Planches:ARCHITECTURE ET PARTIES QUI EN DÉPENDENT (volume I)
ARCHITECTURE ET PARTIES QUI EN DÉPENDENT.
Contenant
| { | Planches. | Architecture proprement dite, divisée en Principes généraux concernant les ordres & les principaux membres d’Architecture, | 12 | Les Principes des trois ordres grecs appliqués à plusieurs monumens publics, & à une maison royale, 1 Planche simple & 2 doubles, | 5 | Exemples d’édifices sacrés, & en particulier d’une abbaye, 1 Pl. simple & 5 doubles, | 11 | Exemples d’édifices publics, & en particulier d’un hôtel-de-ville, 1 Pl. double, | 2 | Exemple d’un grand hôtel, 2 Pl. doubles | 4 | Exemples de maisons particulieres, 2 Pl. simples & 2 doubles, | 6 | Décoration intérieure de l’appartement de parade du Palais-royal, 8 Pl. simples & une double, | 10 | Exemple d’un escalier, | 2 | 52 Pl. | { | Planches. | Architecture proprement dite, divisée en Principes généraux concernant les ordres & les principaux membres d’Architecture, | 12 | Les Principes des trois ordres grecs appliqués à plusieurs monumens publics, & à une maison royale, 1 Planche simple & 2 doubles, | 5 | Exemples d’édifices sacrés, & en particulier d’une abbaye, 1 Pl. simple & 5 doubles, | 11 | Exemples d’édifices publics, & en particulier d’un hôtel-de-ville, 1 Pl. double, | 2 | Exemple d’un grand hôtel, 2 Pl. doubles | 4 | Exemples de maisons particulieres, 2 Pl. simples & 2 doubles, | 6 | Décoration intérieure de l’appartement de parade du Palais-royal, 8 Pl. simples & une double, | 10 | Exemple d’un escalier, | 2 | 52 Pl. | Planches. | Coupe des pierres, | 5 | Moulin à scier des pierres, | 3 | Machine à forer des pierres, | 1 | Maçonnerie, | 13 | Carrier-Plâtrier, | 1 | Tuilerie, | 3 | Couvreur, | 1 | Carreleur, | 2 | 81 Pl. |
ARCHITECTURE PROPREMENT DITE.
PREMIERE PARTIE.
Principes généraux concernant les ordres & les principaux membres d’Architecture.
Nous commençons ces élémens par les ordres d’Architecture, comme la partie qui appartient la plus au goût de l’art, & comme la connoissance la plus indispensable pour acquérir les moyens de juger de la beauté extérieure des édifices en général. D’ailleurs cette connoissance nous conduira dans la suite à concevoir la relation essentielle que les dedans d’un bâtiment doivent avoir avec les dehors, & les moyens de concilier ces deux branches de l’art avec la construction, trois parties qui constituent l’Architecture proprement dite.
PLANCHE Iere.

Des cinq ordres d’Architecture.
Cette Planche présente les cinq ordres d’Architecture, dont le dorique, l’ïonique & le corinthien sont grecs, & les deux autres romains.
Ces cinq ordres sont réduits ici à une même grosseur, afin qu’on puisse reconnoître par leur diverse grosseur, sur une élévation commune, leurs différens caracteres ; car il faut sçavoir que le toscan connu sous le nom d’ordre rustique, ne doit avoir de diametre que la septieme partie de sa hauteur, y compris base et chapiteau.
Le dorique, connu sous le nom d’ordre solide, la huitieme partie.
L’ïonique, considéré comme ordre moyen, la neuvieme partie.
Le corinthien et le composite, appelés les ordres délicats, la dixieme partie.
Vitruve a refusé le nom d’ordre à ce dernier, à cause de son égalité de rapport avec le corinthien, prétendant avec raison que ce ne sont point les ornemens qui constituent l’ordre, mais bien la différence du rapport de leur grosseur avec leur hauteur.
Ces cinq ordres sont conformes aux mesures de Vignole, l’un des dix commentateurs de Vitruve, et celui qu’on a suivi en France le plus généralement. Cet auteur donne au piédestal A le tiers de la hauteur de l’ordre B, & à l’entablement C le quart de B ; il conserve cette même proportion pour tous les cinq ordres. Ce n’est pas qu’on puisse donner moins de hauteur à l’entablement & au piédestal ; par exemple, réduire A au quart, & C au cinquieme de B, comme propose Palladio ; ou enfin tenir l’entablement entre le quart & le cinquieme, ainsi que l’enseigne Scamozzy. mais ces différences de hauteur doivent se déterminer selon l’application qu’on fait des ordres à l’architecture, & la diversité des bâtimens où on les met en œuvre ; de maniere que c’est à la prudence que l’Architecte de combiner l’effet que doivent produire ces hauteurs plus ou moins considérables, toutes trois pouvant également réussir, sçavoir, celle de Vignole, pour les dehors des grands édifices ; celles de Palladio et de Scamozzy, pour leur décoration intérieure.
Le piédestal A, l’ordre B, & l’entablement C, composent donc les trois principales parties d’une ordonnance d’architecture ; mais c’est b qu’on appelle l’ordre proprement dit, y compris la base D, le fût E,& le chapiteau F : aussi est-ce cet ordre qui donne & assigne au piédestal & à l’entablement leur véritable proportion.
Chacune de ces deux parties principales, ainsi que l’ordre, sont composées à leur tour de plusieurs autres parties ; sçavoir, pour le piédestal, le socle g, le dez h, & la corniche i ; & pour l’entablement, l’architrave k, la frise l, & la corniche m. Toutes ces parties sont encore divisées par d’autres qu’on appelle moulures, dont nous traiterons dans les Planches suivantes.
Ce que nous venons de dire touchant l’ordre toscan, peut s’appliquer aux quatre autres ; leurs dimension & la division de leurs membres étant les mêmes, & ne différant que dans les détails & dans l’application de leurs principaux ornemens, ainsi que nous aurons occasion de le faire remarquer par ailleurs.
PLANCHE II.

Division générale des ordres d’Architecture.
Nous avons dit dans la Planche précédente que, selon Vignole, le piédestal devoit avoir le tiers de la hauteur de l’ordre, & l’entablement le quart. Pour parvenir à trouver cette dimension, il faut diviser la hauteur donnée N, O (fig. 1.), en dix-neuf parties égales; en donner quatre au piédestal B, douze à l’ordre A, & trois à l’entablement C; en sorte que par cette division le piédestal aura le tiers de l’ordre, & l’entablement le quart, ainsi que l’expriment les dix-neufs demi-circonférences 1, 2, 3, 4, 5, &c.
Les divisions marquées par sept autres demi-circonférences, indiquent les sept diametres que doit avoir l’ordre toscan, choisi de préférence dans cette Planche, comme le moins compliqué de tous; en sorte qu’il est aisé de concevoir que ces sept diametres établissent la hauteur de la colonne toscane, qui par conséquent a aussi quatorze modules, le diametre étant de deux modules; on conçoit encore que le piédestal devra avoir quatre modules huit minutes, & l’entablement trois modules & demi, l’un étant le tiers, l’autre le quart de l’ordre, comme nous venons de l’observer plus haut.
Quand de cet ordre toscan on voudra passer au dorique, sans rien changer aux dimensions précédentes, on divisera la hauteur de l’ordre A en huit au lieu de sept; & cette huitieme partie donnera le diametre dorique. Enfin cette même hauteur A sera divisée en neuf pour l’ïonique, & en dix pour le corinthien & le composite.
Il ne faut point oublier que c’est de ces différens diametres, sous une hauteur commune, que les ordres d’Architecture acquierent une expression particuliere, qui donne au toscan un caractere rustique propre aux ouvrages militaires; au dorique, un caractere solide, propre aux édifices publics; à l’ïonique, un caractere moyen, propre aux bâtimens d’habitation; au corinthien, un caractere délicat, propre à la demeure des souverains; & au composite, un caractére composé, propre aux décorations théatrales, aux fêtes publiques, aux pompes funébres, &c.
Les trois parties D, E, F, expriment, comme dans la Planche précédente, le socle, le dez & la corniche du piédestal; les lettres G, H, I, la base, le fût & le chapiteau de l’ordre; les lettres K, L, M, l’architrave, la frise & la corniche de l’entablement.
Les trois demi-circonférences P, Q, R, indiquent la hauteur du fût; celles d’en-bas constatent le tiers inférieur; élevées parallelement, elles forment un cylindre; les deux d’en-haut ensemble, un conoïde tronqué. Il faut sçavoir encore que le fût supérieur de la colonne ne doit avoir que les cinq 6es du diametre d’en-bas; ce qui fait différer la colonne du pilastre qui est égal dans toute sa hauteur; d’ailleurs son plan est quarré, au lieu que la colonne doit toujours être circulaire. Voyez dans Vignole la maniere de trouver cette diminution, & de tracer la courbure nommée concoïde, qui forme les deux côtés du conoïde.
L’échelle qui se voit au bas de la figure premiere, est de quatre modules; le module est toujours le demi-diametre de l’ordre; ce module se divise en douze minutes pour les ordres toscan & dorique, & en dix-huit, pour les ordres ïonique, corinthien & composite. Ainsi le fût inférieur de l’ordre toscan est de deux modules ou de vingt-quatre minutes, & le fût supérieur est d’un module deux tiers, ou de vingt minutes; ainsi pour les autres membres de cet ordre & des ordres qui suivent.
La deuxieme figure offre les sept différentes especes de moulures à l’usage non-seulement des ordres, mais aussi de tous les membres d’Architecture. La premiere espece a, b, c, d, e, f, est de moulures quarrées; la deuxieme g, h, de moulures décrites par des demi-cercles; la troisieme i, k, de moulures décrites par des quarts de cercle; la quatrieme l, m, de moulures appellées concaves. la cinquieme n, o, p, q, de moulures appellées cavêts, congés & gorges; la sixieme & la septieme, marquées r, s, t, u, de moulures appellées sinueuses. Il en est encore de composées, d’applaties, de chantournées, &c. qui se tracent à la main ou au compas, & auxquelles on donne plus ou moins de mouvement, selon l’application qu’on en veut faire dans l’Architecture, pour la pierre, le plâtre, le marbre, le bois, le fer, le bronze, &c.
On a observé d’accompagner les différentes moulures tracées dans cette Planche, de tous les membres qui peuvent indiquer les relations que les unes & les autres doivent avoir ensemble. Pour cela, on remarquera qu’aux moulures quarrées on a pris soin de ponctuer les moulures circulaires qui les peuvent accompagner; & qu’aux moulures circulaires on a pareillement ponctué les moulures quarrées qui les couronnent ou les soutiennent; précaution qui doit faire juger plus promptement de leur enchaînement, surtout lorsqu’on voudra les comparer avec celles de l’entablement de la Planche huitieme.
PLANCHE III.

Des différentes especes de moulures.
La moulure A est une petite moulure qu’on appelle filet, reglet ou listeau, composé de deux lignes paralleles, & qui se place entre les grandes moulures quarrées & circulaires, pour apporter de la variété aux différens membres des corniches.
La moulure B est une grande moulure quarrée appellée larmier; c’est la plus saillante de toutes les moulures de cette espece; elle se place alternativement entre les cimaises dans les corniches des entablemens. 1 est le listeau qui couronne ordinairement cette moulure. 2 est appellé la plate-bande de ce larmier. 3 est un congé qui unit la partie verticale de la plate-bande avec la saillie du listeau. 4 est un canal pratiqué ordinairement sous le sophite ou plafond de cette moulure quarrée, lequel sert à écouler les eaux du ciel, qui tombent sur la saillie de ce membre saillant. C’est ce canal 4 qui a fait donner à cette moulure le nom de larmier ou gouttiere, parce qu’il fait écouler l’eau larme à larme, ou goutte à goutte de dessus la corniche à laquelle ce membre sert de couronnement. 5 est un listeau qui éloigne le canal 4 de la face ou plate-bande 2, pour procurer à cette derniere une certaine solidité.
Les moulures C, D, sont des moulures appellées tores, à l’usage de toutes les bases des ordres; celle D’se trace par un demi-cercle dont le centre 1 détermine la moitié de la hauteur de cette moulure; celle C, est un tore composé & tracé par les foyers 8 & 9, à dessein d’applatir sa partie supérieure, pour découvrir le listeau 7, qui couronne cette moulure, & que l’on suppose être élevé dans un édifice fort au-dessus de l’œil du spectateur.
Les moulures E, F, sont appellées doucines, rangées dans la classe des moulures sinueuses ou ondulées; elles sont destinées aux cimaises des corniches. Celle E se trace par le moyen de deux triangles équilatéraux 1, 5, 3, & 3, 4, 2; celle F se trace par deux quarts de cercle, dont les points 4, 5, servent de foyers. Si dans cette moulure on ne veut pas faire les quarts de cercle égaux, on peut diviser la diagonale 1, 2, en neuf parties égales, & faire la portion 1, 3, de cinq neuviemes, & celle 3, 2, des quatre neuviemes restans, selon que cette moulure sera droite ou renversée, au-dessus ou au-dessous de l’oeil, &c. car il est bon de remarquer que chacune des moulures dont nous parlons, peuvent également s’employer dans les parties supérieures ou inférieures des ordres; telle, par exemple, que se remarque la doucine droite de la corniche marquée n, & la doucine renversée o de la base du piédestal de l’ordre ïonique de la premiere Planche. En général ces moulures ont autant de saillie que de hauteur.
Les moulures G, H, sont appellées talons, moulures qui ne different des deux précédentes, qu’en ce qu’elles sont tracées en sens contraire, c’est-à-dire que la portion concave des premieres est convexe dans celles-ci; de même pour les autres portions. Le talon G est décrit par deux triangles équilatéraux, dont les sommets 1, 2, servent de centres. Celui H est au contraire tracé par l’extrémité du rayon de deux demi-cercles marqués 6, 7, formant autant de perpendiculaires élevées sur la diagonale 1, 2.
La moulure I est une scotie nommée rond creux ou nacelle; elle sert aux bases des ordres ïonique, corinthien & composite pour faire opposition au tore qui est une moulure convexe, & avec celle dont nous parlons, elle forme une agréable diversité, lorsqu’elles sont séparées par des listeaux, comme il s’en remarque à la base attique de la Planche VI. Cette moulure se trace de deux manieres; on appelle celle I, moderne, & celle de la Planche quatrieme, marquée K, antique. Pour tracer la moderne, il faut diviser sa hauteur & sa saillie en trois également; & du point 8, comme centre, décrire la premiere portion de cercle 1, 10; ensuite du point 9, sommet d’un triangle équilatéral, décrire la portion de cercle 10, 11; puis du point 11 au point 9, prolonger une oblique au point 12 qui, comme centre, servira à décrire la troisieme portion de cercle 11, 15; le reste de cette courbe se tracera à la main depuis 15 jusqu’à 2.
PLANCHE IV.

Suite des différentes especes de moulures.
La moulure K est la scotie appellée antique, qui se décrit par les deux centres 1, 7; elle est moins estimée que la moderne, à cause de sa cavité inférieure, & de la vive arrête qu’elle forme vers 4; défaut qui ne la fait guere mettre en œuvre que dans l’intérieur des appartemens, ou dans les dehors seulement, lorsqu’on préfere le marbre à la pierre, comme en usoient les Grecs & les Romains. Les lignes ponctuées, qui indiquent la construction de cette moulure, nous dispensent d’une plus grande explication.
Les moulures L, M, sont des quarts de rond, appellés ainsi, parce qu’assez communément elles se tracent par un quart de cercle; mais comme toutes les especes de moulures dont nous parlons, doivent appartenir à des ordres qui ont chacun une différente expression; que par conséquent ces moulures sont obligées d’avoir plus ou moins de concavité ou de convexité, on les trace par diverses portions de cercle que démontre la théorie, mais que le plus souvent la pratique néglige; par exemple, le quart de rond convexe 3, 4, & le quart de rond concave 7, 8 de la figure M, sont tous deux tracés par les deux angles 5, 6 d’un quadrilatere qui leur sert de foyer. Ces deux quarts de rond sont destinés aux décorations viriles; au contraire les deux courbes de la figure L, décrites, sçavoir, celle 5, 5, par le sommet 3 d’un triangle équilatéral; celles 6, 6, par le sommet 4 d’un triangle isocele, présentant moins de solidité, rendent ces moulures plus propres au caractere moyen & délicat des ordres ïonique, corinthien & composite.
Les moulures de la figure N sont destinées aux architraves, aux chambranles des croisées, aux archivoltes, aux impostes, & ne sont autre chose que plusieurs plates-bandes séparées les unes des autres par de petites moulures, telles qu’il s’en remarque dans l’architrave de l’ordre corinthien; quelquefois même, pour donner encore moins de saillie aux membres qui contiennent ces plates-bandes, on incline en-dehors la surface de ces dernieres, comme l’expriment les lignes ponctuées 1, 2, 3, & comme on le remarque à l’architrave du petit ordre intérieur de l’église de l’Oratoire à Paris.
Les moulures O, P, sont appellés congés; ce sont des especes de cavets qui servent aux fûts des colonnes ou pilastres, pour réunir les moulures horisontales de l’astragal & du listeau de la base, avec la partie verticale de ce même fût: celle O se trace par le sommet d’un triangle équilatéral; celle P, par l’angle d’un quadrilatere.
La moulure Q est composée d’une baguette, d’un filet & d’un congé. La baguette se trace par un demi-cercle, & le congé par un quart de cercle. Ce membre est destiné principalement à couronner la partie supérieure du fût des colonnes & des pilastres: il sert aussi dans les corniches des entablemens & des bases des colonnes, ainsi qu’on en remarque plusieurs dans les Planches VI. & VII.
La moulure R est une doucine comme celles E, F, de la planche précédente, mais à laquelle on a ajoûté un cavet 8, pour procurer un canal renfoncé au sophite d’un larmier, & former un listeau 7 sur le devant, ainsi que nous l’avons expliqué en parlant du membre B, Planche III.
Enfin la moulure S est une moulure composée appellée bec de corbin; elle est tracée par deux courbures: la premiere tracée par le sommet du triangle équilatéral 8; la deuxieme, par le foyer 5. Dans la partie inférieure de cette moulure, on a observé un grain d’orge 7, espece de petite moulure quarrée & ravalée, qui sert à détacher les grandes moulures circulaires d’avec celles qui sont quarrées, dans le dessein de donner plus de jeu, plus d’effet, & une certaine articulation à toutes les moulures d’une corniche.
Tous ces membres sont susceptibles d’enrichissemens; on y applique des ornemens selon qu’ils font partie des ordres ïonique, corinthien, ou composite; quelquefois même les moulures de l’ordre dorique peuvent en recevoir: mais il n’en faut jamais revêtir celles de l’ordre toscan, quoiqu’il s’en remarque à la colonne trajane & dans quelques-uns de nos édifices françois. Il seroit même bon d’user avec discrétion des ornemens sur les moulures en général; du-moins devroit-on les reserver pour les dedans des bâtimens. Dans les dehors ces ornemens sont sujets à ne présenter que de petites parties; ils corrompent la forme des moulures; d’ailleurs ils se dégradent par l’impression de l’air, se noircissent en peu de tems, & ne présentent plus à l’œil, & vûs de quelque distance, qu’une confusion mal entendue.
PLANCHE V.

