le bismuth a la propriété de fondre à un degré de feu bien moins considérable que le régule d’antimoine, les métaux de difficile fusion. Il s’unit facilement avec eux. Voyez ce qu’on en dira dans la partie des flux.

Le zinc se mêle aisément avec le plomb & l’étain, qu’il aigrit en raison de sa quantité.

Si on le fond avec quatre ou même six parties de cuivre, celui-ci est plus fusible. C’est le laiton. Il prend une belle couleur d’or, si on lui mêle de l’étain d’Angleterre.

L’alkali fixe dissout au grand feu toutes sortes de pierres & de terres, & principalement les vitrescibles ; d’où il résulte différens verres. Voyez la lithogéognosie de Pott ; la verrerie de Kunckel, & les articles Verrerie, Email & Porcelaine.

Il fond aisément l’or & l’argent.

Il facilite aussi beaucoup la fusion du fer & du cuivre, qu’il consume ensuite.

L’alkali fixe est sur-tout employé à la réduction des précipités métalliques, c’est-à-dire des chaux des métaux faites par les acides ; mais on ne l’employe guere seul que pour l’or, l’argent ou le mercure. Voyez Nitre alkalisé par les métaux.

Le borax fond & vitrifie toutes les terres, & les terres qu’on mêle avec lui.

Il facilite extrèmement la fusion de l’or, de l’argent & du cuivre. Voyez Soudure.

Le nitre facilite beaucoup la fusion des métaux ; mais on ne l’employe seul que pour l’or & l’argent. Voyez Nitre alkalisé par les métaux.

Le sel marin ne s’employe seul non plus que le nitre, & est plûtôt regardé comme un défensif du contact de l’air que comme un fondant. Voyez Essai, Fusion, & plus bas ce qui regarde les flux réductifs.

Le fiel de verre est d’un usage fréquent dans la partie de la chimie qui traite des métaux ; mais mal-à-propos, selon M. Roüelle. Cet illustre chimiste ayant remarqué que ce corps est un mélange de verre, d’alkali, de la soude, de tartre vitriolé, & de sel de Glauber, a conclu justement que par ces deux derniers sels il faisoit un foie de soufre, qui, dissolvant les métaux au lieu de les réduire, rendoit un essai faux. Voyez Foie de soufre & Soufre artificiel. Il est étonnant qu’un chimiste aussi éclairé que M. Cramer, n’ait pas assez observé ce corps, & qu’il ne fasse presque pas un essai sans y faire entrer cet absurde ingrédient. Voyez plus bas l’article des Flux composés, qui sont de lui.

Le sel ammoniac n’est employé comme fondant qu’au défaut du nitre & du sel marin.

Le soufre fond aisément l’argent, & lui donne assez l’apparence du plomb.

Il pénetre le cuivre & le réduit en une masse friable & spongieuse. Voyez Cémentation du cuivre avec le soufre ou cuivre brûlé.

Il fond promptement le fer, & le réduit en une scorie spongieuse : il suffit pour cela de rougir une barre de fer, & de la froter avec un bâton de soufre.

Il facilite extrèmement la fonte du régule d’antimoine, auquel il rend son premier état de mine d’antimoine.

Il fond aussi le bismuth, mais moins aisément que le régule d’antimoine.

Il rend l’arsenic d’autant plus fusible, qu’il lui est uni en plus grande quantité. Voyez Arsenic jaune, rouge, Rubis d’arsenic, Orpiment, Réalgar.

Fondu avec deux parties d’alkali fixe, il fait le foie de soufre. Voyez Foie de soufre.

Ce foie a la propriété, par rapport au sel alkali qu’il contient, de faciliter & d’accélérer la fusion de toutes les pierres & les terres, ainsi que tous les métaux, même les réfractaires & les demi-métaux, excepté le mercure. Voyez sa révivification. Cramer.

Le sel fusible de l’urine, mêlé à parties égales avec l’argille, entre en fonte ; mais le mélange devient compacte & tout noir, semblable à une agate de cette couleur. Si on met deux parties de ce sel contre une d’argille, le mélange se fond très-bien ; mais il en résulte une masse compacte & grisâtre, dont la cassure ressemble presque à une agate ou à un caillou grisâtre. Quant au sel dont il est ici question, voyez Phosphore.

Six parties de craie, qui est un corps infusible par lui-même, & quatre parties d’argille, aussi infusible par elle-même, donnent un corps dur & bien lié, mais sans transparence.

Quatre parties d’argille avec une partie de spath alkalin, donne une masse très liée, & qui reste opaque : mais si l’on mêle ces deux substances en une certaine proportion, & qu’on expose ce mélange à un feu suffisant & long-tems continué, il se changera enfin en un corps tirant sur le jaune, & pour l’ordinaire verdâtre, transparent & parfaitement dur, qui peut être compté parmi les chefs-d’œuvres de l’art, Pott. Nous allons passer aux flux réductifs simples & composés.

Le tartre crud, le résidu de sa distillation, le savon, le flux blanc & le flux noir, sont des flux réductifs simples. Voyez ce que nous avons dit des deux derniers, au commencement de cet article, & les exemples que nous en allons donner de chacun en particulier.

De la limaille ou des lamines de fer fondues rapidement avec leur double d’étain, du tartre, du verre, & des cendres gravelées, donnent un régule blanc, fragile, & attirable par l’aimant.

Le cuivre facilite la fusion du fer ; mais on ne réussit bien dans cette opération, qu’en couvrant la surface de la matiere avec un mélange de tartre & de verre.

L’arsenic & l’alkali fixe, mêlés avec un corps contenant beaucoup de phlogistique comme le savon, la poudre de charbon & de tartre, fondus dans un bon creuset avec de la limaille & des lamines de fer, donnent un régule de fer blanchâtre & fragile. Si on veut unir au fer une grande quantité d’arsenic par cette méthode, il faudra mêler ensemble égales portions de limaille de fer & de tartre, y ajoûter le double d’arsenic, & jetter le tout dans un creuset rouge, afin de le fondre le plus rapidement qu’il sera possible. On versera cet alliage dans un cone ou une lingotiere, si-tôt qu’on s’appercevra que la fusion est achevée.

