Aller au contenu

Planches:CHASSES (volume III)

De Encyclopédie

CHASSES,

Contenant vingt-trois Planches.

PLANCHE Iere.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

De la venerie. La quête du cerf, de la composition de Rhidinger, peintre allemand.

LA vignette représente une forêt, dans le fond de laquelle on voit un cerf, & sur le devant un piqueur tenant le trait du limier qui marche devant lui, déployé. Le limier a la botte au col, voyez Pl. VII. le valet du limier n’est pas censé voir le cerf; mais il suit le limier qui le conduit sur les voies ou pas du cerf. Voici la maniere de dresser le limier.

Il faut que celui qui veut apprendre à détourner un cerf, ne soit point paresseux, & qu’il aime la chasse. Il doit aussi caresser & affectionner les chiens; prendre son limier le matin, & le mener dans les buissons ou dans les forêts pour y chercher des cerfs; être au bord de sa quête au soleil levant, & commencer à déployer le trait, & mettre son limier devant, de la façon que l’on va expliquer.

Si l’on commence par les gagnages ou par les chemins qui se trouvent dans les bois, ou par les bords des taillis, il faut, après avoir déployé le trait, caresser son limier, & le faire marcher devant soi plus d’une demi-longueur du trait, en disant va outre; c’est le premier mot de la venerie. Il faut ensuite lui parler souvent, l’appellant par son nom en ces termes, hau Miraut, hau l’ami, hau, lau, lau, lau, lau, pour le réjouir; & afin qu’il se rabatte mieux: si l’on veut ajouter de l’ardeur à ce chien, il faut mener au bois avec lui un autre limier, & le faire aller tantôt devant, puis le retenir derriere, & laisser aller l’autre à son tour, tant au long du chemin que sur les voies, & il se rendra ardent. Si votre chien va le nez & la tête haute, vous lui parlerez en ces termes, hau gare à toi, là, valet, là, en lui donnant de la crainte par quelques petits coups de trait sur les reins, & ne lui permettant pas de mettre le nez tantôt à une coulée, & tantôt à une autre, ni de barrer les chemins; mais ayez soin qu’il aille droit, soit le long des gagnages, ou le long des chemins dans les bois; car si vous laissez votre limier dans l’habitude de fureter de côté & d’autre, il fera peu de diligence & ne vous rendra pas grand service; au contraire allant droit sans se détourner ni à droite ni à gauche, il vous indiquera s’il a passé quelques bêtes; & alors regardant à terre, si vous jugez par le pié ce que c’est, vous direz à votre chien, qu’est-ce-là, l’ami, hau, mon valet, après, après veleci, aller, il dit vrai, veleci aller.

Vous suivrez ensuite les voies du cerf avec votre limier jusqu’au bord du fort, où étant, vous arrêterez & caresserez votre limier à petit bruit, & vous briserez des branches haut & bas; ces branches vous serviront de remarques, & feront connoître à ceux qui viendront après vous, que c’est un cerf que vous avez rembuché. Vous aurez soin que les brisées soient posées le bout rompu du côté que va le cerf; après cela, pour le détourner, il faut mettre votre limier devant comme auparavant, & prendre le tour du fort, tant par les taillis que par les chemins où est entré votre cerf, & revenir jusqu’au rembuchement qui est l’endroit par où il est entré dans le fort; s’il ne passe point, ou ne sort point du fort, s’il est détourné. S’il a passé, votre limier vous en avertira comme la premiere fois; & en ce cas il faut le briser & prendre encore les devans jusqu’à ce que vous ne le trouviez point passé, & faire des brisées par tous les endroits où vous passerez.

Termes pour parler à son limier, lorsque l’on est au bois le matin pour détourner un cerf.

Va outre; c’est le premier terme de venerie anciennement observé & conservé dans la venerie du roi. C’est pour faire aller le limier devant.

Hau, l’ami; hau, mon valet; hau, lau, lau, lau; se dit pour le regaillardir & le faire mieux aller devant.

Hau garre à toi, là valet là; se dit quand le limier va le nez au vent, pour l’avertir & le faire mettre le nez à terre.

Qu’est-ce-là, ribault, hau mon valet; se dit quand le limier se rabat sur les voies; & s’il crie, on lui dit, tout coi, pour le faire taire.

Après, après veleci, aller, veleci, il dit vrai, se disent lorsque le chien suit les voies, & l’on répete ces termes, veleci aller après, l’ami après.

Ha hourva tien veleci revari; lorsqu’un cerf a fait un retour, on parle ainsi à son limier.

Tien veleci jusqu’ici, après, après; lorsque l’on revoit d’un cerf, & que l’on veut faire suivre les voies à son limier pour le rembucher & ensuite le détourner. On répete ainsi chaque terme en son lieu; mais il faut toujours parler bas à son limier, & briser le cerf au rembuchement.

Bas de la Planche. Connoissances du cerf par la tête & les fumées.

Fig 1. Tête d’un jeune cerf.

2. Tête d’un cerf, dix cors jeunement.

3. Tête d’un cerf, dix cors.

4. Tête d’un vieux cerf.

a, meules ou bosses, où tient la fraize.

b, fraize ou pierrure.

c, mairin ou perche.

d, gouttieres.

e, andouillers ou cors.

f, empaumure.

Les premieres têtes que portent les cerfs, se nomment dagues. Elles leur viennent au commencement de leur seconde année, & naissent de leurs meules ou bosses qu’ils poussent à un an; au bout de leur seconde année ils mettent bas leurs dagues.

On trouve peu de dagues muées, excepté dans les forêts conservées, où il y a beaucoup de cerfs; & la raison pour laquelle on en trouve peu, c’est que lorsque les cerfs veulent mettre bas, ils ont une démangeaison aux environs du têt, qui les oblige de se frotter la tête. Alors leurs dagues étant prêtes à tomber, ils jouent au pié d’une cépée de bois, & y fichent leurs dagues qui y demeurent. Quelque-fois même en courant dans les forts devant les chiens, ou par quelque effroi, les branches font tomber ces dagues.

Les daguets portent ordinairement de chaque côté deux ou trois andouillers tout au plus. Le premier andouiller, qui est le plus proche de la meule, est le plus grand de chaque côté, & les autres vont un peu en diminuant jusqu’à l’empaumure f, qui est le haut de la tête où il y a deux andouillers. Les premiers andouillers sont éloignés d’environ deux doigts de la meule, & la meule est à deux grands doigts du têt.

Comme les cerfs mettent bas tous les ans, & refont leur tête, la troisieme est plus chevillée, & porte huit ou dix andouillers; la quatrieme en porte encore davantage, les andouillers en sont plus gros & plus grands, & le merain à proportion. La tête du cerf de dix cors jeunement, fig. 2. commence à être bien chevillée, les premiers andouillers e sont assez grands & bien rangés, & ils en peuvent porter jusqu’à quatorze ou seize, mais ordinairement ils n’en portent à cet âge que douze ou quatorze, & ils vont toujours en multipliant & en augmentant jusqu’à ce qu’ils soient vieux cerfs. Lorsque le cerf a l’âge où il entre en sa perfection, & qu’il est cerf de dix cors; il peut alors porter seize, dix-huit, vingt & jusqu'à vingt-deux andouillers, mais cela est rare, & il faut pour cela qu’en refaisant sa tête il ait eu une grande nourriture. Il est vieux cerf quand il porte vingt-deux, vingt-quatre, vingt-six & vingt-huit andouillers.

Le cerf de dix cors, fig. 3. Pl. I. doit avoir la tête belle, haute & bien ouverte, les premiers andouillers grands & longs proche de la meule, & ceux de dessus à proportion, l’empaumure f de cinq ou six andouillers, & un peu creuse; le merain c c gros & bien perlé; de grandes gouttieres d d, larges & creuses; la meule a large, bien pressée & proche du têt.

La tête des vieux cerfs, fig. 4. n’augmente que jusqu’à un certain âge; il y a même des années où quelquefois le nombre des andouillers diminue, & où ils n’en portent que seize, quoique leur tête soit bien nourrie. Ils ont de grandes gouttieres, le merain gros & bien perlé, l’empaumure large & creuse, les andouillers plats & gros, & leur meule abaissée jusques dans le têt.

Fig. 5. Fumées en bouzars.

6. Fumées en plateau.

7. Fumées en torches.

8. Fumées martellées.

9. Fumées aiguillonnées.

Comment on connoit les cerfs par les fumées en Avril & en Mai.

C’est environ vers la mi-Avril qu’on commence à connoître les cerfs par leurs fumées; ils les jettent alors en bouzars, fig. 5, Planche I. gros comme le poing: les cerfs de dix cors, principalement les vieux cerfs, comme étant plus avancés que les autres, les jettent dès le commencement toutes défaites, molles & en bouzars; & en voyant de pareilles fumées, on doit s’assurer qu’elles proviennent d’un cerf qui n’est plus jeune, c’est-à-dire, d’un cerf de dix cors, ou d’un vieux cerf: ils les jettent ainsi jusques vers la mi-Mai, & à la mi-Mai ils commencent à les jetter en plateaux encore bien mols; mais en avançant vers la mi-Juin ils les jettent en plateaux formés, fig. 6. & gros comme le pouce.

Les plus jeunes cerfs & les cerfs de dix cors jeunement jettent leurs fumées un peu plus tard, & d’abord en bouzars, puis en plateaux, mais plus petits, & cela jusqu’à la fin de Juin; car les cerfs de dix cors jeunement suivent de près les cerfs de dix cors, mais sont un peu plus tardifs: lorsque les plus vieux cerfs jettent leurs fumées en plateaux, les plus jeunes ne les jettent encore qu’en bouzars, & à proportion que les plus vieux cerfs sont avancés à refaire leur tête, leurs fumées de même sont avancées, ainsi les plus vieux cerfs doivent avoir poussé la moitié de leur tête à la mi-Mai; c’est pourquoi les chasseurs disent dans quelque pays, à la mi-Mai, mi-tête; à la mi-Juin, mi-graisse; pourvû néanmoins que les cerfs n’ayent point d’incommodité, & qu’ils n’ayent point été blessés ni manqués & mis à bout par des chiens courans, ce qui les retarde beaucoup non-seulement à mettre bas, mais encore à refaire leur tête, & même à entrer en rut, quand cela leur arrive proche la saison; parce qu’étant toujours en allarmes, ils se recellent & n’osent sortir que bien rarement dans les gagnages & dans les taillis; or dans le tems qu’ils se recellent, leurs fumées sont un peu plus dures, plus vaines & moins grosses, qu’elles ne seroient s’ils avoient la liberté des gagnages, car ils n’ont pas d’aussi bonne nourriture que s’ils tenoient les champs & les bois; & tant qu’ils sont ainsi allarmés ils ne peuvent pas être bien en venaison; cependant leur tête ne laisse pas que de pousser, mais elle demeure toujours mal nourrie, le merain & les andouillers demeurent grêles & menus, & l’on connoît à la tête d’un cerf la bonne ou mauvaise nourriture qu’il a eue pendant qu’il l’a refaite, soit dans les forêts, soit dans les buissons. Quand les cerfs n’ont point d’allarmes, & qu’ils dorment toutes les nuits aux gaignages, ils jettent de bonnes fumées, bien moulleés, & qui ne sont jamais trompeuses.

Des fumées des biches.

Les biches, jusqu’à ce qu’elles ayent fait leur faons, jettent leurs fumées plus longues & dures, à la façon de celles des chevres, ce qui est causé par la chaleur où elles sont tout le tems qu’elles sont pleines. S’il y a des biches qui jettent leurs fumées en bouzars, ce n’est qu’après que les cerfs ont jetté les leurs de cette maniere; elles les jettent aussi en forme de petits plateaux & non formées après qu’elles ont fait leurs faons; ensuite elles les jettent grosses comme le poing, un peu dures, à demi quarrées & plates; mais toutes ces fumées de biches ne sont jamais de saison, c’est-à-dire, jamais semblables à celle des cerfs, quand elles proviendroient d’une biche brehaigne: quoique quelques-unes en jettent d’assez grosses, & qui approchent de celles d’un cerf de dix cors jeunement, ensorte qu’un veneur peut s’y tromper, & les juger d’un cerf de cet âge; il y a néanmoins toujours quelque différence en ce qu’elles sont trop avancées sur la fin ou trop tardives dans le commencement, & que quand les cerfs jettent leurs fumées en bouzars il y a des biches qui jettent les leurs en plateaux avec des longs aiguillons au bout, fig. 7. & d’autres, comme j’ai dit, qui les jettent en bouzars à demi dures, ou demi formées, longues, & la plûpart entées les unes sur les autres. Lorsque les cerfs les jettent en torches, les grandes biches les jettent formées, longues & rondes, entées les unes sur les autres avec de longs aiguillons, & la plûpart des autres biches en jettent où il n’y a point d’aiguillon. Ces sortes de fumées sont ordinairement fort noires, mal moulées & plus légeres que celles des cerfs; & en général ces biches en jettent toujours en plus grande quantité que les cerfs, parce qu’elles viandent plus goulument. Toutes les biches tant les bréhaignes, ou les vieilles biches, que celles qui ont des faons, jettent donc leurs fumées de la maniere que je viens de décrire jusqu’au mois de Juillet; ensuite elles commencent au mois d’Août à les jetter longues, formées, rondes, entées & aiguillonnées, ou sans aiguillon, & elles en jettent de cette derniere façon tout le reste de l’année.

Fumées des cerfs en Juin & Juillet.

Depuis la mi-Juin jusqu’à la mi-Juillet, & même un peu plus avant, les cerfs jettent leurs fumées en grosses torches, fig. 7. se tenant l’une à l’autre, & un peu molles, en forme de plateaux arrondis, elles sont un peu ridées aux cerfs de dix cors & aux vieux cerfs, & ils en jettent de cette façon jusqu’à ce qu’ils touchent au bois; ce qu’ils font, savoir, les plus avancés dans le 12 ou le 15 de Juillet, les autres à la Magdeleine ou le 22 du même mois, d’autres sur la fin de Juillet, & quelques-uns dans le mois d’Août, toujours à proportion de ce qu’ils sont avancés ou tardifs. Quand les fumées sont liées, jaunes & glaireuses, c’est une marque que les cerfs sont bien en venaison, car après qu’ils les ont jettées en torches & arrondies, elles deviennent aiguillonnées, & c’est environ vers le tems qu’ils veulent toucher au bois. Les fumées du relever sont toujours mieux moullées & mieux digérées que celles de la nuit, à cause du repos du jour.

Les airs notés, qui sont au bas de la Planche, servent dans les occasions qui y sont marquées; ils sont sonnés avec la trompe, autrement cor de chasse.

PLANCHE II.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

La vignette, aussi de la composition de Rhidinger, représente le laisser courre ou la chasse par force.

Il faut que celui qui laisse courre, ait le trait de son limier déployé, tout prêt à ses brisées, & qu’il mette ensuite le limier sur les voies du cerf en le laissant aller en liberté environ de la longueur du trait, suivi des chiens & des piqueurs. Il doit alors toujours en le suivant, parler à son limier à haute voix en ces termes, hau valet, après, après mon valet, après veleci aller, il dit vrai; puis s’arrêter en le tenant ferme sur les voies, & l’animant pour le faire appuyer, lui dire, aroute, aroute à lui, veleci aller après, après, l’ami. Lorsque l’on revoit du cerf par le pié ou par les foulées, on crie, veleci, vau, vau. Si c’est dans l’été, saison où les cerfs font des portées, on dit, veleci vau, vau par les portées, veleci vau, vailà; & l’on fait ensuite arrêter son limier en le faisant appuyer: s’il est sur les voies, il demeurera ferme arrêté, & s’il n’y est pas, il les cherchera, c’est pourquoi il faut l’animer sans cesse, en lui disant, vailà, vailà, & lui parler toujours à propos dans les termes que nous avons marqués. Mais tandis qu’il cherche les voies, il faut avoir les yeux attentifs pour tâcher d’en revoir soi-même sur la terre, & lorsqu’on en revoit, lui crier souvent, veleci vau, vau il dit vrai, veleci vau, vau veleci, il dit vrai, après, après, veleci aller. Enfin, il ne faut pas cesser un moment de parler à son limier pour régler tous ses mouvemens & le faire suivre dans les formes.

Il arrive souvent qu’un cerf va jusqu’au milieu de l’enceinte sans faire de retours, ou qu’après en avoir fait un, il ne s’en écarte plus; ce qui fait qu’on le peut lancer en s’en approchant. Alors, si votre limier a le vent de sa reposée ou de ses voies, ou si les chiens de la meute qui suivent, l’ont senti, ils se réchaufferont & crieront tous; mais s’ils n’en ont de connoissance qu’au lieu même de la reposée, il faut d’abord bien examiner si c’est la reposée de votre cerf, & voir de ses fuites pour vous en assurer; après quoi l’on dit, vaule ce l’est, il dit vrai, vaule ce l’est: & aussitôt on appelle les chiens, hau tahaut tahaut; & en cas qu’ils soient éloignés, on sonne deux mots de la trompe. Lors- que les chiens sont arrivés, vous marchez deux longueurs de trait avec votre limier devant eux pour leur faire sentir les voies, & aussitôt celui qui laisse courre, sonnera pour faire découpler les chiens, ce que les valets feront à l’instant.

Lorsqu’on laisse courre pendant le rut, le valet de limier a bien plus de peine à cause des retours que les cerfs font partout en cette saison; c’est pourquoi il faut prendre garde, lorsque l’on est au bout des voies, quel est le retour de votre cerf, afin de faire repasser le limier par-dessus les mêmes voies. On prend ensuite à droite & à gauche du retour, pour trouver où le cerf tournera; & en faisant revenir le limier pour lui faire rechercher les voies, on lui crie, hau l’ami, hau veleci revari. Enfin, quand on est retombé sur les voies, on répéte les termes ci-dessus, après, après, veleci aller, à route. Mais à tous les retours où l’on se trouve avec son limier, on lui crie, ha hourva tien veleci revari; & souvent au bout de ces retours, il s’arrête, comme je l’ai marqué.

Le cerf étant lancé, s’il est accompagné ou d’un jeune cerf ou de quelque bête, il faut suivre aussitôt environ de deux ou trois longueurs de trait, pour voir s’ils ne se séparent point; car en partant de la reposée, ils se séparent bien souvent: & quelquefois aussi ils ne se séparent point.

Si c’est un cerf de dix cors, qui soit accompagné dans l’enceinte, il ne manquera pas de se faire chasser cinquante pas sans se séparer; ensuite il quittera le cerf ou les bêtes qui l’accompagnoient, & faisant un retour sur ses voies, il les laissera aller, & se dérobera des chiens sans daigner les suivre.

Il est d’une extrème conséquence de ne donner jamais qu’un cerf aux chiens d’une nouvelle meute, qui n’ont pas encore chassé, car ils en prennent de bonnes impressions; au lieu qu’en leur donnant plus d’une bête, on leur en fait prendre de mauvaises, & ils en contractent une habitude, qu’il est difficile de leur faire perdre.

Lorsqu’un cerf a été lancé le matin par le valet de limier qui a été au bois, & qu’il ne peut le détourner parce que le cerf va toujours, il est obligé de l’abandonner pour se rendre à l’assemblée: & après en avoir fait son rapport, on va à ses brisées découpler les chiens pour y prendre les voies & lancer le cerf; au lieu que, quand on laisse courre un cerf avec un limier, & que l’on en revoit, on crie, veleci vau vau, jusqu’à ce qu’il soit lancé; & après qu’il est lancé, vaulecelez, vaulecelez. Lorsqu’on reverra, soit dans un chemin soit dans des plateaux d’un cerf ainsi lancé dès le matin, on criera, veleci outrevau, veleci outrevau, & cela autant de fois que l’on en reverra jusqu’à ce qu’il soit lancé; & en revoyant de ses fuites, vaulecelez, vaulecelez: c’est un terme qu’on a introduit, & qui a paru convenir dans cette occasion.

De tout ce qui concerne la fonction des piqueurs à la chasse, des termes dont ils doivent se servir pour parler aux chiens, & de l’ordre qui doit s’observer à la mort du cerf.

Ceux qui piqueront de meute, c’est-à-dire, les piqueurs qui seront commandés pour faire chasser les chiens, feront leur possible pour connoître le pié du cerf que l’on donne aux chiens dans le tems même qu’il est lancé & avant que les chiens soient donnés, afin que si le cerf s’accompagnoit après avoir un peu couru, ils le puissent reconnoître dans le change, ou lorsqu’il sera séparé. Mais il faut pour cet effet que les piqueurs soient bons connoisseurs, & qu’ils ayent de la confiance les uns pour les autres. Aussitôt que les chiens seront donnés, les piqueurs leur parleront à haute voix en ces termes, il vala chiens, il vala haha, ils sonneront en même tems trois mots du gros ton ou du premier grêle de la trompe, & sonneront ainsi de tems en tems, tant pour animer les chiens que pour faire connoître à ceux qui sont à la chasse, que l’on court toujours le cerf de meute.

S’il arrive que votre cerf fasse bondir le change, & qu’après s’être fait chasser cinq cens pas accompagné, & ensuite s’être séparé, les chiens fassent deux chasses, il faut que les piqueurs se partagent pour suivre les chiens & qu’ils les appuient sans sonner jusqu’au premier chemin, ou autre lieu propre à revoir; celui qui aura revu du cerf de meute sonnera alors; & sur la foi de ce témoignage, les autres rompant leurs chiens pour le venir joindre, les rallieront à ceux qui chassent le cerf de meute. C’est ici principalement qu’on sent la nécessité qu’il y a d’avoir de bons piqueurs; car s’ils n’étoient bien connoisseurs, au lieu de chasser toujours le même cerf, ils en courreroient quatre ou cinq dans une chasse. Or pour éviter cet inconvénient, il ne faut que revoir du cerf que l’on donne aux chiens, au moyen de quoi un bon piqueur reconnoît aisément le cerf de meute au milieu du change.

On ne peut donc trop payer les bons piqueurs, puisque tout le succès & l’agrément d’une chasse roulent sur eux, mais ils sont plus rares qu’on ne pense; car la plûpart étant de jeunes gens qui n’ont pas beaucoup chassé, ne s’attachent qu’à sonner proprement, ou tout au plus piquent assez bien, tant que leurs chiens chassent rondement & percent; mais si un cerf fait des ruses & de grands retours, ils ne savent plus où ils en sont & ne sçauroient presque aider leurs chiens. Il faut surtout qu’il y ait un bon piqueur à la conduite de la vieille meute & qu’il ne s’y endorme pas. Si le cerf passe à son relais, il doit relayer bien à propos & ne point faire découpler ou donner ses chiens que les trois quarts de la meute ne soient passés avec les piqueurs, pourvu néanmoins que les chiens de meute ne fassent pas une si longue file, mais qu’ils chassent presque tous ensemble, ensuite il fera son possible pour les bien accompagner, pour les bien tenir partout & pour piquer toujours à côté d’eux, afin de les aider dans le change, sans trop les presser, & si le cerf revenoit sur lui-même, de les ramener sur leurs pas pour prendre les voies de retour.

Pour que les chiens tiennent bien les voies, il faut les faire chasser souvent, c’est à-dire, une fois ou deux la semaine; car quand ils sont une sois déroutés, il faut plusieurs chasses pour les remettre en train, & quand ils sont long-tems sans prendre de cerfs, ils perdent courage & ne chassent pas si vigoureusement, ni si sagement que lorsqu’ils sont bien en curée; c’est pourquoi il est nécessaire de les y entretenir.

Lorsqu’un cerf fait un retour, il faut faire revenir les chiens sur les mêmes voies qu’ils l’ont chassé, en leur criant; hourvari hourvari tahau, hourva tahau velecy revari; & si l’on connoît quelques bons chiens, les appeller ainsi par leurs noms, hau miraut hau velecy aller tahau hourvari.

Les piqueurs alors ne doivent point s’écarter, mais revenir sur les mêmes voies aux deux côtés des chiens. Si le retour est long, il faut les faire requêter, en leur parlant toujours dans les termes que j’ai marqués ci-dessus, & sonner en même tems le retour. Les chiens de cette maniere ne manqueront pas de retomber sur les voies du retour, & crieront aussitôt tous ensemble; ce qui forme avec le son du cor une harmonie assez bisarre, mais très- agréable aux oreilles d’un chasseur. Les piqueurs alors crieront à leurs chiens, ha il s’en va la, tou tou, il s’en reva la ha ha; & sonnant en même tems trois mots, ils répéteront en chassant, il fuit la, chiens, il fuit la ha ha.

Il faut bien remarquer à ce premier retour de quel côté le cerf a tourné, car il est sûr que, si le cerf tourne à droite ou à gauche dès le commencement de la chasse, il prendra le même côté presqu’à tous les retours qu’il fera. Voilà comme les piqueurs peuvent aider les chiens; mais tout dépend d’une grande sagacité & d’avoir souvent l’œil à terre pour revoir du cerf le plus qu’il est possible, soit sur un retour, afin d’y faire tourner les chiens, soit après que le change est bondi.

Lorsqu’un piqueur revoit des fuites du cerf, il doit crier, velecy fuyant il dit vrai vaulecelets, vaulecelets, & lorsqu’il revoit du retour, vaulecy revari vaulecelets, puis sans s’arrêter où il est entré, faire reprendre la voie aux chiens en sonnant trois mots de la trompe.

Quand quelque piqueur voit le cerf, il doit crier tayau tayau, sonner tout de suite quelques fanfarres & attendre les chiens.

Les chiens ayant pris les voies, pour les faire suivre, on leur criera, il s’en va là chiens, il s’en va là ha ha il perce tou tou, & puis l’on sonnera pour chien.

Les cerfs ne manquent jamais de faire beaucoup de ruses, surtout lorsqu’ils ne sont pas trop pressés, comme devant des chiens anglois qui ne vont dans des pays fourrés qu’au trot ou au petit galop & à la file: ce sont ces ruses qu’il faut démêler, & qui donnent souvent beaucoup de peine & aux piqueurs & aux chiens.

On voit des cerfs repasser souvent jusqu’à deux & trois fois sur les mêmes voies, ensorte qu’à la vue de tant de voies, on croiroit avoir le change, ou du moins qu’ils sont accompagnés. En effet, s’ils trouvent le change, ils le font bondir & le poussent devant eux; puis ils le quittent, reviennent sur leurs pas, & ou ils percent & s’éloignent tout de suite, ou quelquefois ils restent sur le ventre un peu écartés du retour qu’ils ont fait.