Des piédestaux.
Cette Planche offre les piédestaux que les anciens ont ajoûté aux ordres d’Architecture: presque tous ont varié sur leur hauteur. Ici nous donnons ceux de Vignole, qui, comme nous l’avons remarqué, leur a établi le tiers de la colonne, y compris base & chapiteau. Chaque piédestal est composé d’une base A, d’un dez B, & d’une corniche C Les deux membres A & C sont ornés de plusieurs moulures assorties à l’expression de chaque ordre. Quelquefois l’on enrichit le dez B d’une table. Il faut avoir attention, dans l’ordre toscan, de faire cette table saillante, d’araser la dorique, de faire l’ïonique rentrante, ainsi que celles des piédestaux corinthiens & composites; mais d’orner ces dernieres de quelques moulures.
Nous remarquerons que non-seulement les piédestaux de Vignole sont trop élevés, mais qu’en général cette innovation des modernes se contredit avec la pratique d’élever plusieurs ordres les uns sur les autres, parce que les piédestaux des ordres supérieurs produisent des porte-a-faux considérables sur ceux de dessous; ce qui nous incline à croire qu’à l’exception des édifices publics, qui n auroient qu’un seul ordre, & où on les pourroit employer par tolérance, il n’en faudroit jamais faire usage dans les bâtimens d’habitation, mais seulement d’un socle, tel que le représente la fig. D; socle qui pouvant être réduit au quart de l’ordre au plus ou au diametre au-moins, procure plus d’élévation à l’ordre, & évite la plus grande partie des porte-à-faux dont nous voulons parler. Il faut remarquer que ce socle doit avoir un peu plus de longueur que le dez du piédestal: celui-ci est réduit à la saillie de la base de l’ordre; au lieu que le socle doit l’excéder de chaque côté d’une minute ou d’une minute & demie.
On trouvera dans cette Planche toutes les mesures des moulures des piédestaux selon Vignole: néanmoins on peut les varier à l’infini, selon la richesse ou la simplicité de chaque ordre, & selon leurs diverses applications à l’Architecture. Par exemple, nous ne pouvons le dissimuler, la corniche C du piédestal toscan n’est guere supportable; elle est trop pauvre & trop matérielle, comparaison faite avec celle des autres piédestaux du même auteur. D ailleurs une corniche, pour être appellée telle, doit être composée de trois membres, & celle dont nous parlons n’en a que deux; ce qui la doit faire rejetter absolument. A l’égard des moulures des autres corniches, elles peuvent recevoir quelques changemens, à la vérité, mais du moins elles ont un caractere convenable & une dimension générale assez analogue à l’expression de chaque ordre que leur piédestal soutient.
PLANCHE VI.

Des bases.
Les bases n’ont été introduites aux colonnes que lors de la construction du temple de Diane à Ephèse. Les Grecs avoient employé avant cette époque leur ordre dorique sans bases: mais dans la suite ils ne tarderent pas à s’appercevoir combien cet empatement étoit nécessaire au pié de la colonne. A juger des moulures de la base ïonique de cette Planche, la même que celle de Vignole qui la tient de Vitruve, & celui-ci de l’antiquité, on doit reconnoître que toutes les parties de l’Architecture ont eu leur enfance, & que les moulures des bases corinthiennes & composites n’ont guere été exécutées avec un plus heureux succès, principalement lorsqu’on les compare avec celle de la base nommée attique mise au jour par les Athéniens; base qui a été composée si judicieusement, que le plus grand nombre de nos modernes l’ont employée à tous les ordres, à l’exception du toscan. Cette approbation générale de la base attique, nous paroît néanmoins un abus. La base dorique de Vignole a une beauté de convenance qu’il est bon de lui conserver; aussi sa richesse progressive avec la toscane l’a-t-elle fait préférer par plusieurs de nos célebres architectes françois: en sorte que nous croyons que la base nommée attique doit être substituée seulement à l’ordre ïonique, & que, lorsqu’on la voudra faire servir aux ordres corinthiens & composites, comme elle seroit trop simple, on lui ajoûtera plusieurs baguettes, sans être obligé d’avoir recours à la multiplicité des scoties qu’on remarque dans les deux bases des ordres dont nous parlons. Autrement ces scoties, accompagnées ordinairement de plusieurs listeaux & baguettes, produiront trop de petites parties, ainsi qu’on le peut observer dans cette Planche, dont l’échelle de la base toscane & celle de la base dorique sont divisées en douze minutes, & celles des ordres ïonique, corinthien & composite en 18.
PLANCHE VII.

Des cannelures & des chapiteaux.
On a tracé sur cette Planche, ainsi que sur la précédente, les cannelures des fûts des colonnes dorique, ïonique, corinthienne & composite, l’ordre toscan ne devant jamais avoir de cette espece d’enrichissement, parce que la cavité des cannelures ne convient point à la rusticité de cet ordre; ensorte que, lorsqu’on en veut orner la tige, on introduit des bossages qui lui ajoutent par leur relief un caractere de fermeté.
Les cannelures de l’ordre dorique sont à vive arrête, & beaucoup plus méplates que celles des autres ordres, dans le dessein d’altérer le moins possible la solidité de sa tige; mais malgré l’opinion de Vignole à cet égard, qui la tient de Vitruve, nous pensons que cette vive arrête non-seulement efface à l’œil la circonférence de la colonne, mais qu’elle lui procure une légéreté apparente qui ne peut aller avec son caractere viril; caractere que le listeau qui se remarque entre chaque cannelure des autres ordres, lui restitueroit: aussi le plus grand nombre de nos architectes ont-ils observé ce listeau à l’ordre dorique. Au reste, les cannelures doivent s’employer avec discrétion dans les colonnes & les pilastres. Cet enrichissement semble ne devoir avoir lieu que lorsque les membres principaux de l’ordre sont ornés; & dans ce cas il peut même être chargé de sculpture pour plus de magnificence, & pour procurer à l’ordonnance un plus parfait assortiment, de maniere que la base, le fût & le chapiteau ne fassent qu’un seul & même tout qui donne le ton au piédestal, à l’entablement & aux différentes parties de l’édifice.
Cette Planche, qui a pour objet d’offrir les chapiteaux des cinq ordres avec le chapiteau ïonique moderne, nous porte à dire un mot en particulier de leurs différentes moulures & ornemens.
Le chapiteau toscan, le plus simple de tous, est composé d’un tailloir a, d’une cimaise b, d’un gorgerin c, plus d’un astragal d, mais qui appartient au fût de la colonne. Le chapiteau dorique est composé des mêmes membres, mais il est plus orné de moulures; la proportion de son ordre étant moins rustique qu’au précédent, il paroît convenable que la division de ses parties soient en plus grand nombre.
Le chapiteau ïonique, couronnement de l’ordre moyen, non-seulement est aussi composé d’une plus grande quantité de moulures, mais il est enrichi d’ornemens & de volutes qui, selon l’opinion de plusieurs historiens, ont été appliqués à cet ordre, d’après l’idée de la coeffure des dames de la Grece, à qui cet ordre féminin doit sa proportion, comme l’ordre dorique masculin doit la sienne à la proportion d’un homme robuste. Ce chapiteau nommé antique, differe de celui qu’on appelle moderne, en ce que ses deux parties latérales sont dissemblables; disparité qui a fait imaginer à Scammozzy le second chapiteau ïonique qui se remarque dans cette Planche, appellé communément le chapiteau ïonique moderne, & dont le plan du tailloir concave dans ses quatre faces autorise huit volutes angulaires; au lieu que les quatre faces rectilignes du chapiteau antique n’en peut recevoir que quatre, sçavoir, deux sur chaque face principale, & deux coussinets dans ses deux faces latérales, ainsi que Philibert Delorme l’a exécuté au palais des Tuileries du côté des jardins.
Le chapiteau corinthien est regardé comme le chef-d’œuvre de Callimaque, sculpteur grec; chapiteau qui a été imité par tous nos modernes, & qui n’a guere souffert d’altération que par la négligence de quelques-uns de nos artistes; chapiteau enfin qui a donné naissance à l’ordre qui porte son nom, & qui est appellé par Scammozzy, en faveur de son élégance, ordre virginal. Ce chapiteau est composé de huit volutes a, de deux rangs de feuilles b, & de huit caulicules c; ses feuilles s’imitent de l’Olivier ou de l’Acante, selon leur application à l’Architecture. Les chapiteaux corinthiens de l’intérieur de l’église du Val-de-grace passent pour les plus estimés de ceux qui se voyent à Paris.
Le chapiteau composite, ouvrage des Romains, n’est autre chose que l’assemblage des feuilles du chapiteau corinthien, & des volutes du chapiteau ïonique moderne. Ces feuilles se font ordinairement à l’imitation du persil, & quelquefois se symbolisent, à raison de la dédicace du monument où on les met en œuvre.
Il se fait encore d’autres chapiteaux qu’on appelle composés, parce qu’ils contiennent divers attributs relatifs à la guerre, aux beaux arts, à la marine, &c. mais ces sortes de productions appartenant plûtôt à la Sculpture qu’à l’Architecture, ne doivent jamais faire changer de nom à l’ordre, comme l’ont prétendu plusieurs de nos artistes, qui, en faveur de quelque altération qu’ils ont faite à leur chapiteau, ont donné à leurs colonnes ou pilastres le nom d’ordre françois, d’ordre espagnol, &c. comme si les ornemens constituoient l’ordre, & non le rapport de leur tige comparé avec leur diametre inférieur.
PLANCHE VIII.

Des entablemens.
Les entablemens sont les couronnemens des ordres; chacun d’eux doit par sa solidité, sa légéreté, sa simplicité ou la division de ses membres, porter le caractere de l’ordre auquel il appartient. Les cinq entablemens, tracés sur cette Planche d’après Vignole, offrent ce que nous exigeons ici. La corniche toscane est composée de trois membres principaux, sçavoir, a, b, c; la dorique de quatre, a, b, c, d; l’ïonique, de cinq, a, b, c, d, e; la corinthienne de six, a, b, c, d, e, f; la composite, comme membre qui appartient à un ordre moins délicat par ses ornemens que le corinthien, n’en a que cinq, comme l’ïonique, sçavoir, a, b, c, d, e.
Nous avons déjà dit que les entablemens étoient composés de trois parties principales, sçavoir, l’architrave A, la frise B, l’entablement C. Les frises sont ordinairement des membres lisses, à l’exception de celles de l’ordre dorique, & quelquefois de la corinthienne & de la composite, où l’on introduit des bas-reliefs de scul-pture, des guirlandes, &c. Les architraves au contraire sont ornées de moulures, mais avec cette différence qu’elles sont méplates & seulement couronnées d’une cimaise. Les plates-bandes des architraves suivent la progression des membres des corniches. Par exemple, l’architrave toscan n’est composée que d’une plate-bande & d’un listeau; la dorique, de deux & d’un listeau; l’ïonique, de trois & d’une cimaise; la corinthienne est aussi de trois plates-bandes & d’une cimaise, mais séparées chacune d’une moulure; la composite, de deux, couronnées d’une cimaise.
De tous ces entablemens de Vignole, le toscan, le dorique, & le corinthien méritent la préférence. Nous desirerions des modillons dans la corniche ïonique, ainsi que le propose Palladio, & moins de pesanteur & de pauvreté dans la corniche & l’architrave composites.
On appercevra par les cottes de ces entablemens le rapport que Vignole a cherché à donner à chacun d’eux; il nous suffira seulement de faire remarquer ici que l’architrave toscan est de douze minutes de hauteur, la frise, de quatorze, sa corniche, de seize, enfin la saillie, de dix-huit; progression arithmétique qui rend son procédé facile, & qui produit le plus grand effet, ainsi qu’on le peut voir dans la plûpart de nos édifices françois, où leurs ordonnateurs ont suivi Vignole, de préférence à tous les autres commentateurs de Vitruve; sçavoir, Hardouin Mansard, au toscan de l’orangerie de Versailles; François Mansard, au dorique du château de Maisons; Philibert Delorme, à l’ïonique du palais des Tuileries; Perrault, au corinthien du péristyle du Louvre; Le Veau, au composite du château du Rinci; autant d’apologies pour Vignole, & d’autorités pour nos jeunes architectes. Cependant il faut convenir que le plus grand nombre, lorsqu’ils ont employé l’ïonique & le composite, ont préféré les entablemens de Palladio; exemple, l’ïonique de la façade de Versailles, du côté des jardins, le composite du palais des Tuileries, &c.
Lorsqu’on ne peut employer les trois membres de cet entablement, quelquefois on supprime la frise, pour ne composer alors qu’une corniche architravée; mais cette licence n’est bonne à mettre en œuvre que dans la décoration d’un appartement, & jamais dans les dehors, malgré l’usage inconsidéré de plusieurs de nos artistes à cet égard, un entablement mutilé ne pouvant raisonnablement servir de couronnement à un ordre régulier, ainsi qu’on le peut remarquer dans les façades extérieures du château de Saint-Cloud, de celui de Montmorency, & ailleurs.
PLANCHE IX.

Des balustrades.
Les ordres d’Architecture, dont nous venons de parler, ayant donné les proportions aux piédestaux & aux entablemens, il est naturel de penser que tous les autres membres qui appartiennent à l’Architecture, doivent aussi tenir leurs proportions & leurs mesures de ces mêmes ordres, & qu’il doit y avoir autant de chaque espece de membres qu’il y a d’especes d’ordres.
Les balustres & les balustrades, qui ordinairement se placent aux pieds des colonnes, ou qui leur servent de couronnement, doivent donc non-seulement tenir leur expression des ordres, mais être de cinq especes, pour satis faire au caractere particulier de chacun d’eux considéré séparément. Donnons les dimensions de leurs principaux membres, d’après les mesures de celles qui nous ont paru exécutées dans nos bâtimens avec le plus de succès, & sans avoir égard à ce que nous en avons déjà dit ailleurs.
La balustre, espece de petite colonne, a donné le nom à la balustrade, appui dont la hauteur est ordinairement réglée entre deux piés & demi, & trois piés un quart. Il n’est est pas de même des balustrades qui servent de couronnement aux ordres d’Architecture; elles doivent en apparence avoir le quart de la hauteur de la colonne, & en réalité un demi-module de plus. C’est sur ces dernieres mesures que sont dessinées les balustrades de cette Planche, ensorte que si ces balustrades de couronnement devoient servir d’appui, on supprimeroit la hauteur du socle en-dedans, comme on le voit en A: car il faut observer que dans tous les cas des balustrades, le balustre qui occupe la hauteur du dez B, soit égal au diametre de l’ordre, & que la tablette C soit de la hauteur du quart du balustre; ensorte que l’inégalité qu’on sera obligé de donner aux différentes hauteurs des balustrades, sera portée sur celle du socle D, sans jamais rien changer ni aux balustres ni à sa tablette. Supposons donc ici une balustrade de couronnement, & assignons un moyen de parvenir facilement à la division de ses parties, moyen qui servira également aux balustrades d’appui, excepté pour ce qui regarde la hauteur des socles sur lesquels sera rejettée la différence qu’on est obligé de donner aux balustrades, à raison de leur application dans l’art de bâtir.
Soit donnée la hauteur d’une balustrade a, b, réduite au quart de l’ordre, plus un demi-module; divisez cette hauteur a, b en neuf parties; donnez-en quatre au socle D, quatre au dez B, & une à la tablette C.
Pour trouver les dimensions du balustre, divisez c, d en cinq, & faites la hauteur du piédouche e d’une de ces parties; ensuite divisez f, g en cinq, donnez une de ces parties à la hauteur du chapiteau h; enfin divisez la hauteur i, k, entre le piédouche & le chapiteau, encore en cinq, & donnez trois de ces divisions au col l, & deux à la hauteur de la panse m.
La largeur du col aura la moitié de la largeur de la panse, & celle-ci le tiers de la hauteur du balustre pour l’ordre corinthien, & les deux cinquiemes pour la panse du balustre toscan, les autres par une moyenne arithmétique.
A l’égard des moulures qui diviseront les principaux membres des balustres & des balustrades, elles doivent être prises dans celles des ordres auxquels appartiendra chaque balustrade. Les contours du galbe, du col & de la panse doivent aussi dépendre de l’expression plus ou moins délicate de l’ordre; autrement on parviendroit peut-être à faire un bon balustre, mais qui n’étant pas relatif à l’ordonnance dont il feroit partie, offriroit un balustre ou une balustrade toscane sur une ordonnance corinthienne, ainsi qu’on le remarque au palais des Tuileries, ou une balustrade corinthienne sur un ordre dorique, comme on le voit au Luxembourg.
PLANCHE X.