Si l’on traite le cuivre avec l’arsenic par la même méthode, il en résulte un composé qui est blanc, & qui conserve encore assez de malléabilité, principalement si on le fait fondre une fois ou deux avec le borax, afin de dissiper l’arsenic superflu. Si cependant on mêle une grande quantité d’arsenic avec le cuivre, il en devient cassant & obscur, & sa surface est sujette à se noircir dans l’espace de peu de jours, par le seul contact de l’air.

Si on allie le bismuth avec des métaux qui se fondent difficilement, il faut faire cette opération dans les vaisseaux fermés, parce qu’il se détruit aisément ; outre cela il faut augmenter le feu très-rapidement, & y faire les additions que nous avons prescrites en parlant de la limaille de fer, jointe avec son double d’étain.

Les mêmes additions doivent encore être faites à l’alliage du nitre avec les métaux de difficile fusion.

Pour réduire une mine fusible de plomb, on employe deux parties de flux noir, un quart de limaille de fer, & autant de fiel de verre, sur une partie de la mine calcinée, mais pesée avant la calcination. Voy. Essai.

Si la mine est rendue réfractaire par la présence des pyrites, sur deux parties de mine calcinée, pesée avant la calcination, on met six parties de flux noir & deux de fiel de verre.

Quand elle est réfractaire en conséquence des terres & des pierres, & incapable d’être traitée par le lavage ; sur deux parties de mine, pesée avant la calcination, puis calcinée, on met deux parties de fiel de verre, un peu de limaille de fer, & huit parties de flux noir.

La mine de cuivre fusible, & exempte d’arsenic & de soufre, demande trois parties de flux noir sur une de mine torréfiée, pesée avant la torréfaction. Nous avertissons ici, pour éviter les repétitions, que toutes les mines dont nous indiquons les quantités, sont toûjours roties & pesées avant leur grillage. Voyez Essai.

Si l’on a à réduire la mine de cuivre de l’article précédent, mêlée de terres & de pierres, inséparables par l’élutriation, qui la rendent réfractaire, à une partie de cette mine, on ajoûte quatre parties de flux noir, & une de fiel de verre.

On traite par la même méthode & avec les mêmes proportions de flux réductifs, la mine de cuivre martiale.

Quand elle est jointe à des matieres sulphureuses, arsenicales & demi-métalliques, les proportions des fondans & des réductifs sont encore les mêmes, & pour lors elle donne deux régules, l’un grossier, & l’autre moins impur.

Une mine de cuivre pyriteuse & crue peut être traitée par la stratification avec les charbons, avec une addition de scorie pour fondant. Voyez Fonte en grand. Il en résulte un régule grossier.

La même mine se peut encore traiter dans les vaisseaux fermés, & pour lors on ajoûte deux ou trois parties de verre commun ou de scories fusibles, un tiers ou un quart de borax à une de la mine ; on a un régule grossier.

Les régules grossiers des deux derniers articles, sont convertis en cuivre noir, si on les grille à différentes reprises, & qu’on leur ajoûte du flux noir : on peut encore faire cette réduction à-travers les charbons. Voyez Fonte en grand.

On examine la quantité de cuivre que peuvent contenir les scories de tous les articles précédens sur le cuivre, en leur ajoûtant du verre commun très fusible, ou le flux noir, si elles ne sont que peu ou point sulphureuses, pour les traiter dans les vaisseaux fermés : l’on peut encore suivre la méthode qui concerne la mine pyriteuse & crue, si on en a une grande quantité.

La mine d’étain se traite comme la mine fusible de plomb, excepté qu’on y ajoûte encore autant de poix que de limaille de fer. Voyez Essai.

La mine de fer se réduit, ainsi que nous l’avons dit à la fin de l’article Essai.

Mais si le régule en est fragile, & ne peut supporter un bon coup de marteau, soit quand il est froid ou quand il est chaud, s’il n’a point l’éclat métallique ; aux trois parties de flux blanc, & à une partie de verre pilé & de poudre de charbon, on ajoûte une moitié de chaux du poids total de ces ingrédiens. Voyez Fer.

La même mine, accompagnée de pierres réfractaires, demande égales parties de borax, outre le flux de l’avant dernier article.

Le fer crud ou cassant devient ductile, si étant mis sur un catin de brasque pesante, on le couvre de scorie fusible ou de sable, & qu’après l’y avoir fondu sous les charbons, on le pétrisse & l’étire sous le marteau. Voyez Fer & Acier.

On réduit ce métal en acier par la cémentation avec les corps inflammables : on se sert à ce sujet de différentes compositions qui reviennent toutes au même, quand elles fournissent un phlogistique exempt d’acide sulphureux. Sur une partie de poussier on met une demi-partie de cendres de bois, ou à deux parties de poudre de charbon, & une demi-partie de cendre de bois, on ajoûte une partie d’os, de cornes, de cuir, de poils brûlés à noirceur dans un vaisseau fermé, placé sur un feu modéré. Voy. Acier & Trempe en paquet.

On convertit encore en acier le fer aigre ou sa mine, en les fondant couvert de scories ou de sable sous les charbons dans un catin de brasque, & les martelant ensuite. Voyez Acier & Mine d’Acier.

La mine d’antimoine calcinée seule ou avec le nitre, ou bien détonnée avec ce sel, se réduit en régule avec un quart de flux noir : dans la calcination avec le nitre, on a soin de jetter du suif de tems en tems. Voyez Régule d’Antimoine.

Les fleurs de zinc blanches, ou bleues & grises, calcinées à blancheur à un feu ouvert médiocre, sont irréductibles par les flux réductifs ordinaires ou les fondans salins ; mais elles se vitrifient avec eux. Voyez les articles Nihil album, Pompholix, Laine philosophique, Vitriol de Zinc, &c.

Mais les fleurs bleues & grises, fondues même avec des sels privés de phlogistique, donnent quelques grains de zinc, comme avec le fiel de verre, la pierre à cautere. Voyez l’article suivant ; & dans le corps de cet Ouvrage, les articles qui y sont indiqués.

Le zinc & la plûpart des corps qui en tirent leur origine, sont les fondans du cuivre ; on cémente avec la poudre de charbon, la calamine, le zinc, la cadmie des fourneaux où l’on a traité le zinc, & la tuthie pour en faire du cuivre jaune. Voyez Laiton, Cémentation.