Lorsque les chiens font connoître aux piqueurs que le change est bondi, ce qu’ils indiquent en portant le nez aux branches & en n’osant presque plus crier: pour les tenir en silence, & afin qu’ils ne s’emportent pas, on leur dit, alai là laila tout bellement. Si l’on voit qu’ils chassent mollement sans crier, c’est une marque que le cerf a donné jusques-là & qu’il revient: alors il faut retourner sur les voies, & l’on retrouvera son retour, ne s’étant éloigné que pour se dérober des chiens. Il faut donc sonner pour faire requêter les chiens; & peut-être qu’étant retombés sur les voies, vous relancerez votre cerf, parce qu’il demeure quelquefois sur le ventre lorsqu’il est au bout de ses ruses. Mais si le cerf perce tout de suite, pendant que les piqueurs démêlent ses retours, il se forlongera d’une heure ou peut-être de deux, & ira même quelquefois jusqu’à l’autre bout d’une forêt; de maniere que, si l’on est alors dans les chaleurs, les chiens ne peuvent pas emporter ses voies. Au reste, il faut toujours faire grande diligence, parce que les cerfs ne perdent point de tems, au lieu que les chiens en perdent beaucoup sur les retours à retrouver les voies, & souvent demeurent en defaut. Le moyen de remédier à cet inconvénient, est d’avoir un bon limier pour reprendre les voies, & de tâcher à relancer le cerf. Car la grande chaleur fait que souvent dans un defaut les chiens se mettent à haleter sous une cépée à l’ombre, & ne se souviennent plus de requêter, quoique les piqueurs fassent leur possible pour les animer. Or un bon limier est d’une grande ressource dans ces occasions, & l’on doit en faire suivre un dans toutes les chasses.

Quand on chasse en hiver dans les mauvais tems, soit pendant les frimats, soit pendant les gelées, les chiens ont le nez refroidi par l’air, ce qui leur ôte le sentiment, & refroidit aussi les voies; en sorte que le jour déclinant, c’est-à-dire, environ dès les trois heures, ils ne peuvent emporter les voies au moindre retour que fait le cerf: voilà les deux extremes des tems les moins favorables à la chasse.

Quand les chiens se trouvent en défaut, il faut qu’un des piqueurs s’écarte pour faire la quête à l’œil dans les chemins, & voir si le cerf n’y auroit point donné ou s’il n’auroit point traversé: car si l’on en peut revoir, cela abrege beaucoup, & il se peut faire que ce soient les dernieres voies; auquel cas on doit crier, vaulecelets, & sonner tout de suite pour faire venir les piqueurs & les chiens qui renouvelleront de voies. Si on le trouve sorti des chemins & entré dans le fort, les piqueurs, parlant à leurs chiens, leur diront, ha il retourne là chiens, il retourne là, & ils sonneront pour les animer dans ce renouvellement de voies: les chiens alors se mettront à crier & chasseront avec ardeur; & vous rallierez ceux qui traînent, en leur criant, ha vellecy, tou tou vellecy. Rien n’est plus pénible aux piqueurs, que d’avoir à courre le cerf par un grand vent: car pendant qu’ils requêtent sur les retours avec une partie des chiens pour retrouver les voies du cerf, ils n’entendent pas ceux qui les ont retrouvées qui s’éloignent toujours en les suivant. De plus, le vent ôte le sentiment aux chiens & détourne l’odeur de la bête, ce qui fait qu’ils n’en chassent pas si bien & ne s’entendent point les uns les autres. J’ai vu arriver cet inconvénient à une très-bonne meute dans le mois de Mai, qui est le tems que l’odeur des herbes est la plus forte & que commencent les chaleurs: lorsque le vent étoit au midi, il étoit impossible de chasser, on étoit obligé de quitter la partie & de s’en retourner comme on étoit venu.

Il y a deux saisons où il est difficile de courre le cerf: l’une est le printems, à cause des premieres chaleurs qui se font sentir aux chiens, & auxquelles ils ne sont point accoutumés, ce qui fait qu’ils sont bientôt poussés & qu’on les voit d’abord haleter; mais principalement à cause des herbes qui en Avril & en Mai sont dans toute leur force, & leur émoussent le sentiment. Outre les herbes fortes comme la marjolaine & le thin sauvage dont l’odeur leur ôte le nez, les nouveaux rejettons du bois, qui dans cette saison en exhalent beaucoup, font le même effet sur les chiens; en sorte que les cerfs qui, renouvellés de corps & de force, sont dans leur plus grande vigueur jusqu’à la mi Juin, ont alors beau jeu, & qu’il ne faut qu’un bon quart d’heure d’avance à un cerf que l’on poursuit, pour que les chiens ayent beaucoup de peine à le joindre.

L’autre saison où la chasse du cerf devient difficile, est la fin de l’été ou le commencement de l’automne, c’est-à-dire, Septembre & Octobre. Comme alors les cerfs sont dans le rut, & qu’étant sur pié jour & nuit, ils sont toujours échauffés, l’odeur qu’ils exhalent est si forte & infecte tellement le nez des chiens, qu’ils ne pourroient presque point garder le change, si, lorsqu’un cerf a été couru, le sentiment ne s’en imprimoit non seulement au pas du cerf, mais à tous les endroits où il touche: ce qui rappelle l’odorat des chiens, leur fait démêler les voies, & leur fait distinguer aisé- ment le cerf de meute d’avec un cerf frais qui viendroit bondir devant eux.

Pour chasser dans la vraie methode, quand on est retombé sur les voies en quelque tems & en quelque saison que ce soit, il faut que les piqueurs chassent tous ensemble, & non pas, comme il arrive souvent, qu’ils se débandent & courrent à leur gré avec deux ou trois chiens seulement, tandis qu’ils en ont trente ou quarante derriere eux; mais quand ils voyent quelques chiens séparés des autres, ils doivent aussitôt les arrêter en leur criant, derriere, derriere, & attendre le reste de la meute, afin de les faire chasser ensemble, ce qui est tout l’agrément de la chasse. Mais le moment agréable est celui où l’on a relevé un défaut: car les chiens n’abandonnent plus le cerf, parce qu’ils le sentent lent & fatigué; & en effet, quand il vient sur ses fins, c’est alors qu’il fait le plus de détours, & met le plus de ruses en usage. Mais il ne peut plus s’éloigner des chiens, parce qu’ils renouvellent de jambe & de voix, & chassent avec d’autant plus d’ardeur que le sentiment du cerf est plus vif lorsqu’il est échauffé à courir, appesanti & sur ses fins. Au reste, il est aisé de connoître par le pié quand un cerf tire à la fin, car alors il appuie beaucoup plus sur le talon que sur les pinces, & va la jambe bien plus ouverte.

Lorsque le cerf commence à s’affoiblir, il cherche les marais, les ruisseaux, les rivieres ou les étangs qu’il traverse toujours en aval, afin d’en ôter le sentiment aux chiens & se dérober à leur poursuite. Si les ruisseaux ou les étangs sont dans les forêts, il faut prendre les devans au dessus & au dessous de l’endroit où il entre, & que les piqueurs bordent l’eau des deux côtés avec des chiens en s’éloignant de dix pas du bord, si c’est un ruisseau, & de trente ou quarante pas, si c’est une riviere ou un étang; parce que l’eau qui découle du cerf le long de ses jambes, tombant dans les voies, les efface & en ôte la connoissance aux chiens qui surallent, à moins que le cerf n’ait touché à des branches qui leur rappellent le sentiment.

Après qu’un cerf a battu l’eau, il ne peut plus aller bien loin, il fait seulement encore quelques ruses au bout desquelles il se met sur le ventre, & attend quelquefois pour partir que les chiens lui sautent sur le cimier: puis s’il lui reste de la force, il fait encore une course & repasse l’eau, sinon il tient d’abord les abbois, & s’acule contre une cépée où il se défend contre les chiens.

Les cerfs dans la saison du rut, vendent quelquefois assez cher leur vie. Ils vont à grands coups d’andouillers, tuent des chiens, viennent même sur les hommes, & blessent leurs chevaux; mais quand ils ont mis bas, ils se défendent à coups de piés de devant & de derriere. Lorsqu’ils ont leur tête & qu’ils veulent venir à la charge, il faut aller par derriere eux, tâcher de les faire repartir, & les suivre de si près qu’ils n’ayent pas le tems de retourner la tête, puis leur donner un coup de couteau, s’il se peut, au défaut de l’épaule, ou du moins leur couper le jarret: ils tombent d’abord & les chiens les environnent. Alors il faut les achever d’un second coup frappé au même endroit, & laisser fouler les chiens à leur aise. Alors on sonne la mort du cerf du gros ton de la trompe & quelques fanfarres, afin que les chiens qui traînent après les autres, viennent aussi; car rien ne réjouit plus les chiens à la chasse que de fouler un cerf ou la bête qu’ils ont prise, & ensuite de la manger. Quand les chiens ont foulé tout leur saoul, on les fait retirer, & même on les éloigne un peu du cerf, on leur crie, arriere, arriere: & voici l’ordre qui s’ob-serve dans la vénerie du roi & chez les princes.

Le sous-lieutenant ou le plus ancien des gentils-hommes de la vénerie met pié à terre, leve le pié droit de devant du cerf, & le donne au lieutenant; celui-ci va porter le pié au grand veneur, s’il est à à la chasse, & ce dernier le présente au roi.

Chez les princes & les seigneurs, le premier piqueur leve-le pié du cerf & va le porter au commandant de l’équipage, qui le présente au prince ou au seigneur.

Lorsque les cerfs refont leur tête, pour la conserver, il faut être prompt à mettre pié à terre & à la lever; autrement, comme elle est fort tendre, les chiens ne manqueroient pas de la manger.

Pour revenir à la prise du cerf. Quand on veut bien dresser une meute, aussitôt que les chiens ont foulé, il faut les faire retirer environ à cent pas de-là; & pendant qu’on les retient, on leve une épaule du cerf, que l’on dépouille, on se met dans une place éloignée du corps; & tenant l’épaule par le pié, on excite les chiens, & l’on sonne comme pour la curée ou la vûe du cerf: les chiens accourent aussi-tôt, & on leur abandonne cette épaule qu’ils devorent tout chaudement.

Cette curée, faite sur le champ, sert infiniment à former les chiens; elle leur apprend à se rallier, non seulement les uns aux autres, mais encore aux piqueurs qu’ils entendent sonner. Ils s’attachent davantage à chasser, tiennent mieux la voie, & deviennent plus hardis. Il faut observer néanmoins que, quand par malheur les chiens ont pris une bête, il ne faut pas leur en faire curée aussitôt que l’épaule du cerf est mangée; on sonne auparavant la retraite, & un valet de chien se met devant, en les appellant, hau tahaut; puis on les mene boire à une marre ou étang ou à une riviere, s’il y en a dans le voisinage, & l’on s’en retourne au logis.

Aussitôt qu’ils sont arrivés, on les met en un endroit propre selon la saison, sur de belle paille fraîche, & on ne leur laisse point manquer d’eau, parce qu’ils boivent beaucoup au retour de la chasse. Tandis qu’on ramene les chiens, on laisse un valet de limier ou un valet de chiens pour garder le cerf. Aussitôt que le cerf est arrivé, on prépare la curée de la maniere qu’on va voir dans l’explication de la Planche III. L’usage chez le roi, est que celui qui a relayé le dernier, conduit la charrette & amene le cerf au quartier de la venerie.

Termes dont on se sert au laisser courre d’un cerf, pour parler au limier a haute voix.

Hau ribaut, hau l’ami, tau, tau après, après, à route, à route, à route, à lui; se disent lorsqu’on met le limier sur les voies du cerf pour le laisser courre: le trait du limier étant déployé & alongé tout du long, on le retient arrêté par le bout.

Hà! voilà; pour faire appuyer le limier sur les voies, & qu’il ne varie point à droite ni à gauche; mais qu’il suive toujours ses voies, qu’il s’arrête, & se tienne ferme, les voies dans les jambes.

Après, après l’ami, après veleci aller, veleci il dit vrai; en suivant le limier sur les voies, afin de l’animer davantage.

Veleci, vau vau il dit vrai, veleci vau vau; lorsque l’on revoit d’un cerf, en suivant après dans les forts.

On peut dire aussi comme autrefois, Veleci, il va avant, veleci à moi, veleci jusques ici, après, après veleci aller, il dit vrai; & cela lorsqu’on revoit du cerf, soit des foulées, ou même des voies.

Ha hourva tien veleci revari ; lorsque le cerf a fait un retour. Alors on fait revenir le limier pour re- prendre les voies, en disant, tien veleci revari.

Veleci vau, vau par les portées, veleci vau vau, ou veleci il va à vau ; lorsque l’on voit des portées que le cerf fait de sa tête dans les forts; car le terme de veleci il va avant par les portées, n’est dit que quand les cerfs ont la tête refaite, & qu’ils vont la tête haute dans les forts ; en hiver, au laisser courre, & au printems, lorsqu’ils ont mis bas, on ne dit que veleci vau vau seulement.

On doit répéter les termes ci-dessus tout du long & sans cesser, jusqu’à ce que le cerf soit lancé ; & quand il est lancé, on crie autrement.

Vaulecelets, vaulecelets; lorsque l’on revoit des fuites du cerf, & que le limier se réchauffe & recommence à crier.

Hau hau, ou bien, hau tahaut; pour faire approcher les chiens & pour les faire donner après sur les voies: on sonne ensuite pour les faire découpler.

Termes pour parler aux chiens quand on les fait quêter, & qu’on les découple pour lancer un cerf ou un chevreuil.

Hau la y la, la y la tayau; quand les chiens sont découplés. On leur parle aussi en ces termes à haute voix pour les faire quêter dans le bois.

Ha veleci aller, veleci aller; lorsque les chiens rencontrent des voies.

Ha Ribaut, Miraut, Gerbaut; pour carresser & animer les chiens lorsqu’ils crient sur les voies.

Ha tayau veleci revari; pour faire revenir les chiens, & les faire requêter pour lancer ou relancer.

Termes pour parler aux chiens à haute voix, en les faisant chasser.

Ha il s’en va, il s’en va la, ha, ha; lorsque les chiens sont donnés & qu’ils chassent.

Ha il perce, il perce tou tou; quand le cerf tire de long.

Outre-va, outre-va ha ha! il fuit là, il fuit là, ha ha, ce sont les termes dont on se sert en piquant après les chiens, ou lorsque les piqueurs revoyent de leur cerf, ils crient, vauleci fuyant, il dit vrai, vaulecelets, vaulecelets.

Hourvari mon valet, hourvari hau tayau, hourva tayau haga, tayau hourvari, hau tayau, hau tayau, veleci revari: ces termes se disent sur un retour qu’un cerf fait devant les chiens, afin de les faire revenir & requêter pour retrouver les voies du retour.

Vauleci revari vauleceletz ; lorsque les piqueurs revoyent des fuites de leur cerf & du retour.

Vauleci revari, vauleci revari vauleceletz, veut dire, voilà notre cerf qui retourne : le terme seul de vauleceletz, signifie, c’est notre cerf, c’est lui-même.

Ha il s’en reva chiens, il s’en reva là là ; lorsque les chiens ont retrouvé les voies du retour, & qu’ils chassent.

Vauleceletz la voie, vauleceletz ; lorsque le cerf fuit le long du chemin.

Hà il retourne là chiens, il retourne là hà hà; quand les chiens ont retrouvé les voies du cerf qui quitte le chemin pour rentrer dans le fort.

Hà halle, halle, halle; pour réjouir les chiens, pour les animer à chasser, & leur faire mettre le nez à terre.

Hà bellement là ila, là ila, hau valet, hau là ila, là ila ; quand le change est bondi devant les chiens, & que le cerf de la meute est accompagné.

Tayau hau tayau ; lorsque l’on voit le cerf passer, soit qu’il se sépare du change, ou qu’il passe ailleurs.

Hà tayau, hau, hau, hau; pour appeller les chiens, & les faire venir après vous pour leur faire reprendre les voies; & lorsqu’ils sont arrivés sur les voies, on leur crie, hà halle halle, hà hà, pour les obliger à mettre le nez à terre, & reprendre les voies.

Il bat l’eau tou tou, il bat l’eau; quand le cerf longe des ruisseaux pour se défaire des chiens, ou qu’il bat l’eau dans un étang ou dans une riviere, & que les chiens y arrivent.

Halle à lui, halle à lui; lorsque le cerf est dans un étang ou dans une riviere, & qu’il tient ou rend les abbois.

Tous les termes que nous venons d’expliquer, sont également d’usage à la chasse du chevreuil, qui n’est différente de celle du cerf, que dans la maniere de détourner la bête, comme on le peut voir à l’article du chevreuil.

Termes dont on se sert à la chasse du cerf & du chevreuil, pour parler aux chiens anglois.

Comme il y a beaucoup de chiens anglois en France, dont il est difficile de tirer du service, quand on leur parle une langue inconnue; c’est-à-dire, en d’autres termes que ceux dans lesquels ils ont été dressés & instruits, nous avons jugé à propos de marquer les différentes manieres de parler aux chiens anglois, pour mettre les piqueurs en état de se faire entendre & obeir.

Here dodo ho ho, se dit pour appeller & faire venir les chiens à soi à la sortie du chenil ou à la séparation de l’assemblée, afin de s’en faire suivre; c’est dire en françois, il va là tôt, il va là.

Lorsque les chiens sont sur un retour; pour les faire revenir & reprendre les voies, on leur crie, houpe boy, houpe boy.

Quand il arrive que des chiens ont plûtôt retrouvé les voies que les autres; & lorsqu’on en voit quatre ou cinq aller bien devant le gros de la meute, pour les faire demeurer & attendre les autres, on doit aller à eux & leur crier, saf me boy, saf me boy: s’ils sont obstinés & ne s’arrêtent point, on leur crie, cobat, cobat.

Quand les autres sont arrivés, on leur parle à tous en ces termes: Here, lo lo, lo lo, c’est pour leur montrer les voies afin de les reprendre; & alors on leur dit, holo, holo, holo: ce qui est pour les animer sur les voies, & comme si on disoit en françois, halle, halle.

Lorsque le cerf est accompagné, on crie aux chiens, dautcy boy, dautcy boy: sorte d’avertissement qui veut dire en françois, là ila, là ila, ou prenez garde à vous.

Et lorsque le cerf est séparé de sa compagnie, pendant que les chiens le chassent, on doit leur crier, lou oué, lou oué.

Lorsque l’on revoit des fuites d’un cerf, on crie, vauleceletz, vauleceletz, qui est le terme usité en françois.

S’il y a des chiens qui chassent le change, on les gourmande en criant après eux, houre horhon: ce qui veut dire, hay hay fi, hay hay; & pour les faire suivre après soi, on leur crie, come boy, come boy.

Lorsqu’un cerf fait encore d’autres retours, & qu’il y a des chiens qui s’emportent, on leur crie, houp boy, houp hau, hau hou, haup boy.

Et les chiens étant revenus, quand on revoit du retour du cerf, on dit, vauleci revari, vauleceletz.

Pour faire prendre aux chiens les voies du cerf qui est quelquefois forlongé de deux heures, on crie, here cess, cess lo lo, lo lo, & lorsqu’ils chassent bien, holo holo.

Quand il y a des chiens qui écoutent ou qui coupent; afin de les faire rallier à ceux qui chassent, il faut leur crier, coco ou cocl coel, qui veut dire, tirez à lui, tirez.

Lorsque le cerf ou le chevreuil est pris; en faisant fouler les chiens, c’est-à-dire, en leur faisant manger sur le champ une épaule du cerf ou du chevreuil, ou en leur faisant la curée, on leur dit, cess me boy, cess me boy, cess me boy: cela les anime & les rejouit.

Comme les chiens anglois sont carnassiers, rien ne les rend plus ardens à la chasse que de leur faire manger sur le champ l’épaule du cerf ou du chevreuil; ils en apprennent mieux à tenir jusqu’à la fin la voie du cerf, ils en deviennent plus hardis, ils se rallient plus aisément, & connoissent mieux la voix de celui qui les fait chasser, quand il les houpe.

Quand les piqueurs, après la curée, remontent à cheval pour ramener les chiens au logis, ils crient pour les appeller, here, dodo ho ho; ce qui signifie la même chose qu’en françois, hau tayau.

Les chiens étant tous arrivés à la porte du chenil, dès qu’elle est ouverte, le piqueur leur crie, co di guenets; ce qui veut dire, entrez tous dans le chenil.

Les chiens étant entrés dans le chenil, au retour de la chasse; pour les faire boire, on peut user de ce terme cess, cess; & cela revient à notre mot, houleau, houleau, qui signifie, bois, bois.

Bas de la Planche II. Connoissance du cerf par le pié.

a b, les os ou ergots.

c, la jambe.

d d, le talon ou éponges.

e e, la solle.

f f, les côtés ou tranchans.

g, les pinces ou ongles.

Empreintes des piés du cerf, &c.

Fig. 1. Pié de biche.

2. Pié d’un jeune cerf.

3. Autre pié de biche.

4. Autre pié d’un jeune cerf.

5. Pié de cerf, aussi long que rond.

6. Pié de faon.

7. Pié d’un cerf dix cors jeunement.

8. Autre pié d’un cerf dix cors jeunement.

9. Pié rond d’un cerf dix cors, à jambe large.

10. Pié d’un vieux cerf, dont les côtés sont gros & usés, & la jambe retrécie.

La plus grande difficulté qui se présente d’abord aux jeunes veneurs pour bien juger & connoître les cerfs, consiste à distinguer le pié du cerf de celui de la biche, afin de ne pas se méprendre, & de ne pas courir une biche pour un cerf. Cette connoissance, qui est une des plus essentielles aux veneurs, s’acquiert à la longue par la pratique de la chasse. Mais voici quelques observations qui peuvent aider l’expérience.

Quand le cerf est à sa seconde tête, les pinces lui grossissent; à sa troisieme tête elles grossissent encore plus, & la solle s’aggrandit en même tems que la tête; mais à sa quatrieme tête il est entiérement connoissable partout.

Il y a toujours de la différence entre le pié d’un cerf, fig. 2 & 4; & celui d’une biche, fig. 1 & 3: car si une bête est accompagnée d’un jeune cerf qui ne soit encore que daguet, quoiqu’elle ait le pié plus gros que celui du jeune cerf, on le distin-guera toujours, parce qu’il sera plus mal fait, qu’elle aura presqu’autant de piés derriere que devant, & qu’elle se méjugera, c’est-à-dire, qu’elle ne mettra pas régulierement le pié de derriere dans la trace du pié de devant; car on appelle se méjuger (en fait de venerie) porter les piés de derriere au-delà ou en-deçà des piés de devant du même côté. Dans toutes les figures, c’est la trace du pié de derriere qui recouvre celle du pié de devant. Si la biche va des quatre piés un peu ouverts; & si elle a de grosses pinces, elle aura un méchant talon, ou un talon étroit & la jambe méchante, ou l’entre-deux des os petit. Si la jambe est large, elle aura les os mal tournés & en gardes de sangliers; & si la jambe est étroite, les os en seront tout droits: ce qui est le contraire du cerf, quoiqu’il soit jeune & qu’il suive encore sa mere. Car en premier lieu, il aura le pié de devant plus grand & plus gros que celui de derriere; il doit aller le pié de devant toujours ouvert, porter le pié de derriere dans celui du devant, & même l’outre-passer un peu. Il a d’ailleurs le pié bien mieux fait que celui de la biche, marche mieux, tourne mieux ses voies, a les allures plus grandes, & va toujours derriere la biche. Voilà principalement à quoi les jeunes veneurs doivent bien prendre garde; car c’est une des plus utiles connoissances de la venerie, que de juger par les allures un cerf qui est accompagné d’une bête. Il faut remarquer qu’un jeune cerf a les pinces de devant un peu arrondies, & celles de derriere un peu plus pointues, les côtés tranchans, le talon un peu plus gros que celui de la biche, la jambe ou l’entre-deux des os plus large, les os bien tournés en forme de croissant, & qu’il est haut jointé, c’est à-dire, qu’il a les os loin du talon.

Telle est la différence qu’il y a entre le pié d’un cerf & celui d’une biche. On peut aisément après ces remarques, distinguer pendant toute l’année le pié des jeunes cerfs d’avec celui des biches, excepté lorsque les biches sont pleines & prêtes à faire leurs faons, comme dans le mois d’Avril qu’elles sont pesantes & marchent plus lentement: car alors, quoiqu’elles n’ayent pas plus de piés qu’à l’ordinaire, elles paroissent en avoir davantage, parce que leur pesanteur leur fait ouvrir les piés de devant & appuyer beaucoup du talon; & comme l’enflure de leurs flancs les empêche de porter les cuisses aussi librement que quand elles ne sont pas pleines, leur pié de derriere demeure au bord du talon du pié de devant, & c’est ce qui trompe les veneurs. C’est pourquoi en Mars & Avril; & jusqu’à ce qu’elles ayent fait leurs faons, c’est-à-dire jusqu’au mois de May, on ne sauroit y regarder de trop près. La mi-Juin passée, comme alors elles ont toutes fait leurs faons, il n’est plus si aisé de s’y tromper.

Les biches alors vont rarement avec les cerfs, parce qu’elles sont auprès de leurs faons; & quand ils sont un peu forts, elles les promenent, mais sans beaucoup s’éloigner d’eux.

Si, dans une forêt où il y a peu de cerfs, un veneur rencontre une bête qui ait beaucoup de pié, & qui l’ait passablement bien fait, soit dans la saison où les biches sont pleines, soit lorsqu’elles n’ont point de faons; il doit avant que d’en juger, examiner attentivement les voies sur lesquelles il est tombé avec son limier, pour ne pas prendre un cerf pour une biche, comme il arrive souvent surtout dans les lieux où il y a peu de cerfs. Lorsque l’on n’est pas sûr d’une bête, il faut en revoir en plusieurs endroits, & la lancer même, s’il le faut; car, pour un endroit où elle se jugera comme un cerf, vous reconnoîtrez avec un peu d’attention en six autres ce qui en est. Il ne faut donc jamais précipiter son jugement par trop de chaleur, ou par l’empressement de faire son rapport: car c’est l’ordinaire de ces animaux de suivre alors la premiere bête qu’ils trouvent.