Des portes.
La proportion des portes, c’est-à-dire le rapport de leur hauteur avec leur largeur, doit dépendre de l’expression de l’ordonnance dont elles feront partie. Les anciens & la plus grande partie des architectes du dernier siecle, d’après le sentiment de Vitruve & de Vignole, ont donné à toutes les hauteurs de leurs ouvertures le double de leur largeur. Nos modernes ont pensé que cette hauteur commune à toutes les ouvertures, ne pouvoit aller aux cinq ordres, qui chacun ont des proportions différentes; en conséquence ils ont conservé la hauteur du double de l’ouverture, pour les portes toscanes, ce double & un sixieme aux portes doriques; ce double & un quart, aux ïoniques; & ce double & demi, aux corinthiennes & composites.
La forme des ouvertures est encore une chose essentielle à observer. Il s’en fait de quatre manieres, sçavoir, de surabaissées, comme la porte rustique; de plein ceintre, comme la porte toscane & corintienne; de bombées, comme la porte dorique; à plates-bandes, comme la porte ïonique & la composite. Mais il faut sçavoir que de ces quatre formes d’ouvertures, le plein ceintre & la plate-bande sont les plus approuvées.
Après la proportion & la forme des portes, vient l’application de leurs ornemens. Ceux des portes rustiques ne doivent être que des bossages a; ceux des portes toscanes, des refends a; les portes doriques peuvent avoir des chambranles a, & être couronnées d’attique b; les portes corinthiennes peuvent avoir des amortissemens a, & être enfermées dans une tour creuse, tel qu’on le remarque à la porte de l’hôtel de Conty, dont ce dessein est une copie; les portes corinthiennes peuvent avoir pour enrichissement des piédroits a, des aletes b, des impostes c, des archivoltes d, des claveaux e, & être surmontées de tables tranchantes f, ornées de guirlandes; enfin, les portes composites peuvent être ornées de chambranle a, d’amortissement b, & d’un fronton c, ainsi que se remarque celle du rez-de-chaussée de l’intérieur de la cour du Louvre; autant de membres d’Architecture & d’ornemens qui peuvent se varier à l’infini, mais dont l’application, le relief & l’expression doivent se puiser dans les ordres, dans les entre-colonnemens desquels ces ouvertures sont ordinairement placées.
PLANCHE XI.

Des croisées.
Les croisées doivent avoir les mêmes proportions que les portes, parce que toutes les ouvertures dans un bâtiment doivent avoir les mêmes rapports: les ornemens sont à-peu-près dans le même cas, mais leur forme doit différer, les ceintres surbaissés & les pleins ceintres ne convenant qu’aux ouvertures des portes; & les arcs bombés & les plates bandes semblant devoir être consacrés seulement aux ouvertures des croisées. Certainement chaque membre dans l’Architecture porte un caractere établi par l’usage, dont on ne doit s’écarter que par de bonnes raisons: cependant cette considération a paru arbitraire à la multitude; d’où il est résulté qu’au lieu de faire de belles portes & de belles croisées dans nos bâtimens françois, on n’a plus songé qu’à faire des percemens dans les murs de face, sans égard à la beauté des formes, à la conformité de l’ordonnance, & à la relation que les vuides doivent avoir avec les pleins, dans la décoration de nos édifices. C’est en pure perte, pour le grand nombre, qu’on remarque au Louvre, au Luxembourg, à la Sorbonne, des desseins en ce genre d’un goût exquis; on imite ceux des Tuileries, du Palais Royal & tant d’autres fort au-dessous de ceux que nous citons, sans songer que les croisées se répétant à l’infini dans un bâtiment, c’est vouloir multiplier la médiocrité, que de négliger l’étude de cette partie intéressante de la décoration.
La croisée rustique de cette Planche est à appui plein; la toscane offre un balcon de fer placé ici pour faire sentir l’abus de ce genre frivole, auquel on devroit toujours substituer une balustrade, comme à la croisée dorique, surtout lorsque l’on est forcé de faire descendre le bas de l’ouverture jusques dessus le sol des appartemens. La croisée ïonique est couronnée d’une mézanine, non que cette deuxieme ouverture soit toujours nécessaire, mais pour en présenter un exemple. Les croisées corinthiennes & composites sont à l’imitation de celles du Louvre, & offrent autant de modeles qui peuvent servir d’autorité, mais qui, comme les portes, peuvent se varier à l’infini, selon l’application qu’on en veut faire dans l’Architecture.
PLANCHE XII.

Des niches & des frontons.
Les niches dans l’Architecture tiennent de la proportion des portes & des croisées. Ce sont des cavités prises dans l’épaisseur des murs, destinées à recevoir des statues. Il s’en fait de deux especes; les unes quarrées par leur plan, & en plate-bande dans leur sommet, comme on le voit à la niche rustique; les autres, dont le plan est décrit par un demi-cercle, & dont le sommet plein ceintre forme un cul de four, ainsi que le présentent les autres niches de cette Planche.
Il faut observer que, soit que le diametre des niches soit grand, petit ou moyen dans une même ordonnance de bâtiment, il faut que toutes puissent contenir une figure de même grandeur, c’est-à-dire égale au tiers de la hauteur de l’ordre qui préside dans la décoration de l’édifice; de maniere que, dans le cas où ce rapport ne pourroit avoir lieu, il faudroit éviter l’application des niches. Disons un mot du moyen de faire servir les statues d’une hauteur égale dans des niches de différente grandeur. Par exemple, dans les petites niches on se contentera de poser sous les piés de la statue un socle, comme il s’en remarque dans les niches dorique, ïonique & corinthienne; dans les moyennes niches, au lieu de socle, on placera un piédouche, comme dans les ni- ches toscane & rustique. Enfin dans les grandes niches, non-seulement on groupera les figures, mais on placera un piédestal, comme dans la niche composite; de maniere que par les différentes hauteurs des piédestaux, des piédouches ou des socles, les statues d’une hauteur égale pourront être placées dans des niches de diverses grandeurs.
En général il ne faut pas abuser de l’emploi des niches dans l’Architecture; il devroit être réservé pour les édifices sacrés, les fontaines, les châteaux d’eaux, & autres édifices hydrauliques. Dans les maisons des particuliers elles attaquent la solidité des murs, & ne préseutent à l’œil que des figures plus petites que nature, qui rendent l’ordonnance de la décoration chétive & mesquine; ce qui ne peut arriver dans les monumens publics, à cause de leur grandeur, toujours fort au-dessus de celle des bâtimens d’habitation.
Au bas de cette Planche on remarque plusieurs desseins de frontons. La figure A donne la maniere de tracer leur hauteur par leur base, c’est-à-dire que la perpendiculaire a du triangle isocele a, c, d, qui les compose, soit à la base c, d de ce triangle. comme cinq est à vingt-quatre; ce qui est la même chose que le procédé de décrire le quart de cercle d, e, pour du point e, comme centre, tracer la portion d, a; portion qui détermineroit la courbure du fronton circulaire, de même hauteur que le fronton triangulaire.
En général les frontons circulaires ont plus de pesanteur réelle, & présentent une forme plus matérielle à l’œil que les triangulaires; aussi doit-on ne les employer que dans les ordonnances rustique & toscane, malgré la multitude d’exemples contraires.
La figure B présente la forme d’un fronton la plus réguliere, c’est-à-dire un entablement continu & une corniche angulaire; à l’égard des ornemens de sculpture, le mieux seroit de n’en jamais mettre dessus les frontons, parce que c’est employer deux amortissemens pyramidaux l’un sur l’autre; mais particulierement on devroit toujours éviter les figures a posées sur les corniches inclinées; le socle horisontal b semblant autoriser celle c, ainsi qu’on le remarque avec succès au château de Seaux, du côté de l’entrée. Au contraire, le tympan d devroit toujours être destiné à recevoir quelques bas reliefs, & c’est à quoi se devroit réduire toute la richesse de ces couronnemens, qui néanmoins, comme les niches, devroient être consacrés pour la décoration de nos temples, ou n’être employés que sur les avant-corps principaux des palais des Rois & des édifices publics, & jamais dans la décoration des bâtimens particuliers.
La figure C offre la coupe ou profil du fronton B.
La figure D fait voir la partie angulaire de l’extrémité du fronton, tel qu’on l’exécute dans l’Architecture réguliere, de préférence à la crossette que présente la figure E, qui, de même que celles F, G, ne sont placées ici que comme des exemples à éviter, ainsi qu’une infinité d’autres frontons enroullés, découpés, chantournés; productions gothiques qui ne sont imitées de nos jours, que par les architectes subalternes, & que les grands maîtres sçavent rejetter.
SECONDE PARTIE.
Observations générales sur les trois ordres grecs appliqués en particulier à plusieurs monumens érigés pour la magnificence.
La connoissance des ordres que nous venons d’acquérir seroit insuffisante, si nous ne cherchions pas à connoître l’application que nous en devons faire dans la décoration des bâtimens. Nous avons déjà dit qu’il en étoit de cinq especes, trois grecs & deux romains. Les trois Planches suivantes vont nous offrir l’application des trois premiers dans la fontaine de Grenelle faubourg S. Germain, d’ordre ïonique; dans le projet d’une autre fontaine, d’ordre dorique; & dans la colonade du Louvre, d’ordre corinthien. A l’égard des deux derniers, toscan & composite, production des Romains, nous n’avons point donné d’exemple de leur application dans l’Architecture: il suffit de sçavoir que le toscan, ordre rustique, ne doit être employé que dans les ouvrages militaires, ou dans l’Architecture civile, dans les dépendances des grands bâtimens, tels qu’aux orangeries, comme à Versailles, aux écuries, &c. & que l’ordre composite, composé lui-même des autres ordres, mais toûjours d’une expression corinthienne, ne peut guere être employé que dans les décorations théatrales, aux fêtes publiques, dans les pompes funébres, &c. malgré l’usage qu’en ont fait quelques-uns de nos architectes au portail des Minimes, au château de Clagny, &c.
Nous ne craignons pas de l’avouer ici; la juste application des ordres à l’Architecture est plus essentielle que l’on ne se l’imagine ordinairement. Combien ne voyons-nous pas de bâtimens dont l’usage intérieur exige extérieurement un air de solidité, & qui ont pour décoration dans leur dehors un ordre moyen ou délicat; & d’autres dont la destination semble exiger de l’élégance, avoir dans leur façade un ordre ou une expression rustique, comme s’il étoit indifférent de négliger la relation que ces deux parties doivent avoir ensemble? Mais passons aux explications des trois Planches de cette deuxieme partie; elles nous donneront occasion de discuter plus précisément l’opinion des architectes modernes à cet égard.
PLANCHE XIII.

Fontaine de Grenelle, faubourg S. Germain.
Ce monument élevé par la ville de Paris en 1739, sur les desseins de M. Bouchardon, Sculpteur du Roi, qui a présidé à la conduite de l’Architecture, & exécuté la sculpture qui s’y remarque, est un des édifices modernes qui fait le plus d’honneur à notre siecle. En effet une architecture pure, un appareil correct, une construction solide, & une sculpture admirable, sont autant de beautés réunies qu’on rencontre difficilement ailleurs. Nous ne parlerons point ici de la situation de ce monument; personne n’ignore que ce chef-d’œuvre méritoit un tout autre point de vûe: mais, nous l’avons déjà dit, cette partie est trop négligée en France. Nous ne pouvons dissimuler encore que l’ordre ïonique qui détermine le caractere de l’ordonnance de ce monument, non seulement n’exprime pas assez de solidité, mais paroît d’un trop petit module pour l’étendue de l’édifice. Il semble que l’ordre dorique devroit être le propre des bâtimens de l’espece dont nous parlons. Une fontaine suppose des voûtes dans son intérieur, d’épaisses murailles, un volume d’eau dont le poids est considérable, une humidité difficile à parer; autant de motifs qui veulent être annoncés dans la décoration de ses dehors, par un caractere viril que l’ordre ïonique ne peut offrir. Nous concevons bien que cette fontaine est dédiée à la ville de Paris, & que cette divinité féminine a pû autoriser l’ordre ïonique dans le frontispice du temple qui paroît être élevé derriere elle. Mais nous le pensons ainsi. Le premier mérite de l’artiste est de faire ensorte de concilier les accessoires de la décoration avec la convenance de l’édifice. Le premier objet qui doit frapper l’œil du spectateur, c’est le caractere propre à la chose; autrement, l’esprit est distrait: on remarque bien les beautés de détail; mais les vraies beautés sont celles de l’ensemble; toutes les autres doivent lui être subordonnées. Au reste, cette réflexion, qui nous est particuliere, n’empêche pas que ce monument ne soit très-recommandable: aussi l’avonsnous préféré dans cette collection, pour exemple, à la fontaine des Innocens, autre chef-d’œuvre, mais dont l’architecture corinthienne nous a paru encore plus desassortie à l’idée qu’on doit se former d’un bâtiment hydraulique.
Comme il ne s’agit dans cette deuxieme partie que de l’application des ordres à l’Architecture, & non de la description de chaque monument en particulier, nous n’entrerons dans aucun détail pour ce qui regarde la beauté de l’ordonnance, ni sur le choix des parties, ni sur la maniere de profiler, ni sur la distribution des ornemens. L’aspect du lieu, ou l’inspection de la Planche que nous donnons, dédommageront suffisamment de notre silence à cet égard.
PLANCHE XIV.