On réduit en régule deux parties de chaux d’arsenic avec une partie de flux noir, une demi-partie de fiel de verre, & autant de limaille de fer non rouillé ; ou bien seulement en l’empâtant d’une partie de savon, & y ajoûtant une demi-partie d’alkali fixe : le régule se sublime au couvercle du creuset, sous la forme de pointes prismatiques qui ressemblent à la seve du hêtre.

On réduit le cobolt avec le flux noir. Voyez le mémoire de M. Brandt.

On n’entendra bien tout ce qui précede & ce que nous allons dire, qu’on ne joigne à cet article la connoissance de la calcination, du phlogistique, & de la réduction. Voyez ces articles.

Il résulte de ce que nous avons dit sur les corps réductifs, qu’un métal qui a perdu par la calcination son phlogistique, le retrouve dans tout corps inflammable qui ne contiendra point d’acide vitriolique, & où la matiere du feu sera si étroitement unie à un corps fixe, qu’il n’y aura qu’un feu ouvert capable de la dégager, à moins que ce corps ne se trouve joint à un autre avec qui ce phlogistique a rapport. Le charbon, traité à la violence du feu dans les vaisseaux fermés, ne donne point son phlogistique ; le tartre, la corne de cerf, &c. traités par la même méthode, conservent aussi le leur. Il n’y a donc que la présence d’un autre corps, avec qui cette matiere de feu a analogie, qui puisse la leur enlever. Voyez Calcination.

Quand nous avons dit que la réduction se faisoitpar l’intermede de tout corps inflammable qui ne contient point d’acide vitriolique, il faut entendre par ce corps inflammable le phlogistique pur, uni à l’acide vitriolique, tel qu’il se trouve dans le soufre (voyez plus bas le soufre comme fondant) : car il y a des résines formées par l’union de l’acide vitriolique, comme il y en a de formées par celle de l’acide nitreux. Voyez Résine artificielle. Et l’expérience des Chauderonniers & Ferblantiers, &c. prouvent que les résines servent à la réduction. Il faut donc convenir qu’une huile essentielle, jointe à l’acide vitriolique, lui est tellement combinée, & l’empâte de façon qu’il ne nuit point à la réduction, & qu’elle ne fait plus d’union avec lui, si-tôt qu’elle est réduite en charbon ; qualité absolument nécessaire en pareille circonstance, & dont on peut déduire la preuve du charbon qui se sépare de la résine artificielle : ainsi cet acide vitriolique se dissipe dans le moment que le charbon se fait ; ce que l’on conclura naturellement des circonstances qui accompagnent la réduction. On sait qu’elle se fait à l’air libre ; & la résine n’a point été encore employée, que je sache, en qualité de réductif dans les vaisseaux fermés, où son acide pourroit aigrir le métal réduit, en formant du soufre.

Mais l’on ne doit point croire que les corps gras & huileux, avec lesquels on réduit une chaux métallique, restent dans leur état naturel, & la rétablissent en son premier état par leur nature grasse & huileuse : ce n’est qu’après que la combustion les a réduits en charbon, que ce phénomene arrive. Nous ne nous arrêterons point à prouver que la nature charbonneuse ne se produit que dans les vaisseaux fermés. Ce que nous avons dit sur le tartre crud, le tartre distillé, la corne de cerf, &c. le prouve assez, sans compter qu’on trouvera ce phénomene éclairci aux articles Charbon & Phlogistique.

La portion inflammable d’un réductif qui, en pénétrant une chaux métallique & s’y unissant, la rétablit dans son état de métal, est très-peu de chose eu égard à sa masse ; mais considérée du côté de ses effets, on sentira que sa quantité numérique & la ténuité de ses molécules simples sont presqu’infinies. L’illustre Stahl s’est convaincu par ses expériences, que le phlogistique ne constituoit qu’une trentieme partie du soufre, conjointement avec l’acide vitriolique ; mais après plusieurs expériences, il la trouva à peine un soixantieme. Qui sait d’ailleurs s’il n’enleve pas avec lui un peu de l’acide vitriolique auquel il est uni ? L’imagination se perd dans les ténebres profondes qui enveloppent ce mystere ; & l’on n’évaluera vraissemblablement jamais au juste la quantité de ce corps, que nous ne connoissons que par les phénomenes qu’il produit avec les autres ; car jusqu’ici on ne l’a jamais eu pur & dépouillé de toute matiere étrangere, & peut-être est-il incapable d’être mis en masse tout seul, & de se trouver pur ailleurs que dans l’atmosphere où il est divisé en ses élémens. Au reste il n’est pas le seul être dans la nature qui ne puisse être soûmis à cette épreuve. L’air ne se corporifie non plus qu’avec les autres corps. Voyez le traité allemand du soufre de Stahl, & les art. Soufre, Phlogistique, & Principe.

Le but de ceux qui travaillent au fer-blanc, & de ceux qui soudent & qui étament, n’est pas plus de réduire que d’empêcher la calcination. Tant qu’un métal fondu n’est point exposé à l’air (on en excepte l’or & l’argent, dont la calcination exige des manipulations singulieres), il demeure dans son état ordinaire ; mais si-tôt qu’il a communication avec lui, la matiere ignée qui joue à-travers, emporte avec elle celle qui constitue sa nature métallique, & ne peut être réparée que par celle que lui fournira un corps qui en sera impregné. Ainsi le corps réduc- tif empêchera la calcination de la partie du bain qu’il couvrira, & réduira la chaux de celle qu’il n’aura pas défendue du contact de l’air.

Les métaux à souder veulent être bien avivés, avant que la soudure y soit appliquée. S’il y avoit quelques saletés, elles empêcheroient le contact du métal & de la soudure ; on les lime donc pour obtenir cet avantage : le fer-blanc n’a pas besoin de ce préliminaire ; seulement dans le cas où il est gras, on le saupoudre de borax. Voyez les Fondans. L’étamage, qui n’est que l’application d’une plus grande surface de soudure, exige les mêmes précautions. Les ouvriers commencent par racler le vaisseau qui a été étamé une premiere fois ; mais quand il est neuf ils se contentent d’y jetter quelques pincées de sel ammoniac ou de sel marin, qui l’écurent, & le rendent par-là propre à s’allier avec l’étamage. Voyez les Fondans. Par l’usage où ils sont de se servir en pareil cas d’un petit bâton dont l’extrémité est coëffée d’étoupes, ils ont pour but non-seulement d’appliquer leur soudure, mais encore de dépouiller les parois du vaisseau du charbon de la résine qui y adhere quelquefois, & le défend du contact de la soudure, ainsi que de la chaux de la soudure que cette résine n’a pas réduite, parce qu’elle ne couvre pas tout.