Comment on connoît par le pié les cerfs de dix cors jeunement, fig. 7 & 8.

Ce qu’on appelle un cerf de dix cors jeunement, est un cerf à sa cinquieme tête; on lui donne ce nom, parce qu’il tient alors du cerf de dix cors & du jeune cerf, & qu’il approche de sa perfection.

Le cerf de dix cors jeunement, a beaucoup plus de pié devant que derriere; il ne va presque plus le pié de devant ouvert, & celui de derriere est fermé. Il se juge bien, c’est-à-dire, il met toujours le pié de derriere dans celui de devant, comme on voit dans la figure, à la différence du jeune cerf, qui du bout des pinces du pié de devant outre-passe les pinces du pié de derriere de la largeur d’un bon pouce & plus lorsqu’il est bien en venaison. Il a encore la solle plus grande qu’un jeune cerf, les pinces grosses, les côtés un peu gros, le talon & la jambe larges, les os assez gros, tournés en dehors & commençant à paroître usés; il est aussi un peu bas jointé.

PLANCHE III.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

La vignette de la composition de Rhidinger, représente la curée qui se fait en cette sorte.

Quand le cerf est arrivé au quartier de la venerie, on choisit une place sur l’herbe auprès du chenil, où l’on fait apporter (à proportion du nombre des chiens) deux baquets remplis de pain d’orge coupé par petits morceaux; ensuite si c’est dans l’hiver on met sur le feu deux chaudieres pleines d’eau qu’on fait bouillir, & l’on jette dans chacune trois livres de graisse, pour en tremper le pain dans les baquets. Si c’est dans l’été, au lieu de graisse, on prend deux sceaux de lait fraîchement tiré, ou bien on fait bouillir une chaudronnée d’eau avec deux ou trois livres de graisse, on en trempe à demi le pain, & l’on y met ensuite le lait. Pendant que la mouée se prépare, on renverse le cerf sur le dos & on l’emperche, c’est-à dire, on lui met la tête sous les épaules pour l’habiller plus facilement. On commence alors, pour lever la nape ou la peau du cerf, à inciser les quatre jambes au-dessous des genoux, & l’on fend cette peau entre les jambes en montant toujours vers la poitrine jusqu’à la gorge & au coin des machoires: on incise ensuite depuis la poitrine dans toute la longueur du ventre jusqu’entre les cuisses, & delà on remonte par les jarrêts jusqu’à la queue; on leve après cela proprement la nape sans la couper & sans y laisser de chair. Pendant qu’on habille le cerf, on fait tenir dans le chenil un valet pour empêcher les chiens qui sentent leur proie, de crier & de se battre. Il faut que les valets de limiers soient présens, il est bon même qu’ils amenent leurs chiens, pour les faire fouler à la tête du cerf qu’on levera pour cet effet après qu’il sera dépouillé, à moins qu’on ne soit dans la saison où la tête des cerfs se refait, & par conséquent est encore tendre, comme à la fin d’Avril ou à la mi-Mai, auquel cas on leve la tête dès la mort du cerf pour la porter à la reine, suivant l’usage de la venerie du roi. Dans tout autre tems, il faut faire fouler les limiers deux à deux à la tête, & voici comme cela se fait. On met la tête devant eux, & on n’en laisse fouler qu’un à la fois pour empêcher qu’ils ne se battent: cependant pour les animer on les agace l’un contre l’autre, ensuite on les laisse un peu manger chacun à leur tour, puis on les caresse & on les fait retirer.

Quand on ne peut pas faire fouler les limiers parce que les cerfs ont mis bas, ou que les têtes se refont, on leur donne une partie du droit du limier qui est le rognon, le cœur & le foye, & on leur parle comme à la chasse, lorsqu’ils sont à suivre les voyes, après, après velleci aller; & soit qu’ils foulent à la tête du cerf, soit qu’on les fasse fouler au droit du limier, on leur laisse la botte au col, on leur tient le trait déployé, & on leur parle comme au laisser courre.

Après que le cerf est dépouillé, ce qui est l’affaire des valets de chiens, soit ordinaires, soit particuliers, le maître valet leve la venaison & commence par les menus droits, qui sont le mufle, la langue, les oreilles, les dintiers, le franc-boyau, la veine du cœur, & les petits filets attachés aux reins. Si c’est dans le tems de la cervaison, on leve encore les quatre nœuds qui se prennent au défaut des épaules & aux blancs attenant les cuisses: on pend le tout à un crochet que tient un valet de limier pour être porté à la cuisine de la bouche du roi ou de la reine. Pour procéder à l’ouverture du cerf, on incise d’abord la gorge, on en ôte le gozier & on le jette, ensuite on prend l’herbiere, on la coupe & on la fait passer à travers la poitrine; on ouvre après cela le dessus du ventre & l’on en tire la panse & les boyaux qu’un valet de chiens va bien laver, & qu’il apporte ensuite sur les baquets, dans lesquels se fait la mouée, pour les couper par petits morceaux, & les mêler avec le pain: on garde seulement, comme nous avons dit, le franc boyau & les petits filets qui font partie des menus droits destinés à la cuisine de la bouche. On acheve ainsi la dissection du cerf: on leve les épaules & les grands filets qui sont attachés tout au long du dos, depuis le dessous des épaules jusqu’aux reins, attenant les hanches; on leve ensuite le gros des nombres, qui se prend dans l’entre-deux du gros des cuisses, & l’on coupe enfin successivement les cuisses, la jambe & le cimier; le coffre & le col restent pour les chiens avec la mouée; & si l’on veut, on garde les épaules pour donner aux chiens maigres après la curée. Après cela voici le partage qui se fait des meilleurs endroits du cerf.

Après que les menus droits & la hampe ont été portés à la cuisine du roi, on porte le cimier à M. le grand veneur, puis les grands filets avec une cuisse au lieutenant, & le reste se distribue ainsi: le gros des nombres appartient au sous-lieutenant, l’épaule droite au gentil-homme de la venerie qui a laissé courre, & la cuisse qui reste aux autres gentils-hommes. Les valets de limiers ont l’épaule gauche, le maître valet de chiens a les côtés du cimier lorsqu’on ne les leve point, & les autres valets prennent ordinairement un morceau de foye pour le fricasser, ou bien les flanchards.

On ne manque point de tirer du cœur un petit os appellé la croix du cerf, qu’on remet au lieutenant pour la reine, ou pour M. le grand veneur. On prétend que cet os a la propriété de faciliter l’accouchement des femmes & de les fortifier, on le leur fait prendre au fort du travail rapé ou broyé dans un demi-verre de bon vin blanc, & aussitôt elles sont ou ne sont pas délivrées.

Pendant la cervaison qui dure depuis la fin de Juin jusqu’à la mi-Septembre on donne très-peu de venaison aux chiens, parce qu’elle est trop grasse & leur fait mal principalement dans les grandes chaleurs: mais au défaut de venaison, on leur fait de bonne mouée détrempée avec du lait & le sang du cerf, dont on leur abandonne aussi le coffre.

Dans l’hiver on ne leve point de venaison, on la réserve pour les chiens à qui dans ce tems elle est nécessaire, parce qu’elle leur fait une bonne nour- riture & les réchauffe; aussi les grandes curées, loin de causer aucun mal aux chiens dans l’hiver, au contraire elles leur font un bon corps.

Pour achever tout ce qui concerne la curée du cerf, tandis qu’on l’ouvre & qu’on le vuide, on en ramasse le sang dans une chaudiere pour mêler à la mouée, & après qu’il est dépecé on laisse le coffre sur la nappe. Quand la panse & les boyaux sont coupés par morceaux dans les baquets avec le pain, on y jette l’eau qu’on a fait bouillir avec la graisse, & l’on remue le tout pour faire tremper le pain: voilà comment se fait la mouée pendant l’hiver ou depuis l’automne jusqu’à la fin de Mai. Dans l’été, comme nous avons dit, au lieu de venaison on y met du lait; on sert la mouée aux chiens sur un grand drap que l’on étend à terre auprès des baquets. Lorsqu’on voit faire la curée il faut songer à ôter ses gands; car lorsque les valets de chiens apperçoivent quelqu’un qui a des gands aux mains, ils ont le droit de les lui ôter, & c’est un usage qui se pratique sans exception dans la venerie du Roi depuis un tems immémorial.

Aussi-tôt que la curée est prête, le lieutenant va trouver M. le grand veneur pour en avertir le Roi, & en son absence l’avertit lui-même. Alors le maître valet de chiens se fait apporter par un autre valet, des houssines de coudre ou de bouleau, il en donne deux au lieutenant, le lieutenant les remet au grand veneur qui les présente toutes deux au roi: sa majesté en choisit une, & le grand veneur garde l’autre. Pendant tout ce cérémonial le lieutenant, le sous-lieutenant, les gentil-hommes de la venerie, les valets de limiers & les valets de chiens sont présens, ayant tous la trompe en écharpe. S’il se trouve à la curée ou des princes ou des seigneurs, le lieutenant leur présente des baguettes, & le maître valet de chiens en distribue pareillement à toutes les personnes de qualité qui sont alors auprès du roi & aux sous-lieutenant & gentils-hommes de la venerie. Ces baguettes ne sont pas seulement un ornement de la cérémonie, elles servent encore à empêcher les chiens de se battre pendant la curée, & à les écarter quand ils s’approchent du roi, ou des personnes de sa suite. Tout étant prêt, M. le grand veneur sonne avec sa trompe d’argent pour faire venir les chiens à la mouée, & aussitôt le lieutenant, le sous-lieutenant & les gentils-hommes donnent tous ensemble; en même-tems le valet de chiens, qui est dans le chenil, les lache tous, & ils accourrent à toutes jambes au son du cor.

Tandis qu’ils mangent, on ne cesse point de sonner du gros ton de la trompe, comme on sonne pour chiens à la chasse, ensuite les gentils hommes de la venerie, ou dans les équipages des princes les piqueurs vont au coffre du cerf qu’on a mis à cinquante pas de-là sur l’herbe & sonnent du grêle de la trompe pour faire venir les chiens. Là on les égaye par le son du cor, on les flatte, on leur parle en termes de chasse, on les nomme la plûpart par leurs noms, & on caresse particulierement ceux qui ont bien chassé. Rien ne les anime davantage, ils entendent mieux à la chasse la voix de celui qui leur parle & se rallient mieux à sa voix.

Quand tout est mangé on ôte la carcasse du cerf, & pour couronner le festin, un valet de chien prend les menus boyaux que l’on a mis exprès à part, & les élevant au bout d’une fourche de bois, ainsi que l’on voit dans la vignette, appelle les chiens en leur criant comme à la chasse, ho tahaut tahaut, & cette espece de dessert s’appelle le forhu. Lorsque tous les chiens sont rassemblés autour de lui, il jette le forhu au milieu d’eux, & l’on sonne comme à la vûe du cerf. Ce dernier régal ne se fait ainsi que pour apprendre aux chiens à se rallier auprès des piqueurs, lorsqu’ils sont écartés sur un défaut ou sur un retour, ou pour les faire requêter & reprendre les voyes. Le forhu n’est gueres d’usage que dans les meutes des seigneurs, où les chiens ne chassent pas aussi souvent que dans la venerie du roi: au reste rien n’est plus plaisant que de voir les chiens autour du forhu tous la tête levée & attentifs au mouvement de la fourche, sauter jusque sur les épaules du valet de chiens qui la promene & se jetter ensuite sur le forhu, qui disparoît en un instant. La curée finie, on sonne la retraite, & on fait rentrer les chiens dans le chenil en les comptant à mesure qu’ils rentrent, pour s’assurer qu’il n’en manque point, & faire chercher ceux qui peuvent manquer; le jour suivant on laisse reposer les chiens jusqu’à huit ou neuf heures du matin, & on ne leur laisse point manquer d’eau; si même ils ont laissé de la mouée on la porte dans le chenil, & ils la mangent toute la nuit.

Le lendemain sur les neuf ou dix heures du matin, après les avoir bien nettoyés, on les mene à l’ébat, c’est-à-dire, promener, une heure après on leur présente du pain: mais la plûpart n’en veulent point, parce qu’ils sont encore pleins de curée.

Comme le service des chiens dépend entierement de leur santé, tout roule sur les valets qui en ont soin: on ne peut donc trop leur recommander de tenir leurs chiens proprement, & de les changer souvent de paille; car plus les chiens sont nettoyés & tenus propres, moins ils sont sujets à la galle, aux dartres & autres maladies. Il faut, au retour de la chasse, leur regarder toujours aux jambes, afin de voir s’ils n’ont point d’épines, & s’ils n’ont point les piés dessolés ou échauffés par la secheresse; car cela leur arrive souvent, particulierement dans l’hiver quand ils ont courru dans les neiges.

Bas de la Planche.

Fig. 1. Piés d’un cerf dix cors. A B, ergots du pié de devant qui est le plus grand. a b, ergots du pié de derriere qui est emboîté dans celui de devant.

2. Pié d’un vieux cerf.

3. Autre pié de vieux cerf.

4. Pié d’un jeune chevreuil.

5. Pié d’un chevreuil dix cors.

6. Autre pié de chevreuil.

7.
8.
}     Piés d’une chevrette.

9. Pié d’un faon.

Comment on connoît par le pié le cerf dix cors, fig. 1. Planche III.

Le cerf dix cors a le pié de devant plus gros encore que le cerf de dix cors jeunement, & a moins de pié de derriere; il a les pinces plus grosses; la solle du pié plus grande & plus large, les côtés des piés plus gros & plus usés; le talon large & usé à l’uni du pié, le pié plein; il doit avoir les éponges retirées ou retrecies, la jambe large, les os gros & usés; il est bas jointé, a les allures grandes, les voies bien tournées, & en marchant il tire du bout de ses pinces la terre en arriere, ce que ne font pas les jeunes cerfs, il va les piés clos ou serrés devant & derriere; mais lorsque les cerfs sont bien en venaison, comme dans les mois de Juin, de Juillet & d’Août, ils ont les allures courtes, leur pié de derriere demeure sur le bord du talon du pié de devant, & quelquefois même n’en fait qu’approcher à cause de la venaison, ou de la graisse qu’ils ont alors, tant au devant des épaules, qu’aux flancs, & qui les empêche d’allonger les piés. Les cerfs en cet état ne courrent guéres long-tems. Comment on connoît les vieux cerfs par le pié & des signes de vieillesse qui les font juger tels. fig. 2 & 3.

Les vieux cerfs ont les mêmes allures & les mêmes connoissances par le pié que les cerfs de dix cors, si ce n’est qu’ils ont les côtés des piés tout usés & fort gros, la jambe & le talon retrecis; qu’ils sont fort bas jointés, qu’ils ont les os gros, courts & tout proche du talon, qu’ils se jugent bien partout, que leurs piés de derriere ne sont marqués qu’à un doigt de distance de ceux de devant, & qu’ils tirent du bout des pinces de leurs piés de devant la terre en arriere. Si le cerf a été nourri dans une forêt dont le terrein soit graveleux & rempli de sable, ou dans un bois pierreux, & entre-coupé de côteaux, vous remarquerez qu’il a les piés & les os beaucoup plus usés que s’il étoit dans un pays plat & uni; mais s’il a été nourri dans un terrain marécageux & doux, ou dans un pays de bruyeres, il aura au contraire les piés fort creux. La plûpart des cerfs nourris dans ces forêts ont le pié long; mais en général un vieux cerf doit avoir les côtés du pié tranchans & la jambe retrecie, & quant aux piés de derriere, ils ne paroissent pas plus grands que les piés de devant d’une chevre.

En voilà assez pour les connoissances du pié; le reste est l’affaire des yeux. Une description plus étendue instruiroit moins que la vûe même des figures que nous avons fait graver; mais il faut en les étudiant ne point négliger la nature & la consulter sur les objets mêmes.

PLANCHE IV.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Chasse du sanglier.

La vignette, d’après Rhidinger, représente l’instant où le sanglier, étant coëffé par les chiens, est percé par un veneur, ainsi qu’il sera expliqué plus bas.

Voici les termes les plus usités à cette chasse.

Les piés du sanglier, par lesquels les veneurs en connoissent, se nomment traces.

Les os ou ergots qu’ils ont au-dessus de leurs talons, s’appellent gardes, fig. 1, 2, 3, 4, 5, du bas de la planche.

S’ils ont à leurs traces un bout des pinces plus long que l’autre, cela s’appelle pigache. fig. 3 & 5.

Les endroits où ils mettent leurs piés, ou leurs traces, se nomment marche ou voie.

La distance qu’il y a de l’une à l’autre, allure.

La tête, c’est la hure.

De quatre grandes dents qu’ils ont dans la gueule, les deux qui sont dans la machoire d’en-bas, se nomment défenses, & les deux de la machoire d’en-haut, s’appellent grais; elles ne servent, pour ainsi dire, qu’à éguiser celles d’en-bas.

Le nés, c’est le boutoir; les fouillures qu’il fait s’appellent bouttis.

Lorsqu’un sanglier a un peu levé le dessus de la terre en marchant, cela s’appelle vermillis; on dit un sanglier a vermillé dans cet endroit.

Les endroits où l’on voit qu’il a mangé blés, avoine, &c. se nomment mangeures, voilà où un sanglier a fait ses mangeures, ou ses mangis.

Un sanglier gras, s’appelle sanglier à porchaison, la peau épaisse que les sangliers mâles ont sur les épaules, s’appelle armure.

Les testicules se nomment suites.

Leur fiente s’appelle laisse, on dit voilà des laisses de sanglier.

L’endroit où il couche, est une bauge.

Le tems qu’ils sont en chaleur, c’est le rue: les sangliers sont au rut.

On dit la peau d’un sanglier & le cuir d’un sanglier.

Il y a aussi différens termes pour distinguer l’âge d’un sanglier.

Le jeune sanglier mâle qui commence à quitter les bêtes de compagnie, en sa deuxiéme année, & même jusqu’à sa troisieme, s’appelle ragot.

Un sanglier à son tiers-an, est un sanglier qui passe de la troisieme année à la quatrieme.

Un sanglier à son quart-an, est un sanglier qui a quatre ans & qui vient à sa cinquiéme année: à cet âge il marche sans crainte & se défend vigoureusement contre les loups & les chiens, quels qu’ils soient.

Le vieux sanglier est celui qui a quitté les compagnies depuis plus de quatre ans, & qui se plaît toujours seul.

Les femelles de sanglier se nomment layes; leurs petits, marcassins; & lorsqu’ils ont un an, on les appelle bêtes de compagnie.

Voilà les termes propres à la chasse du sanglier. Passons à la maniere de reconnoître un sanglier par les traces, & de le distinguer d’avec les layes. Un coup d’œil sur les figures du bas de la Planche facilitera l’intelligence de ce que nous dirons sur cette matiere.

Il faut, pour connoître un sanglier par les traces, se promener souvent dans les bois, dans un tems de beau revoir, c’est-à-dire, quand la terre est molle, par exemple en certain tems de l’hiver, ou en été après la pluie; or voici à quoi l’on peut aisément reconnoître un sanglier, & distinguer d’un coup d’œil s’il est jeune ou vieux, si c’est une laye ou un sanglier mâle.

La trace A du pié de devant d’un jeune sanglier, (fig. 1.) est un peu plus grande que celle du pié de derriere, les pinces a a sont plus grosses que celles de la laye; & les tranchans b b qui sont ses côtés, sont un peu déliés & coupans; la trace de derriere se trouve ordinairement dans celle de devant, mais un peu à côté du milieu de celle-ci, à cause de ses suites, qui commencent à être grosses, & qui le contraignent de marcher les cuisses un peu plus ouvertes que la laye; il donne aussi de ses gardes B C en terre, mais elles sont bien tournées, & la pointe un peu en avant. Lorsqu’il avance vers son tiers-an ses gardes sont plus près du talon & s’élargissent davantage, & elles donnent tout-à-fait en terre aux deux côtés de ses talons. Plus le sanglier vieillit, plus il est aisé d’en reconnoître par ses gardes qui étant alors bien moins tranchantes, donnent en terre de toute leur longueur. B C, gardes du pié de devant; b c, gardes du pié de derriere.

Les pinces de la laye, fig. 2. sont plus pointues, les côtés des traces & les gardes plus tranchantes, le talon plus étroit, les traces de devant & de derriere sont toujours un peu ouvertes, excepté cependant celles d’une vieille laye, fig. 3. qui sont ordinairement plus serrées; ses gardes sont aussi plus étroites & plus serrées vers la pointe que celles des sangliers: il faut encore observer que leurs traces de derriere sont en dedans, dans celles de devant.

Les sangliers à leur quart-an, fig. 4. & les vieux sangliers, fig. 5. ont les pinces grosses & rondes, les tranchans ou côtés de leurs traces sont usés, le talon, ou les éponges D D s’usent au niveau de la trace qui est grosse & large; les gardes b c sont tout-à fait élargies & s’approchent du talon, & les allures sont grandes. La trace des vieux sangliers est toujours profonde & large, à cause de leur pesanteur; ils ont les pinces fort rondes, la solle E E grande, leurs gardes paroissent dans un tems pluvieux parce qu’ils marchent très-pesamment, ce qui fait que par-tout où ils passent il est très-aisé d’en revoir; on remarque aussi dans la trace, de grandes & grosses rides F F entre les gardes & les talons, & plus ces rides seront grosses, plus elles dénoteront la vieillesse du sanglier. La trace du pié de derriere porte sur le talon, à moitié de la trace de devant, & à moitié aussi à côté en dehors, principalement lorsque le sanglier est en porchaison: il n’est pas si aisé d’en connoître dans le tems du rut, parce qu’alors leurs allures sont grandes & déreglées, ce qui déroute un peu le veneur.

Les jeunes veneurs encore peu expérimentés dans l’exercice de la chasse pourroient bien se tromper aux traces du sanglier dans la saison du gland; car dans ce tems les pourceaux privés vont au bois, parce qu’ils ont aussi beaucoup de ressemblance dans leurs traces; mais pour ne s’y pas méprendre, voici à quoi principalement il faut faire attention.

Les sangliers dans leurs allures mettent leurs piés de derriere dans ceux de devant; ils appuyent bien plus de la pince que du talon, leurs pinces sont serrées & les côtés de leurs traces qui sont tranchantes donnent par-tout des gardes en terre, & ils les élargissent en dehors des deux côtés du talon.

Il n’en est pas de même des pourceaux privés, ceux-ci vont les piés ouverts, ils les ont ordinairement longs & usés; ils appuyent beaucoup plus du talon que de la pince, & ils ne mettent pas leurs piés de derriere dans ceux de devant, leurs gardes donnent droit dans la terre la pointe en avant sans s’écarter, le dessous de leur solle est charnu, ce qui fait paroître la forme de leur pié toute ronde & les côtés un peu gros; enfin leurs pinces sont grosses & usées, & ils ont le pié court.

Fig. 6. Piés de marcassins.

De l’équipage pour la chasse du sanglier.

Pour bien courre le sanglier, il faut une meute au moins de trente ou quarante chiens avec deux piqueurs assez entendus pour les bien conduire; il faut aussi des valets de chiens qui ayent grand soin de leur meute. Pour courre le sanglier, on convient d’abord du lieu où doit se faire l’assemblée; il faut aller au bois le jour précédent pour connoître en quel canton de la forêt on trouvera des sangliers. La précaution est nécessaire pour s’épargner bien de la peine; car lorsqu’on en aura trouvé le jour précédent, on est sûr en retournant le lendemain d’en rencontrer infailliblement. On commencera d’abord par les détourner, & ce sera-là l’endroit que l’on choisira pour l’assemblée, & où l’on placera tout l’équipage de chasse: & comme les sangliers cherchent toujours les plus grands forts, il faudra remarquer avant que de chasser, les endroits par où l’on pourra passer le plus aisément.

Cette chasse est extrêmement pénible, les veneurs sont obligés de crier à tout moment pour faire suivre les chiens d’une maniere convenable; car quelquefois ils se rebutent, & ce n’est qu’à force de mouvemens & de cris qu’on peut rejoindre le sanglier qui se rend toujours très-redoutable en tenant ferme devant les chiens, sur-tout lorsque c’est un grand sanglier. Il faut d’ailleurs avoir d’excellens chevaux, bien dressés à courre dans les forts, & que ceux qui les montent n’appréhendent point les branches, car, comme on l’a déja dit, le sanglier bat toujours les plus grands forts dans les forêts, c’est pourquoi il faut brosser hardiment par-tout où il y a apparence de pouvoir passer. Tous ces mouvemens si violens, ces cris redoublés & indispensables dans cette chasse, avertissent suffisamment les veneurs des précautions qu’ils doivent prendre pour eux-mêmes, avant que de courre le sanglier.

Du limier pour le sanglier.

Il est important d’avoir des limiers bien dressés pour la chasse du sanglier; mais il faut un soin particulier & beaucoup de patience pour les dresser. Ce n’est pas qu’il soit difficile de faire vouloir d’abord à un jeune limier des voies du sanglier; mais souvent il se rebute, à cause du sentiment de cet animal, & il refuse de suivre. Pour l’accoutumer, il faut le mener souvent dans le bois par un tems de beau revoir, & le faire aller devant, comme on l’a dit, en parlant de la chasse du cerf, & lorsqu’on revoit du sanglier, en remontrer au jeune limier & l’engager en même-tems à suivre; s’il refuse, il faut toujours tenir les voies, ne point perdre de vûe le sanglier, tâcher même de le lancer, & le suivre enfin jusqu’à sa bauge, animer le jeune limier de la voix & le flatter pour lui en faire vouloir; il ne faut point se lasser de répeter souvent ce même exercice; car ce ne sera qu’après des instructions plusieurs fois réitérées qu’on en viendra à bout.

L’été, lorsque le sanglier donne aux blés & autres grains, il sera bon de faire suivre le limier sur les bords de la forêt. On peut aussi aller aux marres, les layes avec les marcassins, & même les grands sangliers ne manquent pas d’y donner dans cette saison. Lorsqu’on aura revû de leurs traces, & que l’on verra le limier se rabattre, il faudra lui faire emporter les voies, toujours en le caressant, ensuite lancer le sanglier, le suivre jusqu’au premier chemin, & là le briser. Il faut prendre après cela les devans par un endroit où il ait passé: rien n’apprend mieux au limier à se rabbatre; car le sanglier allant de bon tems, si l’on prend les devans de cent pas en cent pas, le limier se rabbattra sur les traces, & cela commencera à le former, le chien en veut alors de plus en plus, ses craintes diminuent, & peu à peu il s’accoutume au sentiment du sanglier.