Autre fontaine d’ordre dorique.
Nous venons d’éprouver en quelque sorte, à-propos de la Planche précédente, la nécessité de faire choix de l’ordre dorique pour la décoration des bâtimens hydrauliques. Nous ajoutons ici cet exemple, non pour nous mettre en parallele avec l’habile artiste qui a donné les desseins de la treizieme Planche, mais pour donner à connoître si une plus grande architecture, une sculpture moins colossale, & l’application de l’ordre viril, peuvent convenir plus véritablement aux monumens dont nous parlons; nous convenons qu’alors la virilité de cet ordre semble exiger des ornemens & une sculpture qui lui soit assortie, & qu’en conséquence il conviendroit de dédier l’édifice à Neptune, à quelque fleuve, &c. plûtôt qu’à Amphytrite, à quelques Nayades, &c. Mais en supposant que le lieu où se doit élever le monument, ne permette que des attributs ou des allégories féminines, il nous semble qu’il seroit préférable, malgré l’analogie que doit avoit avoir la Sculpture avec l’Architecture, de rendre cette derniere relative au genre de l’édifice, comme l’objet principal, plûtôt que de chercher à la faire dépendre des accessoires. Ajoutons à cela que cet ordre, quoique solide, peut s’enrichir & se disposer de maniere à pouvoir recevoir tel symbole que la nécessité semblera exiger.
Si ce que nous avançons paroît avoir quelque fondement, il n’est donc pas aussi indifférent qu’on se l’imagine ordinairement, d’appliquer un ordre plûtôt qu’un autre dans un édifice de genre différent; ce qui n’arrive le plus souvent que parce qu’on ignore le vrai caractere, la véritable expression de chacun d’eux. Nous l’avons déjà dit, nous le répétons, l’ordre toscan ne devroit jamais être employé que pour les ouvrages militaires, ou dans l’Architecture civile pour les dépendances des bâtimens d’habitation de quelqu’importance; l’ordre dorique, pour les édifices publics; l’ordre ïonique, pour les maisons de plaisance; l’ordre corinthien, pour les palais des Rois; l’ordre composite, aux monumens élevés pour la magnificence. Mais comme notre objet dans ces élémens est de ne parler que de l’application des trois ordres grecs, dorique, ïonique & corinthien, & que nous n’avons point d’édifice dorique régulier à citer en France, nous avons donné ce dessein de fontaine d’ordre dorique [1], afin de prendre occasion de parler de ces trois ordres en particulier, & de leur application en général dans l’Architecture.
Nous venons de dire qu’il n’y avoit point d’ordre dorique régulier. Avant de passer à l’ordre corinthien, disons un mot de ce que nous entendons par la régularité de cet ordre.
Les Grecs, à qui nous devons la découverte des proportions de l’ordre dont nous parlons, avoient conçu qu’une de ses beautés principales devoit consister dans la symétrie; ce qu’ils ont exécuté avec le plus grand succès; mais comme ils n’accouploient pas les colonnes, & que les modernes en ont connu la nécessité à certains égards, plusieurs ont tenté en vain de concilier cette régularité des Grecs avec les accouplemens; en sorte que les uns ont fait pénétrer les bases & les chapiteaux, comme on le voit au portail des Minimes; les autres, pour éviter ce défaut, ont fait leurs métopes oblongues ou barlongues, comme on le remarque à Saint-Gervais; ceux-ci ont renflé leurs colonnes, comme au bureau des marchands drapiers; ceux-là ont donné un module de plus à leur ordre, comme au portique de la cour royale du château de Vincennes; autant de tentatives infructueuses que d’autres enfin ont cru éviter, en se privant de l’application de cet ordre dans leurs productions: extrémité peut-être plus condamnable encore, parce qu’elle détruit l’esprit de convenance, & qu’elle prive la plus grande partie de nos édifices du caractere qui leur convient. Tant d’irrésolutions & d’incertitudes nous ont portés à chercher un moyen moins imparfait que tous les précédens, & que nous avons employé dans plus d’une occasion avec quelqu’avantage. Nous en allons donner le précis.
La difficulté de l’accouplement consiste en ce que les Grecs n’ont donné de l’axe d’un trigliphe à l’autre, que deux modules & demi, qui valent trente minutes, le métope étant d’un module & demi, & le trigliphe d’un module, & que lorsque les colonnes & les pilastres sont accouplés, il faut nécessairement que d’un axe de colonne à l’autre il y ait trente-quatre minutes, chaque demi-diametre étant d’un module, & chaque base de cinq minutes; en sorte que trente minutes données par les Grecs, ne pouvant satisfaire à trente-quatre minutes qu’exige l’accouplement des modernes, il faut nécessairement hausser la frise de l’entablement de trois minutes, qui, au lieu de dix-huit, en aura vingt-un, pour donner ensuite vingt minutes à la largeur du métope, & quatorze à celle du trigliphe, qui ensemble égaleront trente quatre minutes nécessaires pour le bas des colonnes accouplées deux à deux. De ce procédé il s’ensuit à la vérité que l’entablement acquiert trois minutes de plus que le quart de la hauteur de la colonne; mais il faut observer que non-seulement cette proportion a été sujette à variation dans tous les tems; que d’ailleurs cette partie supérieure est toujours fort élevée de l’œil du spectateur; & qu’enfin cette augmentation est préférable à faire un entablement de quatre modules un quart porté sur une colonne dorique de dix-sept modules, ainsi que Le Vau l’a pratiqué à son portique de Vincennes déjà cité; systême qui renverse les lois fondamentales de l’art, & qui ôte absolument à l’ordre le caractere de virilité qu’il nous paroît essentiel de lui conserver.
Ce moyen qui n’est pas sans inconvénient, nous paroît moins licencieux que tous les autres, & peut faire appliquer cet ordre à tous les édifices où son expression paroîtroit convenable, en observant cependant que les mesures que nous venons de donner, ne regardent que les angles saillans, & que lorsqu’il paroîtra nécessaire, pour donner plus de mouvement à son ordonnance, de pratiquer des angles rentrans qu’il faudra donner à ces derniers d’un axe de trigliphe à l’autre, trente-sept minutes, au lieu de trente quatre, afin que les mutules placés sous le sophite du larmier supérieur de la corniche soient aussi sans aucune espece de pénétration. Autrement, on ne doit faire aucun cas de la décoration de ce genre, parce que celle-ci n’étant mise en œuvre que pour embellir nos édifices, elle doit plaire à tous les yeux, loin d’offrir la confusion & le desordre qu’on remarque dans presque tous nos bâtimens françois où cet ordre préside. (Voyez ce que nous avons déjà dit des fontaines, Tome VII. page 102.)
TROISIEME PARTIE.
Observations genérales sur les édifices sacrés, appliquées en particulier à une abbaye.
Les édifices sacrés sont de tous les bâtimens ceux qui devroient annoncer le plus de grandeur, de dignité & de majesté, & rien n’est si négligé que la plûpart de nos églises. En général nos églises paroissiales, & particulierement les modernes, n’ont point ce caractere; elles ne sont point assez vastes pour contenir les différens genres d’ornemens dont on décore l’intérieur, & le plus souvent ces décorations sont plus théatrales que convenables à la maison du Seigneur.
Cette courte réflexion n’empêche pas que nous n’applaudissions aux chefs-d’œuvre que renferment la plûpart de nos monumens sacrés; mais nous n’en sommes pas moins forcés de convenir qu’à l’exception de quelques édifices gothiques, nous n’avons guéres d’ouvrages modernes qui méritent quelque considération, & que le Val de-Grace, la Sorbonne, l’Oratoire, sont peut-etre les seules églises en cette ville qui offrent le plus d’objets conformes à l’idée qu’on doit se former de l’ordonnance, de la décoration & de la disposition de nos temples.
Nous pourrions pousser plus loin nos observations critiques, & nous étendre sur les reproches que l’on peut légitimement faire à nos églises; nous pourrions aussi entreprendre ici l’éloge de l’église de sainte Genévieve, qui se bâtit de nos jours sur les desseins & sous la conduite de M. Soufflot, contrôleur des bâtimens de Sa Majesté; & celui de la nouvelle paroisse de la Magdeleine, qui va s’élever sur les desseins de M. Contant, architecte du Roi, & dont les plans, approuvés de la Cour & des connoisseurs, promettent les plus grands succès: mais obligés de nous renfermer dans l’explication de nos Planches, & de supprimer tous les détails qui ne sont pas essentiels, nous passons au projet qui a été fait pour l’abbaye de Panthemont [2] par M. Franque, aussi architecte du Roi, & que nous donnons plûtôt que l’édifice érigé par M. Contant pour la même abbaye, parce que nous donnons les nouvelles décorations intérieures du Palais-royal, exécutées sur les desseins de M. Contant.
PLANCHE XVI.

Plan au rez-de-chaussée du projet de l’abbaye de Panthemont.
L’église du plan que nous donnons ici, ne paroît pas d’abord un projet considérable, en comparaison des monumens que nous venons de citer; mais néanmoins la régularité de son ordonnance extérieure & intérieure, & la simplicité louable de sa décoration, la rendent digne d’être mise en parallele avec les deux églises des dames de sainte Marie, l’une à la porte S. Antoine, l’autre à Chaillot, aussibien qu’avec celle des dames de l’Annonciade à S. Denis; ouvrages du premier mérite en ce genre; toutes trois exécutées sur les desseins des Mansards. D’ailleurs nous avons choisi ce projet d’abbaye plûtôt que celui d’une église paroissiale, à cause des bâtimens qui le composent, & dont la distribution nous rapproche davantage de la partie de l’Architecture qui intéresse le plus grand nombre.
PLANCHES XVII. & XVIII.


La Planche dix-septieme offre la distribution du premier étage, & la dix-huitieme tous les supplémens que n’ont pu contenir les deux plans précédens; en sorte que par ces trois Planches on est en état de concevoir toutes les parties d’utilité, de commodité & d’agrément qu’il convient de donner à une abbaye royale destinée à contenir une abbesse, un certain nombre de religieuses, des dames pensionnaires de dehors, des demoiselles pensionnaires logées dans l’intérieur, & généralement toutes les pieces principales, pourvûes des dégagemens qui leur sont relatifs. La grandeur de l’échelle de ces plans, & la précaution que nous avons prise de décrire l’usage de chacun, nous dispense d’entrer dans un plus grand détail.
PLANCHE XIX.

Cette Planche offre le frontispice de l’église & la façade extérieure des bâtimens du côté de la rue. Ces derniers sont d’un bon style, & se lient heureusement par le moyen de la tour creuse, avec le portail de l’église d’ordonnance grave & réguliere, & où cependant un ordre ïonique eût peut-être été plus convenable que le dorique, comme on le voit du côté des jardins.
PLANCHE XX.

Cette Planche fait voir la façade du côté des jardins, qui ayant trente-huit toises quatre pieds de longueur, a pu être divisée par trois avant-corps & deux arriere-corps; les trois premiers sont revêtus de pilastres ïoniques, les deux derniers n’en ont seulement que l’entablement. Ce bel étage est élevé sur un soubassement, genre d’ordonnance préférable à beaucoup d’égards à deux ordres pratiqués l’un sur l’autre, qui non-seulement deviennent monotomes, mais ne distinguent jamais l’étage supérieur d’avec l’inférieur.
PLANCHE XXI.

Cette Planche offre la coupe prise dans le plan du rez-de-chaussée sur la ligne D, E. On remarque dans cette coupe l’intérieur de l’église, celle du chœur des dames religieuses, le profil du grand escalier, & les développemens de la maçonnerie & de la charpente de la plus grande partie de ce monument. On y remarque aussi, quoiqu’en petit, ce genre de la décoration & des ornemens, dont le style ne peut faire que beaucoup d’honneur à M. Franque, dont nous possédons à Paris & dans la plus grande partie de nos provinces des ouvrages très-estimés.
QUATRIEME PARTIE.
Observations générales sur les edifices publics, appliquées en particulier à un hôtel-de-ville.
Après les temples, les édifices publics tiennent le premier rang dans l’Architecture; ce sont eux qui annoncent l’opulence des cités, la splendeur des nations, & la bien-faisance des princes. On comprend sous le nom d’édifices publics, les hôtels-de-ville, les bourses, les hôtels des monnoies, les bibliotheques, les manufactures, les places, les marchés, les prisons, les hôpitaux, les arcs de triomphe, les ponts, les fontaines, & généralement tous ceux qui contribuent à l’embellissement, à l’utilité & à la sureté des villes.
Ces divers bâtimens doivent s’annoncer en général par une grandeur relative à leurs especes & à l’importance des capitales où ils se trouvent élevés, par une architecture qui n’ait rien de petit, par une ordonnance simple mais noble, par une construction solide, & particulierement par de belles issues qui les présentent avec dignité.
La plûpart de nos édifices publics manquent assez essentiellement d’une partie de ces avantages, le plus grand nombre n’ayant pas été élevés pour leurs destinations actuelles, tels que la bibliotheque du Roi, la bourse, la manufacture des Gobelins, l’hôtel des Monnoies, &c. d’un autre côté, notre hôtel-de-ville, nos marchés & nos hôpitaux sont d’une structure si ancienne, qu’ils ne peuvent servir d’exemple ni d’autorité; en sorte que nous n’avons d’assez véritablement beaux édifices du genre dont nous parlons, que la porte triomphale de S. Denis, la fontaine de Grenelle, plusieurs ponts & quelques places qui distinguent cette capitale des autres capitales du Royaume.
Choisissons en particulier un seul de ces monumens élevé de nos jours avec éclat dans l’une de nos provinces; & d’après cet exemple, rapportons une partie des précautions qu’on doit prendre & qui doivent être communes à toutes, ces explications ne pouvant nous permettre de détails particuliers sur chacun de nos édifices publics.
PLANCHE XXII.

L’hôtel-de-ville de Rouen, élévation du côté de la place royale.
Ce monument, commencé à bâtir en 1758 par la ville de Rouen, sur les desseins de M. le Carpentier, architecte du Roi, a été projetté avec toutes les précautions que nous venons d’observer plus haut, c’est-à-dire que non-seulement l’architecte & les officiers municipaux se sont proposés d’élever le monument dont nous parlons, mais de prévoir le bon effet qu’il pourroit acquérir encore en le situant de maniere à être apperçu d’un éloignement convenable, tel, par exemple, que de la métropolitaine d’une part, & de l’hôtel-Dieu de l’autre, tous deux éloignés de 530 toises, distance à-peu-près au milieu de laquelle est placé l’hôtel-de-ville dont nous parlons. A cette situation avantageuse on a observé une principale rue bien dressée & bien alignée, & d’un côté une place royale de 58 toises de longueur sur 45 de largeur, de l’autre un jardin de 64 toises de longueur sur 36 de largeur; & enfin d’une double place publique quadrangulaire & à pans d’environ 50 toises de diametre; projet immense conçu en grand, bien percé, & toujours le pre- mier objet qui doit occuper les ordonnateurs & l’architecte.
La façade de cet hôtel-de-ville du côté de la place royale, est d’ordre ïonique, de deux piés & demi de diametre, élevé sur un soubassement, & chargé de refend: au-dessus des deux étages, sur l’avant-corps du milieu seulement, s’éleve un attique surmonté d’un dôme qui est terminé par un béfroi: dans le soubassement des deux pavillons de cette façade, sont placées des fontaines avec des inscriptions: enfin aux pieds de cet édifice regne une terrasse continue qui empatte tous ce bâtiment, & lui procure un caractere de fermeté, le propre des édifices publics. Nous ne parlerons point ici des détails [3].
CINQUIEME PARTIE.
Observations générales sur les Maisons royales & les Palais, appliquées en particulier à un grand Hôtel.
Les maisons royales & les palais des rois doivent être considérés comme des bâtimens d’habitation de la plus grande importance, & comme tels ils n’ont pu entrer dans cette collection; ce qui fait que nous nous sommes réduits à donner les desseins d’un grand hôtel, demeure qui, après les palais & les maisons royales, doit tenir le premier rang. Nous dirons seulement ici que les maisons royales ne different des palais qu’en ce que ceux-ci sont ordinairement élevés dans les capitales, les maisons royales à la campagne. La disposition de ces dernieres & l’ordonnance de leurs façades, doivent par cette raison avoir un caractere moins grave dans leur décoration, & une fermeté moins absolue dans les parties qui les composent. On doit regarder les palais comme le lieu de la représentation du monarque, les maisons royales seulement comme la demeure du prince, où dans la belle saison il vient avec sa famille & ses courtisans se délasser des soins du gouvernement.
Dans les palais il faut un caractere noble & une magnificence imposante, dans les maisons royales il suffit d’y observer de la grandeur & de l’agrément. Au reste l’agrément dont nous voulons parler doit moins s’entendre ici de l’ordonnance de leur décoration que de la situation avantageuse du lieu, de leurs issues agréables, de leurs dépendances assorties, & de l’étendue de leurs jardins de propreté; l’ordre ïonique peut être préféré pour les dehors, le corinthien pour les dedans. Ces ordres semblent autoriser une certaine réitération dans les avant-corps & les pavillons extérieurs, & une certaine élégance dans les appartemens, qui assignent à ces édifices le style qui leur est propre.
Trianon pourroit être considéré comme une assez belle maison royale, s’il n’étoit pas situé si près de Versailles. Ce n’est pas qu’on ne puisse admettre plusieurs étages dans un bâtiment de l’espece dont nous parlons; mais la suppression des combles de Trianon, l’ordre ïonique qui y préside, la beauté de ses jardins, tout y concourt à nous donner une idée de l’agrément que nous recommandons.
Marli peut être aussi considéré comme une maison royale plûtôt que comme un château, rien n’annonçant à Marli ce caractere.
Il nous seroit plus difficile encore de citer plusieurs exemples de palais à Paris. Le Luxembourg & le Palais-royal ont un caractere de pesanteur dans les masses & de si petites parties dans les détails, qu’ils ne peuvent servir d’autorité. Le palais des Tuileries, quoique contenant plus d’un chef-d’œuvre, est composé d’une archichitecture si desassortie, qu’il est presque dans le cas du précédent. A l’égard du palais Bourbon, il est d’une ordonnance si mesquine, & chargé de détails si peu corrects, qu’il est moins capable qu’aucun d’être imité pour ce genre de productions. Au défaut de tels exemples, citons quelques-uns de nos beaux hôtels, & disons un mot de l’ordonnance qui les doit caractériser.
Les hôtels, demeures des grands seigneurs, sont des bâtimens élevés dans les capitales, & où ils font habituellement leur résidence. Le caractere de leur décoration exige une beauté assortie à la naissance & au rang des personnes qui les font bâtir ; néanmoins ils ne doivent jamais annoncer cette magnificence reservée seulement pour les palais des rois.
C’est de cette diversité de rang, du monarque aux grands princes, & de ceux-ci aux sujets, que doivent naître nécessairement les différens caracteres d’édifices ; connoissances indispensables qui ne peuvent s’acquérir que par l’étude de l’art, & particulierement par l’usage du monde ; c’est par ce dernier, n’en doutons point, qu’on arrive à la convenance, qu’on observe les bienséances, que le jugement s’acquiert, que l’ordre naît dans les idées, que le goût s’épure, & qu’on apprend à connoître positivement le caractere propre qu’il faut donner à chaque bâtiment. Certainement le rang du personnage qui fait bâtir, est la source où doivent se puiser les différens genres d’expressions dont nous voulons parler : or comment y arriver sans l’usage du monde, qui nous apprend à distinguer tous les besoins & le style convenable à telle ou telle habitation érigée pour tel ou tel propriétaire ? Par exemple, la demeure d’un prince [4] destiné par sa naissance au commandement en chef des armées ; celle d’un prélat [5] appellé au pontificat par une longue habitude au sacerdoce ; celle d’un premier magistrat [6], ou celle d’un ministre éclairé chargé du gouvernement, ne doit-elle pas s’annoncer différemment, & différer particulierement de celle d’un maréchal de France, ou d’un autre officier général, de celle d’un évêque ou d’un autre dignitaire ecclésiastique, de celle d’un président à mortier, &c. &c. personnages qui ne tenant pas le même rang dans la société, doivent avoir des habitations dont l’ordonnance annonce la supériorité ou l’infériorité des différens ordres de l’état ? Les premieres demeures, par exemple, seront des palais, palais de la seconde classe à la vérité ; les deuxiemes, seulement de grands hôtels ; dans celles-là on y observera avec certaines modifications le caractere que nous avons désigné pour la demeure des têtes couronnées ; dans celles-ci, une ordonnance plus simple : mais dans dans toutes les deux, pour la demeure du militaire, on devra faire présider un caractere martial, annoncé par des corps rectilignes, par des pleins à-peu-près égaux aux vuides, & par une Architecture qui puise sa source dans l’ordre dorique. Pour la demeure de l’homme d’église, on fera choix d’un caractere moins sévére, qui s’annoncera par la disposition de ses principaux membres, par des repos assortis, & par un style soutenu, qui ne soit jamais démenti par la frivolité des ornemens ; enfin, pour la demeure du magistrat, on saisira un caractere qui devra se manifester par la disposition générale de ses formes, & la distribution de ses parties, les seuls moyens de parvenir à désigner sans équivoque dès les dehors de l’édifice, la valeur, la piété, l’urbanité. Au reste, nous le répétons, il faut se ressouvenir d’éviter dans ces différens genres de composition la grandeur & la magnificence du ressort des palais des rois ; la grandeur, parce que l’intérieur des appartemens étant nécessairement moins vastes chez les particuliers que chez les grands, les hauteurs des planchers doivent produire dans les dehors moins d’élévation, moins de magnificence, parce qu’il est de convenance que les ornemens soient répandus avec moins de ménagement dans les maisons royales, que dans toute autre espece de bâtiment. Nous venons de dire que l’hôtel d’un militaire [7] devoit annoncer un caractere martial ; pour cela on fera choix de l’ordre dorique, parce que cet ordre étant considéré comme celui des héros, il convient que ce soit de cet ordre que soient puisés tous les membres d’Architecture qui entreront dans son ordonnance. Nous avons dit aussi qu’il étoit nécessaire que la résidence des prélats [8] annonçât moins de sévérité ; pour cela on devra choisir l’ordre ïonique, moins solide que le précédent, pour désigner l’aménité qui doit caractériser l’habitation de l’homme d’église. Enfin nous avons recommandé que l’urbanité s’annonçât dans la décoration des façades de la demeure des magistrats [9] ; pour cet effet, on devra faire usage de l’ordre composite, qui par la double application de ses ornemens & sa proportion moins virile encore que le dorique & l’ïonique, paroît propre à annoncer à l’esprit les différentes fonctions de la magistrature. Ce n’est pas que l’ordre dorique ne pût être employé convenablement dans l’ordonnance de ces trois hôtels ; mais indépendamment qu’il paroît nécessaire d’apporter une sorte de variété dans l’ordonnance de nos édifices, il est important encore d’appeller à son secours l’expression de différens ordres, pour tâcher d’amener sur la scene dans les diverses productions des membres d’Architecture & des ornemens qui appartenant à ces ordres, contribuent à faire reconnoître avec moins d’équivoque l’usage particulier de chacun des bâtimens de même genre ; sans parler ici de ceux de genre différent, qui exigent à plus forte raison, chacun séparément, un caractere distinctif, d’où dépend le véritable succès de la décoration de toutes les especes de productions en Architecture. Passons à-présent au projet d’un grand hôtel de notre composition, dans lequel nous avons tâché de faire entrer la plus grande partie des pieces de parade, de société & de commodité avec les dépendances qui leur sont nécessaires.
PLANCHE XXIII.

