JUGE (v9-28)
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JUGE, s. m. (Hist. rom.) dans la république romaine, les juges furent d’abord choisis parmi les sénateurs ; l’an 630, les Gracches transporterent cette prérogative aux chevaliers ; Drusus la fit donner aux sénateurs & aux chevaliers ; Sylla la remit entre les mains des seuls sénateurs ; Cotta la divisa entre les sénateurs, les chevaliers & les trésoriers de l’épargne ; César prit le parti de priver ces derniers de cet honneur ; enfin Antoine établit des décuries de sénateurs, de chevaliers & de centurions, auxquels il accorda la puissance de juger.
Tant que Rome, ajoute l’auteur de l’Esprit des lois, conserva les principes, les jugemens purent être sans abus entre les mains des sénateurs ; mais quand Rome fut corrompue, à quelques corps qu’on transportât les jugemens, aux sénateurs, aux chevaliers, aux trésoriers de l’épargne, à deux de ces corps, à tous les trois ensemble, enfin à quelqu’autre corps que ce fût, on étoit toujours mal ; si les chevaliers avoient moins de vertu que les Sénateurs, s’il étoit absurde de donner la puissance de juger à des gens qui devoient être sans cesse sous les yeux des juges, il faut convenir que les trésoriers de l’épargne & les centurions avoient aussi peu de vertu que les chevaliers ; pourquoi cela ? C’est que quand Rome eut perdu ses principes, la corruption, la dépravation se glisserent presque également dans tous les ordres de l’état.