De la quête du sanglier.

Au jour marqué pour la chasse, le commandant de l’équipage distribue les quêtes aux piqueurs & aux valets de limiers. Chacun va prendre la sienne au lieu qui lui est indiqué dans le bois, & y reste jusqu’à ce qu’il soit nécessaire de se rendre au lieu de l’assemblée. Si un veneur avoit rencontré un sanglier le jour précédent, il est de l’ordre de la chasse qu’il retourne dans le même endroit pour tâcher de détourner le sanglier dont il a eu le premier connoissance. C’est un droit qui lui appartient; cela suppose cependant que le veneur ait acquis assez d’expérience pour qu’on puisse s’en reposer sur lui; car autrement il seroit à propos, (& ce ne seroit pas lui faire tort) de le faire accompagner par un autre plus habile pour suivre ensemble la quête du premier.

Les jeunes veneurs, au jour de la chasse, se trouveront aux bords de leurs quêtes avant le lever du soleil, afin de se mettre bien au fait de la forêt ou du buisson où ils doivent chasser. Ils doivent aussi faire une attention particuliere à la saison dans laquelle on se trouve; parce que dans le tems des grains les sangliers s’approchent aux bords des bois du côté qu’il y a des grains, & quand ils en ont une fois gouté, ils ne manquent pas d’y donner toutes les nuits, ce qui fournit aux veneurs une belle occasion de prendre les devans pour les poursuivre & les détourner. De plus, comme cette nourriture échauffe extrêmement ces animaux, ils se retirent dans les marais pour y boire & s’y rafraîchir, ainsi il est immanquable d’en rencontrer dans ces deux endroits qu’ils n’abandonnent que très-rarement. En automne les sangliers se jettent dans les vignes & font un grand dégât de raisins; & lorsque les vendanges sont faites, ne trouvant plus rien dans les vignes, ils se retirent dans les forêts, où le gland ne leur manque point jusqu’à la fin de Novembre; ils vont même aux noisetiers, & ils mangent des noisettes autant qu’ils en peuvent trouver; s’il y a des hautes-futaies dans le voisinage, ils ne manquent pas d’y faire leur nuit; ce sont-là les endroits où l’on peut en rencontrer plus sûrement, & c’est aussi où ils font une résistance plus vigoureuse, la chaleur de la nourriture leur donnant une force extraordinaire & une fureur dont les chiens & les piqueurs mêmes se ressentent souvent; quelquefois même ces animaux ne se contentent pas de se défendre, ils viennent à la charge sur les chasseurs, & font du carnage.

Lorsque les sangliers ne trouvent pas de quoi se nourrir dans un endroit, ils passent aussitôt dans un autre pour en chercher. En hiver ils n’ont point d’autres retraites que les forts, les grandes fougeres ou les buissons les plus épais; ainsi les veneurs ne peuvent manquer d’en rencontrer dans cette saison: il y a cependant quelques précautions à prendre pour ne point faire de démarches inutiles. Il faut d’abord faire toujours marcher son limier devant soi, tant au long des chemins que sur le bord des bois, & lui parler toujours à propos pour l’animer & pour l’instruire. Voici les termes dont on se sert ordinairement: va outre mon valet, hau rigaut, hou hou, veleci mon petit.

Si le chien met le nés à une coulée & qu’il fasse mine de vouloir se rabattre, il faut prendre garde que ce ne soit sur les traces de quelque renard, dont les jeunes chiens aiment beaucoup le sentiment: lors donc que le limier se rabat sur les traces de quelque bête noire, & que l’on en revoit, on lui dit: qui rigaut est-ce là? après l’ami, après veleci aller, veleci il dit vrai.

Si on se trouve à la suite d’un sanglier, il faut tâcher de suivre & de faire tenir les voies au limier jusqu’à l’entrée des forts où le veneur ne doit pas s’engager, de crainte de le lancer, mais lorsque le sanglier va de bon tems il est à propos de le briser au bord du fort & de se retirer pour prendre les devans. Si le limier ne peut emporter les voies, parce que le sanglier va de trop hautes-erres, le veneur prendra de grands devans, afin d’en rencontrer des voies qui aillent de meilleur tems; car bien souvent les sangliers font beaucoup de pays, & vont faire leur nuit loin de ces endroits là; c’est pourquoi on ne peut être trop attentif à tous leurs mouvemens, pour agir selon les connoissances que l’on en prendra, & éviter les méprises.

Il y a des sangliers qui ne s’éloignent pas beaucoup des grands forts durant l’été; en ce cas le veneur ne doit pas pousser les voies bien loin au rembuchement; car s’ils avoient le moindre vent du chien, ils fuiroient peut-être bien loin & y demeureroient. Lorsque les voies vont de hautes-erres, & que le veneur en rencontre tard, il doit aider à son limier à trouver la bête entrée dans le fort. Il faut savoir adroitement découvrir sa demeure & juger de quel côté la hure peut être tournée, alors le veneur prendra avec son limier les chemins les plus couverts pour le trouver entré dans l’endroit, car autrement le limier pourroit suraller les voies.

Il est important de bien observer les traces du sanglier, afin de juger si c’est un ragot ou un vieux sanglier. J’ai parlé ci-dessus des marques qui les distinguent. Si l’on juge que ce soit une laye, il faut savoir combien elle a avec elle de marcassins ou de bê-tes de compagnie, afin d’en faire un rapport exact à l’assemblée.

J’observerai ici que dans les hautes futaies, où il y a bien des houx & des fougeres, les sangliers demeurent bien souvent dans ces fougeres où ils font leur nuit; c’est aux veneurs à prendre garde s’ils y voyent entrer le sanglier ou des bêtes de compagnie. Il ne faut pas les approcher à mauvais vent, mais les briser de loin, & prendre les devans de tous côtés. Si le limier n’en rencontre point dès la premiere fois que l’on prend les devans, il faut les reprendre une seconde fois, mais beaucoup plus près de l’endroit où l’on soupçonne le sanglier. Si le limier va bien aux brisées, il est hors de doute que le sanglier est encore dans le lieu de sa retraite; l’on peut alors en toute sûreté en faire son rapport. Pour peu que l’on observe tout ce qu’on a marqué, le rapport ne peut manquer d’être fidele, & on ne fera pas le sanglier autre qu’il n’est.

Des relais, du laisser courre, &c.

Aussi-tôt que le veneur aura fait son rapport, il se préparera pour la chasse & se rendra d’abord dans l’endroit ou sont les chiens pour faire la séparation de sa meute. Il enverra les relais aux endroits ordinaires où se sont les refuites du sanglier, pour en être secouru dans l’occasion; car il est important d’être bien relayé. Le capitaine de l’équipage fera marcher les chiens de meute à la tête desquels se mettra celui qui aura fait le rapport, parce que c’ess à ses brisées que l’on va; c’est toujours à ce dernier à remontrer du sanglier à ceux qui piquent à la queue des chiens, afin de pouvoir le reconnoure, ce qui quelquefois ne se fait pas sans de grandes difficultés; car souvent le sanglier est accompagné d’une laye ou de quelque bête de compagnie: quelquefois même il y a dans la bauge plusieurs sangliers avec celui dont on a remontré d’abord; ils y restent ensemble quelque tems, & lorsque les chiens en approchent, ils partent tous de compagnie, & le sanglier de meute donne ainsi le change aux chiens. En ce cas, il est nécessaire que les piqueurs en revoyent aux brisées, & qu’ils regardent souvent à terre en le faisant chasser.

Lors donc que les piqueurs auront bien revû par les traces, si c’est un ragot, un vieux sanglier, ou une laye, celui qui laisse courre tiendra le trait de son limier tout déployé, & mettra son chien sur les voies aux brisées; il avancera de dix pas dans ces voies, & s’y arrêtant de pié ferme, il criera à son limier, hau valet hauva, la rigaut après après, hau hau: il aura soin de laisser un peu tâter de la voie au limier, ensuite il le fera appuyer sur le trait & le fera suivre, & lorsqu’il reverra des traces de la bête, il criera à haute voix: veleci aller avant, veleci aller, après après valet.

Comme il peut arriver que le sanglier tourne en vermillant dans le sort, quelquefois même près de l’endroit où il veut se mettre à la bauge (ce qui peut faire perdre les voies au limier), il faut le faire revenir pour les rechercher en prenant de petits devans, en lui criant, hourva, hourva hau l’ami va outre. Il est bon aussi de le faire aller devant, pour tâcher de lui faire retrouver les voies, en lui disant, hau rigaut hourva hourva, veleci mon petit. Lorsqu’on le voit retomber sur les voies, il faut lui crier: après mon valet, après hou hou. Enfin dès que le piqueur en aura revû, il criera aussitôt, veleci aller, veleci aller: il répetera souvent ces termes & suivra jusqu’à ce que le sanglier soit lancé. Si le limier menoit jusqu’à la bauge, aussi-tôt que le veneur le verroit partir, il crieroit, velelau, veleci aller, veleci aller, & tout de suite il appelleroit les chiens au son de la trompe; lorsqu’ils seront arrivés avec les piqueurs, celui qui a laissé courre, sonnera pour faire découpler les chiens; alors tous les piqueurs sonneront aussi & piqueront à la queue des chiens, il les tiendront le plus près qu’ils pourront sans appréhender de passer par les grands forts, ils leur crieront souvent: hou, hou, veleci allez, il dit vrai veleci allez, & ils ne cesseront de sonner pour chiens, de même qu’à la chasse du cerf & du chevreuil; car il n’y a aucune différence. Quant au défaut, lorsque les chiens seront bien ameutés, il faut continuer de sonner encore quelque tems, & ensuite crier aux chiens sans relâche, afin de faire peur au sanglier & l’empêcher par ce moyen de tenir contre les chiens; car autant qu’il en attrape, autant il en estropie: c’est pourquoi il faut toujours les accompagner & leur crier, hau miraut, à suit la chien, fuit la haha, & lorsqu’on voit passer le sanglier, on crie comme on a dit ci-dessus, velelau, &c.

La chasse du sanglier peut durer plus ou moins de tems selon la qualité du sanglier que l’on courre; car si c’est une bête de compagnie, elle pourra faire durer la chasse six ou sept heures, parce qu’étant poursuivie, elle se mêlera avec toutes les bêtes qu’elle rencontrera, ce qui est très-embarrassant pour les veneurs & pour les chiens qui ont alors plus de peine à en reconnoître: d’ailleurs, les bêtes de compagnie étant fortes & peu pesantes, elles sont en état de faire bien du pays. Il n’en est pas de même d’un grand sanglier; sa pesanteur lui est nuisible, il se fait toujours chasser de près, & les chiens ne le perdent gueres de vûe, ce qui fait qu’on en vient à bout dans l’espace d’environ deux heures. De plus, il ne fait point de grands retours, comme les cerfs & les chevreuils, mais seulement un retour à droite ou à gauche, & il se replie toujours du côté où il veut percer. Quelquefois il va de l’extrémité d’une forêt à l’autre; d’autre fois il va battre de grands forts pour chercher à s’accompagner d’autres bêtes, afin de donner le change: ce qui étonne souvent les chiens, mais il y en a toujours parmi eux qui sont fermes dans la voie: ceux-ci ne manquent point de montrer le change & quoique le sanglier parte du fort en compagnie, ils refusent de chasser d’autres bêtes que la leur. Les piqueurs, dans ces circonstances doivent se conduire très-prudemment & se donner de garde de trop exciter leurs chiens, lorsqu’ils reconnoissent qu’ils remontrent bien.

Lorsque le sanglier se sent poussé aux dernieres extrémités, il ne fait plus que tourner, cherchant toujours à se mêler avec quelques bêtes de compagnie. Lorsqu’on l’en sépare, il va battre un autre pays, cherchant toujours à s’accompagner, mais ce n’est que d’une façon assez languissante, parce que sa pesanteur l’accable à la fin; & il s’échauffe, au point que, lorsqu’il rencontre quelque marre, il s’y jette avec ardeur pour s’y rafraîchir. Si par hasard il ne rencontre point d’eau, l’extrème chaleur l’appesantit, & le met hors d’état de courre; alors il se laisse aboyer de près, & au lieu de chercher à fuir, il fait face aux chiens & leur tient tête avec une extrème fureur, il se jette même dessus & les blesse. C’est dans cette occasion que les piqueurs doivent appuyer les chiens & tâcher de faire repartir le sanglier, afin de ménager la vie des chiens. Il est bon même d’empêcher que les chiens n’en approchent de trop près, parce que lorsqu’il est sur ses fins, il ne fait plus que tournoyer, présentant sa hure à tout ce qui l’approche. C’est alors que l’on peut se servir du couteau & le lui plonger dans le corps, comme il est représenté dans la vignette, Pl. IV. Mais il faut que le veneur qui lui sert le coup, soit assez alerte, pour s’esquiver à l’instant d’un autre côté, parce que cet animal tourne tou-jours ses défenses du côté où il se sent blessé. Si cependant le sanglier étoit furieux, au point qu’il y eût à appréhender pour les veneurs & même pour les chiens, il seroit à propos de lui tirer un coup de fusil. C’est à celui qui commande l’équipage, que cet honneur appartient de droit; & il n’y a rien en cela qui blesse les lois de la chasse, parce que le coup de feu est permis, lorsque la vie des veneurs & des chiens est en danger.

Pour les laies & les bêtes de compagnie qui ne peuvent pas blesser, mais qui ne font que fouler du boutoir, il ne faut se servir que du couteau de chasse, le fusil n’étant de mise que dans les dernieres extrémités.

Les piqueurs sonneront aussi-tôt la mort de la bête, & laisseront fouler les chiens en les caressant, en les appellant par leurs noms, & en les enhardissant en ces termes, hou hou petits veleci, veleci donc mes tou tou. Il faut toujours les flatter de la main, particulierement les jeunes chiens; & en cas que ceux-ci ne voulussent pas en approcher, il faut les prendre en les flattant, & les poser sur le sanglier; peu-à-peu ils s’y accoutumeront.

Après que les chiens ont foulé à la tête du sanglier, le premier piqueur leve la trace ou pié droit de devant, & la porte au commandant de l’équipage qui la présente au roi ou au seigneur à qui l’équipage appartient. Ensuite on sonne la retraite pour rappeller les chiens, & on emporte le sanglier.

Avant que de partir, il faut visiter les chiens pour voir ceux qui sont blessés, & les panser. Il faut pour cet effet que les veneurs fassent toujours porter à la chasse tout ce qui est nécessaire pour panser les chiens, & principalement une aiguille, du fil, & quelques morceaux de lard coupés par petites tranches. On met un lardon dans chaque plaie que l’on recoût avec du fil double, & l’on fait un nœud à chaque point: ce lardon humecte la plaie, & lui donne l’onction nécessaire; outre cela le chien, de son côté, coopere à sa guérison en léchant souvent sa plaie. Si, par hasard elle venoit à se r’ouvrir, soit naturellement, soit parce que le chien auroit cassé le fil, il faut remettre un autre lardon, & la recoudre de même: mais si la plaie étoit trop enflée pour être recousue, on fait fondre alors du vieux lard piqué d’avoine, & on en frotte la plaie avec une plume, ce que l’on reitere tous les jours jusqu’à ce que la plaie soit guérie. Pour ceux qui ne sont pas considérablement blessés, on peut attendre le retour de la chasse pour les panser: il suffit de laver leurs plaies avec du vin un peu chaud; & l’on a soin, lorsqu’ils sont au chenil, de leur donner de la paille fraîche & beaucoup d’eau.

De la curée du sanglier.

Voici ce qu’il faut observer à la curée du sanglier.

On rompt d’abord dans des baquets grand nombre de morceaux de pain, à proportion de la quantité des chiens; on fait ensuite chauffer de l’eau dans une grande chaudiere; on y met trois ou quatre livres de graisse au moins; pendant que l’eau chauffe, on dépouille le sanglier, pour en avoir la fressure, & après qu’on en a ôté le fiel, on la coupe par petits morceaux pour les mettre bouillir dans la chaudiere. Lorsque le tout a suffisamment bouilli, on le verse de la chaudiere dans les baquets, & on le remue avec des bâtons. Puis, quand le pain est bien trempé, on renverse les baquets sur le drap qui sert à la curée, & qui est un drap fait exprès de grosse toile de la longueur de cinq ou six aunes. On remue bien cette mouée pour l’étendre sur le drap. Pendant qu’elle refroidit, le maître-valet de chiens apporte nombre de houssines qui sont distribuées par le capitaine ou le lieutenant de l’équipage, selon la qualité des personnes qui assistent à la curée. S’il n’y avoit que le commandant & les piqueurs à la curée, ce seroit au premier piqueur à lui présenter une houssine & une à chacun des autres piqueurs; pour les valets de chiens par quartier, ce sont les petits-valets de chiens qui leur en présentent. Aussi-tôt que la mouée est prête, le commandant sonne de la trompe, & tous les piqueurs sonnent en même tems: le valet de chiens commandé pour le chenil, ouvre la porte, aux premiers sons, & laisse sortir tous les chiens, excepté cependant les plus gras, qu’on ne laisse aller à la mouée qu’à la fin de la curée: tout le tems qu’elle dure, on sonne de la trompe autour des chiens, & on les caresse en se servant des mêmes termes qu’on emploie à la chasse. Il est à observer que les chiens ne mangent pas du sanglier avec autant d’avidité que d’autre viande. Il ne faut pas même que ce qu’on leur en donne soit crû, parce que cela pourroit les dégoûter: de sorte que, si dans un certain tems, on veut leur faire manger d’autres endroits du sanglier que la fressure, il faut avoir soin de couper par quartiers ce qu’on leur destine, & le faire bouillir dans de l’eau pour le mêler avec le pain de la mouée.

Comment il faut lever la trace du sanglier.

C’est ordinairement le premier piqueur qui doit lever la trace du sanglier; les jeunes veneurs ne peuvent rien faire de mieux que d’examiner avec attention comment il s’y prend, afin de faire de même dans l’occasion. C’est toujours la trace droite qu’on doit lever; pour cela, on perce d’abord avec un couteau au-travers de la jambe, entre l’os & les nerfs au-dessous du genouil; on fend ensuite la peau jusqu’au joint du bas de la jambe au-dessus des gardes; on coupe dans la jointure tous les petits filamens de nerfs qui y sont; après cela on renverse la trace en arriere pour la déboîter. Il faut toujours avoir soin d’y laisser la peau qui couvre le dessus de la jambe & qui va jusqu’au genouil, c’est là qu’il faut la couper. Lorsque la trace est levée, on fend la peau dans le milieu pour y passer les nerfs & la moitié de la peau de dessous qui doit toujours être renversée par-dessus les gardes; on fend ensuite les nerfs & l’autre moitié de la peau qui y tient, & on les passe deux ou trois fois l’un dans l’autre: lorsque cela est fait, la trace est en état d’être présentée.

Maniere de dépouiller le sanglier.

On commence par lever la hure, en faisant une incision par le col au défaut des épaules, & là on coupe le joint entre le col & les épaules. La hure levée, il faut mettre le sanglier sur le dos; on fait des incisions autour des jambes au-dessous du genouil dont on fend la peau au-dedans des jambes de devant jusqu’à la gorge; on fait ensuite une incision depuis la gorge jusqu’à l’entre-deux des cuisses, & une autre à chacune des jambes de derriere au-dessous des genouils, on en fend la peau dans toute la longueur du jarret droit, en montant le long de la culotte jusqu’à la queue; cela fait, on commence à habiller la bête par les cuisses & puis par le ventre, jusqu’à ce que les épaules & le corps soient tout dépouillés; on fend ensuite le ventre, on ôte la panse & les dedans, comme la fressure, le cœur & la panne, de laquelle on peut faire de bon boudin en la mêlant avec le sang; on fait ensuite des andouilles avec les boyaux, mais elles sont plus noires que celles de cochon. Si c’est dans le tems de la porchaison, on peut faire de bons jambons des épaules & des cuisses; on peut aussi tirer du corps des morceaux délicats; les côtes, entr’autres, sont estimées, & on en peut faire des présens.

Maniere de faire cuire la hure du sanglier.

Quoique ceci ne regarde point la chasse, on ne sera peut-être pas fâché d’apprendre comment on fait cuire la hure du sanglier, parce qu’on peut manquer quelquefois de domestiques assez entendus pour cela: il n’y a cependant pas grande façon. Il faut d’abord brûler le poil ou l’échauder; on lave ensuite la hure & on la met dans une chaudiere assez grande pour qu’elle puisse tremper toute entiere dans l’eau, où l’on met autant de sel qu’il est nécessaire, avec du romarin, de la sauge, des cloux de gérofle, des écorces d’orange, quelques feuilles de laurier & autres herbes fines; on fait cuire la hure avec tous ces ingrédiens, & lorsqu’elle est à moitié cuite, on y met du vin blanc ou clairet, & on acheve de la faire cuire; ensuite on la tire de la chaudiere, & lorsqu’elle est froide, on la garnit de fleurs: après quoi, la hure est en état d’être mangée.

Maniere de prendre les sangliers dans les toiles.

Pour prendre les sangliers dans les toiles, on observe presque les mêmes choses que pour le cerf. Il faut d’abord aller au bois avec un bon limier bien dressé à détourner les sangliers; & après qu’on en aura rencontré & que le rapport aura été fait, on fera porter les toiles & les fourches à l’endroit désigné, & on les tendra de la même façon qu’on le pratique à la chasse du cerf. Il faut avoir soin de les tendre toujours sous un bon vent. Lorsqu’elles sont tout-à-fait tendues & bien arrêtées, un veneur prendra les voies au rembuchement avec son limier, & suivra son limier jusqu’à ce qu’il ait lancé des sangliers; aussi-tôt qu’il en aura connoissance, il se retirera & tâchera de ne point les effaroucher avec son limier; quand il sera bien assuré que les sangliers tont dans les toiles, & qu’il saura le nombre qu’il y en a, le capitaine du vautrait avertira le maître de l’équipage; si l’on n’étoit pas en disposition de chasser tout-de-suite, il faudroit poster des personnes pour faire la garde autour de l’enceinte, afin d’empêcher les sangliers de forcer les toiles: ce qu’ils pourroient aisément faire, en les détachant avec leurs défenses; au lieu qu’ayant quelqu’un qui ne fait seulement que tourner de tems en tems autour de l’enceinte, cela fait que les sangliers retournent dans le fort & n’en sortent point.

Lorsque le jour sera pris pour la chasse, & que tout le monde sera arrivé, celui qui conduit les chiens, les découplera: cinq ou six chiens courans suffisent d’abord; quand aux levriers & aux grands mâtins, on les tiendra prêts au-devant de l’enceinte. Il faudra poster quelques hommes qui coucheront sous les toiles, & qui ne se montreront que lorsqu’ils verront venir les sangliers qui seront chassés, en cas cependant qu’ils passent dans l’endroit où ils doivent être courus. Alors ces hommes s’étant relevés tous ensemble, leveront promptement les toiles que l’on aura laissé exprès abattues; il faut que ceux qui entreront dans le fort pour tuer les sangliers, soient armés de gros bâtons, longs de cinq ou six piés, & pointus par un bout: sept ou huit personnes suffisent pour cela, mais il en faut toujours quelques-unes à cheval.

Il est à propos que les cavaliers soient bien montés, qu’ils ayent des bottes fortes à l’épreuve des défenses du sanglier, & qu’ils soient munis de bons couteaux de chasse. Pour faire passer les sangliers dans l’endroit où ils doivent être courus, on décou- plera les chiens sur les voies. Si ce ne sont que des bêtes de compagnie, on amenera toute la meute pour chasser; mais si ce sont de grands sangliers, il ne faut que cinq ou six chiens avec quelques cornaux: ces animaux qui sont extrémement vifs, presseront davantage les sangliers, & les feront aller d’un bout de l’enceinte à l’autre. Il faut alors que ceux qui sont dans l’enceinte, fassent grand bruit avec leurs trompes, pendant que d’autres appuieront les chiens; car s’il n’y avoit personne après eux, les sangliers leur tiendroient tête à chaque instant, viendroient à la charge sur eux & en feroient un grand carnage, mais les cris des chasseurs les épouvantent & les contraignent de fuir, & trouvant au bord de l’enceinte la toile abattue, ils sortent par cette espece de bréche; mais ils trouvent là de grands levriers d’attache ou de grands dogues d’Angleterre extrémement animés qui se jettent sur eux avec fureur dès qu’on leur en donne la liberté. On ne les lâche sur les sangliers que lorsque la toile est levée, ce qu’il faut faire avec une extrême diligence. Lorsque le sanglier est aux prises avec les levriers, il faut qu’un des veneurs s’avance sur lui, le couteau de chasse à la main, & qu’il mesure son coup assez juste pour tâcher de le percer au défaut des épaules; mais comme ces animaux vont sur le coup qui leur est porté, d’autres veneurs se tiendront prêts pour les recevoir avec le bâton dont ils sont armés; ils leur en donneront, s’il est possible, de grands coups sur le boutoir, parce que c’est l’endroit qui leur est le plus sensible: les petites bêtes succombent ordinairement sous ces coups; mais pour les grands sangliers, il faut y revenir plus d’une fois, & toujours leur présenter la pointe du bâton pour les repousser. Lorsqu’on a pris le nombre de sangliers que l’on souhaitoit, on sonne la retraite: alors tout le monde se retire, on ramene les chiens, & tout de suite on détend les toiles pour les rapporter au quartier du vautrait ou de la meute pour le sanglier.

Lorsqu’on veut peupler de sangliers un grand parc, on observe tout ce qui a été dit ci-dessus, si ce n’est qu’on ne lâche pas les gros levriers, parce que, comme ce sont ordinairement des bêtes de compagnie que l’on choisit pour mettre en parc, les levriers les tueroient immanquablement. Il suffit d’avoir des chiens qui les aboient; on va sur eux, on les saisit aux jambes, on les met ensuite dans des cabannes sur des charrettes, & on les mene ainsi dans le parc. Il faut avoir soin de leur donner bien à manger: il faut aussi qu’il y ait une mare dans le parc, car ces animaux ne sauroient se passer d’eau, en quelque saison que ce soit, & moins encore en été & dans la saison du gland, où ils sont fort échauffés: ce qui les oblige de donner aux mares, & de s’y vautrer pour se rafraîchir.