Quand une chaux est une fois réduite, on a beau fournir de nouveau phlogistique au métal, il n’en prend pas davantage ; il n’en peut plus admettre que dans le cas où il auroit perdu par le contact de l’air celui qu’on lui a fourni. C’est ainsi que le même métal peut devenir chaux, & se réduire un grand nombre de fois, sans qu’on en connoisse les bornes, que dans l’étain, qui se détériore réellement par toutes ces tortures : le fer aussi fait exception, mais dans un autre genre ; il est susceptible de prendre une surabondance de phlogistique : c’est cet excès qui le fait acier, & qui, bien loin de le rendre plus lié & plus fusible, comme les autres métaux, ne fait que le rendre plus cassant & plus réfractaire : il étoit assez fusible en scories, il se réduit sans se fondre, devient moins fusible étant fer, & n’est jamais plus rebelle à la fonte que quand il est acier. La raison en est encore inconnue.

Il est donc évident que les métaux & demi-métaux qui sont destructibles à feu nud, supporteront plus long-tems la fonte sans s’altérer, si on a soin de couvrir leur surface de poudre de charbon ou de tout autre corps inflammable, que s’ils y étoient exposés avec le contact de l’air environnant : mais par cette précaution, l’on n’empêche pas seulement que ces métaux se calcinent, c’est-à-dire qu’ils perdent leur phlogistique, mais encore que ce même phlogistique ne volatilise avec lui une partie du métal non calciné. Voyez Volatilisation.

Nous avons dit que les métaux imparfaits & les demi-métaux ne se calcinoient guere que par le contact de l’air : cela est vrai de tous, excepté du zinc. Ce demi-métal se calcine même dans les vaisseaux fermés, au degré de feu qui le met en fonte : on est donc obligé, quand on l’allie avec les autres, de lui fournir un réductif continuel. C’est par cette raison que les Chauderonniers font leur soudure forte sous les charbons embrasés ; qu’on fait le cuivre jaune, le tombac, le potin, &c. avec une addition de charbon ou de tout autre corps inflammable ; que dans le fourneau de Goslar on attrape le zinc au milieu des charbons ardens, & qu’on le consume à-travers la poudre de charbon.

Jusqu’ici nous avons examiné le feu comme entrant dans la composition des corps : nous avons cité l’exemple du fer converti en acier sans addition, dans un creuset où le feu fait la double fonction d’instrument & de principe. Deux illustres chimistes,MM. Stahl & Cramer, ont été embarrassés d’expliquer pourquoi une mine de fer étoit attirable par l’aimant après la calcination : ce phénomene cependant s’explique par celui qui précede ; mais le feu instrument & le feu principe sont-ils le même ? Le fer qui fait exception dans ce cas avec tous les corps connus, semble l’insinuer : sont-ils différens ? c’est ce qui paroît par la réduction des autres chaux métalliques. On a beau les tenir dans un creuset fermé toutes seules, elles ne prennent pas, comme le fer, la matiere du feu qui passe à-travers  : il leur faut le contact d’un corps charbonneux ; & elles veulent être tenues dans les vaisseaux fermés. La considération de ces phénomenes porteroit à croire que le fer ne s’accommode que d’un phlogistique pur, tandis que les autres corps métalliques semblent demander un phlogistique uni à un autre corps, dont la présence ne peut être que soupçonnée. Mais si l’on admettoit cette conjecture, comment la concilier avec ce qui se passe dans la calcination du plomb ? La chaux de plomb pese plus qu’il ne pesoit auparavant ; & il n’y a pas d’apparence que le phlogistique qu’on soupçonne uni à un autre corps, pese moins que le phlogistique pur qui paroît chasser le premier, pour s’introduire à sa place sous une différente combinaison, & peut-être selon celle qui se fait dans le fer : car le fer converti en acier par lui-même augmente de poids ; il est vrai qu’il n’a pas été préalablement calciné. Parlons du feu comme instrument.

Nous avons placé le feu à la tête des fondans ; c’est en effet l’instrument qui divise les corps, les résout, & les rend par-là miscibles avec les autres. Tous les fondans sont des menstrues secs, c’est-à-dire des corps durs composés de parties liées entre elles, & formant un tout qui résiste à sa séparation : ils ne peuvent agir sur les autres, tant qu’ils resteront sous cette forme ; il leur faut donc un agent qui change cet état, & leur donne une division & une atténuation capables de leur faire pénétrer les pores de ceux qu’ils peuvent dissoudre ; cet agent c’est le feu : appliqué aux sels & aux métaux avec la force requise pour chacun d’eux en particulier, & selon l’art que nous détaillerons aux articles Fourneau & Vaisseau ; il s’insinue à-travers leurs pores, les dilate, desunit leurs molécules intégrantes, & souvent les principes constituant ces molécules, & les fait rouler les sur les autres, comme celles d’un fluide auquel ils ressemblent pour lors. En pareille circonstance, il faut le regarder comme un fluide actif qui se mêle intimement & uniformément avec les corps qu’il pénetre, & qui en est divisé mutuellement : on ne peut mieux comparer sa présence dans un corps qu’il rend fluide, qu’à celle d’un grain d’or qu’on a fondu avec cent mille grains d’argent pur. La Docimastique nous démontre que chaque grain de cet argent contient une quantité d’or proportionnelle, c’est-à-dire un cent-millieme de grain d’or : la division de cet or sera encore plus grande, si on le mele avec une plus grande quantité d’argent ; & l’on n’en connoît point les bornes : il faut que le feu réduise cet or à ses molécules intégrantes ; ces molécules doivent être d’une finesse extraordinaire, pour qu’elles puissent se distribuer uniformément dans toute la masse de l’argent. Quelle doit donc être la finesse du corps qui a eu la faculté de les desunir, & de les porter par toute la masse qu’il a parcourue, ébranlée & bouleversée ? Mais il n’est pas nécessaire, pour que cette distribution uniforme du feu dans le corps le plus dur, ait lieu, que ce corps en soit dissous, c’est-à-dire que ses élémens soient séparés les uns des autres, pour lui laisser le passage libre : il est aussi uniformément distribué dans celui qu’il ne commence qu’à échauffer au-dessus du degré de la glace. Quelle prodigieuse finesse ne suppose pas, à plus for- te raison, cette liberté du passage qu’il se fraye dans les pores resserrés de ces corps ? Cette derniere considération porte à croire que rien n’échappe à son action.