Projet d’un grand Hôtel de quarante toises de face.
Persuadés que le premier mérite d’un plan consiste dans la beauté des enfilades principales, nous les avons observées ici, & avons pris soin de les exprimer par des lignes ponctuées. Nous avons aussi fait en sorte que le centre du grand sallon se rencontre dans les deux maîtresses enfilades, avantage considérable, & qui se trouve rarement dans nos édifices françois, à l’exception de nos maisons royales. Une des choses qui nous a paru aussi fort essentielle, c’est que des péristiles amenent à couvert depuis l’entrée de l’hôtel jusqu’aux appartemens. D’ailleurs ces péristiles en colonades donnent un air de dignité à ces sortes d’habitations, qui les distingue des maisons ordinaires, sans pour cela leur donner la somptuosité des palais des rois, qui se manifeste non-seulement par beaucoup plus d’étendue, mais encore par des avant-cours, des places d’armes, & une infinité d’autres dépendances de leur ressort. Peutêtre eût-il été bien aussi d’observer dans cette distribution un porche, qui de la cour d’honneur eût fait descendre les maîtres à couvert dans leur appartement ; mais il s’agissoit de faire ici un grand hôtel de 75 toises de largeur entre deux murs mitoyens, & de l’annoncer par une grande cour qui indiquât par son aspect le rang du personnage qui devoit l’habiter ; en sorte que les basses cours devenant petites, ne pouvoient raisonnablement permettre le porche que nous desirons ici. A ce défaut, que nous avouons n’être pas peu considérable, voici comme on y pourroit remédier : ce seroit d’avancer de neuf à dix piés les six colonnes de front placées au-devant du vestibule, en sorte que les voitures pourroient passer entre ces colonnes & les murs de face, moyen qui peut se mettre en pratique dans cette distribution, mais qui ne peut avoir lieu que dans le cas d’une cour d’un certain diametre, à cause de l’échappée des carrosses & de la pente du pavé qu’il est nécessaire de gagner de loin, pour que le sol du porche proposé se trouve, à quelque chose près, à niveau du vestibule. Nous nous sommes contentés d’annoncer cette saillie, sans l’exprimer sur cette Planche. Nous avouons sincérement que cette idée ne nous est venue que depuis sept ou huit années que ce projet est gravé ; tems depuis lequel nous avons apperçu plus d’une fois l’incommodité que les grands éprouvent, de n’arriver pas à pié sec dans l’intérieur de leur habitation, avantage néanmoins qui se rencontre rarement dans nos hôtels, mais que nous conseillons à tous les propriétaires & à nos jeunes architectes, comme un des points essentiels pour ce qui regarde la commodité.
Nous avons pris soin d’écrire le nom & l’usage de chaque piece de ce plan, & de désigner par la lettre A toutes celles qui composent l’appartement de parade, par la lettre B celles qui déterminent l’appartement de société, & enfin par la lettre C les deux appartemens privés, placés en aîles & donnant sur les jardins fleuristes, aussi-bien que celui destiné pour les bains, rangé aussi dans la classe de ces derniers. Toutes les autres pieces comprennent le département de la bouche, des écuries & des remises, avec leurs dépendances; ce qui nous dispense d’entrer dans un plus long détail. (D’ailleurs nous renvoyons au mot Distribution, quatrieme Volume, p. 1063). Nous avertirons seulement ici que ce plan a été gravé à gauche par l’inadvertance du graveur, ce qui fait paroître ici le grand escalier mal situé, contre toute idée de vraisemblance.
PLANCHE XXIV.

Le format de ce Volume n’ayant point permis de joindre les deux aîles au principal corps-de-logis, on a pris le parti de les graver séparément sur la même Planche, ce qui ne laisse pas de nuire à l’effet général de l’ensemble; mais on peut se représenter la partie A jointe à celle B, & celle C jointe à la partie D, pour en juger. Au reste ces deux aîles ne sont que les élévations des dépendances de ce bâtiment, mais ajustées de maniere que malgré leur infériorité elles contribuent à faire valoir l’ordonnance de l’hôtel proprement dit.
Cet édifice est composé de deux étages, le rez de-chaussée orné d’ordre ïonique, le premier d’ordre corinthien. Le principal corps-de-logis placé entre cour & jardins, jouit du côté de la cour de l’aspect de la place publique par la colonnade qui se voit ici, & dont les axes des entre-colonnemens correspondent à ceux des croisées du principal corps des bâtimens. Nous ne ferons point l’analyse de cette production, son éloge seroit déplacé, & on doit naturellement nous dispenser d’en faire la critique; nous ferons remarquer seulement la relation scrupuleuse que nous avons observée entre les dehors & les dedans, comme le principal objet de la composition d’un bâtiment de cette espece.
Nous n’avons donné ni la façade du côté du jardin, ni la coupe de ce bâtiment, dans le dessein d’éviter la multiplité des Planches: d’ailleurs on sentira facilement par l’inspection du plan, l’effet que ces façades doivent produire, & nous nous flatons que ce projet fera quelque plaisir à tout amateur impartial.
SIXIEME PARTIE.
Observations générales sur les maisons particulieres, appliquees à un bâtiment régulier distribué dans un terrein très-irrégulier.
Sous le nom de bâtimens particuliers on comprend deux sortes d’habitations, les unes destinées à la résidence des riches citoyens, & où ils font leur demeure habituelle; les autres, celles que les habitans font élever dans les cités pour assûrer une partie de leur revenu, en les donnant à loyer aux commerçans, aux artisans, &c. Les premiers doivent avoir un caractere qui ne tienne ni de la beauté des hôtels, ni de la simplicité des maisons ordinaires. Les ordres d’Architecture ne doivent jamais entrer pour rien dans leur décoration, malgré l’opulence de ceux qui les font élever [10]. Non-seulement ces ordres y deviennent trop petits à cause du peu d’élévation des pieces, mais ils doivent être reservés pour les bâtimens de quelque importance, ne produisant un véritablement bel effet que lorsqu’ils peuvent avoir un certain diametre.
A leur défaut, dans les premiers bâtimens dont il s’agit, il faut seulement faire usage de l’expression d’un de ces ordres, pour l’appliquer selon le goût ou le rang de celui qui doit l’habiter, & se ressouvenir que l’Architecture doit toûjours être d’un bon style; les ornemens, quand ils sont nécessaires, répandus avec choix; & les façades régulieres.
Les secondes habitations doivent aussi avoir leur caractere particulier, qui consiste en une plus ou moins grande simplicité assortie à l’importance des villes où elles sont élevées. La symétrie, la solidité, la commodité & l’économie, doivent faire l’objet capital de ces dernieres demeures: plusieurs corps-de-logis séparés par des cours airées doivent déterminer le local de leur distribution; selon leur situation, elles doivent contenir ou des boutiques, ou des magasins, ou des atteliers, ou des logemens subalternes; dispositions néanmoins qui ne doivent nuire en rien à l’ordonnance des façades sur la rue [11], parce que ces sortes d’habitations étant en bien plus grand nombre que les autres édifices, elles doivent contribuer à la décoration & à l’embellissement des villes.
Appliquons ces notions élémentaires à la distribution & à la décoration d’une maison particuliere de la premiere classe, projettée pour Avignon par M. Franque, architecte du Roi.
PLANCHE XXV.

Cette Planche offre une distribution réguliere très-ingénieuse, contenue dans un terrain clos de murs, le plus irrégulier qu’il soit possible, & dont M. Franque a tiré parti d’une maniere à faire juger de sa sagacité, de son goût & de son intelligence. En effet, rien de si bien entendu que ce plan; beauté, proportion, variété, agrément, commodité, symétrie, relation des dedans aux dehors, tout s’y trouve réuni. En un mot, ce projet nous paroît un chef-d’œuvre, & seroit seul capable de faire beaucoup d’honneur à cet architecte, s’il n’avoit prouvé par tant d’autres productions l’étendue de ses connoissances, & son expérience dans l’art de bâtir.
PLANCHE XXVI.

Cette Planche donne le plan du premier étage de ce bâtiment, & est composé d’un bel appartement & de quatre autres moins considérables, mais tous pourvûs des commodités qui leur sont nécessaires. Au-dessus de cet étage, du côté de la place seulement, est encore pratiqué un appartement ; en sorte que tout le rez-de-chaussée est occupé par un appartement de société, un jardin, des cuisines, des offices, des écuries & des remises; & que dans les étages supérieurs on trouve un appartement pour le maître du logis, & cinq appartemens pour sa famille ou ses amis ; distribution suffisante pour la maison d’un particulier riche, qui retiré en province, y jouit d’un revenu honnête, & qui se détermine à se vouloir loger commodément & avec goût.
PLANCHE XXVII.

Cette Planche offre l’élévation du côté de la cour, avec la coupe du grand escalier, & l’élévation du côté du jardin de ce bâtiment. On remarque un caractere de fermeté dans l’ordonnance de ses façades, qui n’a rien de pesant ni de desassorti ; caractere qui se suffit à lui-même, & qui prouve bien l’inutilité des ordres dans les habitations des particuliers. Si nos architectes présentoient toûjours de telles productions à leurs propriétaires, ceux-ci n’auroient pas la manie de vouloir une décoration, qui, pour être plus riche, n’en est pas plus estimée des connoisseurs. Des arcades plein ceintre, un certain mouvement dans les plans, des balustrades au lieu de balcons, des ouvertures en rapport avec les trumeaux, de beaux chambranles, des refends placés convenablement, une sculpture bien repartie, d’excellens profils, un bel appareil, sont autant de beautés caractéristiques du ressort des bâtimens dont nous parlons, & qui se rencontrent dans ce projet; considération qui nous l’ont fait préférer à tout autre dans cette collection, parce que nous nous serions fait honneur de l’avoir produit : du-moins nous nous flatons qu’on nous sçaura gré de l’avoir rendu public, comme un exemple utile, inté-ressant & capable de piquer l'émulation de nos jeunes artistes.
PLANCHE XXVIII.

Cette Planche fait voir la coupe du corps-de-logis sur la rue, l’élévation de l’aîle de bâtiment sur la cour, & la décoration intérieure du cabinet en galerie donnant sur le jardin. On voit régner dans cette façade le même caractere que dans les élévations précédentes: unité recommandable comme le seul moyen de rendre un bâtiment de peu d’étendue, plus considérable en apparence.
SEPTIEME PARTIE.
Observations générales sur la décoration intérieure appliquées en particulier à un appartement de parade.
Nous avons parlé, tome IV. page 702. &c. de la décoration en général. Il s’agit ici de la décoration des appartemens en particulier: nous ne rappellerons point les écarts de l’imagination de la plûpart de nos artistes à cet égard. La quantité de gravûres qui s’en sont répandues dans le public, font assez connoître combien il étoit essentiel que ces compositions frivoles passassent de mode, pour faire place à des compositions moins bisarres sans doute. Nous sommes arrivés à cette époque, à en juger par quelques productions des architectes de nos jours. Pour nous convaincre de ce que nous avançons, nous allons en citer plusieurs de l’un & l’autre genre, & nous finirons ces observations par donner les décorations faites dernierement dans les appartemens du palais-royal, pour feue madame la duchesse d’Orléans, sur les desseins de M. Contant, architecte du Roi, de qui nous avons quantité d’ouvrages du premier mérite, & qui en plus d’une occasion a donné des preuves de son goût dans l’architecture, & de son génie dans les choses d’agrément.
Les décorations intérieures qui tiennent le premier fang, n’entendant pas parler ici de celles du dernier siecle d’un genre admirable [12], & à qui on ne peut reprocher qu’un peu de pesanteur & peut-etre un peu de confusion, les décorations, dis-je, qui tiennent le premier rang sont celles du palais-royal que nous venons de citer, de l’hôtel de Toulouse, de l’hôtel de Biron, de la maison de M. Bourette, de la maison de campagne de M. d’Argenson à Neuilly, de la galerie de l’hôtel de Choiseul, &c. qui, comparées avec celles du palais Bourbon, celles de l’hôtel de Soubise, de l’hôtel de Rohan-Chabot, de la maison de M. Dionis, de la maison de campagne de M. de la Valliere à Montrouge, de la galerie de l’hôtel de Villars, &c. montrent assez la préférence que les unes doivent avoir sur les autres, & combien il eût été dangereux que les artistes les plus célebres de notre tems n’eussent pas créé un nouveau genre de décoration qui anéantît pour ainsi dire cette frivolité qui seule faisoit le mérite des appartemens du palais Bourbon, &c. ainsi que ce caractere de pesanteur que nous avons reproché aux anciennes décorations de la plûpart de nos maisons royales. Entrons dans quelque détail à ce sujet à-propos des desseins que nous allons offrir, & qui, comme nous venons de le remarquer, ont été exécutés sous la conduite de M. Contant, par les plus habiles artistes, qui ont secondé ce sçavant architecte dans les embellissemens du palais-royal.
PLANCHE XXIX.

Elévation en face des croisées du salon, au premier étage des nouveaux appartemens du palais-royal.
Cette décoration toute de menuiserie peinte en blanc, & dont tous les ornemens sont dorés d’or mat & d’or bruni, offre le plus grand éclat. La porte à placards est revêtue de glaces, & les deux côtés occupés par des sophas (Voyez le dessein en grand d’un de ces sophas Pl. XXXVI.) au-dessus desquels sont aussi des glaces qui toutes répondent aux axes des croisées qui sont en face, & répetent le spectacle des jardins du palais-royal. Ces sophas sont couverts par des campanilles d’étoffe or & argent ajustées avec goût, qui meublent cette piece avec la plus grande magnificence. Le plafond de ce sallon est peint par M. Pierre, dont le nom seul dit tout. Les deux colonnes qui se voient ici sont engagées pour symétriser avec celles isolées qui leur sont opposées, & qui ont été introduites ainsi, pour racheter l’inégalité de cette piece anciennement bâtie avec assez d’irrégularité. (Voyez le plan de cette piece, Pl. XXXV.)
PLANCHE XXX.

