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Paratexte:Éloge de Nicolas Lenglet du Fresnoy (volume VI)

De Encyclopédie

Nicolas Lenglet du Fresnoy, Prêtre, Licentié de la Maison de Sorbonne, né le 16 Octobre 1674, & mort le 15 Janv. 1755, fut un de nos plus laborieux Ecrivains. Depuis l’âge de vingt ans jusqu’à la fin de sa vie, il ne cessa de composer un grand nombre d’ouvrages sur les objets les plus divers, & même quelquefois les plus disparates. La plûpart de ces écrits sont dignes de curiosité pour les recherches qu’ils contiennent ; il seroit trop long d’en donner ici la liste, aussi étendue que singuliere : on y trouve une traduction françoise du Diurnal romain, & une de l’Imitation ; l’Ordinaire de la Messe, avec des Maximes tirées des SS. Peres ; une édition du nouveau Testament, & une de Lactance ; un traité du secret de la Confession, & un autre de l’apparition des Esprits ; une édition du roman de la Rose ; une des Poësies de Regnier ; Arresta amoris cum commentariis Benedicti Curtii ; un traité de l’usage des Romans, & la critique de ce traité par l’Auteur même. Ici on voit plusieurs livres d’Histoire, de Droit Canon, & de Politique ; là différens écrits sur la Chimie, dont M. l’Abbé Lenglet s’étoit fort occupé. Celui de tous ses Ouvrages quia eu le plus de succès, est la Méthode pour étudier l’Histoire, avec un Catalogue des principaux Historiens ; elle a été imprimée plusieurs fois, & traduite en plusieurs langues.

Pendant la guerre de 1701, & depuis pendant la Régence, les correspondances étrangeres qu’il entretenoit, le mirent à portée de faire parvenir au gouvernement des avis utiles, qui lui mériterent une pension dont il a joüi jusqu’à sa mort. Un des plus importans qu’il donna fut par malheur un de ceux dont les circonstances empêcherent le plus de profiter. Il avoit fort connu en Allemagne & en Hollande un Général étranger, qui dans la derniere guerre de 1741, commandoit l’Armée & avoit la confiance d’un de nos principaux Alliés. Il découvrit au Ministere les raisons qui devoient rendre cet étranger suspect, & l’évenement justifia tout ce qu’il en avoit dit.

Sa mémoire étoit prodigieuse, sa conversation animée & pleine d’anecdotes, son style extrèmement négligé ; heureusement la plûpart des matieres qu’il a traitées étant de pure érudition, les vices de la diction peuvent s’y pardonner plus aisément. Il écrivoit comme il parloit, avec beaucoup de rapidité, & par cette raison il paroissoit mieux parler qu’il n’écrivoit : son peu de fortune ne lui laissoit pas toûjours le tems de revoir ses écrits avant que de les publier ; cette raison doit faire excuser les méprises qui s’y trouvent.

Sur la fin de sa vie il s’adonna, dit-on, à la pierre philosophale, y altéra sa santé, & s’y seroit ruiné s’il avoit pû l’être.

L’amour de l’indépendance, ce sentiment si naturel & si nuisible, étoit sa grande passion, & lui fit refuser constamment tous les postes avantageux que ses talens & ses connoissances auroient pû lui procurer, soit dans les pays étrangers, soit dans sa propre patrie ; mais la liberté qu’il vouloit pour sa personne, se montroit souvent trop à découvert dans ses écrits, & lui attira quelques disgraces de la part du Ministere ; il les recevoit sans murmure, & même sans chagrin, & consentoit à les souffrir, pourvû qu’on lui permît de les mériter.

Quelquefois assez vif, quelquefois aussi indifférent sur ses propres intérêts, il a voulu que son travail pour l’Encyclopédie fût absolument gratuit. Outre plusieurs articles qu’il a revûs dans les trois derniers volumes, il nous en a donné en entier quelques-uns ; les plus considérables sont Constitution de l’Empire & Diplomatique ; dans ce dernier il attaque avec plusieurs savans l’authenticité des titres & des chartes du moyen âge. Les deux Bénédictins Auteurs de la nouvelle Diplomatique, lui ont répondu dans la préface de leur second Volume. Nous n’entrerons point dans cette question, & nous ne sommes point étonnés de voir M. l’Abbé Lenglet combattu par de savans Religieux, qui peuvent être aussi fondés qu’intéressés à défendre l’opinion contraire.