PLANCHE V.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Chasse du loup.

La vignette, de la composition de Rhidinger, représente différentes manieres ou piéges pour prendre les loups.

Fig. 1. Enceinte ou parc dont les entrées A sont escarpées, ensorte que les loups peuvent bien y entrer en sautant à bas, mais n’en peuvent point sortir; on met pour appât dans le parc quelques charognes que les loups viennent dévorer, & on peut les fusiller à son aise.

2. Représente une autre maniere de prendre les loups dans une fosse avec l’appât d’une brebis vivante, pour cela on creuse une fosse d’une grandeur convenable, au milieu de laquelle on dresse un poteau sur lequel on met une roue de carrosse ou autre sur laquelle on attache une brebis vivante, dont le bêlement attire les loups; on recouvre la fosse avec de menus branchages ou feuillages, & lorsque les loups veulent sauter jusqu’à la brebis ils retombent dans la fosse, où on les tue, ou bien on peut les prendre vivans: cette maniere est pratiquée en Allemagne.

Mais il y a une autre maniere de chasser le loup à force ouverte, & dont l’appareil égale celui de la chasse du cerf & du sanglier; cette chasse que nous n’avons pas jugé à propos de représenter, a cet avantage sur toutes les autres, qu’étant par elle-même assez divertissante, elle est toujours très-utile & souvent même nécessaire; rien de plus pernicieux que ces animaux, souvent ils ont désolé les campagnes, soit en se jettant sur les troupeaux; soit même en s’attaquant aux enfans qu’ils emportent pour les dévorer; ceux qui ont passé quelque tems hors des grandes villes, savent combien est redoutable le voisinage de loups, surtout lorsqu’ils ont des petits à nourrir. Lorsque ces animaux qui sont extrêmement carnaciers, & presque toujours affamés, ne trouvent plus rien dans les bois à manger; ils se répandent dans les campagnes, entrent même dans les villages, & se saisissent avec une adresse incroyable de ce tout ce qui est propre à assouvir leur faim, ils guettent habilement leur proie, ils sont comme à l’affut pour attendre l’occasion favorable & ils ne la manquent gueres lorsqu’elle se présente; ils font d’ailleurs, sur-tout pendant l’hiver, un dégât étonnant dans les forêts en dévorant autant de bêtes fauves qu’ils peuvent en surprendre. L’intérêt public & particulier doit donc porter les amateurs de la chasse à faire la guerre à ces sortes d’animaux.

Termes propres à la chasse du loup.

On distingue les loups par rapport à l’âge, en jeunes loups, en vieux loups & en grands vieux loups; on en connoît ordinairement par les piés, que l’on appelle les voies du loup; on dit, les loups se suivent à la piste..

Quand le loup va son pas doucement sans être pressé, on dit, le loup va d’assurance.

Lorsqu’il vient de chercher à manger, on doit dire, il vient de chercher pâture, il vient de se repaître de carnage, il a donné à ce carnage, il s’est repu à cet abbati.

Laissée du loup, c’est sa fiente.

Lorsqu’ils sont en amour, on dit, les loups sont en chaleur. Quelques veneurs ont voulu leur attribuer le terme de rut; mais il ne doit se dire que du cerf, du chevreuil & du sanglier.

Lorsque le loup a couvert la louve, on dit, le loup a couplé, le loup a joint la louve, le loup a couvert, le loup a ligné la louve.

Quand ils ont des louveteaux, on doit dire, c’est une portée de jeunes loups. Elle est ordinairement de cinq, six & sept, la moindre est de trois.

On dit la tête, les dents, la peau du loup.

Les tettes d’une louve se nomment ses alletes.

Les égratignures qu’ils font à la terre avec leurs piés s’appellent déchaussures; on dit, le loup a déchaussé en tel endroit.

Sa couche se nomme liteau.

On dit les piés du loup; quelques-uns les ont voulu appeller traces; on dit aussi grands piés de loup, grandes voyes de loup, grandes allures.

Lorsque l’on voit le loup que l’on chasse, on crie, velelau, velelau, harlou chiens harlou, veleci aller, veleci aller.

On dit hurlement de loup, hurler les loups, c’est pour les faire venir à soi, afin de les tirer le soir.

Placer les levriers aux accourres, c’est les poster dans un endroit, ou entre deux buissons, de l’un desquels le loup doit sortir pour entrer dans l’autre.

Maniere de distinguer par le pié un loup d’avec une louve.

Le loup a le pié plus grand & plus gros que la louve. Lorsque le loup est jeune, son pié (fig. 1. du bas de la Planche V) s’élargit en marchant; & quand il devient vieux, il a le pié serré devant & derriere, les ongles gros, longs & serrés, le talon gros & large, & le pié de devant toujours plus gros que celui de derriere: lorsque le loup va d’assurance, c’est-à-dire, lorsqu’il va son pas ordinaire, il met ordinairement le pié de derriere dans la voie ou piste du pié de devant. Il est aisé d’en juger par des tems humides, ou en hiver sur la neige; mais quand il va le trot, le pié de derriere est toujours à trois doigts de celui de devant. Pour la louve, elle a le pié plus long & plus étroit que celui du loup, le talon plus petit & serré, & les ongles plus menus; c’est en observant ces différences, que le veneur pourra connoître s’il est sur la voie d’un loup ou d’une louve.

Fig. 1. Piés de jeune loup.

A, pié de devant.

B, pié de derriere.

2. Piés de jeune louve.

A, pié de devant.

B, pié de derriere.

3. Piés de vieux loup.

A, pié de devant.

B, pié de derriere.

4. Piés de vieille louve.

A, pié de devant.

B, pié de derriere.

5. Pié de renard.

6. Pié de blaireau.

7. Pié de lievre.

8. Pié de lapin.

9. Pié de chat.

Les airs notés qui occupent le reste de la Planche, ainsi que le bas des Planches précédentes, servent dans les occasions qui sont marquées au-dessus.

Equipage de chasse pour le loup.

Il n’est pas nécessaire de faire de grands frais pour cet équipage; car vingt-cinq ou trente chiens suffisent. Il faut qu’ils soient de bonne taille, de poil gris & marqués de rouge aux yeux & aux joues; c’est à ces marques que l’on connoît le plus ou le moins d’ardeur qu’ils peuvent avoir; on doit avoir aussi six ou huit laisses de grands levriers bien choisis & quelques bons doguins. Ils s’animent les uns les autres & donnent sur le loup avec plus de vigueur. Il faut surtout un bon piqueur, deux valets de limiers, deux valets de chiens, & un bon valet pour la conduite des levriers.

On ne peut avoir de trop bons limiers pour chasser le loup, il faut qu’ils soient hardis, vifs, pleins d’ardeur. Lorsqu’ils ont toutes ces qualités, on en retire un double avantage; car outre celui qui résulte de la chasse même, ils servent encore à former d’autres chiens. Un bon veneur sera prudent, par rapport au service qu’il exige de ses chiens, & il doit extrêmement les ménager; car la chasse du loup est plus fatigante pour les limiers que toute autre chasse; le loup est naturellement fin, rusé, méfiant; dès qu’il sent qu’on lui en veut, il est toujours sur pié; & lorsqu’une fois il se voit poursuivi, il change de demeure & fait des traites extrêmement fatigantes pour ceux qui le poursuivent; il est donc à propos, pour ménager les limiers, de les faire ser-vir alternativement: un jour de repos leur donne une ardeur nouvelle & met les veneurs en état de chasser avec plus de satisfaction.

De la quête du loup.

On fait la quête du loup différemment, selon la différence des saisons: si c’est en hiver, il faut aller au bois quelque tems avant le lever du soleil, parce que c’est à-peu-près dans ces tems là que les loups y rentrent: en été l’on n’a pas besoin d’y aller de si bonne heure, parce que ces animaux s’arrêtent souvent dans les blés, & ne reviennent au bois que vers le haut du jour; c’est pourquoi sans trop se presser il suffit de faire deux fois les devans du bord des buissons du côté des blés, & si l’on n’en rencontre point, il sera bon en s’en retournant de prendre les devans du côté du bois qui est vis-à-vis des blés.

Il y a bien de la différence entre la quête du loup & celle du cerf. Celui-ci demeure long-tems dans les buissons, quelquefois même il n’en sort point pour faire sa nuit dans les gagnages; mais le loup fait tout le contraire, la faim (comme on dit) le chasse hors du bois, & comme il ne vit que de carnage il s’approche souvent des fermes, des villages & même des villes, & il se jette sur ce qu’il rencontre. Si par hasard il s’arrête long-tems dans un buisson sans en sortir même pendant la nuit, ce n’est que lorsqu’il a attrapé quelque bête fauve qu’il s’occupe à dévorer.

Lors donc que le veneur sera arrivé au bord de sa quête avec son limier, il tiendra le trait déployé tout prêt, & fera aller son chien devant lui plus d’une demi-longueur de trait, toujours en le caressant & en disant, va outre ribaut hau mon valet; hau lo lo lo lo, veleci, veleci aller mon petit. Il est bon de répéter souvent ces termes, parce que rien n’anime plus le chien & ne l’encourage mieux à suivre. Il faut bien prendre garde que le limier ne suralle quelque loup qui seroit rentré dans le buisson par quelque coulée, ou par de grands chemins sur l’herbe, & lorsqu’on remarque que le chien fait mine de se rabattre, & qu’il met le nez ou à des branches, ou à des touffes d’herbe, on aura soin de le r’animer; parce que les chiens naturellement n’ont pas beaucoup d’ardeur pour le loup, & ils en rabattent toujours assez froidement: d’ailleurs le sentiment du loup ne dure qu’environ deux ou trois heures, & pour venir à bout de le détourner, il ne faut pas qu’il aille plus de deux heures: autrement les limiers ont de la peine à emporter les voies, surtout si c’est dans un chemin frayé; car lorsqu’il fait route sur l’herbe, ou à-travers des bruyeres, il laisse plus de sentiment après lui, parce qu’il touche alors du corps & des jambes à ce qu’il rencontre, ce qui aide les limiers à la poursuite.

Lorsque le veneur s’apperçoit que son chien se rabat d’un loup, il doit lui parler en ces termes: qu’est-ce là mon valet, hau l’ami après, veleci il dit vrai, & il les répétera souvent pour animer le limier qu’il suivra toujours, soit au long du chemin, soit dans le faux-fuyant; on ne sauroit faire trop de diligence dans cette occasion; parce qu’il est toujours à craindre que les voies ne vieillissent & que le limier ne les abandonne au premier carrefour où le loup auroit donné. Il est à observer que lorsque le loup passe un carrefour, il s’y arrête toujours quelque tems, soit pour y fianter, soit pour y pisser contre quelques genets ou quelques souches d’herbe: aussi-tôt après il se déchausse, c’est-à-dire, il gratte la terre & en enleve la superficie de la largeur de quatre piés en grattant avec ses ongles en arriere sur l’herbe; ensuite il reprend le chemin & perce quelquefois bien loin; quelquefois aussi il cherche à ruser; & au lieu de suivre le chemin, il en reprend un autre & tourne du côté du fort pour y rentrer. Il saisit pour cela le premier faux-fuyant qu’il rencontre, ou quelque coulée favorable, ce qui arrive principalement lorsque la terre est mouillée, c’est alors que le veneur doit avoir soin de dresser le chien sur les voies, environ d’une demi-longueur de trait, & de bien caresser son limier pour l’animer toujours de plus en plus; s’il est encore matin, il pourra briser les voies à petit bruit & se retirer secretement pour prendre de grands devans. Il faut observer que pendant ce tems-là le chien ne suralle point le loup, soit par quelque faux fuyant, soit par des clairieres par où il auroit percé jusqu’au fort; car les loups ont différentes allures, selon qu’ils sont plus ou moins affamés. Lorsque la faim les tient, ils sont sur pié presque sans cesse & vont toujours en avant jusqu’à ce qu’ils ayent trouvé à manger; mais quand ils sont rassasiés, ils se retirent souvent dans le premier fort qu’ils rencontrent, pourvû qu’ils y trouvent de quoi faire leur demeure, comme des houx, des fougeres ou d’autres grandes herbes.

Si le veneur est au bois un jour de chasse, il se contentera de s’assurer que le loup est entré dans le fort, il cherchera à découvrir la petite avenue, ou la clairiere par laquelle il peut être entré, il caressera bien son limier, le brisera ensuite à l’entrée du fort, & prendra les devans; après qu’il se sera bien assuré d’avoir détourné le loup, il se retirera à l’assemblée pour y faire son rapport; mais si le veneur n’avoit d’autre dessein que d’exercer son chien, ou s’il y avoit long-tems qu’il n’eût lancé le loup, il pourroit aussi-tôt qu’il l’a détourné revenir aux brisées prendre les voies, puis pousser & lancer le loup & suivre les voies jusqu’au liteau en caressant son limier, & en lui parlant toujours dans les termes rapportés ci-dessus. Si le limier est jeune, on s’appercevra que son ardeur se rallentira aux approches du liteau, parce que le sentiment du loup inspire naturellement de la crainte aux chiens, & il y en a très-peu qui osent d’eux-mêmes se mettre à le suivre; mais c’est alors qu’il faut lui parler beaucoup pour l’animer, l’enhardir & le faire suivre, & lui faire bien des caresses sur les voies. Pour ce qui est du liteau, il faut savoir que les loups en changent suivant les différentes saisons; par exemple en été ils se mettent dans une place découverte sur de grandes herbes où le soleil donne un peu; mais si c’est en hiver dans un tems un peu rude, ils se retirent dans les plus grands forts & dans des bois épais sur des bruyeres ou sur des fougeres. Il est rare qu’ils se mettent sous des futaies, à moins qu’il ne s’y trouve de gros buissons ou des fougeres très-épaisses.

A quoi on peut reconnoître que le limier rabat du loup.

Il est très-difficile de revoir la piste du loup, à cause de sa grande légéreté; à peine laisse-t-il après lui de traces de ses allures, excepté en hiver dans le tems de la gelée blanche, & en été lorsqu’il y a beaucoup de poussiere. Dans tous les autres lieux on va pour ainsi dire au hasard, & à moins que d’être depuis long-tems exercé à la chasse, on fait souvent bien des pas inutiles: il est cependant des indices par le moyen desquels on peut découvrir où tendent les mouvemens du limier, & par conséquent discerner si c’est un loup ou un autre animal dont le chien veut se rabattre; ainsi en observant bien la façon de faire de son limier, on remarquera que si c’est d’un loup qu’il se rabat, il ne manquera pas d’aller sentir les branches ou les herbes que le loup aura touchées, & tout de suite il se mettra en devoir de suivre. Si le loup va de bon tems, & que le chien en veuille un peu, on le verra suivre assez gaiement, pourvû que l’on ait soin de l’animer de tems en tems sur les voies; mais si le loup est rentré de grand matin, & qu’on n’en rencontre pas de bonne heure, le limier ne pourra pas en emporter les voies, surtout si le loup perce & va demeurer un peu loin; car il faut qu’un chien ait un nez excellent pour pouvoir détourner un loup qui iroit plus long-tems que deux heures & demie ou trois heures, & il faudroit, pour qu’il pût ne pas l’abandonner, qu’il n’y eût dans les buissons ni bêtes fauves ni chevreuils, ou que le limier eût été dressé à ne vouloir uniquement que du loup. Lorsque le veneur verra par la façon du chien que c’est du loup dont il s’agit, c’est à lui à tâcher de revoir si le loup est seul ou accompagné. Ordinairement ils vont deux ensemble; ce n’est que par un tems de beau revoir qu’on peut en distinguer le nombre & la qualité, & cela en examinant avec attention les voies, conformément à ce qu’on en a dit ci-dessus, en parlant de la différence des piés du loup & de la louve.

Maniere de faire le rapport du loup que l’on a détourné.

On voit qu’il n’est pas si aisé de connoître du loup que de toutes autres bêtes: il faut qu’un veneur ait par-devers lui beaucoup d’expérience, & qu’il soit bien connoisseur pour observer juste & se mettre en état de faire un rapport exact.

Voici comment se fait ordinairement le rapport.

Je crois avoir détourné un ou deux loups, ou bien un loup & une louve, ou plusieurs ensemble, selon les indices que l’on en a: ils viennent du côté de tel buisson, ou bien ils reviennent de la pâture du côté de tel village, ils ont fait tel abbatis de bêtes fauves que j’ai trouvées en les suivant, & de-là ils vont demeurer dans tel buisson. J’ai fait grande suite après, & comme je crois que leur droit chemin est d’aller du buisson où j’ai lieu de penser qu’ils demeurent, en tel autre buisson, il y a un beau détroit pour y faire l’accourre, & des lieux avantageux pour y placer les lévriers.

Maniere de placer les lévriers.

Les lévriers pour le loup sont partagés en trois laisses différentes, les uns s’appellent lévriers d’estric; les seconds, lévriers compagnons, que l’on appelle aussi lévriers de flanc; & enfin les lévriers de tête: il doit y avoir ordinairement deux laisses de chaque espece, & chaque laisse est de deux ou trois lévriers. On place d’abord les deux laisses d’estric au bord du buisson où les loups ont été détournés à-peu-près dans l’endroit où l’on imagine qu’ils pourront donner en sortant. Ces deux laisses doivent être séparées l’une de l’autre d’environ deux ou trois cens pas, plus ou moins, selon la situation du lieu. Chaque laisse doit être appuyée d’un cavalier qui aura soin de se cacher avec les lévriers dans le bord du bois à bon vent pour pousser les loups, quand les lévriers d’estric seront lâchés, & pour faire enfoncer dans l’accourre. A cinq ou six cens pas de ceux-ci, environ à moitié chemin entre les deux buissons doivent être postés les lévriers compagnons; on place les deux laisses de ceux-ci vis-à-vis l’une de l’autre, de façon que le passage du loup soit entre deux. On doit avoir l’attention de tenir ceux-ci encore plus cachés que les autres, de peur que les loups ne les apperçoivent, & les valets de chiens attendront pour les lâcher que le loup soit prêt à passer. Enfin les lévriers de tête doivent être placés près du buisson où l’on croit que le loup doit se rendre: & lors- qu’on le verra s’approcher, poursuivi par les autres chiens, il faut s’avancer avec les lévriers de tête, la laisse détachée pour les lâcher à l’arrivée du loup. Ces derniers qui sont plus grands & plus furieux que les autres, réduisent bientôt le loup aux dernieres extrémités; les valets de chiens doivent alors appuyer les limiers, & s’approcher au plutôt du loup. Dès que les chiens le tiendront, ils auront soin de se munir de gros bâtons courts pour fourrer dans la gueule du loup aussi-tôt qu’ils seront à portée de le faire, parce que cet animal ne lâchant point prise dès qu’il tient quelque chose dans sa gueule, le bâton qu’on lui présente garantit les chiens des blessures qu’il pourroit leur faire. Les veneurs se serviront ensuite de leur couteau de chasse, & ils observeront en s’approchant du loup pour le percer, d’avoir toujours une main sur la pointe de leur couteau, de crainte de blesser les chiens. J’en ai vu souvent d’estropiés faute de prendre cette précaution. Quand on trouve le moment favorable de percer le loup, on lui fournit le coup à-travers le corps, près de l’épaule.

Maniere de chasser le loup avec les chiens courans.

Pour bien faire cette chasse, il faut avant toutes choses placer les lévriers comme on l’a dit au paragraphe précédent. On postera ensuite au bord du buisson du côté que l’on ne veut pas que les loups sortent, une douzaine d’hommes ou environ, à chacun desquels on donnera une cresselle pour s’en servir dans l’occasion. On aura soin de les ranger à soixante pas l’un de l’autre, plus ou moins, selon la largeur du buisson. Lorsque tout sera prêt, le commandant donnera l’ordre, & à l’instant on menera les chiens aux brisées pour les y découpler. Le piqueur appuyera les chiens sur les brisées dans les forts, afin de les faire quêter, & il les conduira toujours sur les voies du côté que l’on croira que les loups vont demeurer, en les animant continuellement par les cris de hala ila la tayau, velleci aller; il sonnera de tems en tems pour les faire quêter, peut-être le bruit des chiens fera-t-il sortir le loup du liteau long-tems avant qu’ils arrivent, mais quelquefois aussi il attend que les chiens soient près de lui, pour prendre la fuite. Alors si le veneur l’apperçoit, il doit crier aux chiens en ces termes: Velelau velelau, harlou, harlou, velleci aller. Il sonnera ensuite pour faire prendre les voies, & après il leur criera, harlou, chiens harlou, veleci aller. Et lorsque les chiens auront pris les voies, ils ne manqueront pas d’aboyer le loup & de le chasser avec chaleur; alors le piqueur sonnera pour chiens, afin de les animer de plus en plus.

Le loup ainsi poursuivi fera peut-être quelques tours dans le buisson avant que de sortir, afin de prendre le vent pour fuir; mais alors ceux qui seront placés aux défenses se serviront de leurs cresselles dont le bruit empêchera le loup de sortir de ce côté là, & on ne lui laissera pour toute sortie que l’accourre à bon vent. Pendant que le loup est ainsi en suspens sur la voie qu’il doit prendre, les chiens le presseront toujours vivement appuyé du piqueur qui criera sans relâche: Ha il fuit la chiens, il fuit la ha ha. Ensuite il sonnera deux mots, & recommencera à crier: Hou, velleci aller, velleci aller. Enfin le loup se voyant pressé par les chiens, par les cris des chasseurs, & par le bruit de ceux qui sont aux défenses, prend le parti de fuir par l’endroit où il n’entend point de bruit qui est précisément l’endroit de l’accourre. Il s’arrête un instant au bord du bois, pour regarder s’il n’y a personne, & il part tout de suite pour passer la plaine. On le laisse avancer environ une centaine de pas, & à l’instant on lâche après lui les lévriers d’estric, & ensuite les autres dans le même ordre dont on a parlé ci-dessus: deux cavaliers piquent en même tems après lui, pour l’obliger à s’avancer dans l’accourre; car il est très-important que le loup y donne, sans cela il seroit manqué, parce que l’on n’entreprend guere de forcer le loup à la course. Il faudroit, pour y réussir, être bien sûr de ses relais, que les chiens fussent dresses uniquement pour le loup, ou qu’il n’y eût dans la forêt ni bêtes fauves, ni sangliers; encore cette espece de chasse seroit-elle longue & pénible, parce que les loups sont bien en haleine en quelque tems que l’on veuille les courre, & tiennent quelquefois les chiens pendant six ou sept heures de suite: c’est pourquoi l’on ne s’avise guere de vouloir les forcer à la course. Les lévriers placés aux accourres abregent beaucoup cette chasse, & la rendent aussi bien plus amusante pour ceux qui en sont spectateurs.

Aussi tôt qu’on a pris un loup, il faut l’abandonner aux chiens courans qui arrivent presque à l’instant, parce qu’autrement les lévriers se jetteroient sur les chiens: il est donc à propos de les retirer promptement, & de les remettre en laisse pour retourner en requêter un autre; car il est facile de prendre plusieurs loups dans un même jour. Lorsqu’on a ce dessein, il faut que chacun reprenne son poste exactement; pour ceux qui sont placés aux défenses, ils ne doivent point quitter leur place qu’ils n’en ayent ordre.

Losque le loup est à sa fin, on sonne sa mort par trois mots du gros ton de la trompe; on met pié à terre, on caresse les chiens pour les exciter à le fouler. C’est au premier piqueur à lever le pié droit de la bête qu’il va présenter au commandant de l’équipage.

Maniere de courre la louve & les jeunes loups.

On observe à-peu-près les mêmes choses à la chasse de la louve qu’à celle du loup; même façon de poursuivre, mêmes cris: mais pour ce qui est des jeunes loups, on les chasse plus hardiment; on va les attaquer jusques dans leurs forts avec les chiens. Aussi-tôt que les chiens les ont trouvés, la peur les saisit, ils s’écartent de côté & d’autre, sans cependant quitter le buisson. Alors les chiens les chassent selon qu’ils les rencontrent dans les forts. Le piqueur doit suivre & appuyer ses chiens par trois mots du premier grêle de sa trompe, & leur parler vivement dans ces termes: Harlou, harlou, hou velleci. Cela rechauffe les chiens & les enhardit, on verra même qu’ils reprennent de nouvelles forces, & qu’ils se jettent avec ardeur sur les jeunes loups Lorsqu’ils les ont mis à bout, le veneur les acheve avec le couteau de chasse, toujours avec la précaution dont on a parlé ci-dessus, de peur de blesser les chiens.

S’il y avoit dans la meute de jeunes chiens qui n’eussent point encore chassé, on pourroit les faire commencer par la chasse des jeunes loups en les joignant avec de vieux chiens bien dressés. Ils apprendroient promptement, & seroient bientôt en état de chasser. Il faut dans ces commencemens les animer & les encourager en les caressant souvent de la main; & lorsque les jeunes loups sont pris, il faut les en faire approcher & les faire fouler avec les autres.

La chasse finie, on sonne la retraite, on rassemble tous les chiens, & l’on emporte les loups qu’on a pris.

Curée du loup.

La curée du loup se fait bien différemment de celle des cerfs, chevreuils & autres bêtes qu’on abandonne aux chiens sur le champ. Le sentiment du loup est extrèmement fort, & les chiens n’en goûteroient point si l’on n’avoit soin de le leur déguiser. On a même remarqué que des chiens qui avoient assez d’ardeur pour suivre le loup à la chasse, n’osoient en approcher pour le fouler lorsqu’il étoit pris; ce n’est qu’avec beaucoup de précaution & des caresses souvent réitérées qu’on peut avec le tems vaincre l’aversion qu’ils ont pour la chair de cet animal. Voici de quelle façon on s’y prend pour la curée.

Il faut d’abord dépouiller le loup, le vuider & lui lever la tête que l’on doit couper par le nœud du coup: on y laisse la peau & les oreilles: on partage ensuite les quatre quartiers que l’on fait rôtir avec le corps dans un four bien chaud. Pendant que le tout se rôtit, on met dans un ou plusieurs baquets quantité de petits morceaux de pain, on jette par-dessus les quartiers du loup que l’on coupe par petits morceaux au sortir du sour; ensuite on verse par-dessus le tout une grande chaudiere d’eau bouillante, dans laquelle on aura mêlé pendant qu’elle chauffoit trois ou quatre livres de graisse, & l’on remue bien le tout ensemble. Lorsqu’on voit que tout est bien trempé, on renverse ce qui est dans les baquets sur un drap de grosse toile faite exprès, & on remue encore une fois, afin que ce mélange qui est encore un peu chaud, soit en état d’être mangé par les chiens.