Elévation du côté de la cheminée de la même piece.
Les portes de cette décoration sont de glaces, comme celles de la piece précédente, & ne different que dans leur attique; le dessein de la cheminée est de bon goût. Il est aisé de s’appercevoir combien sa beauté réelle l’emporte sur les tiges du palmier, les guirlandes, les rocailles, les palmettes, &c. qu’on a vû si long tems faire toute la ressource de nos sculpteurs en bois dans ce genre de décoration. Le chambranle de cette cheminée est aussi d’une belle forme, & est revêtu de bronze doré d’or moulu, traité de la plus grande maniere. Des girandoles avec des génies enrichissent ses angles; ces girandoles correspondent à de pareilles qui sont posées sur une table de marbre placée en face de la cheminée, & dont on voit le dessein dans la Planche XXXVI.
Les pilastres corinthiens qui décorent cette façade & son opposée, ont autorisé ici des membres d’Architecture qui l’ont empêché de devenir frivole, comme cela se pratiquoit précédemment; en sorte que toute cette ordonnance d’un bon style paroît convenable à la dignité du prince qui habite ce palais; considération plus intéressante qu’on ne s’imagine, & qui devroit être la premiere regle de toutes les productions des artistes.
PLANCHE XXXI.

Elévation de la salle de jeu du côté de la porte qui donne entrée au sallon.
Cette décoration d’ordre ïonique est composée de grandes parties, & ornée d’excellens détails. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à comparer cette production avec la plûpart de celles du palais Bourbon, gravées dans l’Architecture françoise, ou avec celles de l’hôtel de Soubise, insérées dans les oeuvres de M. Boifrand, & on verra combien les repos qui se remarquent ici, sont préférables à cette multitude d’ornemens qu’on a prodigués avec excès pendant trente années dans tous nos bâtimens, & dont même la décoration intérieure de nos temples n’est pas toujours exempte. Cet ordre est ïonique, pilastres & colonnes; ces dernieres sont engagées pour occuper moins de place dans l’intérieur de la piece, & pour corriger l’irrégularité de la bâtisse, nos anciens architectes ayant presque toujours sacrifié les dehors au-dedans des appartemens. (Voyez le plan de cette piece, Pl. XXXV.)
PLANCHE XXXII.

Elévation du côté de la cheminée de la même piece.
Cette façade, du même style que la précédente, fait voir le côté de la cheminée placée entre deux pilastres; de belles tapisseries occupent les deux espaces qui déterminent le grand diametre de cette piece. Ces deux espaces sont d’inégale grandeur, à cause de la premiere disposition du plan, qui n’étant pas régulier, a occasionné ce défaut de symétrie dans cette ordonnance. Deux pans coupés dans l’un des côtés de la profondeur de cette salle de jeu, lui donnent une forme assez agréable, & ont produit la facilité d’y poser des glaces; ressource ingénieuse que l’homme de mérite scait se permettre quelquefois, mais dont l’homme subalterne abuse presque toujours, ainsi qu’on le remarque dans la plûpart des bâtimens que nous avons cités. L’abus des glaces n’est jamais une beauté dans les appartemens; la prodigalité de ces corps transparens annoncent plûtôt la stérilité que le génie de l’architecte. Les beaux appartemens du château de Richelieu, de celui de Maisons, de celui de Versailles, la gallerie de Meudon, celle de Clagny, tous ces chefs-d’œuvre n’en ont point; ils auroient occupé moins utilement la place des trésors qu’ils contiennent, & par conséquent auroient privé l’homme de goût des productions des grands maîtres qui s’y remarquent. Il est vrai qu’il n’en est pas de même d’un appartement d’habitation, principalement de celui destiné à une princesse. Aussi M. Contant en a-t-il usé, mais avec cette discrétion qui décele l’homme de génie & l’homme instruit de la convenance de son art & des grands principes de sa profession.
PLANCHE XXXIII.

Elévation du côté de la cheminée de la chambre de parade.
Cette décoration est du meilleur genre. De belles parties, des détails heureux, des matieres précieuses, des étoffes de prix, tout concourt à procurer à cette piece une très-grande magnificence; les ornemens d’ailleurs nous ont paru assez intéressans, pour que nous en donnassions la plus grande partie dans les Planches XXXVI. & XXXVII. mais ce que nous n’avons pu rendre, sont les beautés de l’exécution considérées séparément dans chaque genre, & qui doivent exciter la curiosité des amateurs & des artistes élairés.
PLANCHE XXXIV.

Elévation du côté du lit de parade.
Cette Planche fera connoître une des meilleures décorations en ce genre, qui se soit vûe jusqu’à présent dans l’intérieur de nos appartemens. Les quatre colonnes qui se remarquent ici, dont deux placées sur un plan différent, donnent à cette ordonnance un caractere grave, qui n’ôte cependant rien à son élégance. La forme du plan (voyez ce plan, Pl. XXXV.) contribue même à ajouter de la beauté à cette décoration, & à contenir le lit avec la dignité qui lui convient; d’ailleurs la forme de ce lit, la richesse de ces étoffes, la balustrade qui le renferme, les glaces qui sont placées dans les pans coupés, la forme ingénieuse des chapiteaux & des cannelures de l’ordre, enfin l’exacte régularité de chaque partie, tout dans ce dessein fait le plus grand plaisir. Cette belle piece est terminée par une corniche composée d’ornemens d’un excellent genre, & dont on trouvera les desseins pour la plus grande partie, Planche XXXVII.
PLANCHE XXXV.

Plans des trois pieces qui composent une partie de l’appartement de parade dont nous venons de parler.
La forme des plans contribuant essentiellement à la beauté de la décoration intérieure, nous avons rassemblé sur la même Planche les trois plans des décorations précédentes. Ces trois plans font connoître les difficultés que M. Contant a été obligé de vaincre, pour rendre ces décorations régulieres dans autant de cages irrégulieres; obstacle qui exige dans un architecte le génie de son art, pour procurer en particulier à chacune de ces pieces les commodités qui leur sont nécessaires; commodités qui font aujourd’hui une des parties essentielles de notre distribution.
PLANCHES XXXVI. & XXXVII.


Développemens des principaux ornemens répandus dans la décoration des trois pieces précédentes.
Le genre mâle que la plûpart de nos architectes cherchent aujourd’hui à donner à nos ornemens, leur a semblé néanmoins ne pas devoir exiger ce caractere de pesanteur que nos anciens ont affecté dans les dedans des appartemens, ni cette prodigalité de petites parties que nous avons déjà reprochée à la plûpart de nos sculpteurs en bois, mais un juste milieu entre ces deux excès, parce qu’ils ont senti enfin que les décorations intérieures doivent être agréables; que rien n’y doit paroître lourd ni dans les masses ni dans les détails; que même il étoit nécessaire de réveiller leur ordonnance par un peu de contraste, pourvu qu’il ne fût point outré; le contraste dont plusieurs ont abusé quelquefois, n’ayant en- gendré que des chimeres, & qu’ils ont senti que trop de symétrie à son tour ne produisoit souvent que des compositions froides & monotones. Les ornemens de ces deux Planches sont également exempts de ces deux défauts, en fixant, pour ainsi dire, le véritable goût & le style propre à cette partie de l’art.
PLANCHES XXXVIII. & XXXIX.


Ces deux dernieres Planches offrent les plans & les décorations intérieures d’un escalier bâti sur les desseins de M. Franque, architecte du roi, à l’abbaye de Vaux-luisant. La simplicité qui regne dans son ordonnance, sans être pauvre, la proportion des membres qui y président, un certain caractere de fermeté qui se remarque dans les profils, la forme ingénieuse des rampes & du contour des marches qu’il a fallu assujettir à la hauteur du premier étage, en conservant un palier au milieu, sont les motifs qui nous ont portés à préférer cet exemple à tout autre d’une distribution plus compliquée. D ailleurs l’Architecture françoise offrira à nos lecteurs plus d’un modele en ce genre, & plusieurs monumens considérables, qui accompagnés des descriptions que nous avons été chargés d’en faire, pourront contribuer à développer les connoissances des jeunes artistes. Au reste, ce sera au public éclairé à juger des observations répandues dans l’un & l’autre ouvrage; au-moins l’assûrons-nous de notre impartialité. La meilleure preuve que nous en puissions donner, c’est le choix des productions que nous lui offrons ici, & la réputation que se sont acquis les habiles artistes qui ont la meilleure part en cette collection.
COUPE DES PIERRES.
PLANCHE Iere.

Fig. 1. Voûte annulaire dont le plan est un cercle.
2. Arc rampant dont les impostes ne sont point de niveau.
3. Arc de cloître. A, B, C, portions de berceaux.
4. Voûte d’arrête.
5. Arriere-voussure de la porte Saint Antoine.
6. Arriere-voussure de Montpellier.
7. Ceinture pour soutenir les voussoirs pendant la construction d’une voûte. A B, entrait qui répond au niveau des impostes. C, poinçon qui répond au dessous de la clé; les autres pieces servent à soutenir les dosses sur lesquelles on construit la voûte.
8. Compas d’appareilleur. A E, la branche femelle, fendue depuis A jusqu’en B, pour recevoir la partie A D de l’autre branche A C.
9. Dégauchissement d’une pierre; il se fait avec les deux regles A B, C D, que l’on place dans des ciselures pratiquées à la pierre dont on taille toute la surface selon la direction du fond de ces ciselures.
10. Développement. A, doele. B, paneaux de lit. C, paneaux de tête.
PLANCHE II.

Fig. 11. Double coupe de la plate-bande A B C D d’un pallier. P, point de concours des joints m n, m n. R, point de concours des joints n o, n o. G, point de concours des joints de lit des claveaux du plat-fond.
12. n. 1. Epure d’un berceau cylindrique.
12. n. 2. Epure d’un claveau de voûte cylindrique. c, d, g, h, la doele entourée des paneaux de lit & de tête, désignés par les autres lettres.
13. Fausse coupe dans un berceau cylindrique.
14. Bonne coupe d’une plate-bande A B.
15. n. 1. Fausse coupe apparente d’une des plates-bandes des fenêtres & portes du Louvre.
15. n. 2. Clé de la plate-bande en perspective.
15. n. 3. Un des autres voussoirs.
16. Direction que doit avoir le fil ou lit de la pierre dans un voussoir.
17. Liaisons des pierres dans un mur.
18. Voûte gothique: les nervures qui répondent au-dessus des lignes a d, b c, sont les arcs doubleaux; celles au-dessus des lignes a b, d c, lorsque ces parties sont fermées de mur, s’appellent formerets. mp, mn, mo, sont les liernes; ap, bp, co, cn, sont les tiercerons; a c, b d, sont les ogives.
PLANCHE III.

Fig. 19. Voûte hélicoïde sur noyau.
20. Ceintre gothique, approchant de la chaînette.
21. Panache.
22. Plate-bande, dont une moitié B C est composée de voussoirs, dont les joints de lit sont formés par un seul plan, C C, & l’autre moitié A C, par des voussoirs à crossettes.
22. n. 2. Un des voussoirs à crossette en perspective.
23. Equerre du tailleur de pierre; elle est de fer.
24. & 24. n. 2. Usage de l’équerre pour équarrir une pierre.
25. Sauterelle, fausse équerre ou récipiangle.
26. Arc surbaissé.
27. Arc surhaussé.
Outils du tailleur de pierre.
28. A, têtû. a, son plan. B, laye ou marteau bretelé. b, son plan. C, ciseau. D, maillet. E, marteau ou pioche. e, son plan. F, riflard bretelé. G, crochet. H, ripe.
PLANCHE IV.

Fig. 29. Epure.
30. Voûte plate d’une seule pierre.
31. & 31. n. 2. Voûte plate, composée de plusieurs rangs de voussoirs inscrits les uns dans les autres.
32. Plate-bande.
33. Plancher composé de poutrelles, proposé par Serlio.
34. A, extrados. B, intrados ou doele d’un des voussoirs d’une voûte plate.
35. Doele d’une voûte plate, proposée par M. Abeille.
36. Extrados de la même voûte.
37. Compartiment de l’extrados d’une voûte plate, dont les claveaux ne laissent point de vuide.
37. n. 2. A, doele d’un des claveaux de la voûte précédente. B, extrados du même claveau.
38. Compartiment de l’extrados d’une voûte plate en quarrés égaux, diagonalement opposés à ceux de l’intrados.
38. n. 2. a, doele ou intrados d’un des claveaux de la voûte précédente. b, extrados du même claveau.
PLANCHE V.

Fig. 1. 2. 3. 4. Démonstrations relatives à la poussée des voûtes.
PLAN, Coupe & Développement d’un moulin à vent, propre à battre & pulvériser du tuileau, à broyer du ciment, du mastic, & à scier en même tems des pierres en dalles.
PLANCHE Iere.

Coupe verticale du moulin.
PLANCHE II.

Fig. 1. Plan de la tour du moulin, de son arbre, & de l’appenti renfermant la machine à scier les pierres.
2. Cylindre ou tambour excentrique, avec une partie de l’arbre qui est brisée.
3. Plan & profil du cylindre & de l’arbre.
4. Peigne pour arranger les scies à égale distance.
5. Bâti ou porte-scies.
6. Profil de la fig. 5.
7. Maniere dont les lames des scies sont attachées.
8. Meule avec son arbre pour broyer le ciment.
9. Plan de la meule, avec laquelle on peut broyer aussi des pierres à fusil calcinées & mises en poudre auparavant dans les mortiers M, M, M, de la fig. 1. Ces pierres à fusil servent à faire le mastic pour remplir les joints des dalles, quand il est nécessaire.
PLANCHE III.

Figure 1. Coupe verticale de l’appenti sur sa largeur, où on voit le porte-scie, & le moulinet qui sert à l’enlever.
2. Coupe verticale de l’appenti sur sa longueur; le profil du porte-scie, du moulinet & du balancier.
3. Vûe du balancier tout monté.
Nota que la partie supérieure de cette machine est entierement semblable à celle des moulins à vent, à blé exclusivement jusqu’en A Pl. I. où il y a une lanterne qui fait tourner le hérisson B horisontal de la même Planche, dont l’arbre & le mouvement sont communs à celui C, lequel engraine dans les petits hérissons D, D, D, Pl. I. & Pl. II. fig. 1. qui font tourner la meule E, Pl. 1. dans les cuves F, Pl. I. & Pl. II. figure 1. pour y broyer le ciment ou mastic. Le grand hérisson C est aussi denté de champ en-dessous, pour engrainer dans la lanterne G, P. I. & P. II. fig. 1. & faire tourner l’arbre H, auquel sont entées trois levées I, Pl. I. desquelles il n’y en a que deux apparentes, celle du milieu étant cachée par l’arbre H. Ces levées agissant sur les mentonnets K, font mouvoir les pilons L, pour pulvériser les tuilaux mis dans les mortiers de fer fondu M de la dite Pl. I. Hors la tour de cette machine, & à l’extrémité de l’arbre H, Planches I. & II. il y a une barre de fer courbée en broche, Planche II. fig. 2. à laquelle est appliqué le cylindre ou tambour excentrique O, qui s’introduit librement dans la chambre P, Planc. III. fig. 2. du balancier Q de la même figure, & le fait aller & venir, quand l’arbre H fait ses révolutions. A ce balancier Q, qu’on voit aussi Planche II. fig. 1. on applique une des extrémités des barres de bois R, par le moyen des tourillons S; l’autre extrémité est ajustée en charniere à la tête T du bâti ou porte-scie V de ladite Planche 2. fig. I. & Planche III. fig. 2. pour lui communiquer le mouvement de faire aller & venir horisontalement les scies sur les pierres Y de la Planc. III. fig. 2. posées au-dessous. Chaque porte-scie coule entre quatre poteaux Z, Planche II. fig. 1. & Planc. III. figures 1. & 2. plantés verticalement; & quand les pierres sont sciées, on releve les scies par le moyen des chaînes de fer &, &, Planche II. fig. 5. & 6. & Planche III. figures 1. & 2. qui se dévident sur les cylindres des moulinets a, Planc. III. figures 1. 2. Devant & derriere les pierres qui sont à scier, il y a deux fosses b, Planche II. fig. 1. & Planc. III. fig. 1. pour recevoir l’eau & les grès avec lesquels on arrose. c, c, c, Planche I. & Planche II. fig. 1. tonneaux remplis de mastic. d, Planche I. petite serre pour les outils, dont le plan est représenté en d, Planche II. fig. 1. e, e, même figure, seaux d’eau pour arroser les pierres. f, f, cuillieres pour arroser. g, g, g, même figure, épaisseur de la cloison de l’appentis.
MACHINES A FORER les pierres, & à arrondir les bases des colonnes.