Il est vrai que les molécules des métaux les plus durs résistent à leur desunion ; & la preuve en est tirée de la figure globuleuse qu’ils s’efforcent de garder, comme le mercure, dans le tems même que le feu produit l’action contraire : mais l’exercice de cette force est au moins diminué, pour ne pas dire absolument interrompu, tant que dure la même violence du feu. Il n’est pas possible de méler intimement deux ou plusieurs masses quelconques, qu’elles ne soient dissoutes en leurs molécules intégrantes. Que devient donc cette prétendue cohérence qu’on avoit soupçonnée résister à la séparation des élémens, quand un corps divisé & poussé par l’activité du feu, se glisse avec un autre entre des parties dans lesquelles on avoit soupçonné une résistance à leur séparation ?

C’est donc au feu, comme seul instrument de la division des corps, qu’on doit attribuer l’exercice de cette disposition qu’ils ont à se dissoudre les uns les autres : c’est à lui qu’on doit la production de ces phénomenes merveilleux qui naissent de la combinaison de plusieurs substances. Qui pourroit refuser le titre d’agent universel de la nature, à cet être qui en est le principe vivifiant ?

L’expérience a appris que tous ou presque tous les sels étoient des fondans : ainsi le borax, le nitre, le sel ammoniac, le sel gemme, ou le sel marin, les vitriols, le mercure sublimé corrosif, les deux alkalis fixes, le soufre & son foie, le sel de Glauber, le tartre vitriolé, le sel fusible de l’urine, & enfin la plûpart des sels composés d’acides devenus concrets par une base quelconque, sont des fondans. Voyez Sel. Les uns ne mettent en fonte que quelques substances connues jusqu’ici ; les autres y en mettent plusieurs : ceux-ci agissent par un de leurs principes seulement, ceux-là par tous les deux. Ils exercent leurs actions sur les terres, les pierres, les verres, les demi-métaux, les métaux, leurs chaux, leurs précipités, leurs verres, & toutes ces matieres sur elles-mêmes. De ce nombre prodigieux de substances il naît une foule de combinaisons dont on peut s’assûrer qu’on ne connoît encore que le plus petit nombre, quelque grand que soit celui qui a été tenté jusqu’ici. Mais si l’on ne connoît que la moindre partie des combinaisons qui peuvent être faites sur les substances connues, quelle espérance de parvenir à la connoissance de celles qui existent peut-être inconnues dans le sein de la nature, & de celles que l’art peut produire ? On trouve un grand nombre de ces combinaisons dans différens ouvrages, & particulierement dans la Lithogéognosie, si on les considere en elles-mêmes, & par le travail qu’elles ont dû coûter. Mais si on vient à les comparer avec ce qui reste à faire, la carriere est immense ; & ces ouvrages, & principalement celui de M. Pott, semblent n’exister que pour accuser la briéveté de la vie. Quelle foule de réflexions accablantes ne doit pas offrir l’exercice de plusieurs genres, si un seul suffit pour cela ?

Il y a des corps qui se fondent par eux-mêmes, & dont l’addition d’un autre corps ne fait qu’accélérer & faciliter la fusion : tels sont tous les métaux & demi-métaux, les métaux parfaits dont l’aggrégation seroit rompue en molécules, à-travers lesquelles il n’y auroit aucune impureté, la plûpart des sels, toutes les terres & les pierres vitrescibles ; bien entendu que cette addition change leur nature, si elle s’unit avec eux : on peut conséquemment s’en passer.

D’autres n’entrent en fonte que par un intermede absolument nécessaire : dans ce rang on place les métaux parfaits, dont l’aggrégation est rompue, & dont les molécules ne peuvent avoir de contact mu-tuel, en conséquence de ce que leur surface est couverte de quelques ordures, comme de poussiere, de cendres, ou de ce qu’elles sont unies aux acides. Dans le premier cas, on employe le borax, le nitre, le sel ammoniac, & le sel marin : le flux blanc & l’alkali fixe servent dans le second. Il est à remarquer que comme le borax donne à l’or une pâleur qu’on ne lui enleve que par le nitre ou le sel ammoniac, on mêle ordinairement le borax & le nitre, pour lui servir de fondant, ou le borax & le sel ammoniac, mais jamais le nitre & le sel ammoniac, parce qu’ils détonnent ensemble. On employe aussi quelquefois ces sels avec les métaux imparfaits & leurs chaux : mais ils en calcinent une partie, & même la vitrifient. Comme il arrive de la part du borax, bien loin de réduire la chaux qui peut s’y trouver. Voyez les Flux. Ainsi donc on n’en peut faire aucun usage dans les essais, sans tomber dans l’erreur. Ces sels, le borax, le nitre, le sel ammoniac, le sel marin, l’alkali fixe, & le flux blanc, nettoyent la surface des molécules des impuretés qui s’y trouvent, & favorisent ainsi la réunion en un régule, de celles qui sont en fonte. L’alkali fixe & le flux blanc, que nous regardons presque comme les mêmes, outre ces propriétés, ayant presque plus de rapport que ces métaux avec les acides qui leur restent unis après la précipitation ou concentration, les leur enlevent, & favorisent par la même raison la réunion de leurs molécules : ainsi en pareil cas, ils ont un autre effet que celui de fondant ; c’est celui d’absorbant. Ce premier effet, qui n’est que de surérogation dans la conjoncture présente, n’empêche pourtant pas qu’ils n’ayent aussi celui qui y est propre. L’expérience a appris que le feu ne se communique ni avec la même rapidité, ni avec le même degré d’intensité, aux corps divisés qu’aux corps continus. Les sels, par l’interposition de leurs molécules fondues, remplissent les vuides, & communiquent le feu de proche en proche aux molécules métalliques, qu’ils aident à la fusion. Mais il faut encore leur reconnoître une qualité particuliere par laquelle ils agissent sur certaines substances ; d’où il suit qu’ils ont une triple action : c’est par les deux dernieres que le borax est en usage pour souder l’or, l’argent, & le cuivre. Les artistes qui sont occupés du travail de ces métaux, appliquent le plus exactement qu’ils peuvent, les plans de contact avivés des pieces qu’ils veulent unir. Ils mettent tout-autour des paillons de soudure pour l’or & pour l’argent, & de la soudure en grenaille pour le cuivre ; ils saupoudrent cette soudure de borax, & portent leurs pieces au feu, ou se servent de la lampe de l’émailleur. Les métaux qu’ils veulent souder étant de plus difficile fusion que la soudure, celle-ci entre en fonte la premiere à la faveur du borax, & fond la partie du métal à laquelle elle est appliquée. C’est-là le point que les bons artistes savent bien saisir pour retirer leurs pieces du feu : car sans cette attention, la partie soudée ne tarde pas à tomber dans le feu en gouttes métalliques, & l’on a perdu son tems & ses peines. On connoît que la fusion en est à son point, quand on voit que la surface de l’endroit soudé a l’éclat du miroir, & réfléchit de même les objets. Les scories legeres qui se forment en même tems à la surface du métal, & qui s’opposent à l’action de la soudure & du fondant, sont fondues & vitrifiées par le borax : il s’ensuit que dans les circonstances où on a à essayer un ustensile d’or ou d’argent, on ne doit jamais en couper un essai dans les endroits soudés ; parce que la soudure pour l’or étant un alliage d’or, d’argent, & quelquefois de cuivre, celle de l’argent, un alliage de ce métal avec le cuivre, l’ustensile essayé se trouvera toûjours fort au-dessous de son titre réel.