Lorsque tout est prêt pour la curée, le premier piqueur prend les houssines de la main du premier valet de chiens, il en présente deux au commandant de l’équipage, qui en donne une au seigneur auquel il appartient; on en donne aussi par ordre à tous ceux qui sont présens à la curée, selon la qualité de chacun. Les houssines distribuées, on ouvre le chenil, & les piqueurs sonnent la curée, comme on l’a observé dans les autres chasses. On tient pendant ce tems-là la peau & la tête du loup devant les chiens, afin qu’ils s’accoutument à cet animal. Après qu’ils ont mangé la mouée, on leur présente à trente pas de-là le corps du loup rôti, auquel on a rejoint la tête. Le meilleur moyen de leur en faire manger est de le leur montrer au bout d’une fourche, & de les animer de la voix & de la trompe: ils ne manqueront pas de se jetter dessus à l’envi l’un de l’autre.

Cette curée est pour l’hiver; pour l’été, il y a quelque différence: on en fait rôtir de même les quatre quartiers que l’on coupe par morceaux; mais au lieu d’eau bouillie avec de la graisse, on prend deux ou trois seaux de lait, dans lequel on met quantité de morceaux de pain bien menus ou de la farine d’orge; on mêle le tout ensemble, & on leur présente cette mouée de la même façon que la premiere. Les chiens en mangent volontiers, & elle est très-rafraîchissante pour eux: on leur donne ensuite le corps à manger, comme on vient de le dire.

PLANCHE VI.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Chasse du renard, &c.

La vignette représente l’usage de plusieurs piéges pour prendre les renards, loups, &c. Elle est aussi tirée de Rhidinger.

Fig. 1re. représente une fosse couverte d’une trape circulaire ou quarré mobile, sur un axe horizontal. Cette trape doit être couverte de mousse, d’herbes, &c. ensorte qu’elle soit à-peu-près semblable au sol des environs: on doit aussi fermer les côtés de la fosse, vis-à-vis les extrémités de l’axe; ensorte que la trape étant placée dans une coulée, les renards ou loups ne la puissent traverser que dans le sens où elle est mobile. En cet état, il faut placer une poule vivante au milieu de la trape, & l’y attacher. Si alors il vient un renard ou un loup pour la dévorer, à peine aura-t-il passé le bord de la trape que sa pesanteur la fera enfoncer, & l’animal tombera dans la fosse où il demeurera enfermé, la trape reprenant tout de suite la situation horizontale. On voit dans la figure un renard qui tombe dans la fosse, & plusieurs autres qui le regardent.

2. Autre fosse découverte pour le même usage. Sur le bord de la fosse & dans l’alignement de la coulée où on la suppose placée, on établira une planche en équilibre, ensorte qu’une des extrémités réponde au centre de la fosse. C’est à cette extrémité que l’on placera la poule; & un renard ou un loup venant pour s’en saisir, & ne trouvant d’autre chemin que la planche, l’animal passera dessus, & tombera dans la fosse d’où il ne pourra sortir: là on pourra le fusiller à son aise.

3. Autre piege, nommé traquenard, pour prendre les loups ou les renards. On ajuste ce piége avec un morceau de charogne, suivant la sorte d’animal que l’on espere y prendre. Voyez les Pl. suiv.

4. Autre sorte de piége ou d’hameçon que l’on suspend à quelques branches d’arbre. On ajuste ce piége avec quelque morceau de charogne; & l’animal vorace venant pour s’en saisir, engueule la barre inférieure du piége, laquelle étant tirée en en-bas, laisse détendre la piece supérieure qui est poussée par un ressort. Cette piece terminée par deux crochets aigus, tombe sur le nez de l’animal qui ne peut s’en débarrasser, & y demeure ainsi suspendu. On voit dans la figure un renard pris, & le second qui saute après l’appât.

On chasse aussi le renard avec des chiens. Cette chasse, outre qu’elle se fait à peu de frais, & qu’elle est assez divertissante, est extrémement nécessaire; car cet animal fait un degât étonnant de gibier dans les endroits où il se retire. Il prend les lapins au gîte, il déterre les petits lapreaux dans les garennes & les dévore; il découvre les nids de perdrix, les surprend sur les œufs, mange les perdreaux, quand il en trouve, & se jette même sur les levreaux dans les plaines. Cet animal est fort vîte & court bien; il est très-adroit d’ailleurs, & quand il guette sa proie, il est bien rare qu’il la manque. Il est encore plus redoutable lorsqu’il a famille; car il va dans les fermes & dans les villages, & s’il trouve de la volaille, il ne manque pas de se jetter dessus, & l’apporte à ses petits dans son terrier. Lorsque ses renardeaux sont un peu forts, il les mene au long des haies pour leur apprendre à y attraper oiseaux ou gibier, & pour les former de bonne-heure à l’art d’attraper leur proie.

Il est donc important, pour se conserver le plaisir de la chasse du lievre & de la perdrix, de détruire ces animaux qui ne s’attachent qu’à nous les enlever. Il est inutile de vouloir les forcer avec des chiens courans: les braques suffisent. Dès que le renard est chassé par les chiens, il court au plus vîte à sa taniere pour s’y terrer; mais pour l’attraper, voici ce qu’il faut faire.

Il faut d’abord chercher les terriers, dans les bois & dans les buissons où ces animaux vont se retirer, & lorsqu’on en a découvert, il faut s’y transporter de grand matin, même avant le jour, c’est à-dire, avant que les renards soient rentrés dans les bois, & faire bien boucher les terriers. Cependant les chasseurs se dispersent; les uns montent sur des arbres pour les guetter au passage; d’autres s’embusquent auprès des terriers; & il faut que ceux qui choisissent ce poste, soient bons tireurs, parce que c’est l’endroit le plus sûr pour les rencontrer. Lorsque tout le monde est posté, un valet va découpler les chiens pour les faire quêter, afin de lancer ensuite les renards. Les chiens d’ordinaire aiment à les chasser, parce qu’ils ont assez de sentiment & qu’ils ne rusent pas comme les lievres. En effet, ils percent toujours, ils battent un buisson d’un bout à l’autre, & à plusieurs sois, retournant souvent à leurs tanieres pour s’y terrer; c’est là que les chasseurs, pour peu qu’ils tirent bien, ne les manquent guere. Lorsque le renard est tué, on le fait fouler aux chiens, pour les animer à le mieux chasser dans la suite.

On peut encore, si l’on veut, détruire les renards sans les chasser. C’est ordinairement vers la fin d’Avril & au commencement de Mai que ces animaux forment leur ménage: ils cherchent dans ce tems-là des terriers commodes; ils les préparent euxmêmes, & les nettoyent afin d’y être plus à leur aise. Lors donc qu’on aura remarqué ces terriers, on préparera de petites boules composées de noix vomiques nouvelles. Ensuite on prendra un poulet mort ou un pigeonneau, que l’on plumera, en le fletrissant le moins qu’il sera possible: on le fendra par-dessus le dos, sans y toucher de la main; & avec un petit bâton on introduira ces petites boules, en les enduisant un peu de graisse, dans le corps du poulet ou du pigeonneau, qu’on ira porter à l’entrée du terrier. Les renards ne maqueront pas de le prendre & de le manger: ils mourront sûrement, & par ce moyen on sera délivré de toute la portée.

Jusqu’ici nous avons extrait ces explications, du Traité de la venerie du sieur de Chappeville, gentil-homme de la venerie du roi.

Bas de la Planche.

Plan d’un chenil propre à contenir tout ce qui concerne un grand équipage de chasse.

Le chenil que nous proposons, consiste en une grande cour entourée de bâtimens sur deux faces, & fermée sur les deux autres par deux murs de clôture, au milieu desquels il y a une grille. Dans le milieu de cette cour est un bassin avec jet-d’eau qui est entouré de quatre pieces de gazon. Les deux corps de bâtimens sont terminés par quatre pavillons, dans lesquels sont les logemens des piqueurs, des valets de limiers, valets de chiens, &c. aussi-bien que le fournil où on fait le pain qui sert de nourriture aux chiens. L’étendue du rez-de-chaussée est divisée en plusieurs chambres dans lesquelles sont les différentes meutes destinées soit pour le cerf, chevreuil, sanglier, loup & le vautrait, composées les unes de grands levriers, levriers, dogues, &c.

A, porte d’entrée.

B, une des chambres du chenil.

C C C, tolas ou lits des chiens, sur lesquels on étend de la paille fraîche.

D, cage de fer au-dessus de laquelle est le logement du valet de chiens: c’est dans cette cage de fer ou retranchement que l’on fait entrer les chiens qui sont trop gras, pendant que les autres mangent une partie de la mouée.

F, cuvette ou fontaine où les chiens vont boire.

G G, escaliers pour monter à l’étage au-dessus qui sert de logement.

H H, passages fermés par une grille pour entrer dans le chenil.

Les autres salles sont distribuées de la même maniere.

PLANCHE VII.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

La vignette représente l’intérieur d’une des salles du chenil, laquelle est décorée de sculptures représentant, soit des têtes de cerf ou sanglier, &c. A, porte d’entrée. CC, tolas. D, cage de fer où on enferme les chiens gras. B, supente où couche le valet de chiens.

Ce sont les valets de chiens ou des gardes-chasses qui sont ordinairement chargés de l’éducation des chiens : or voici la maniere.

Maniere de bien élever, de dresser les chiens d’arrêt, de les mettre au commandement, de les faire chasser de près, de leur faire arrêter le gibier, de leur apprendre à rapporter par force, se tenir à cheval & aller à eau.

Au bout d’un mois ou de six semaines, on retire les petits chiens de dessous la mere, & on les fait élever à la campagne dans des basses-cours, parce qu’ils s’accoutument avec les bestiaux & les volailles.

Il y a deux especes d’animaux auxquels ils s’attachent ordinairement. Ils courent la volaille en jouant, & la tuent. Il est aisé de les en corriger, sur-tout dans les commencemens, en les faisant fouetter; mais le moyen le plus sûr est de fendre un bâton qui soit long d’environ un pié, de passer la queue du chien dans la fente du bâton, & de lier le bout qui est fendu avec une ficelle, de maniere que la queue du chien se trouve assez pressée, pour qu’il sente de la douleur. Il faut attacher à l’autre bout du bâton une poule par le gros de l’aîle près du corps avec une ficelle, & lâcher le chien en lui donnant quelques coups de fouet. Le chien court de toute sa force, à cause de la douleur qu’il sent à la queue, & comme la poule qu’il traîne bat de l’aile & crie, il croit que la douleur qu’il ressent est causée par la poule. A force de la traîner, il la tue; & las de courir, il va se cacher en quelque lieu de la basse-cour. Alors on va lui détacher le bâton, & on lui bat la gueule avec la poule morte. Ordinairement cela les corrige la premiere fois; mais ils ne souffrent point qu’on le réitere plus de trois fois. L’autre animal auquel les jeunes chiens s’attachent & qu’ils courent, c’est le mouton. Rien n’est encore plus facile, que de leur faire perdre cette habitude. Il faut prendre un bélier, qui est le mâle de la brebis, le plus fort que l’on peut trouver, & on le couple avec le chien. En les lâchant, on fouette le chien tant qu’on peut le suivre. Ses cris font peur au bélier qui fuit de toute sa force & entraîne le chien. A la fin cependant il perd sa peur; & ennuyé de traîner le chien, il le charge à coup de tête. En réitérant ce moyen, il n’y a point de chien qu’on ne corrige & qui ne fuie les moutons, quand il les rencontre.

Il y a trois sortes de chiens propres à dresser pour arrêter les perdrix, les cailles & les lievres. La premiere espece est le braque, qui est un chien ras de poil, bien coupé & fort léger. Il convient dans les plaines, parce qu’il résiste à chasser pendant la chaleur, & qu’il a dans ce tems le nez meilleur que tout autre chien. La seconde espece est l’épagneul, qui est un chien plus chargé de poil que le braque: il convient mieux dans les pays couverts. La troisieme espece est le griffon, qui vient de Piémont & d’Italie: il a le poil hérissé & droit, il est très-docile, arrête plume & poil, va à l’eau, & chasse de gueule toutes sortes de bêtes, comme le chien courant. La race en est rare en France, & il est très-difficile d’en trouver.

Il faut qu’un chien d’arrêt soit bien fait & léger, qu’il soit plus haut du devant que des hanches, qu’il ait l’épaule serrée, le poitrail étroit, le col court & un peu gros, peu d’oreille & haute, le nez gros & ouvert, le pié de lievre, c’est-à-dire long, étroit & maigre, ou bien fort court, rond, petit & maigre, la côte plate, le rein large, enfin que le fouet, quand il quête, rase les jarrets en croisant. Les chiens qui ont le devant haut & le col court, portent le nez haut, & ne fouillent point, c’est-à-dire qu’ils ne mettent point le nez à terre, & ils sont toujours fort vîtes. Ces chiens conviennent dans les provinces où le gibier est rare, parce qu’ils quêtent légerement & battent beaucoup de pays. Par cette raison, ils trouvent plus de gibier que les chiens pesans, qui ne conviennent proprement que dans les terres conservées, comme sont les plaisirs du roi.

Il est important de ne pas commencer à dresser un chien pour arrêter le gibier avant qu’on l’ait fait chasser; car, s’il porte le nez à terre & qu’il fouille, il est inutile de l’entreprendre, ce sera toujours un mauvais chien d’arrêt. Il faut qu’il chasse le nez haut, & qu’il en ait beaucoup.

On doit donc le mener pendant quelque tems, pour lui apprendre à connoître son gibier & à quêter. Il court d’abord après tous les oiseaux, les corneilles, pigeons, &c. Il faut le laisser faire sans lui rien dire, & bientôt il quitte cette habitude pour ne s’attacher qu’à la perdrix, qu’il s’ennuie pourtant à la fin de courre, aussi-bien que les autres oiseaux. Pour-lors il faut songer à le mettre au commandement: & voici comment. On lui met un collier, & on lui laisse traîner un cordeau de vingt ou vingt-cinq brasses de long; on ne l’appelle jamais pour le faire revenir, qu’on ne soit en état de prendre le cordeau. Quand on le tient, pour-lors on appelle le chien. S’il perce & continue toujours sa quête, & qu’il donne dans le collier, on lui donne une sacade en l’appellant, ce qui lui fait souvent faire une culbute, le chien revient aussi-tôt à vous, & il faut bien le caresser. Il est même à propos de porter dans un petit sac des os & d’autres friandises pour les lui donner; car c’est une maxime indubitable que toutes les fois qu’un chien vient vous retrouver, lorsque vous l’avez appelle, il ne faut jamais manquer à le caresser, sur-tout quand on le veut bien dresser.

Quand votre chien est accoutumé à revenir lorsqu’on l’appelle, il faut l’accoutumer encore à croiser & barrer devant vous; car rien n’est plus desagréable qu’un chien qui perce sans cesse en avant. Or voici comme il faut s’y prendre. Lorsqu’il perce, vous lui tournez le dos, & marchez d’un sens contraire. Quand le chien s’apperçoit qu’il ne peut vous voir, & que vous êtes trop éloigné, il vient vous chercher, pour lors vous le caressez, & vous lui donnez quelques friandises. En continuant toujours cette manœuvre, le chien devient inquiet, craint de vous perdre, & ne quête jamais long-tems sans tourner la tête pour vous observer, ce qui l’oblige à croiser devant vous. Vous en venez ordinairement à bout dans huit jours de chasse. Le chien réduit à ce point, il est tems au dresseur de l’entreprendre pour le perfectionner. Il faut alors le mettre à l’attache, ne le déchaîner que pour lui donner à manger, & ne pas lui donner un morceau de pain qu’il ne l’ait bien mérité, ce qui se fait de cette maniere. On le tient par la peau du col, on lui jette devant le nez un morceau de pain, en criant, tout-beau; & lorsqu’il a été un moment devant, on crie, pille; on lui laisse prendre le pain, & on le caresse. Il arrive souvent qu’il est impatient, & qu’il se jette sur le pain avant qu’on ait crié pille; pour-lors on le corrige du fouet, mais avec modération, de peur de le rebuter. On le replace & on lui rejette du pain, on le flatte, afin qu’il comprenne ce qu’il doit faire quand on le caresse, & ce qu’il doit éviter quand on le fouette. On est peu de jours à venir à bout de le faire garder. Quand on est à ce point-là, on tourne tout-autour avec un bâton, on ajuste le pain comme si l’on avoit un fusil, & on crie, pille. Il faut que le chien ne mange jamais qu’il n’ait gardé, soit à la maison, soit à la campagne. Bientôt il se fait une si grande habitude de rester quand il voit le pain, que de lui-même il s’arrête, sans qu’on crie tout-beau. On fait alors frire dans du saindoux de petits morceaux de pain avec des vuidanges de perdrix, qu’on porte dans un petit sac de toile. On va dans la plaine, dans les chaumes, dans les terres labourées & les pâturages, on met plusieurs petits morceaux de pain frit; & pour en reconnoître la place, on met à côté de petits piquets fendus par le bout, auxquels on attache un petit morceau ou de papier, ou de carte. Quand cela est fait, on détache le chien, & on le mene toujours quêtant dans le vent, c’est-à-dire du côté que le vent souffle. Lorsqu’on remarque qu’il approche du pain, qu’il en a l’odeur, & qu’il va se jetter dessus, on crie tout-beau; s’il ne s’arrête pas, on le châtie. En deux jours il s’arrête de lui-même; alors on porte un fusil chargé d’un demi-coup de poudre, on ne tourne d’abord que peu de tems, & l’on tire au lieu de dire pille. A mesure qu’on continue cet exercice, on tourne plus long-tems, afin d’accoutumer le chien à ne pas s’impatienter, & à rester à son arrêt jusqu’à ce qu’on l’ait servi. Lorsque le chien est accoutumé à souffrir le coup de fusil & à arrêter indifféremment dans l’herbe, dans la terre labourée & dans le chaume, alors on le mene à la perdrix. On en a vu qui ne manquoient pas le premier arrêt, & qui en faisoient même vingt ou trente le premier jour. Il est de la derniere conséquence de tirer à terre devant le chien, & de ne jamais tirer en volant qu’il ne soit parfaitement dressé.

Il n’y a point de chien qui ne pousse quelquefois, sur-tout quand il va avec le vent. Il faut, dans ce cas, se donner bien de garde de le châtier, à moins qu’il ne courre les perdrix. S’il court après, il faut remarquer le lieu d’où elles sont parties, & y aller; le chien ne manque jamais d’y revenir, pour-lors on le châtie avec le fouet; mais cela se doit faire sagement & par degrés, autrement on le rebuteroit, sur-tout le chien timide, qui ne manque pas, quand on le châtie avec trop de violence, de quitter son arrêt, & de venir derriere vous, sans vouloir chasser davantage. Il y en a de rebutés qui ne font que marquer leur arrêt un instant, & passent tout droit. Il est extrèmement difficile de les remettre; il faut donc, si vous leur donnez un coup de fouet sur le corps, en donner deux à terre à côté du chien, le bruit du fouet le corrige suffisamment. On augmente le châtiment à mesure qu’ils sont incorrigibles, & on les remet au pain frit. Quand ils ne mangent que ce pain, il faut leur donner d’autre nourriture; car il faudroit trop de ce pain pour les nourrir. La chose est différente quand on les commence; car on ne leur donne que du simple pain, & on leur en fait garder tant que l’on veut, & même d’assez gros morceaux pour les rassasier.

Il y a des chiens qui quittent le dresseur à la chasse, quand il les châtie; voici un moyen infaillible pour les en corriger. On fait mettre en terre un pieu dans le milieu de la basse-cour, & on y attache une chaîne avec un collier. Lorsque le chien a quitté la chasse & est de retour, un domestique l’attache & lui donne une volée de coups de fouet: un quart-d’heure après, il recommence & lui donne en une heure trois ou quatre corrections pareilles. Il faut que le dresseur ne paroisse point quand on fouette le chien, & qu’il reste encore quelque tems après la derniere correction, afin que la colere du chien soit passée: alors il le vient trouver, le caresse beaucoup, le détache, lui donne quelques friandises, & le remene à la chasse. Il n’y a point de chiens à qui on ne fasse perdre cette habitude par cette pratique redoublée.

Quoiqu’on puisse dresser les chiens en tout tems quand la plaine est découverte, cependant le plus convenable est quand les perdrix sont couplées; elles tiennent alors davantage, & il est plus aisé de les appercevoir, parce que la terre est plus découverte. On distingue aisément le coq de la poule, en ce que la poule a la tête rase contre terre, & que le coq l’a haute & relevée; ainsi on est sûr de tuer le coq plutôt que la poule: ce qui fait qu’on ne détruit point le gibier d’une terre. Un coq suffit à plusieurs poules, & dans les compagnies il y a toujours plus de coqs; ce qui fait qu’on cherche à les détruire, c’est que plusieurs coqs courent la même poule qui déserte le pays à force d’être tourmentée; & lors de la ponte, elle fait un œuf en un endroit, un œuf en un autre, ainsi de suite; elle n’a jamais de nid, & à la fin il ne lui reste qu’un coq. On les nomme des bréhanes. Si l’on tire en volant dans le commencement de la pariade, le coq part toujours le dernier; au contraire si c’est sur la fin de leurs amours, au mois de Mai, le coq part le premier. Quand on veut faire arrêter deux chiens ensemble & les faire chasser de même, on leur fait arrêter le pain frit séparément, & puis ensemble. On met pour cet effet deux morceaux, & quand il y a un chien arrêté, on appelle l’autre que l’on mene derriere. Si l’un des deux prend les deux morceaux de pain, on en a à la main un troisieme qu’on lui jette. Pour la perdrix, on mene le chien qui n’en a pas de connoissance derriere celui qui est arrêté. Ils s’accoutument si bien à ce manege, que lorsqu’on crie tout-beau, le chien qui n’est point en arrêt vient de lui-même se ranger à côté ou derriere celui qui y est, & même il y vient sans entendre crier tout-beau.

S’il arrive que le chien court le gibier après qu’il a entendu le coup de fusil, voici le moyen de l’en corriger. Il faut lui laisser traîner un long cordeau, & être deux; pendant que l’un tourne, l’autre prend le cordeau, & s’approche du chien de quelques pas. Quand il veut courir les perdrix, il donne dans le collier, & essuie des sacades qui le corrigent en peu de tems. Voilà peut-être le moyen le plus sûr & le moins pénible que l’on ait pû imaginer pour dresser les chiens d’arrêt, & où il faut moins les battre. Rien n’est au-dessus de cette maniere. Il y a d’autres moyens que des gardes-chasse mettent en usage, & où ils sont deux ou trois ans pour faire un chien; mais rarement ils en dressent de bons, encore n’est-ce qu’à force de coups, de jeûnes & de fatigues. Ils méritent bien plus le nom de bourreaux que de dresseurs par de semblables pratiques.

Quand le chien a été mis au commandement, qu’il barre bien dans sa quête & qu’il arrête parfaitement, il faut le faire rapporter par force. On a un collier (fig. 3. du bas de la Planche) où il y a trois rangs de clous qui passent au-travers d’un cuir; la pointe perce le cuir, & passe en-dedans de trois ou quatre lignes de long. On met un autre cuir par-dessus le premier, de même longueur & largeur, & on le coud sur l’autre, afin que la tête des clous qui est prise entre les deux cuirs, ne puisse pas reculer. Il faut que le collier soit juste de la grosseur du col du chien; on y attache deux anneaux de fer, un à chaque bout du collier pour y passer une corde qui se trouve doublée, parce que quand on vient à donner un sacade pour piquer le col du chien, le collier doit se fermer; & en lâchant la main, il doit s’ouvrir. De plus, il faut avoir un morceau de bois de huit à neuf pouces de long qui soit quarré, & de huit à neuf lignes d’épaisseur, fig. 4. On y fait des crans en maniere de scie. On le perce de deux trous en travers à chaque bout, pour y passer quatre petites chevilles en croix, un peu plus grosses qu’une plume à écrire, de sorte qu’en jettant le bâton à terre, les chevilles le soutiennent, & qu’il se trouve élevé d’un bon pouce de terre, cela sert à donner plus de facilité au chien pour l’engueuler lorsqu’on l’appelle à terre. On met le collier au col du chien, & l’on prend le bâton quarré dont on lui scie les dents de devant la gueule, ce qui l’oblige d’ouvrir. Alors on pousse dedans le bâton; mais il faut prendre garde de ne le point blesser. On met la main gauche sous la mâchoire du chien pour l’empêcher de rejetter le bâton, & de la main droite on le flatte sur la tête, en lui disant tout-beau. Quand on retire ses mains, le chien jette le bâton à terre; il faut, dans ce cas, secouer le collier pour le châtier, on recommence à lui scier les dents, & à faire comme auparavant. Le chien voyant qu’on le punit quand il ne garde pas le bâton, & qu’au contraire on le caresse quand il le garde, s’accoutume enfin à le garder tant qu’on veut, & ouvre aisément la gueule quand on lui présente le bâton; il s’agit alors de le lui faire prendre de lui-même, il faut le lui présenter en disant, pille, apporte; & en le caressant beaucoup, & en même tems on lui donne de petites sacades pour le faire avancer. Si l’on voit qu’il s’avance de lui-même & qu’il prenne le bâton, il faut lui faire toutes sortes de caresses, même lui donner des friandises. Il y en a peu qui en veuillent manger; mais ce qui leur fait plus de plaisir, c’est de leur ôter le collier. Quand un chien allonge la tête d’un pouce & prend le bâton, il est dressé; car une demi-heure après il le prend à terre, & on lui dit toujours, pille, apporte. Pour le faire venir à soi, on lui dit, apporte ici; haut, pour le faire monter sur soi, en l’aidant de sacades légeres.