Fig. 1. Tour pour arrondir les bases des grosses colonnes. Cette machine est de l’invention de M. Puisieux, architecte du Roi.
A, piece de bois posée perpendiculairement, & arrêtée en X & Z; elle est mise en mouvement par le double levier B, B, à l’extrémité duquel sont deux paloniers auxquels on attache des chevaux. Cette piece de bois porte un rouet C, qui s’engrainant dans deux lanternes, fait tourner les deux arbres D, D, portant chacun un rouet semblable au premier, lesquels font mouvoir les deux lanternes d, d. E, massifs par lesquels entrent les tiges des lanternes d; ils portent plusieurs roulettes vers les extrémités de leurs circonférences, comme en K, pour faciliter les mouvemens des bases F qu’on doit tourner. Ces massifs font fixes, comme le sont les meules de dessous dans les moulins à blé, & les bases des colonnes tournent comme les meules de dessus.
Fig. 2. Cette figure représente le même tour à vûe d’oiseau.
3. Machine à forer & percer les pierres, inventée par le même, pour les placer avec plus de sûreté & de facilité. A, la pierre. L, foret ou trépan qui perce la pierre. B, montant de fer fixé par trois clavettes 1, 2, 3. C, talon du même montant de fer qui prend la pierre par dessous. D, crampon de fer en deux branches, lequel est fixé par deux fortes vis E, E, (fig 5.) que l’on serre avec une clé qui l’assure à la pierre. F, guide ouvert dans lequel passe le levier G qui s’alonge jusqu’au crochet H, où l’on met un poids de vingt livres I, pour presser sur le foret. Ce guide F, qui est aussi fixé au montant de fer B, vient en se recourbant, comme en P, passer entre les deux vis E, E, pour se fixer sur la pierre par le moyen d’une troisieme vis Q, & forme avec le crampon de fer D une espece de patte d’oye, telle qu’on voit fig. 5. M, double noix où l’on attache deux courroyes de cuir qui entourent le foret de trois ou quatre tours, & qui sont tirées chacune à leur bout N par un homme alternativement. Sous le levier G, à l’endroit du foret, il y a plusieurs trous fraisés, pour changer le foret à mesure qu’il creuse dans la pierre, afin qu’il soit toujours perpendiculaire.
Cette machine perce une pierre de 18 pouces d’épaisseur dans un quart d’heure; il faut deux hommes pour tirer, & un troisieme pour jetter de l’eau continuellement.
4. Développement du levier, où on voit en a, a, a, les trous fraisés pour recevoir le pivot b du trépan L, L, de la figure 3.
5. Développement de la patte d’oye à vûe d’oiseau.
6. Partie du guide F ouvert en forme de fourche depuis F jusqu’en Y pour recevoir le levier H, & l’empecher de s’écarter lorsqu’il agit.
MAÇONNERIE ET PARTIES relatives.
PLANCHE Iere.

Le haut de la Planche représente des maçons diversement occupés; les uns A à monter des pierres taillées; d’autres B sur un échafaud à enduire un mur de plâtre; d’autres C, à construire un ouvrage de maçonnerie. On voit en D & en E deux tailleurs de pierre; en F, ceux qui préparent la chaux; en G, un scieur de pierre; en H, I, K, les manœuvres occupés à servir dans la construction des bâtimens.
Fig. 1. Maçonnerie maillée, que Vitruve appelle reticulatum.
2 & 3. Maçonnerie en liaison, appellée par Vitruve, insertum.
4. 5. & 6. Maçonnerie de pierres brutes. L’isodomum, le pseudisodomum, & l’emplecton grec. A, les assises. B, les couches de mortier. C, l’enduit de plâtre. D, le garni.
7. Maçonnerie en liaison & cramponnée, ou le revinctum des anciens. E, les pierres cramponées. F, les crampons. G, le garni.
8. Pierres démaigries ou plus creuses en maçonnerie, vers le milieu que par les bords.
PLANCHE II.

Fig. 9. Maçonnerie en échiquier. A, angles faits de briques. B, rang de briques, qui tient le mur & le traverse. C, échiquier. D, partie intérieure du mur fait de ciment.
10. Autre maçonnerie en liaison. Deux faces de mur de carreaux de pierre ou de brique; l’intérieur du mur E est de ciment ou de cailloux de riviere, & soû- tenu de trois piés en trois piés dans sa hauteur par trois lits de brique.
Fig. 11. Maçonnerie incertaine ou rustique. F, pierres incertaines.
12. Maçonnerie en pierres de taille.
13. Mur de remplage.
14. Autre construction de muraille.
15. Maçonnerie faite de carreaux & boutisses de pierres dures ou tendres, posées en recouvrement les unes sur les autres. A A, carreaux. B, boutisses.
Exemples de quelques précautions à observer dans l’art de bâtir.
16. A, arrachemens. B, chaînes de pierres. C, arcades ou décharges.
PLANCHE III.

Suite des précautions à observer dans l’art de bâtir.
Fig. 17. A, arrachemens. B, chaînes de pierres. C, poutres.
18. Murs de face & de refends. D, D, pierres callées avec des lattes.
19. E, E, pierres callées avec des lames de plomb.
20. Mur de face. A, taluds ou retraites données en dehors. B, à plomb du dedans.
21. Murs de face avec taluds ou retraites en-dehors & en-dedans. B, retraites. C D, axe du mur tombant au milieu de sa fondation.
22. Murs de terrasse.
23. Autres murs de terrasse, fortifiés d’éperons ou contre-forts E, E, E, &c.
PLANCHE IV.

Fig. 24. Autres murs de terrasse, avec des contre-forts A en-dehors, & d’autres contre-forts B en-dedans, diagonalement disposés en forme de scie.
25. Les mêmes murs de terrasse, avec des contre-forts en-dehors, semblables à ceux de la figure 24. mais dont les contre-forts du dedans C, C, sont disposés en forme de portions circulaires.
Nota. Les outils & les machines à l’usage du maçon & du tailleur de pierre, sont représentés ci-après, Pl. XI. XII. XIII.
PLANCHE V.

Fig. 26. Coupe de l’ouverture d’une carriere: à la surface sont les engins à tirer la pierre de la carriere. A, A, passages ou rues de la carriere. B B, ouverture de la carriere.
Nota. Les outils qui s’employent pour détacher la pierre de la carriere, sont représentés & décrits ci-après, Pl. X.
PLANCHE VI.

Fig. 27. n. 1. Coupe verticale d’un four à brique & à tuile, sur la ligne A B, même fig. n. 3.
27. n. 2. Plan du même four au-dessous du premier plancher.
27. n. 3. Plan pris au rez-de-chaussée.
Nota. On trouvera à la suite de ces Planches de Maçonnerie trois Planches représentant dans un plus grand détail le four à brique & à tuile, les diverses opérations qui s’y exécutent, & les outils qu’on y employe.
28. Coupe verticale d’un four à plâtre.
PLANCHE VII.

Suite de la fig. 28. n. 1. Elévation du four à plâtre.
28. n. 2. Plan du même four.
Nota. A la suite de ces Planches de la Maçonnerie on trouvera dans un plus grand détail une Planche représentant les différentes opérations & les outils du carrier-plâtrier.
Fig. 29. n. 1. Coupe verticale d’un four à chaux, prise sur la ligne A B de la même figure à la Planche suivante.
29. n. 2. Elévation du même four.
PLANCHE VIII.

Suite de la fig. 29. Plan du four à chaux.
30. & 31. Bassins A B, destinés à la préparation de la chaux, pour être employée dans la maçonnerie. C, communication du bassin supérieur A au bassin inférieur B; elle est garnie d’une grille.
Nota. L’exploitation de la pierre à chaux ayant été considérée par ceux qui ont traité la partie de l’Agriculture, comme appartenante à l’Economie rustique, on trouvera dans cette partie une Planche représentant les différens détails d’un four à chaux; & cela ne doit pas être regardé comme un double emploi, parce que ce four devoit être traité aussi, mais sous un autre point de vûe, par celui qui a été chargé de la maçonnerie.
PLANCHE IX.

Fondemens.
Fig. 32. & 33. Maniere de fonder par les piles. A, les piles. B, le bon fond. C, C, C, fig. 32. arcs bandés sur les piles. C, C, C, fig. 33. ares renversés.
34. & 35. Maniere de fonder sur le roc. A A, le roc. B, B, piles élevées, ou maçonneries adossées. C, fig. 34. assises pratiquées par ressaut au roc. C, C, fig. 35. harpes des pierres, & arrachemens pratiqués au rocher.
36. Maniere de fonder par les pierrées. A A A, le roc. B B, C C, E E, cloisons de charpente. D, D, les bords inférieurs de cette cloison.
37. La même maniere de fonder par les pierrées avec une seule cloison, quand le roc est escarpé. A, le roc. B, espace entre le roc & la maçonnerie, qu’on remplit de pierrées. C, cloison, B, maçonnerie.
38. Fondation par arcades, dans les cas où l’on veut économiser. A A, le roc. C, C, massif3. B, B, les arcades. D, D, retombées des arcades.
39. Fondemens sur la glaise. A, grillages de charpente. B, longtines. C, traversines.
40. Fondemens sur le sable. A, tranchée. B, madriers. C, étrésillons ou pieces de bois qui en font la fonction.
PLANCHE X.

Fig. 41. Fondemens dans l’eau par le moyen des caissons. A, caissons.
42. Fondemens sur pilotis. A, grillage de charpente. B, planchers de madriers. C, Heurtoirs. D, pilots de remplage. E, pilots de bordage ou de garde.
43. Pilot. A, la pointe. B, la tête avec sa virole.
44. Sabot du pilot ou sa lardoire à quatre branches.
45. Pilots de bordage ou de garde A, entrelacés de palplanches. B. C, C, C, C, rainures pour les palplanches.
46. Autre maniere de fonder sur pilotis. A, grillage qu’on employe dans cette maniere de fonder.
47. Cheville à tête perdue pour arrêter le grillage sur les pilots.
Outils du carrier.
48. Pince de fer servant de levier. A, la partie ronde. B, la partie quarrée.
49. Autre pince semblable, mais plus petite.
50. Rouleau.
51. Autre rouleau.
52. & 53. Esses.
54. Fer de l’esse, vû du côté de l’œil.
55 & 56. Masse de fer quarrée, appellée mail, & son fer vû du côté de l’œil.
57 & 58. Autre masse de fer quarrée, plus petite que la précédente, & vûe du côté de l’œil seulement, ne s’étant pas trouvé sur la Planche suffisamment de place pour la représenter montée avec son manche. Fig. 59. Tire-terre.
60. Fer de tire-terre, vû du côté de l’œil.
61. Marteau.
62. & 63. Coins.
64. Cric. A, la manivelle. B, le croissant.
65. Bacquet ou plateau.
PLANCHE XI.

Outils du maçon & du tailleur de pierre.
Fig. 66. Regle de bois.
67. Autre regle de bois.
68. Troisieme regle de bois.
69. Equerre de fer.
70. Fausse équerre de bois.
71. Beuvau concave.
72. Beuvau convexe.
73. Grand compas.
74. Petit compas.
75. Niveau.
76. Autre niveau.
77. Regle d’appareilleur.
78. Coin de fet.
79. Masse de fer, appellée grosse masse.
80. Fer de la grosse masse, vû du côté de l’œil.
81. Petite masse.
82. Fer de la petite masse, vû du côté de l’œil.
83. & 85. Tetus.
84. & 86. Fers de ces deux têtus.
87. & 88. Autre têtu à démolir, avec son fer.
89. & 90. Marteau à deux pointes, & son fer vû du côté de l’œil.
91. & 92. Marteau bretelé à pointe, & son fer.
93. & 94. Marteau avec bretelure & hache, & son fer, vû du côté de l’œil.
95. & 96. Marteau avec hache des deux bouts, & son fer.
97. & 98. Marteau à dégrossir, & son fer.
99. Ciseau large.
100. & 101. Marteau à démolir les cloisons & les murs en plâtre, avec son fer.
102. & 103. Marteau à deux pointes, & son fer.
104. & 105. Marteau quarré d’un côté, & à pointe de l’autre, avec son fer, vû du côté de l’œil.
106. & 107. Hachette.
108. & 109. Déceintroir.
110. Poinçon.
PLANCHE XII.

Fig. 111. Maillet.
112. Ciseau à main.
113. Gouge.
114. Riflard sans bretelure.
115. Riflard avec bretelure.
116. Aiguille ou trépan.
117. Rabot de bois.
118. Houe.
119. Drague.
120. Fouet avec son plomb.
121. Rondelle.
122. Crochet sans bretelure.
123. Crochet avec bretelure.
124. Riflard.
125. Truelle.
126. Autre truelle.
127. Autre truelle avec bretelure.
128. Pic.
129. Pic vû du côté de la douille.
130. & 131. Pioche.
132. Pelle.
133. Batte.
134. Hotte.
135. Brouette.
136. Banneau.
137. Oiseau.
138. Auge.
139. Panier d’osier à claire voie.
140. Sas.
141. Bar.
Fig. 142. Civiere.
143. Scie sans dents.
144. Cuilliere de fer.
PLANCHE XIII.

Fig. 145. Scie avec dents.
146. Scie à main avec dents.
147. Demoiselle. A, la masse de fer.
148. Scie à main sans dents.
149. Fiche.
150. Brancard.
151. Bouriquet.
152. Manivelle. A, le boulon de fer qui la traverse.
153. Mouton. A, Pilot. B, billot de bois, vulgairement appellé mouton. C, Cordage. D, poulies. E, sol du mouton. Les pieces assemblées avec celle qu’on nomme sol du mouton, forment la fourchette. Voyez en G (fig. 160.) cette partie. G, montant. H, bras ou liens. I, ranche. K, jambette.
154. Echafaud. A, mur. B, cerches. C, boulins. D, planches.
155. Sonde avec ses pieces. A, le manche. B, B, B, tringles de fer. C, vis. D, douille. E, cuilliere. F, fraise.
156. Chevre. A, treuil. B, cordage. C, lévier. D, poulies. E, bras. F, traverses.
157. Cabestan ou vindas. A, levier. B, treuil. D, cordage.
158. & 159. Leviers ou boulins.
160. & 161. Grueau. A, levier. B, treuil. C, cordage. D, poulie. E, poids. F, sol du grueau. G, fourchette. Les pieces assemblées avec le sol & aboutissantes en L, s’appellent bras. I, jambette. K, ranche, grand & petit. L, sellette. M, poinçon. N, lien. O, moises.
161. La partie supérieure du grueau. A, poinçon. B, sellette. C, fauconneau. D, liens. E, cordage. F, poulie.
162. Grue. B, treuil avec le tambour ou la rue. C, cable. D, poids. E, empatement. F, arbre. G, contre-fiches. H, poinçon. I, ranche; le pié du ranche traverse la piece appellée soûpente. K, liens. L, les petites moises. M, la grande moise. O, le mamelon du treuil. P, sa lumiere.
163. B, louve. C, louveteau. D, esse.
164. Ciseau à louver.
CARRIER-PLATRIER.

La vignette représente une partie de carriere dans une colline escarpée; la masse en est percée par différentes rues d’où l’on a tiré la pierre de plâtre, que l’on conduit sur des bêtes de somme (fig. 16.) au four (fig. 17.)
Fig. 1. 2. 3. 4. Coins de différentes longueurs & épaisseurs, qui servent au carrier pour détacher les uns des autres les différens lits de pierre à plâtre ou gips.
5. Sac rempli de plâtre.
6. Sac vuide.
7. Mailloche.
8. Pelle.
9. Mail dont le carrier se sert pour frapper sur la tête des coins.
10. Pic.
11. Aiguille qui sert au carrier pour réserver un vuide dans le canal de la mine, pour communiquer le feu à la poudre dont elle est chargée.
13. Tarriere servant à percer la mine.
14. Profil d’une mine percée avec la tarriere & chargée de poudre, & l’aiguille qui laisse un passage, après qu’elle est retirée, pour introduire l’amorce, que l’on conduit dans des tuyaux de paille jusqu’à la poudre au fond de la mine, qui est fermée par un coulis de plâtre.
15. Barre ou pince servant à soûlever les lits de pierre.
TUILERIE.
PLANCHE Iere.