On employe aussi quelquefois les sels avec les mé- taux imparfaits & leurs chaux ; mais ils en calcinent une partie, & même la vitrifient ; sans compter que leurs particules divisées se calcinent bien toutes seules, & résistent par-là à leur réunion : ainsi ils ne doivent jamais être traités par ces fondans, sur-tout dans ces essais, où ils causeroient des erreurs considérables. Voyez les Flux. Le borax ne fait pas même exception à cette regle, quoique ce soit le corps qui de tous accélere le plus la fusion, & que par-là il ait été regardé comme un flux réductif. Si l’on veut dépouiller, par exemple, un alliage d’or & d’argent du cuivre qu’ils contiennent, on y ajoûte du borax : ce sel met la masse en fonte non-seulement, mais attaque encore les molécules des scories cuivreuses qui surnagent, où l’or est niché comme dans les pores d’une éponge ; il a la propriété de les résoudre, de s’unir avec elles, & de les convertir en un verre qui surnage le régule composé du culot principal & de l’accessoire des molécules qui étoient éparses dans les scories.

Mais il y a une troisieme espece de corps qui étant absolument réfractaires par eux-mêmes, se fondent avec d’autres de même nature : tels sont le spath alkalin avec l’argille, la craie avec la même argille.

C’est sur la propriété qu’a la litharge, & conséquemment le plomb, de fondre les terres & les pierres, & tous les métaux & demi-métaux, qu’est fondé le travail des mines dont on retire l’or, l’argent, & le cuivre par son moyen : quand elle est mélée bien intimement par la vitrification avec la masse de ces corps composés, une addition de phlogistique la réduit en un régule qui se précipite au fond par son plus grand poids spécifique, emportant avec lui les métaux précieux dont elle a dépouillé la masse de scories qui la surnagent : il y en reste un peu à la vérité, mais on peut le retrouver en partie. Voyez les Flux, & les articles Œuvre, Liquation, & Essai.

On n’a soin de bien fermer les vaisseaux où l’on fond les verres tirés des métaux, que pour empêcher la chûte des charbons : on conçoit à-présent qu’ils y porteroient un principe inflammable qui ne manqueroit pas de réduire en régule une portion du métal qu’on a eu en vûe de vitrifier : cet inconvénient n’est guere à craindre, quand la surface de la matiere vitrifiable est couverte de nitre. Ce sel, qu’on employe ordinairement comme fondant, détonne avec le charbon qu’il détruit en s’alkalisant. Voyez Nitre fixe par les charbons. Les pailles, les cheveux, les menus brins de bois, & enfin tous les corps réductifs ou qui peuvent le devenir, dont nous avons parlé, produisent le même phénomene.

Parmi les fondans, on en trouve qui se séparent des corps après qu’ils ont exercé leur action sur eux. On conçoit aisément encore que tel fondant qui reste uni à un corps après la fusion, se séparera d’un autre après cette opération, ou sous quelqu’autre condition. Les corps qui ne restent point unis ensemble, quand l’un a servi de fondant à l’autre, sont le plomb uni à l’or & à l’argent, quand le grand feu a vitrifié le premier, ou scorifié sa litharge sur une coupelle qui la boit avec les autres métaux imparfaits, s’il s’en trouve dans l’alliage (Voyez Essai & Affinage) ; parce que pour lors ils ne peuvent plus faire d’union avec des métaux qui n’ont pû subir le même état. L’étain est obligé d’abandonner le plomb, quand on donne à leur alliage un feu assez fort pour calciner le premier qui surnage. Le régule d’antimoine & sa mine se séparent de l’or & de l’argent, quand on les calcine & qu’on les fait fumer. Voyez faire fumer l’antimoine. Le zinc ne s’unit jamais au bismuth. L’alkali fixe, le sel marin, le nitre, le sel ammoniac, & le borax, se séparent de l’or & de l’argent dont ilsont accéléré la fusion. Le borax & ces sels se séparent aussi du cuivre. L’alkali fixe se sépare des précipités des métaux parfaits, & du mercure, dont il a favorisé la réunion en les dégageant des acides qui étoient interposés entre leurs molécules, & empêchoient leur réunion. Le fiel de verre ne s’unit avec aucun des métaux. L’alkali fixe & le soufre ne s’unissent point à l’or séparément.