Lorsqu’il apporte le bâton avec la derniere obéissance, on lui fait apporter tout ce que l’on veut, un gant, des ailes de perdrix cousues sur un rouleau de linge pour imiter la perdrix, une peau de lievre remplie de foin. Quand il rapporte tout sans rien refuser, on peut le mener à la chasse & lui faire rapporter la premiere perdrix que l’on a tuée; mais il faut porter le collier qu’on lui donne en cas qu’il refuse d’obéir. Quand il a rapporté deux ou trois fois, il ne fait plus de difficulté, & pour lors il est parfait.

On peut encore apprendre aux chiens à aller en trousse; cela est avantageux quand on fait une longue route, parce que votre chien ne se fatigue pas, & qu’il est toujours en train de chasser. Il faut être monté sur une rosse; un cheval vigoureux ne conviendroit pas. Vous attachez autour de vous une corde ou une chaîne que l’on met au collier du chien, qui est derriere vous du travers, la tête du côté de votre épaule droite; vous tenez de la main droite un fouet ou une gaule. Si-tôt que le cheval fait un pas, le chien veut se jetter à terre & demeure pendu à la chaîne. Pour-lors vous lui donnez le long du corps une volée de coups de fouet, & le reprenez pour le remettre en trousse; quand il a essuyé cinq ou six corrections, il ne se jette plus. De cette sorte il s’accoutume peu à-peu à se tenir à cheval. Quand il y est accoutumé, si vous le détachez & le laissez chasser dans une longue route; dès qu’il est las, il vient sauter sur votre botte pour vous demander à être remis en trousse, & il s’y tient enfin sans être attaché. Il faut que le collier soit large, pour faciliter au chien la respiration lors-qu’il est suspendu.

Si l’on veut dresser un chien pour aller à l’eau, il faut lui jetter un bâton à un ou deux piés loin du bord de l’eau, & choisir pour cela l’été, lorsque l’eau est chaude. Le chien va dedans jusqu’à demi-jambes, & peu-à-peu on jette le bâton de plus loin en plus loin. Lorsqu’on a une piece d’eau, on y met un canard, après lui avoir coupé la plume d’une des ailes, afin qu’il ne puisse partir & s’envoler; on anime le chien en jettant des mottes de terre au canard, & tirant des coups de fusil à poudre. Lors-que le chien s’est jetté à l’eau & nage après le canard, il ne faut pas le rebuter; mais tuer d’un coup de fusil le canard, afin que le chien le rapporte. Il n’a pas reçu plusieurs leçons de cette sorte, qu’il va parfaitement à l’eau. Il est inutile de dresser un chien pour la chasse à d’autres choses. Il y a mille singeries qu’on leur peut apprendre, mais qui ne conviennent qu’à un chien qu’un maître qui n’est point chasseur garde pour s’amuser. De tour ce qu’on vient de donner dans ce mémoire, il n’y a rien qui n’ait été éprouvé plusieurs fois, & qui n’ait toujours réussi. Il n’est pas possible d’imaginer rien de plus sûr.

Bas de la Planche.

Fig. 1. Couple, corde de crin qui sert à accoupler deux chiens ensemble, le nœud coulant de chaque côté est arrêté par un nœud simple.

2. d e, harde, corde de crin terminée en e par un nœud, & en d par une boucle qui reçoit les trois couples a d, b d, c d, dont les extrémités a, b, c, reçoivent le milieu de trois couples, par le moyen desquelles on peut avec facilité conduire six chiens, 1, 2, 3, 4, 5, 6, & même un plus grand nombre en augmentant les couples.

3. Collier de force, décrit ci-devant.

4. Billot que l’on sait rapporter au chien.

5. Botte ou collier du limier.

6. Profil des tolas, ou lits de chiens.

7. Face extérieure d’une des extrémités de l’auge, dans laquelle on donne la mouée aux chiens; cette auge a 10 ou 12 piés de longueur.

8. Coupe transversale de la même auge.

PLANCHE VIII.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fauconnerie.

La vignette représente la cour du jardin attenant le logement du fauconnier: on voit des deux côtés une gallerie couverte, sous lesquelles on met les oiseaux à la perche.

Fig. 1. Fauconnier qui porte la cage, au moyen de deux bretelles qui lui passent sur les épaules: c’est sur les bords de cette cage que l’on porte les oiseaux au rendez vous de la chasse.

2. Rangée de gazons sur lesquels on met les oiseaux dans le beau tems.

3. Perche élevée de quatre piés, sur laquelle on place les oiseaux: à cette perche pend une toile de deux piés de large.

Bas de la Planche.

Fig. 1. Représentation perspective & en grand d’une partie de la perche qui est, comme on l’a dit, élevée de quatre piés, & de la toile qui y est attachée: cette toile est fendue par de longues boutonnieres espacées de douze pouces ou environ, par lesquelles on fait passer les longes qui servent à attacher les oiseaux sur la perche: la perche qui a trois pouces de gros, est arrondie par-dessus, & éloignée de la muraille d’environ deux piés.

2. Chaperon ou bonnet de l’oiseau, surmonté d’une aigrette de plumage.

A, le chaperon vû par-devant, du côté de l’ouverture par laquelle on fait passer le bec de l’oiseau.

B, chaperon vû par derriere du côté où sont les cordons, par le moyen desquels on serre le chaperon sur le col de l’oiseau, après que sa tête y est entrée.

3. Chaperon de rustre sans aigrette, & tel que l’oiseau peut manger à-travers.

4. Gazon ou motte de terre, de dix-huit pouces de diametre & six pouces d’élévation, où on place l’oiseau: à côté est un piquet auquel on attache la longe qui le retient.

5. Gazon, sur lequel un oiseau enchaperonné est posé.

6. Cage pour porter les oiseaux à la chasse: elle a quatre piés de long, vingt pouces de large & un pié de haut.

7. Profil ou élévation de la cage, du côté de l’avant ou de l’arriere.

PLANCHE IX.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Cette Planche fait voir ce qui a rapport à l’armure des oiseaux.

La vignette représente l’intérieur d’une chambre où on arme les oiseaux.

Fig. 1. Fauconnier qui tient des chaperons enfilés par une laniere de cuir.

2. Fauconnier qui ajuste ou appareille des plumes pour remettre à l’oiseau: il travaille aussi aux armures de cuir qui leur sont nécessaires, lesquelles sont placées sur la table. a, paquet de geais ou mieux jets. b, longes. c, plates-longes. d, brides. e, grelots.

Le jet est un morceau de cuir de dix pouces de long sur un demi-pouce de large, pointu par les deux bouts, lequel a deux fentes dans la partie la plus large, avec laquelle la jambe de l’oiseau est embrassée: à l’extrémité la plus longue on attache les vervelles.

La longe est un bout de cuir de chien, de la longueur de trois piés & demi: à un bout est un bouton formé par le cuir même: l’autre bout se termine en pointe; au milieu est une fente de deux pouces. La longe sert à attacher l’oiseau sur la perche en y attachant la vervelle, ce qui se fait en passant un bout de la longe dans l’autre.

La plate-longe est un morceau de cuir, de six à sept pouces de longueur, terminé en pointe, & ayant une fente à chaque bout pour recevoir un touret: ce qui ne sert qu’aux oiseaux de poing.

La bride est une laniere de cuir, d’environ un pié de long, laquelle est fendue en deux dans la moitié de sa longueur: elles servent à attacher l’aîle de l’oiseau.

Les grelots, qui ont six lignes de diametre, s’attachent aux jambes de l’oiseau.

f, pelotte de ficelle d’environ sept brasses de long, au bout de laquelle est un touret de cuivre, & deux petits jets de cuir à nœuds coulans, pour mettre aux piés des pigeons qu’on apporte à la chasse.

Fig. 3. Fauconnier occupé à remettre des plumes cassées dans l’aîle de l’oiseau; ce que l’on appelle anter.

Fig. 4. Fauconnier tenant l’oiseau sur le poing pour lui remettre des plumes.

Sur la table, vis-à-vis d’eux, est un étui ouvert, contenant quatre pieces.

Bas de la Planche.

Fig. 1. Vervelles, petits anneaux de cuivre que l’on met aux piés des oiseaux à des lanieres de cuir, avec lesquelles on les tient sur le poing. Sur ces anneaux est gravé, d’un côté, Je suis au Koi, & de l’autre, le nom du commandant de la fauconnerie.

2. Tourets; ils sont de cuivre, & servent avec les longes & plates longes, à attacher l’oiseau sur la perche ou sur le gazon. 3. Grelot; il est de cuivre, & s’attache avec une plate-longe à la jambe de l’oiseau.

4. Leure dégarni, vû de face & de profil; c’est un tissu de peau & de maroquin rouge, ayant huit pouces de long & six pouces de large.

5. Leure garni de plumes, soit de corneille, de pie ou de perdrix.

6. Leure garni d’une peau de lievre.

7. Parapluie pour garantir les oiseaux, quand on les porte sur le poing, par un tems pluvieux.

8. Etui du fauconnier, dans lequel se trouve quatre pieces, savoir, une paire de ciseaux pour couper le cuir, un couteau pour faire le bec aux oiseaux, un poinçon pour passer les jets, & une pince coupante pour couper le bec & les serres des oiseaux, quand ils sont trop grands.

9. Pince coupante.

10. Ciseaux & poinçon.

11. Maillot pour porter des corneilles ou autres oiseaux pour servir d’escape à la chasse; il est de toile, de dix pouces de long sur sept de large, garni de deux bâtons de dix pouces de long: il y a une fente pour laisser passer les piés des oiseaux.

12. Geais ou Jet représenté dans sa grandeur; il a dix pouces de long.

Description des oiseaux de Fauconnerie.

Les parties de la tête à observer d’abord, sont les yeux, la prunelle & la paupiere, le bec de l’oiseau, le gros du bec tenant à la plume qui s’appelle la couronne du bec.

Les trous par lesquels il respire, qu’on appelle les nazeaux.

Le petit bouton qui est dans les nazeaux, appellé le frelon.

Les mâchoires de l’oiseau ou le dessous du bec.

La langue de l’oiseau, qui n’a point de nom particulier.

Le col & la gorge de l’oiseau, où séjourne la viande qu’il mange, & qui lui sert à enduire, c’est-à-dire, à digérer.

Le boyau qui descend dans la mulette qui est le gesier, où se cuisent les viandes & la curée qu’on donne à l’oiseau.

Le gros des aîles de l’oiseau, appellé mahutte, & les grandes plumes des aîles & de la queue, appellées pannes: ces plumes se distinguent encore par différens noms.

La premiere est le cerceau, la seconde est la longue: les suivantes se nomment la tierce, la quarte, la quinte, la sixieme, la septieme: les autres qui sont ensuite, s’appellent vaneaux. Le reste qui couvre le corps de l’oiseau, s’appelle pannache, & le dessous est le duvet.

Aux oiseaux de leure, la queue s’appelle la queue, & aux oiseaux de poing, le ballet.

L’estomac qui est le gros os, s’appelle la carcasse. Le haut & le bas de la cuisse & la jambe n’ont point d’autres noms; mais le pié de l’oiseau s’appelle la main & les doigts; & les ongles s’appellent les serres.

L’entre-deux des cuisses s’appelle le brayer.

On dit, paître son oiseau, c’est-à-dire, lui donner à manger: mon oiseau est pû.

Donner à manger à l’oiseau de celui ou de ceux qu’il a pris, c’est lui faire curée.

Chaque fois que l’oiseau prend de la chair à son bec, cela s’appelle beccade.

La fiente de l’oiseau s’appelle émeu; & fienter, c’est émeutir.

Lui donner des pilules pour le purger, c’est curer son oiseau. On dit, la cure de l’oiseau.

On dit, l’oiseau se perche, l’oiseau sur la perche. On porte l’oiseau sur le poing.

Jetter son oiseau, c’est le lâcher après la perdrix, ou tel autre oiseau que l’on vole.

On dit, les oiseaux ont battu la perdrix en tels endroits.

Leure, leurer son oiseau.

Quand l’oiseau a pris la perdrix, & la tient dans ses mains ou serres, on dit, l’oiseau a lié la perdrix.

Les oiseaux de leure se jettent à mont.

Les oiseaux de poing volent poing à fort.

On dit, voilà un oiseau qui va bien à mont; voilà un oiseau qui soutient bien; voilà un oiseau qui vient fondre, qui frappe, ou qui donne fort, ou qui frappe bien.

Aller en quête; quêter un heron, un canard ou autres oiseaux, qu’on fait garder par un piqueur, de crainte qu’on ne les fasse partir.

Maniere de tenir l’oiseau en état, & de faire mourir les tignes.

Il faut poivrer son oiseau; & pour cet effet, faire tiédir dans un baquet environ deux seaux d’eau, y jetter ensuite deux ou trois onces de poivre, selon la quantité de l’eau, avec une once de litarge en poudre que l’on mêlera avec le poivre. On en gardera une pincée, que l’on mettra tremper dans de l’eau tiéde, pour en frotter l’oiseau aux extrémités, c’est-à-dire, à la tête, aux deux mahutes, & au croupion, le tout à la sortie du bain qui se fait ainsi:

On commence par abattre l’oiseau. Un homme lui tient les mains, & un autre la tête. Celui-ci doit prendre garde qu’il n’ouvre le bec, & qu’il n’avale de l’eau & du poivre. On le plonge ensuite dans l’eau, de maniere qu’il soit tout-à-fait trempé; puis à la sortie de ce bain, on lui fait avaler un peu d’eau fraîche, & on lui met dans le bec un petit morceau de sucre, environ de la grosseur d’une noisette, qu’on lui fait avaler. On tient après cela l’oiseau sur le poing devant le feu ou au soleil, jusqu’à ce qu’il soit sec. Pendant qu’il est mouillé on lui fait la tête, c’est-à-dire, on lui met souvent & on lui ôte le chaperon. On ne lui donne point à manger qu’il ne soit bien sec, & seulement trois ou quatre beccades trempées dans de l’eau tiéde en hiver, & dans de l’eau fraîche en été. Quand l’oiseau a bien enduit & émeuti, c’est-à-dire, digeré & fienté, on le fait paître une petite gorge de bonne viande.

Maniere de leurer l’oiseau.

On prend quelques aîles de perdrix avec les plumes, & deux hommes en prennent chacun une à la main. On attache une petite ficelle au pié de l’oiseau qu’on tient sur le poing. On lui donne à paître un peu de ces aîles: on s’éloigne ensuite de trente pas l’un de l’autre. L’un des deux alors appelle l’oiseau, en lui montrant son aîle, & en criant: Venez, petit, venez; hoi, hoi, venez, petit, venez. Puis on lâche l’oiseau, afin qu’il aille manger, & on le reçoit sur le poing, lui faisant tirer la viande par beccade; l’autre, après cela, le rappelle de même, & fait tout ce qu’a fait le premier. Voilà comme on apprend aux oiseaux à revenir à leur maître, par le moyen du leure que l’on porte à son côté lorsqu’on va voler.

Maniere de dresser les oiseaux de leure.

On acharne l’oiseau avec de la viande, puis on le fait venir à soi, petit à petit, avec une filiere ou une ficelle de dix à douze brasses, que l’on at- tache au bout de la longe. Quand il vient bien sur le poing dans la chambre, on va à la campagne, & on laisse traîner la ficelle pour le faire venir; puis on mene des chiens & des chevaux pour l’assurer. Quand le leure est bien assuré, on lui fait tuer une poule ou un poulet; ensuite on lui fait escape, c’est-à-dire, on lui lâche l’oiseau pour lequel on veut dresser le leure, & on le laisse aller devant lui.

Maniere de dresser les oiseaux de poing.

On réclame les oiseaux sur le poing avec de la viande. Réclamer, veut dire, appeller l’oiseau, & le faire revenir sur le poing; & quand il revient de bien loin à vous, on lui fait escape d’une perdrix ou d’une caille vivante, afin qu’il la prenne. S’il la prend bien, il faut lui ôter la filiere & la longe; & quand on a remarqué une compagnie de perdreaux ou une caille, on fait partir l’oiseau de près, & on le jette bien-à propos. S’il prend bien le perdreau ou la caille, on le laisse paître sur le gibier, & l’on fait la même chose deux ou trois fois de suite. Il faut que le fauconnier soit soigneux de présenter le bain à son oiseau, deux ou trois heures après qu’il a pû, afin qu’il ne soit point sujet à l’essor, c’est à-dire, à s’envoler bien haut dans les nues pour prendre le frais.

Nourriture des oiseaux de fauconnerie, selon la saison, l’espece des oiseaux, & la nature de chacun.

Il faut observer en général qu’en hiver il faut leur donner des viandes plus nourrissantes, & de plus légeres en été.

Le poulet nourrit modérement l’oiseau, & le tient tout-à-la-fois en santé, en appétit & en haleine.

Le pigeon est trop chaud & trop nourrissant, il fait perdre l’appétit à l’oiseau, & le rend fier. Enfin il n’est propre que dans la mue, encore faut-il lui arracher la tête, & le laisser saigner & mortifier.

L’oiseau de riviere est une bonne viande, mais elle est encore trop nourrissante; il n’en faut guère donner à votre oiseau sans le baigner. Il y a une espece d’oiseaux de riviere, nommés givres, qui ont le bec tranchant comme une faucille, & dont la chair est aigre & de mauvaise digestion, comme celle des martinets & des chevaliers.

La perdrix est une viande douce, nourrissante, savoureuse & bien passante; elle tient les oiseaux en haleine, en appétit & en santé.

Il y a des corneilles de trois especes: le frayon, la mantelle & la corbine. Le frayon est une assez bonne viande; elle est pourtant un peu aigre, & n’est pas bien nourrissante; mais elle donne de l’appétit à l’oiseau, & le sang en est bon contre les filandres.

La mantelle est une viande grossiere qui salit l’oiseau. Elle approche de la substance du porc, sur-tout celle d’autour de Paris.

La corbine ne vaut rien du tout.

La pie est une viande aigre, légere & passante; elle n’est guere nourrissante, mais donne de l’appent à l’oiseau.

Le geay est encore plus aigre & de plus mauvaise digestion.

L’étourneau est une viande aigre & mauvaise.

Le merle est une assez bonne viande, mais un peu aigre.

Le choucas est une viande assez bonne, quoique de dure digestion, parce que c’est un oiseau à mulette. Or tout oiseau à mulette n’est pas propre aux oiseaux de fauconnerie, & s’ils s’en nourrissoient long-tems, ils en deviendroient malades. Ils n’en mangent que par nécessité, & n’en veulent point du tout à la mûe.

Le chat-huant est une viande douce, légere, bien passante & peu nourrissante.

L’allouette & le cochevis sont une bonne & excellente viande; ils sont bien nourrissans & tiennent votre oiseau en haleine & en santé.

L’hirondelle & le martinet sont une viande fort chaude, & ne sont bons que pour le tems de la mue, encore faut-il les écorcher, parce qu’ils ont la peau très amere.

Le moineau est une viande chaude qui ne vaut rien pour les oiseaux malades, & ne leur est propre que dans la mue.

La pie-grieche & la poule d’eau ne valent rien.

Le vieux ramier est de la substance du vieux pigeon, si ce n’est que le sang en est encore plus grossier & plus chaud.

Il en est de même du bizet, dont néanmoins le sang n’est pas si grossier ni si chaud. Il faut bien laver toutes ces viandes chaudes.

La tourterelle est une bonne viande, légere, délicate & bien passante.

La poule est une bonne viande, légere & passante; elle tient l’oiseau en bon état & en santé.

Le perdreau est de même substance, encore plus léger & plus passant.

La huppe est une mauvaise viande qui est aigre.

La bergeronette est une bonne viande.

Le lievre avec le sang tout chaud est une viande aigre, passante & légere; elle tient l’oiseau en bon état; mais à la longue elle l’amaigrit.

Le lapin est une viande légere, passante & peu nourrissante; il faut en donner à un oiseau qui fait de mauvais émeux.

Le mulot rouge des champs est une bonne viande, assez délicate & bien passante.

Quant à la viande de boucherie, le mouton est chaud, bien nourrissant, remplit votre oiseau, lui donne de la craye & la courte haleine. Il le rend encore pesant, & souvent même malade. Cette viande, pour en user, veut être bien lavée. Le cœur de mouton n’a pas de substance.

Le bœuf est une viande grossiere & passante, qui ne donne guere de nourriture. Quand elle est mouillée, elle élargit les boyaux de l’oiseau, & lui cause des maladies. S’il en usoit continuellement, il perdroit son corps. Il est bon de lui en donner une fois la semaine. Le cœur du bœuf est une mauvaise viande sans substance.

Le veau est une viande légere, sans substance, douce & passante, elle n’est propre qu’à mettre un oiseau en appétit, & ne vaut rien pour sa nourriture.

Le porc est une viande grossiere qui salit les oiseaux, & leur ôte l’appétit; il ne leur en faut guere donner, ou quelques gorges tout au plus, lorsqu’ils commencent à perdre leurs corps, ou quand il fait un froid excessif, parce que cette viande est une nourriture forte.

Des maladies qui arrivent aux oiseaux.

On connoît qu’un oiseau a le rhume, lorsqu’on lui voit fermer un œil, qu’il a la vûe changée, le coin des yeux enflé, la tête hérissée, & qu’il éternue.

On connoît qu’un oiseau a le chancre, lorsqu’on le voit mâchonner & baver en mangeant, & qu’il allonge le col pour avaller.

On connoît la craie & les filandres, quand l’oiseau fait de grands baillemens; qu’il émûtit en allongeant le col; qu’il porte souvent la tête sur les reins, & qu’il a les yeux enfoncés & la tête hérissée.

Il y a mêmes symptomes pour les aiguilles.

Le haut-mal se connoît aisément par toute l’action de l’oiseau.

Le mal subtil se manifeste par une grande envie de manger, & lorsque l’oiseau ne profite point.

Le panthois se connoît, quand l’oiseau bat sur la croupe; lorsqu’on lui présente de la viande, il mâchonne & fait le niquet.

Pour connoître quand un oiseau est en santé, il faut en le découvrant l’examiner, On brûle à cet effet un fagot, de maniere qu’il voie le feu, & que rien ne lui fasse obstacle. Si alors on le voit enduire, s’éplucher, bander, faire l’ange, & se secouer souvent, on peut compter qu’il se porte bien.

Remedes convenables à toutes les maladies & aux accidens qui surviennent aux oiseaux.

Il arrive souvent que les oiseaux en volant se blessent les mains, & qu’elles deviennent enflées. Le premier remede à cet accident est de les saigner, de leur couper la serre, & la laisser saigner une heure ou même davantage; puis on brûle légerement le bout de la serre, afin d’en étancher le sang. Si ce remede ne les guérit point, on use du suivant.

On prend une poignée de joubarbe, fénouil, graine de lin, roses de Provins à proportion, & une chopine de vin blanc, le plus couvert qu’il se peut trouver. On fait bouillir le tout dans un pot neuf, jusqu’à ce qu’il soit réduit en marc, & on en étuve les mains de l’oiseau deux ou trois fois le jour. S’il ne guérit pas, il faut laisser résoudre le mal; & quand on le verra apostumer, y mettre le feu avec un ferrement, puis avoir des limaçons rouges, les presser, & de ce qui en sort, les en frotter pour amortir le feu, & ensuite y mettre de la graisse de poule.

Il arrive aussi que les oiseaux s’arrachent une serre en volant. Pour les guérir, il faut avoir de la térébenthine de Venise avec des crottes de chevre, faire un petit doigtier bien juste, & le remplir de cette composition. On laissera ce doigtier à l’oiseau l’espace de trois semaines, & au bout de ce tems il sortira un ongle qui sera bientôt en état de servir, & l’oiseau ne souffrira plus de mal.

Quelquefois encore les oiseaux s’arrachent la panne des aîles en volant. Or il faut remarquer que ce qui tient les aîles, est une chair nerveuse qui enveloppe le tuyau des plumes, & qu’aussitôt que ce tuyau est découvert, le trou se bouche ou se retire, & bientôt la panne se desseche. Pour remédier à cet accident, on prend un grain d’orge avec du baume, qu’on introduit dans le tuyau le plus avant qu’il est possible, mais prenant garde de le faire saigner. Par ce moyen la panne qui revient, fait sortir le grain d’orge, & quand l’oiseau mue, les vielles pannes ne tombent point que les jeunes ne les poussent, en sorte que le tuyau n’est jamais vuide.

Quelquefois les oiseaux font des œufs à la mue, principalement quand ils sont bien nourris. On en a vû faire des œufs plus de cinq ans de suite à chaque mue. Quatre jours avant que de pondre, ils sont bien malades, ils crient, & ne veulent point manger; ce qui les affoiblit beaucoup. Pour les empêcher de faire des œufs, on prend de l’eau d’endive, de l’eau de vigne, & de l’urine d’un enfant mâle; le tout étant bien mêlé ensemble, on détrempe leurs viandes de cette composition; & il est d’expérience, qu’après cela ils ne font plus d’œufs.

Les oiseaux, tant à la mue qu’en volant, sont sujets aux tignes. C’est une vermine semblable aux mittes, qui s’attache au tuyau des grosses pannes, & qui les tourmente si fort, qu’ils coupent quelque-fois leur pannage. Pour prévenir cet inconvénient, on fait avec la cendre de sarment une lessive, dont on lave le pannage de l’oiseau, & il est bientôt guéri. Ces tignes proviennent de saleté & du peu de soin qu’on a des oiseaux.

Les oiseaux qui soutiennent en faisant des descentes, sont sujets à se donner de grands chocs, & tombent quelquefois comme s’ils étoient morts. Il faut dans ces sortes d’accidens avoir de la momie ou mumie toute prête, leur en faire avaller dans un cœur de poule, &, selon l’état où ils se trouvent, les faire reposer. On ne leur donne à manger que long-tems après, & il faut que ce soit une viande fort légere & bien passante. Si l’oiseau se trouve mal, on lui fait avaller des pilules douces, où l’on met un peu de rhubarbe, & on ne lui donne à manger que quatre ou cinq heures après, de maniere qu’il reste sur son appétit. Si c’est un oiseau de passage, il faut lui donner une cuisse de poule, parce que sa chair approche plus de celle de l’oiseau passager. Si c’est un oiseau niais (c’est-à-dire pris au nid), on lui donne du filet de mouton, parce qu’il en a été nourri en général. Lorsqu’on a un oiseau malade ou dégoûté, il faut se souvenir quelle espece de viande il aime & digere le mieux, & lui en donner.

Les tignes causent aux oiseaux de fauconnerie un mal qui s’attache d’ordinaire au bec.