La vignette représente une tuilerie & tous les bâtimens nécessaires.
A, B, C, le fourneau adossé à un terrein élevé par lequel on monte au-dessus. Les murailles sont fortifiées & soutenues par des contre-forts C, C, entre lesquels il y a deux portes pour entrer dans le fourneau. Voyez l’explication de la Planche III.
D, E, la halle dans laquelle on calibre le carreau & on le met sécher à l’ombre, ainsi que la tuile. F, moulerie. Elle a plusieurs ouvertures ou fenêtres. Le mouleur, qui est au-dedans de ce bâtiment, donne au coucheur les tuiles ou planchettes à mesure qu’il les a moulées. La fenêtre S fermée par une toile pendante, sert à introduire le sable dont le mouleur a besoin pour sécher son moule & le bloc sur lequel il travaille. L’ouverture q sert à tirer au dehors le sable qui tombe aux pies du mouleur. Les autres ouvertures p, aussi fermées par des toiles, répondent à la partie de ce bâtiment où on marche la terre glaise. Derriere ce bâtiment est une fosse dans laquelle on détrempe la terre glaise. On voit une de ces fosses en m; elle est ordinairement entourée de glaise seche & concassée en petits morceaux. r, tonneau ou baquet rempli d’eau, & enterré de presque toute sa hauteur, & à moitié recouvert par une planche. Le coucheur y trempe les planchettes sur lesquelles il transporte la tuile. n, petit pont & bascule servant à puiser l’eau nécessaire, qui coule par des rigoles dans les fosses à tremper.
Fig. 1. Ouvrier qui prépare & applanit une aire ou place d, e, f, couverte de sable, pour mettre sécher les moulées.
2. Coucheur qui étend sur la place a, b, d, les tuiles ou planches de terre que le mouleur lui a fournies; il les transporte en se servant de petits ais de bois qu’on nomme aussi planchettes, sur les aires ou places où il les laisse sécher.
3. Leveur qui rassemble les planches ou tuiles quand elles sont presque séches, pour les transporter dans la halle couverte D, E.
4. Ouvrier qui marche la terre glaise, c’est-à-dire qui la pétrit avec les piés. La terre suffisamment corroyée, est transportée à la pelle sur le banc-à-terre qui est à droite du mouleur.
5. Le mouleur placé debout devant le bloc c, & entre les deux massifs E, C, qu’on nomme bancs. Le premier est destiné à recevoir la terre corroyée qu’on voit en D; & le second C, le sable A avec lequel il saupoudre le moule & le bloc sur lequel il travaille. Le sable est retenu sur le banc par des planches appuyées sur le tasseau B, & un semblable fixé à la muraille opposée. a, planchette que le mouleur applanit avec le racle. b, l’auget plein d’eau, dans lequel le mouleur met tremper le racle. d, planchette de bois avec laquelle le coucheur transporte les planches pour les faire sécher sur les aires ou places. E, ouverture par laquelle on retire le sable qui est tombé aux piés du mouleur.
6. Plan de l’attelier du mouleur. M, la fosse où on détrempe la terre glaise. Q, fenêtre par laquelle on la jette dans la marche, qui est l’espace entre P & R. P, R, ouvertures pour entrer dans la marche: on les ferme avec des toiles. E, banc-à-terre. B, place du mouleur. C, banc à sable. s, fenêtre par laquelle on jette le sable sur le banc. c, bloc. b, l’auget. F, place du coucheur. D, tonneau ou baquet plein d’eau, dans lequel le coucheur trempe ses planchettes.
7. Moule à tuile de petit moule. Ce chassis, qui a un demi-pouce d’épaisseur, a intérieurement neuf à dix pouces de longueur sur six de large. Il a une échancrure a qui reçoit la terre avec laquelle le coucheur forme le crochet de la tuile.
8. Moule pour la tuile du grand moule. Il a sept lignes d’épaisseur, treize pouces de long & huit de large, & aussi une échancrure a pour former le crochet de la tuile.
9. Moule pour la brique. Il a intérieurement un pouce deux lignes d’épaisseur, huit pouces de long & quatre pouces de large.
10. La plane avec laquelle le mouleur étend la terre dans les moules à tuiles, & dont il se sert comme l’ouvrier (fig. 5.) se sert du racle: il y en a de différentes grandeurs.
11. Moule à planches dont on fait le carreau. Il a intérieurement douze pouces de long sur six de large, & sept lignes d’épaisseur pour la planche dont on fait le carreau de petit moule. On se sert d’un plus grand pour la planche dont on fait le carreau du grand moule.
12. Racle: il est de bois, comme tous les autres outils, & sert au mouleur pour applanir la terre dont il forme les planches.
13. Planchette avec laquelle le coucheur (fig. 2.) transporte les planches de terre glaise sur les places pour les faire sécher. Il y en a de plus longues & de plus larges pour la tuile.
14. Plioir sur lequel le leveur (figure 3.) transporte la tuile faîtiere, & sur lequel il lui fait prendre la courbure convenable. C, la poignée du plioir. E, la tuile.
PLANCHE II.

La vignette représente l’intérieur de la halle D, E, Plan. I. C’est un grand bâtiment de 36 piés de large sur 72 de long, dont le toît soutenu par cinq fermes de charpente, repose par ses extrémités sur des murs de huit à dix piés d’élevation. C’est dans ce bâtiment qu’on met sécher la tuile & le carreau, que l’on releve de dessus les places avant qu’ils soient entierement secs. On forme avec la tuile de grandes tours F, F, F, F, F, composées de trois, quatre ou cinq tours l’une dans l’autre, & on la laisse sécher parfaitement en cet état avant de la mettre au fourneau. Les tuiles sont rangées quatre par quatre, les crochets en-haut, & tournés alternativement l’un vers le centre de la tour, & l’autre vers le dehors. Les paquets de quatre tuiles sont posés en liaison les uns sur les autres, en sorte qu’un paquet couvre le joint qui est entre les deux paquets qui sont au-dessous. On laisse les joints fort larges, afin que l’air circule plus facilement, & seche plus promptement la tuile. C’est aussi pour la même raison que les différentes tours qui sont les unes dans les autres, sont espacées d’un pié ou environ. On met aussi sécher la tuile faîtiere sur les pieces de la charpente du comble qui peuvent les recevoir, comme on voit en G, G; on se sert pour y atteindre de quelques treteaux ou banquettes.
Fig. 1. Ouvrier qui coupe & bat les planches pour en faire du carreau. Il est assis sur un banc qu’on nomme selle, sur lequel il coupe en deux & deux à-la-fois avec le tranchant de la batte, les planches qu’il prend au tas A, dont les endroits se touchent. (L’envers est le côté de la planche qui touchoit le sable lorsqu’elle étoit sur la place). Il bat ensuite une des moitiés avec la batte (fig. 5.), ce qui applanit l’en-droit; il bat ensuite l’autre moitié qu’il renverse la premiere, & continue ainsi jusqu’à ce qu’il ait formé vingt-cinq piles C de quarrés. Chaque pile est composée de vingt quarrés dont les endroits se touchent; disposition qui doit être conservée depuis que le leveur a ainsi placé les planches, jusqu’à ce que le carreau soit cuit. Les vingt-cinq piles forment la sellée, qui est composée de cinq cents carreaux.
2. Le coupeur assis sur une des deux selles. Il prend deux quarrés à-la-fois, dont les endroits se touchent; & ayant appliqué l’envers de l’un sur là selle, il applique de la main gauche un des calibres a, A, (fig. 6. & 7.) dont il fait entrer les pointes dans le quarré. Ensuite tenant de la main droite le couteau (fig. 3.), il retranche tout autour du calibre les parties du quarré qui excedent, & forme ainsi un premier carreau. Il forme de même le second, dont il tourne l’endroit sur l’endroit du premier, & continue ainsi la pile qu’il a commencée, & forme de nouvelles piles D de carreaux, auxquelles il ne manque plus que la cuisson pour être en état de servir. E, plusieurs piles de carreaux qui achevent de sécher.
Fig. 3. Ouvrier qui porte une brassée ou pile de carreaux. Le même ouvrier leve aussi les planches de dessus les places.
4. Arrangement des planches sur les places, & la maniere dont le leveur tourne les endroits les uns sur les autres de la main gauche. Il saisit la planche 1. de la droite, la planche 3. par le milieu des longs côtés, & du même tems il les renverse sur les planches 2. & 4. Il prend ensemble les deux planches 1. & 2. dont les endroits se touchent, & les pose ainsi ensemble sur les planches 3. & 4. en sorte que les envers de ces paquets se touchent. Il continue ainsi à renverser & à empiler les planches 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. ce qui forme cinq paquets particuliers qu’il empile les uns sur les autres sur celui du milieu 9. 10. 11. 12. ce qui forme une brassée composée de vingt planches.
5. Plan & profil de la batte dont l’ouvrier (fig. 1.) se sert pour battre & dresser en trois ou quatre coups les quarrés dont on fait les carreaux. Cet instrument est d’un bois dur & uni; il a neuf pouces de long, sept de large dans sa plus grande largeur; le manche a cinq ou six pouces.
6. Calibre & carreau de petit moule. a, calibre vû par dessus, du côté de la poignée. b, calibre vû par-dessous, du côté des pointes qui servent à le fixer dans les quarrés de terre glaise, dont le coupeur rogne l’excédent. Les calibres qui sont de bois, sont entourés d’une bande de fer, pour qu’ils ne soient point endommagés par le couteau. c, carreau vû par l’endroit où sont les empreintes des chevilles qui empêchent le calibre de tourner sur le carreau. d, carreau vû par dessous & du côté de l’envers qui est un peu plus petit que l’endroit, les côtés étant coupés un peu obliquement, pour que la jonction des arrêtes supérieures se fasse avec plus d’exactitude.
7. Calibre de carreau de grand moule. A & B, calibre vû par-dessus & par-dessous. C & D, carreau vû par-dessus & par-dessous.
8. Couteau de coupeur. C’est un morceau de lame de faulx, auquel on a adapté un manche; la lame a six pouces de longueur, & trois de large.
9. Plan & profil du batrieau, qui sert à battre la tuile encore flexible, pour la redresser avant de l’arranger en tours pour sécher parfaitement & à l’ombre. On se sert aussi de cet instrument qui a douze ou treize pouces de long, non compris le manche qui en a cinq, & trois ou quatre pouces de large aux extrémités, pour battre la tuile faîtiere, & la plier sur le plioir.
10. Les deux selles du coupeur, qui ont chacune de A en B, dix piés de long, un pié de large, & six pouces d’épaisseur; le dessus est élevé d’environ dix-huit pouces au-dessus du terrein. Sur la premiere sont onze pilles F, D, de vingt carreaux chacune, qui sont entierement achevées; & sur l’autre selle, quatorze pilles de demi-planches ou quarrés C, E, qui, à mesure qu’ils seront rognés, passeront sur l’autre selle. Ces deux pilles ensemble contiennent cinq cens carreaux.
PLANCHE III.

Profils, élévations & plans du fourneau pour cuire la brique, la tuile, & le carreau.
Fig. 1. Coupe suivant la longueur, par la ligne D E A H du plan, (figure 4). H, la voûte. A, la bouche du fourneau d’un pié 8 pouces de large sur trois piés de haut. C’est par cette ouverture que l’on jette le bois pour chauffer le fourneau. E, la bombarde. D F, cendrier au-dessous de la grille formée par quatorze ponts de trois arcades chacun. C, vuide du fourneau au-dessus de la grille où on arrange la tuile, brique, ou carreau que l’on veut cuire. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, premier rang de cheminées ou ventouses de six pouces en quarré, qui commencent à la naissance de la voûte. 8, 8, 8, second rang de six cheminées. 9, 9, 9, troisieme rang de cheminées percées au sommet de la voûte. Toutes les ouvertures de ces cheminées sont disposées en quinconce, afin que l’on puisse, selon que l’on en laisse quelques-unes ouvertes, attirer la flamme vers la partie de la capacité du fourneau qui y répond. La terrasse au-dessus du fourneau est entourée par un petit mur bâti à la legére, servant de brise-vent: ce qui l’empêche de refouler la flamme dans le fourneau.
Fig. 2. Coupe transversale du fourneau. F D F, cendrier sous les arcades qui soûtiennent la grille. C, vuide du fourneau. L, une des deux portes par lesquelles on enfourne les ouvrages que l’on veut cuire. 7, 8, 9, 8, 7, cheminées par lesquelles passe la flamme qui vient de la bombarde, à-travers la masse des ouvrages que l’on fait cuire en passant par les ouvertures de la grille & par celles qui sont au-dessus des arcades du premier pont du côté de la bombarde.
3. Coupe transversale de la bombarde près du premier pont. F D F, cendrier. C, ouvertures au-dessus des arcades du premier pont par lesquelles la bombarde communique au fourneau. B, partie extérieure du fourneau au-dessus de la voûte de la bombarde. Tout l’intérieur du fourneau, les arcades, la bombarde, sont revêtus de tuileaux maçonnés avec de la terre à four.
4. Plan général de la fondation du fourneau & des contreforts qui en soûtiennent les murailles. F D F, cendrier; il est carrelé avec des carreaux de terre cuite. E, la bombarde. A, la bouche. H, la voûte sous laquelle se placent les ouvriers qui fournissent le bois au fourneau.
5. Plan du fourneau & de la bombarde au niveau de la grille. G, la grille formée par 14 ponts d’un pié de large, & espacés de quatre pouces. Ces ponts sont joints les uns aux autres par des briques disposées tant plein que vuide; ce qui forme dans les entre-ponts un grand nombre d’ouvertures de quatre pouces de long sur un pouce & demi de large, par lesquelles la flamme qui vient par-dessous les arcades, passe & se distribue dans toute la capacité du fourneau. E, la bombarde. K L, portes pour enfourner & défourner les ouvrages: ces portes sont fermées par une maçonnerie de brique & terre franche, quand le fourneau est en feu.
6. Disposition & arrangement de la tuile dans le fourneau; elles sont posées sur le champ en sorte que les tuiles d’une brassée croissent celles de là brassée qui est au-dessous.
7. Disposition & arrangement de la brique dans le fourneau. Celles du rang supérieur croisent celles du rang inférieur, & laissent de petits vuides par lesquels la flamme pénetre toute la fournée.
8. Disposition & arrangement du carreau dans le four- neau ; ils y sont placés sur le champ, les brassées couchées horisontalement les unes sur les autres, les endroits des carreaux tournés l’un vers l’autre, de même que les envers.
COUVREUR.

Fig. 1. Batiment à la couverture duquel on travaille.
2. Architecte qui donne des ordres au principal ouvrier.
3. Manœuvre qui prépare le plâtre pour le gâcher.
4. Manœuvre qui porte aux ouvriers le platre gâché.
5. Ouvrier qui balaye les places où l’on doit employer le plâtre.
6. Ouvrier qui pose les tuiles sur le latis.
7. Ouvrier qui pose les faîtieres.
8. Marteau à couper.
9. Marteau à hacher.
10. Contrelatoir.
11. Enclume sur laquelle on coupe les ardoises.
12. Marteau à couper l’ardoise.
13. Tenailles.
14. Tire-clou.
15. Oiseau.
16. Martelet.
17. Chevalet.
18. Chevalet rampant.
19. Truelle.
20. Auge à gâcher.
CARRELEUR.
PLANCHE Iere.

Fig. 1. Ouvrier qui nivelle le plancher.
2. Manœuvre qui porte le carreau à l’ouvrier qui le pose.
3. Ouvrier qui pose le carreau.
4. Regle.
5. Niveau.
6. Auge à mortier.
7. Truelle.
8. Décentoir.
9. Plane.
Les figures suivantes appartiennent à la maniere de faire le carreau.
10. Plan du four à cuire le carreau. A, porte de la bouchette. B, la bouchette. C, le four. D, le têtin. E, la cheminée.
11. Coupe du four prise en-travers, en regardant du côté de la cheminée.
12. Coupe du four, de la bouchette & de la cheminée prise sur la longueur.
13. A, terre argilleuse pêtrie pour faire le carreau. B, tas de sable pour mêler à la terre. C, moule quarré.
14. Couteau à couper la terre.
15. Moule exagone.
16. Petits carreaux exagones.
17. Petits carreaux quarrés.
PLANCHE II.

Soixante-quatre combinaisons des carreaux mi-partis de deux couleurs.
Notes
- ↑ Cette Planche auroit dû précéder la fontaine de Grenelle; mais comme cette ordonnance dorique est de notre composition, nous avons jugé à propos dans ces élémens de faire passer la production de M. Bouchardon avant la nôtre, comme un juste tribut que nous devons aux ouvrager de cet artiste célebre.
- ↑ Nous avions promis dans le quatrieme Volume, p. 420. de donner les desseins de l’abbaye de Corbie, par M. Franque, & celle de Clairvaux, par M. le Carpentier; mais nous nous sommes décidés par celle de Panthemont, aussi du dessein de M. Franque, & préféré l’hôtel-de-ville de Rouen, par M. le Carpentier, afin de jetter plus de varieté dans cette collection.
- ↑ On peut voit cette disposition générale dans la collection de ce projet que M. le Carpentier a fait graverOn construit aussi maintenant à Reims, sous la conduite & sur les desseins de M. le Gendre, ingénieur de la province de Champagne, une place publique qui réunit la noblesse, la simplicité, & la convenance. Elle sera décorée d’une statue pédestre de Louis XV. protecteur du Commerce & des Loix, de l’exécution de notre célebre Pigal.
- ↑ Telle que celle du duc d’Orléans.
- ↑ Telle que celle de l’archevêque de Paris.
- ↑ Telle que celle du chancelier de France.
- ↑ Tel que celui de Soubise.
- ↑ Telle que l’hôtel de Rohan.
- ↑ Telle que pourroit être l’hôtel Molé.
- ↑ Une maison particuliere bâtie par M. Cartault pour M. Janvri, rue de Varenne, faubourg S. Germain, est telle que nous la desirons. Le bâtiment élevé pour M. d’Argenson, alors Chancelier de M. le Duc d’Orléans, par M. Boiffrand, rue des Bons-Enfans, est encore un exemple de ce que nous recommandons.
- ↑ Une maison bourgeoise, rue Saint-Martin, vis-à-vis la fontaine Maubué, & une autre, rue des mauvaises Paroles, toutes deux bâtis par M. Cartault, sont dans le genre que nous indiquons ici.
- ↑ Telle que celle du Louvre, des Tuileries, de Versailles, du Palais-royal, de Vincennes &c.