D’autres fondans restent unis aux corps qu’ils ont dissous. On a vû que le plomb s’unissoit au cuivre, à l’or, à l’argent, à l’étain, & aux demi-métaux ; que son verre ou la litharge dissolvoit le fer scorifié, le cuivre, la chaux d’étain, l’or, l’argent, & les pierres calcaires, vitrescibles, & apyres. L’étain s’allie avec l’or, l’argent, le cuivre, le fer, & les demi-métaux. Le cuivre, l’or, & l’argent, se dissolvent mutuellement. L’or & l’argent s’unissent au fer. L’arsenic s’unit à toutes les terres & pierres, avec le cuivre, l’étain, le plomb & son verre, l’or, & l’argent. Le verre d’antimoine s’unit aux pierres & terres de toute espece ; son régule & sa mine s’allient avec tous les métaux. Le bismuth se fond avec tous les métaux. Le zinc se mêle avec l’étain & le plomb, le cuivre seul & allié d’étain. L’alkali fixe dissout toutes les terres & les pierres. Le soufre s’unit avec le fer, le cuivre, le plomb, l’argent, le régule l’antimoine, l’étain, le mercure (Voyez Cinnabre & Ethiops minéral), l’arsenic & le bismuth. Voyez les rapports. L’alkali fixe & le soufre ne s’unissent à l’or, que quand ils sont préalablement unis ensemble par la voie seche ou la voie humide. Le foie de soufre a encore la propriété de faciliter & d’accélérer la fusion de tous les métaux & de toutes les terres & les pierres ; il reste uni aux métaux & demi-métaux, & à quelques matieres terreuses & pierreuses ; il ne se combine avec d’autres que par son alkali. Le sel fusible de l’urine se change avec l’argille en une masse à demi-vitrifiée. Certaines portions de spath alkalin & d’argille donnent une masse liée ou un verre.

La masse qui résulte de ces différentes combinaisons est uniforme, simple, & naturelle en apparence. On n’y peut découvrir aucun point différent des acides, même à l’aide du microscope. La fragilité, qui est pour l’ordinaire la suite de ces sortes d’alliages, existe dans les moindres molécules. Il en résulte un composé qui n’a plus les propriétés qu’avoient ceux qui les ont formés, & qui conséquemment en a acquis de particulieres. L’on conçoit aisément que les particules du fondant ne se touchent plus les unes les autres, & sont séparées par celles du corps fondu, qui sont conséquemment dans le même cas que celles du fondant.

Il suit que les parties du fondant s’appliquent à celles du corps fondu, & que cette union se fait dans le tems de la fusion. Mais l’on demande pourquoi des molécules similaires se desunissent pour former une nouvelle union avec un corps, avec lequel il semble qu’elles doivent avoir moins d’analogie ? La même question est également fondée sur la cause, qui continue de tenir liées entr’elles les particules & du fondant & du fondu, & les empêchent de se réunir de nouveau avec leurs semblables : quelle qu’elle soit, elle existe mutuellement dans tous les deux. Il y a cependant des obstacles à surmonter ; ils sont plus ou moins considérables, suivant la différence des corps. Nous avons fait sentir que l’analogie devoit être plus grande entre les parties d’un même corps, qu’entre celles de deux corps différens : mais la différence du poids mérite aussi d’être considérée. Et en effet il faut que l’union soit bien forte entre l’or & l’étain, dont le premier le plus pesant des métaux, est au second le plus leger de tous en raison directe, comme 19636 sont à 7321, pour que les parties de l’or ne retombent pas au fond, & ne fassent pas sur- nager l’étain à leur surface. Il est vrai que si on n’a soin d’agiter le lingot jusqu’à ce qu’il soit froid, la partie inférieure est plus riche que la supérieure : mais la différence n’est pas excessive, & il n’en est pas moins constant que l’or est répandu dans toute la masse, sinon bien uniformément, du moins par une union réelle.

Il paroît donc que cette opération se fait spécialement par l’attraction réciproque des particules qui dissolvent & sont dissoutes. Si l’on presse un noüet de chamois plein de mercure, qui est un menstrue fluide, mais sec, dans un vaisseau tenant du soufre fondu, & qu’on remue quelque tems ; alors les parties du soufre s’unissent si fortement à celles du mercure, qu’elles séparent les molécules intégrantes de ce demi-métal, & les enveloppent pour ne plus former qu’une masse uniforme. Cependant quelle différence dans le poids ? Elle est encore plus considérable qu’entre l’or & l’étain. Les causes de cette union sont le feu, qui a divisé le soufre en ses élémens ; la division donnée au mercure par le filtre de chamois ; l’agitation, & sur-tout cette faculté qu’ont le mercure & le soufre de s’attirer mutuellement par leurs surfaces multipliées, & d’adhérer fortement l’un à l’autre, pour ne plus être séparés que par un corps, dont l’attraction avec le soufre sera plus forte que celle du mercure. Ce corps est ou la limaille de fer, ou l’alkali fixe, ou la chaux, qui étant mêlés par la trituration avec l’éthiops, ou le cinnabre qui est l’éthiops sublimé, attirent le soufre, & laissent le mercure coulant comme il étoit d’abord : mais ces corps prennent la place du mercure, par rapport au soufre qui s’unit avec eux. La même action se fait également par la trituration, qui équivaut en ce cas à l’action du feu. Voyez Ethiops minéral.

Cette action est conséquemment méchanique, en même tems qu’elle tient de la nature de l’attraction. On a vû qu’une trituration méchanique divise les corps comme le feu. Si elle n’en tient pas lieu dans tous les cas, au moins approche-t-elle d’autant plus de ses effets, qu’elle est plus long-tems continuée : ainsi le feu ne fait qu’enchérir sur elle, bien-loin d’en différer ; en même tems il augmente la vertu attractive, qui ne se fait qu’en conséquence de la petitesse & de la multiplicité des surfaces. Cette atténuation est occasionnée par les coups répétés des élémens d’un feu continu. Les sels & les autres corps qui se séparent du corps dissous après la fonte, paroissent devoir être référés à plus juste titre parmi des fondans méchaniques.

Mais quand nous distinguons la division physique d’avec la méchanique, il ne faut pas croire que nous excluions strictement celle-ci. Une division physique est certainement méchanique ; mais nous n’avons pas assez de lumieres sur sa nature, pour en pouvoir donner une explication relative aux actions connues jusqu’ici sous le nom de méchaniques. Nous ne pouvons la référer, par exemple, à l’action du coin, du levier, du couteau, de la scie, & de la poulie. On ne peut nier cependant que chaque molécule intégrante d’un menstrue ne puisse, à certains égards, avoir quelque rapport avec quelques-uns des instrumens mentionnés ; car la molécule en question a un poids, une figure, une grandeur, & une dureté particulieres, qui lui donnent ces qualités méchaniques, voyez Principe ; quoiqu’on ne puisse s’empêcher d’y reconnoître une action & une nature propres, comme l’attraction, qui constituent peut-être plus que toute autre qualité, celle qu’elle a de faire subir tel ou tel changement à un corps. Mais pourquoi n’admettroit-on pas le feu instrument comme fondant, puisque les corps de la nature de celui-ci n’agissent presque que méchaniquement ?

Il y a cette différence entre le réductif & le fondant, que celui-là donne toûjours un principe qui s’unit au corps ; au lieu que celui-ci leur enleve souvent ce qui nuisoit à leur fusion, sans compter que tantôt il se sépare du corps fondu, comme quand il le dépouille de ses impuretés, & que d’autres fois il lui reste uni.

Le fondant n’est qu’un menstrue sec, dont il differe en ce que celui-ci reste toûjours uni au corps qu’il a dissous ; au lieu que le premier s’en sépare quelquefois après son action.

Après tout ce que nous avons mentionné sur les réductifs & sur les fondans, il ne nous reste plus que quelques particularités sur les flux réductifs. Le tartre crud n’est point un flux réductif par sa nature ; c’est un acide concret qui contient beaucoup d’huile & de terre, & qui est uni à la partie extractive du vin. Il faut donc pour devenir tel, qu’il se change dans les vaisseaux fermés en un alkali charbonneux. C’est aussi ce qui arrive. V. Tartre. Ce corps est le seul dans la nature qui donne un alkali fixe tout fait dans ses vaisseaux fermés. Le savon change aussi de nature quant à la partie huileuse, qui se convertit en charbon. La limaille de fer n’est un fondant que par accident ; elle n’entre dans les essais que pour se saisir du soufre qui peut rester encore dans les mines après la calcination. Le sel marin n’y est pas tant employé comme un fondant, que comme un défensif du contact de l’air. Voyez Essai. Il en est de la poix comme de la résine, & elle n’est autre chose quant au fond. Ce qui la rend noire & empyreumatique, c’est une partie charbonneuse qui vient de la combustion qui a fourni la poix. Les cendres de bois dans la cémentation pour réduire le fer en acier, ne servent que comme une terre pure, & qui ne produit aucun autre effet dans l’opération que celui de séparer les autres ingrédiens, & les faire foisonner. La chaux ne sert que comme la limaille de fer, à absorber & donner des entraves au soufre ; elle fait aussi un fondant mêlée avec les verres & les fondans salins.

Le flux blanc n’est guere employé que comme fondant ; il contient trop peu de phlogistique pour servir à la réduction. On lui ajoûte, ou de la poudre de charbon, ou tout autre corps gras, quand on veut le rendre réductif : mais il ne faut pas croire que cette combinaison revienne précisément au même quant à la nature de l’alkali & aux phénomenes de la réduction. Le phlogistique est si intimement uni dans le résidu du tartre & le flux noir, que ces deux substances crystallisent comme l’alkali préparé selon la méthode de Tachenius. Voyez cet article. Il doit donc y avoir plus d’efficacité dans un corps dont chaque molécule intégrante porte à la fois & le réductif & le fondant, que dans le mélange du charbon, & du flux blanc, ou de l’alkali fixe, qui ne donnent pas le même composé. Ce mélange peut cependant être placé.

Il n’y a point de différence réelle, quant au fond, entre les diverses especes de flux réductifs ; c’est toûjours le principe inflammable, uni à un fondant ; soit dans le même corps comme dans le flux noir, le résidu de la distillation du tartre, le tartre crud qui lui devient semblable dans l’opération, & le savon ; soit dans deux corps différens, comme dans le mélange de la poudre de charbon, avec l’alkali fixe, ou le flux blanc. Voyez Phlogistique. Mais il y a des corps qui en contiennent plus, d’autres moins. Ceux-ci le lâchent plus difficilement que ceux-là, &c. & c’est-là ce qui décide du choix qu’on en doit faire. On sent aisément qu’il en faut mêler à un métal qui est difficile à fondre, & dont la chaux ou le verre le sont encore plus, qu’un flux réductif qui lâche difficilement son phlogistique ; parce que si le principe inflammable n’y tenoit que peu, il pourroit se faire qu’il se dissiperoit avant que le tems de le donner fût venu. Il faut convenir cependant que cet inconvénient n’a pas lieu dans les vaisseaux fermés, dans lesquels l’instant où un corps métallique doit attirer son phlogistique, est celui qui le détermine à se dégager de sa base.

Quelques artistes font des flux ou des réductifs, composés de plusieurs especes de corps qui fournissent la matiere du feu ; mais il est aisé de sentir la futilité de ces sortes de fatras. Voyez Trempe en paquet.

Dans les circonstances où un flux est accompagné d’autres corps, comme dans les réductions que nous avons données pour les essais des mines, c’est pour des raisons particulieres qui ont été détaillées. Voyez ce que nous avons dit sur la limaille de fer & la chaux. Le verre simple, le verre de Saturne, & celui d’antimoine, sont des fondans particulierement destinés à atténuer les pierres & terres vitrifiées par l’alkali. Le fiel de verre a été employé aussi pour remplir ces vûes ; mais nous avons fait observer que ce corps devoit entraîner des inconvéniens à sa suite.

Le flux donc, comme composé d’un réductif & d’un fondant, differe de l’un & de l’autre de ces corps, parce qu’il est tous les deux ensemble. Il ne donne jamais aux corps avec lesquels on l’employe, que le principe inflammable, & il leur enleve les saletés qui nuisoient à la réunion du tout ; avantage que ne produit pas le réductif. Le fondant opere cet effet à la vérité, mais il reste souvent uni aux corps qu’il a dissous.

Nous finirons par cette conclusion générale, que tout flux est un corps qui a la propriété de réduire par le principe inflammable, & de fondre par le principe fondant qu’il contient, & conséquemment d’accélérer & de procurer la fusion des corps avec lesquels on le mêle : d’où est venue notre division, 1°. en réductifs, 2°. en fondans, 3°. en réductifs & fondans, ou flux. Voyez Stahl, Cramer, Boerhaave, & la Lithogéognosie de Pott.