Quand leur bec devient blanc & pâle, cela provient de sécheresse. Il faut, pour guérir cette maladie, faire abattre votre oiseau, & lui ôter jusqu’au vif tout ce que vous lui verrez de blanc au bec.

Lorsque les oiseaux sont trop long-tems sans manger, il leur survient une maladie qui les empêche d’enduire & de rendre gorge. Ils mangent avec beaucoup d’avidité, & paissent la viande à grosses beccades; mais par la débilité & le refroidissement de leur estomac, ils ne peuvent faire la digestion, tellement que la viande s’entasse, & ne peut passer.

Les viandes défendues aux oiseaux malades, sont la caille, le moineau, le vieux pigeon, le ramier & le biset, parce que le sang en est fiévreux.

Ordre de ce qui se pratique dans la Fauconnerie.

Quand le roi veut avoir le plaisir de la chasse aux oiseaux, & jetter lui-même un oiseau, c’est au chef du vol à le présenter au grand fauconnier qui le met sur le poing du roi.

Après que l’oiseau que l’on vole est pris, soit perdrix, soit milan, soit corneille, le piqueur en leve la tête, & la donne au chef du vol; celui-ci la porte au grand fauconnier, & ce dernier la présente au roi.

PLANCHE X.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

La vignette représente la cuisine où on prépare la nourriture des oiseaux.

Fig. 1. Fauconnier qui saigne un pigeon vivant dans la viande hachée qui est contenue dans la terrine e.

2. Fauconnier qui coupe le gigot avant de le hacher.

a, gigot de mouton.

b, tranche de bœuf. On coupe ces viandes par morceaux, & on les hache sur le billot c avec le couperet d.

e, terrine où on met le hachis.

f, aîle de pigeon détachée du corps, pour donner l’aîle à l’oiseau qui est tenu sur le poing. C’est ce qu’on appelle faire tirer l’oiseau, ou l’acharner sur le tiroir.

g, œuf que l’on mêle dans la nourriture.

h, cures, petits pelotons de filasse, longs d’un pouce, que l’on fait avaler aux oiseaux. On y attache un petit morceau de viande, quand l’oiseau ne veut pas les prendre secs.

k, petits cailloux que l’on fait avaler aux oiseaux.

l, pot à l’eau.

m, poulle que l’on mêle dans la nourriture.

n, poîlon pour faire chauffer l’eau en hiver.

o, levrier.

p, épagneul.

q, mâtin. Ces chiens servent à courre les différens gibiers auxquels ils sont propres, pendant que l’oiseau les vole.

Bas de la Planche.

Fig. 1. Jet ou geais. On voit en A B comment le jet embrasse la jambe de l’oiseau; & à l’autre extrémité, comment la vervelle est attachée.

2. Longe.

3. Plate longe.

4. Bride.

5. Maniere d’enter de nouvelles plumes à un oiseau, en place de celles qui sont cassées. A B, partie de la plume qui tient au corps de l’oiseau. C D, plume que l’on veut enter. Il faut les couper obliquement, comme il est marqué par la ligne a b, & faire entrer l’aiguille (fig. 6), dont les deux bouts sont affilés triangulairement; sçavoir, la moitié dans le tronçon qui tient au corps de l’oiseau; & l’autre moitié, dans la plume que l’on veut placer, ayant préalablement trempé l’aiguille dans du vinaigre, pour faire rouiller plus facilement. Il faut observer que la plume que l’on remplace, soit du même rang que celle que l’on a ôtée, & de la même sorte d’oiseau; c’est pour cela que l’on en conserve les aîles lorsqu’ils meurent.

6. Aiguille.

7. Fauconniere. Sacs de treillis, qui sont attachés à l’arçon de la selle du fauconnier, & servent à mettre tout ce qui sert à la chasse dans la plaine, comme pigeons, viande des oiseaux, &c. Un des côtés de la fauconniere est à couvercle, fig. 7. & l’autre en forme de bourse, fig. 8.

PLANCHE XI.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Chasse des petits oiseaux à l’abreuvoir.

Elle commence sur la fin de Juillet, tems où les petits oiseaux ont cessé de nicher, & viennent en bandes boire aux mêmes endroits. Les heures favorables sont depuis dix jusqu’à onze, depuis deux jusqu’à trois, & une heure & demie avant le coucher du soleil. Cette chasse se fait ou aux gluaux, ou au filet. Il faut que l’endroit soit découvert & à l’ombre; rendre l’accès facile où l’on tend le piége, & embarrasser les autres par des branches, de l’herbe & de la terre, du chaume, &c. Plus il fait chaud, plus la chasse est sûre. En tems de pluie elle est mauvaise; c’est la chasse au filet qu’on voit dans cette Planche. Le filet est long d’une aulne & demie ou environ, sur trois quarts de large, de fil retors. On pratiquera dans un lieu tranquille & commode un petit abreuvoir, à-peu-près de l’étendue du filet, & large d’un pié, plus ou moins. Il faudra que l’endroit aille du filet à l’autre côté en talud ou glacis; que l’eau soit couverte aux environs, & que ces dispositions se fassent quelque tems avant la chasse, afin qu’elles ne paroissent point étranges aux oiseaux. Tendez le filet comme vous voyez. Cachez-vous derriere un arbre, une haie, ou quelqu’autre couvert; que les extrémités des bâtons qui tiennent le filet dressé, soient légerement arrêtées ou au filet, ou sur les bouts des pieux, afin qu’en tirant la corde qui se rend au chassis, ils échappent promptement. a b, l’abreuvoir. c d, le filet. c f d g, bâtons ou appuis du filet. h, i, pieux. g, f, K, corde du chasseur, qui doit être éloigné du filet de quarante à cinquante pas.

2. Traineau pour la chasse aux alouettes.

Cette chasse se fait la nuit quand elle est obscure. Ce traineau est un filet dont les mailles ont un pouce de large. En chassant on en laisse pendre derriere soi un pié de long. Il y a à cette extrémité des épines attachées & dispersées sur toute la largeur. On le tient élevé de terre d’environ deux piés. Il faut deux hommes; chacun est à sa perche. Ils marchent vîte, & laissent tomber le filet, quand ils entendent les oiseaux s’élever. m, le traineau. a, b, les chasseurs. c f, d e, les perches latérales qui tiennent le traineau tendu. g, g, g, g, épines qui sont attachées au bas.

3, 4, 5. Chasse des alouettes au miroir.

La saison de cette chasse est depuis le mois d’Octobre jusqu’en hiver. Ayez un miroir tel qu’il est représenté fig. 4. que toute sa surface a, b, c, d, e, f soit couverte de morceaux de glace; que ses faces latérales c, d soient en talud, afin que le miroir tournant sur son pivot g avec vîtesse, forme à l’œil un corps solide, continu, convexe & brillant. Le miroir a, b, étant mû, la corde h s’enroule d’une certaine quantité sur la partie de la broche k qu’on voit dans l’entaille du pivot. Cette corde tirée, fait mouvoir le miroir a b en sens contraire, & ce mouvement fait renvider la corde sur la même portion de broche, & ainsi de suite; d’où l’on conçoit aisément que le miroir ne s’arrête point. On place ce miroir entre les nappes d’un filet A, B; son éclat attire les alouettes, surtout le matin. Quand elles sont posées dans l’enceinte du filet, où les appellent encore d’autres alouettes qui y sont attachées par le pié; ou lorsqu’elles voltigent au-dessus, à une hauteur convenable, on fait jouer les nappes, par le moyen des cordeaux 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, dont le mouvement s’entend assez.

5. Miroir avec sa broche, séparé de son pivot.

6. Chasse des alouettes, perdrix & autres oiseaux, à la tonnelle murée.

Ce filet doit avoir dix piés de haut à son embouchure: on l’étend, comme on voit; 1, est la queue du filet; 2, l’entrée; 3, 4, 5, 6, les filets & le mur; vous placez dans l’enceinte des appellans 7, 7, 7, 7, 7; vous chassez les alouetes des environs vers ce piége, où elles ne manquent pas de donner, si vous prenez les précautions convenables. Il y a une autre espece de tonnelle, appellée commune, dont nous parlerons ailleurs.

PLANCHE XII.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Chasse des bécasses, à la passée.

C’est dans les bois taillis & les hautes futaies qu’elle se fait, à la chute du jour aux environs de la S. Remi; elle ne dure guere qu’une demi-heure. On choisit une clairiere de six toises au moins, nette, longue & large. Le filet se tend en pantiere, entre deux arbres, comme on voit. Lorsque l’oiseau donne dedans, le chasseur placé au loin, le laisse tomber, & l’oiseau est pris. a b, c d, les arbres. A, le filet; 1, 2, les cordes qui le lient aux piés des arbres. 3, 4, les anneaux du filet; 5, le tourniquet pour le tendre; 6, 7, les cordeaux pour le tendre & le laisser tomber.

2. Chasse singuliere des bizets, ramiers & tourterelles.

On tend un filet A, un peu panché par sa partie supérieure. Derriere ce filet, il y a un chasseur C prêt à le laisser tomber: au-devant, un autre chasseur B juché dans une machine telle qu’on la voit. Lorsque les oiseaux passent, il lance une fleche O, qu’ils prennent pour un oiseau de proie: alors ils s’abattent de frayeur, & donnent dans le piege A.

3. Nappes à prendre des canards.

On tend ce filet dans un endroit de riviere, où il y ait au-moins un demi-pié d’eau. Il faut que ce piége soit bien caché, & placé de maniere qu’en plongeant l’oiseau ne puisse s’échapper par-dessous. On attache au-devant du filet des appellans privés. Lorsque ces canards sauvages sont placés à la distance convenable, on lâche le filet qui tombe avec d’autant plus de vîtesse qu’il est chargé de petits poids de plomb. a, le filet; b, c, les appellans; d, d, d, les canards sauvages; e, f, partie supérieure chargée de plomb: ce piége joue comme les autres filets: sa partie g, h plonge dans l’eau. M, chasseur caché qui attend la chute de ces oiseaux, pour les tirer au fusil.

PLANCHE XIII.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Chasse de la perdrix, au filet & à la chanterelle.

On appelle chanterelle, une femelle. On se sert de ce piége un peu après les Rois, lorsque le dégel commence, & elle peut durer jusqu’au mois d’Août. L’heure favorable est depuis le coucher du soleil jusqu’à minuit, & depuis la pointe du jour jusqu’au lever du soleil. On choisit un lieu voisin de la lisiere d’un bois. Le filet est tendu autour de la cage qui renferme la chanterelle. Son cri appelle les mâles amoureux, qui se prennent au filet ou tramailler qui entoure la cache. A, la chanterelle; B C D, le filet; E F, les mâles qui accourent.

2. Chasse particuliere aux corneilles, avec le duc, espece de hibou dressé pour cet usage.

Elle se fait entre les grands arbres. On place le duc au pié d’un grand arbre ébranché qui sert à tendre le filet. L’oiseau crie & se meut, les corneilles & autres oiseaux qui le haïssent, l’entendent, le voyent, accourent, fondent sur lui; & l’homme d’intelligence avec l’oiseau trompeur, tire le filet & les envelope. a, le duc; b, c, le filet.

3. Chasse du faisand & autres oiseaux de la même espece.

Elle se fait ou avec des halliers ou des filets, de la forme des poches à lapins. Placez ces filets sur les sentiers des forêts fréquentées de ce gibier; semez du grain aux environs. Le filet prend tout ce qui y donne. La poche se tend sur une baguette légere, courbée en arc, dont les bouts fichés légérement en terre, peuvent s’échapper au moindre mouvement, & laisser tomber le filet sur l’oiseau, qui y reste embarrassé. 1, 2, halliers, 3, poche avec sa ficelle.

4. Nous avons rempli le coin de cette Planche du collet à prendre le cerf, le daim, le chevreuil, le loup, le sanglier & autres bêtes fauves ou noires, dont on connoît la passée. Il n’est pas nécessaire de s’étendre beaucoup sur ce piége: on voit d’un coup d’œil, qu’il consiste en une branche d’arbre courbée A, qui, légérement arrêtée par un de ses bouts B à un autre arbre, ne peut s’échapper sans serrer un nœud coulant qui embrasse l’animal: le nœud coulant est tenu ouvert par des attaches légeres.

PLANCHE XIV.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. C’est une chasse de nuit, aux perdrix dont on connoît les habitudes.

Le chasseur A se rend à l’endroit du gibier; il porte le filet triangulaire B C D, dont les côtés sont de bois léger; plus ce filet a d’étendue, meilleur il est. La partie du sommet de l’angle est circulaire: elle embrasse le corps du chasseur au-dessus des reins qui lui servent de point d’appui: le reste s’exécute comme il est facile de l’imaginer.

2. Autre chasse de nuit. Pinsonnée.

On se transporte dans un bois taillis, avec des corps lumineux & combustibles. On fait du bruit; les oiseaux partent de dessus les arbrisseaux où ils reposent; ils accourent à l’éclat des lumieres; ils se posent sur des branches qu’on leur présente, & on les tue à coups de palettes. 1, 2, 3, 4, 5, chasseurs occupés à cet amusement avec leurs flambeaux, leurs baguettes & leurs palettes.

3. Troisieme chasse de nuit, à la rafle.

C’est une espece de tramail ou de pantiere contremaillée. Un chasseur 1, tient un flambeau; un autre 2, bat les buissons; & deux autres 3, 4, placés entre les deux premiers, laissent tomber la rafle sur le gibier, qui choisit naturellement pour s’échapper, le lieu tranquille, obscur & perfide qui est entre le bruit & la lumiere.

PLANCHE XV.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Trébuchet.

2. Autre trébuchet: le méchanisme en est évident.

3. Piége double à fouine, belette, putois & autres animaux de cette espece.

Les portes qui en sont en même tems le couvercle a b, en sont tenues ouvertes par les ficelles c d qui s’échappent à la moindre secousse que reçoit la ficelle e qui répond à l’appât placé au dedans du trébuchet.

4. Le même trébuchet simple.

5. Vûe intérieure de ce trébuchet simple.

6, 7, 8, 9, 10. Différentes sortes de cages; les unes claires, les autres obscures; couvertes de toile, ou à barreaux, de fil d’archal ou de filasse.

11. Tons notés pour l’appeau de quelques oiseaux.

PLANCHE XVI.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Chasse aux merles.

On choisit les tems de brouillards. On a un filet A, de fil délié & retors, haut de cinq à six piés: il s’appelle araignée. On le tend entre deux haies; on profite de l’habitude qu’a cet oiseau de suivre son chemin jusqu’à un certain terme, & de revenir sur ses pas. Le filet tendu, on va gagner la haie, fort au-dessus de la derniere reposée; puis on chasse l’oiseau devant soi, & il est rare qu’il n’aille pas se jetter dans le filet qu’il fait tomber sur lui en se débattant.

2. Chasse des oiseaux, au panier.

Ayez un panier A, de la hauteur d’homme; couvrez-le de feuilles d’arbre & de fougere, de maniere que vous n’y soyez point vû, & que rien n’excede à l’extérieur, que l’extrémité du piége qui invitera l’oiseau à s’y reposer. Ce piége est un bâton fendu B, qu’on tient entr’ouvert par un obstacle qui, éloigné par le moyen de la ficelle d, laisse rapprocher les deux côtés du bâton fendu, entre lesquels l’oiseau est saisi.

3. Chasse aux oiseaux, lorsque la terre est couverte de neige.

Balayez un espace a a, b b; étendez-y ensuite du grain; élevez au-dessus une table c c c c sur des soutiens mobiles qui s’écartent, & la laissent retomber à la moindre secousse. Attachez une corde f à un de ses soutiens; que cette corde se rende & s’attache en g au-bas d’une porte de la maison: la porte ne pourra s’ouvrir sans ébranler & faire tomber la table sur les oiseaux qui se seront rassemblés dessous.

4. Panneaux pour la chasse du liévre.

Ce panneau 1, 2, 3 est un filet qu’on tend dans une passée connue. Il regarde le côté d’où l’animal doit venir; il est soutenu sur des piquets très-aigus & peu enfoncés, de maniere que l’animal effarouché par le bruit qu’il entendra derriere lui, & se précipitant étourdiment, le fait tomber & s’y envelope.

5. Traquenard à prendre les loups.

Cet instrument, qui est tout de fer, s’attache à un arbre, comme on voit, par le moyen d’une chaîne. Voici comme il se tend: on abaisse les deux cerceaux dentés a b & mobiles à tourillons dans les oreilles percées r s, sur la bande circulaire c d: cela ne se peut faire sans un violent effort qui rapproche la partie supérieure f o du manche ou de la queue du traquenard vers sa partie inférieure g. On contient les deux cerceaux dentés c d dans cet état, par le moyen des deux arrêtes h i qu’on a pratiquées à ces deux cerceaux, & sur lesquelles les parties recourbées K, l d’un arbre m, n tournant sur lui-même à tourillon, dans les oreilles percées u, t, viennent se reposer. C’est à cet arbre m, n qu’on attache l’appât, ou plûtôt aux bras coudés de cet arbre. Qu’arrive-t-il? L’animal tire l’appât; il fait tourner l’arbre m, n sur lui-même; ses extrémités recourbées & assises sur les arrêtes h, i des cerceaux dentés c, d s’en échappent; le manche ou ressort f o se débande; en se débandant, il embrasse & serre l’un contre l’autre les cerceaux dentés c, d, dont une partie passe dans l’ouverture p, & l’animal se trouve pris entre les dents de ces cerceaux.

6. Les cerceaux séparés du traquenard.

7. L’instrument sans ses cerceaux.

PLANCHE XVII.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Chasse aux rales d’eau.

Elle se fait aux mois de Mai & de Juin, avec des halliers de fil délié de quinze à dix-huit piés de long, hauts de quatre mailles & larges d’environ deux pouces. Alors on trouve ces oiseaux délicats dans les prairies, proche des lieux humides & marécageux. On tient un bout du filet proche du ruisseau, d’où il s’étend ensuite à-travers les joncs. On resserre l’animal en ces deux filets, vers l’un desquels le chien couchant le chasse, lorsque s’échappant devant le chasseur, il ne va pas s’y prendre de lui-même. A B, le ruisseau; C, D, les halliers; E, l’espace marécageux compris entre les halliers.

2. Piége au renard.

Accoutumez l’animal à venir prendre un appât dans un trou; couvrez ce trou d’une planche a b, fig. 3; pratiquez au centre de cette planche une ouverture c; fermez cette ouverture d’une piece mobile e; pratiquez au centre de cette piece mobile e un trou h capable de recevoir la patte de l’animal. Autour de ce trou en-dessous, formez un nœud coulant avec une corde l; tenez ce nœud coulant ouvert, par le moyen de la clavette K, fig. 5. Que votre appât réponde à l’ouverture h & à la clavette. Attachez la corde l à une perche l, m, n; faites faire ressort à cette perche. L’animal alleché viendra, il trouvera le trou fermé, il sentira l’appât, il introduira sa patte par le trou h, fig. 4, il dérangera la clavette; la clavette dérangée, la perche se détendra, & le nœud coulant serrera la patte de l’animal. On conçoit aisément que la corde qui fait ce nœud coulant, doit aussi être fixe, soit à la piece e, soit à la planche a b.

3. La planche qui couvre le trou.

4. La piece à queue d’arronde qui s’ajuste à la planche.

5. La clavette du nœud coulant.

6. Piége à taissons, blaireaux & autres animaux de la même espece.

Si vous connoissez le trou d’un de ces animaux, placez-y une planchette a; appuyez le bout de la planchette le plus voisin du trou, contre la terre; l’autre bout, sur un petit bâti de bois, tel que celui de la fig. 7; qu’une corde attachée à la tringle mobile c du bâtise rende à la détente d’un fusil fixé sur deux fourches d, f; le poids de l’animal, en sortant, fera baisser la tringle c; la corde qui tient à cette tringle sera tirée; la détente du fusil le sera aussi; le coup de fusil partira; & si le fusil est bien ajusté, l’animal se tuera lui-même.

7. Partie du petit bâti de bois.

8. Autre maniere de prendre les mêmes animaux au collet.

Il n’y arie n à dire sur ce piége, sinon que le collet a est tenu ouvert par des brins d’herbes, & qu’on l’empêche d’être serré, par une petite cheville placée légerement au trou du premier pieu d; la moindre secousse de la part de l’animal, fait tomber la cheville, & le collet est serré de toute la force du poids g; la corde se meut sur une petite poulie placée au second pieu h.

PLANCHE XVIII.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Piége à prendre des geais, & vase plein d’huile servant au même usage.

C’est une espece de collet qu’on appelle repenelle; a est le ressort qui le serre; b, le collet; c, la cheville mobile qui le tient tendu, & que l’oiseau qui la prend pour son repos, déplace par son poids; quant au vaisseau d rempli d’huile de noix: on dit que cet oiseau s’y plonge, & que quand ses aîles en sont trempées, il ne peut plus voler.

2. Autre piége à prendre des oiseaux.

Soient deux filets assemblés x, y par une corde torse a, b; soit un bâton c, d passé dans cette corde; soit ce bâton tenu dans la situation qu’on lui voit, par la ficelle e; soit l’appât placé en g. Le poids ou le mouvement de l’oiseau en g dérange l’arrêt f; l’arrêt f dérangé, le bâton c, d est déplacé; le bâton c, d, déplacé, la corde torse agit & fait fermer les deux filets entre lesquels l’oiseau est pris.

3. Piége en arbalêtre à prendre les loirs. Il est aisé de voir comment à l’aide des pieces a, c, d, ce piége se tend, & comment il agit par le moyen de l’arc b.

4. Le même piége tenu tendu par le seul obstacle mobile g.

5. Profil du même piége, fig. 3.

6. Chambre à prendre les loups; aaa bbb PPP, bâti de la chambre. L’animal vorace saisit l’appât Y; il tire la corde X V; la corde X V tire le bâton T; le bâton T déplacé, la porte M S est poussée par le poids D qui appuie sur elle, & l’animal s’est enfermé.

7. Trappe à loups; c’est dans une fosse; le piége de la figure précédente répeté. L’animal allant saisir l’appât, fait enfoncer la trappe, qu’un obstacle tenoit entr’ouverte.

PLANCHE XIX.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

La vignette représente un renard pris au traquenard.

Les Fig. 1, 2, 3, 4, 5, &c. sont les parties desassembées de ce piége, dont on expliquera en détail le méchanisme, à l’art. Traquenard

PLANCHE XX.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Cage à prendre des oiseaux de proie.

On met au-dedans l’appât qui convient. L’oiseau ne peut entrer sans se poser sur le bâton c d; son poids fait pancher en dedans ce levier; ce levier baissant du bout a, leve du bout e où il y a un encoche d’où la détente ou gache s’échappe. Le poids g libre tire les deux s, t t; ces deux s, t t, tirées en en-bas, leurs branches s’approchent & font lever deux panneaux qui ferment le dessus de la cage.

2. La même cage fermée.

3. Autre cage, de la même espece.

4. Traquenard placé sur un poteau.

5, 6. Le même traquenard, vû plus en grand, Voyez l’explication de son méchanisme, Pl. XVI, fig. 5. Il n’y a de différence entre ce traquenard & celui que nous avons expliqué, qu’en ce que la piece qui approche les cerceaux dentés, Pl. XVI, fig. 16. est le manche replié du traquenard, & qu’ici c’est un ressort en spirale.

PLANCHE XXI.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

La vignette représente un paysage, dans lequel une piece de terre au bord du bois, est l’emplacement convenable pour tendre la grande mue de 18 piés de long sur 14 de large, dont on se sert pour prendre les faisans vivans que l’on fait venir sous la mue, en y mettant un appât convenable.

Fig. 1. La mue dont un des longs côtés pose à terre, & est arrêté avec des piquets, ou appuyé contre quelque souche. L’autre côté est soutenu par deux bâtons de trois piés & demi de longueur, du haut desquels partent deux ficelles qui se réunissent en une à quelque distance. Cette ficelle va traverser quelque buisson ou broussailles, derriere lesquels le chasseur est caché.

2. Le chasseur qui en tirant à lui la ficelle, quand il voit les faisans sous la mue, fait tomber les bâtons qui la soutiennent.

Bas de la Planche.

1. Cage quarrée dite à rideau, vûe en perspective & toute montée; on y prend des éperviers, des tiercelets, &c. Le poids de l’oiseau en b fait lever la bascule c; le poids a s’échappe; la corde d tire la tringle e vers g, & la cage se trouve fermée par le filet qui tient à cette tringle.

2. Coupe transversale de la cage.

3. Plan de la cage; le rideau est à demi-fermé.

PLANCHE XXII.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

La vignette représente la chasse des perdrix à la tonnelle, en se servant de la vache.

Fig. 1. La tonnelle de quarante piés de long, formée par vingt-six anneaux, dont le plus grand a deux piés & demi de diametre. Les halliers, qui ont soixante piés ou environ de longueur, en ont dix d’élévation. Ils servent comme d’entonnoir à la tonnelle, & dirigent les perdrix qui sont chassées dans son ouverture.

2. Homme qui porte la vache, à-travers laquelle il regarde pour régler son mouvement, & pousser les perdrix dans la tonnelle.

Bas de la Planche.

3. La vache ou toile qui couvre le chasseur, & en imite fort imparfaitement la figure dessinée sur une échelle sous-double de celle des figures suivantes.

4. Broche ou cheville de fer, pour faire la place des piquets qui soutiennent les halliers, lorsque la terre est trop dure, soit par gelée ou autrement; les piquets sont espacés de quatre piés.

5. Maillet de bois pour chasser les piquets.

6. Serpe.

7. Fourches & détente de la mue.

8. Mue. Sorte de piége pour prendre les faisans ou autres oiseaux que l’on y fait venir en y semant du grain. Cette sorte de piége doit être tendue près d’un buisson.

PLANCHE XXIII.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Faisanderie.

La vignette représente une partie de l’enclos d’une faisanderie, & les bâtimens nécessaires.

Fig. 1. Chambre appellée la couverie, ou on fait couver les œufs de faisans par des poules. Le plancher est couvert de sable, dans lequel on enfouit les paniers où sont les poules.

2. Mue sous laquelle on enferme les petits faisans.

3. Caisse & claies qui forment un petit enclos à une des extrémités de la caisse.

4. Caisse & son couvercle posé dessus.

5. Cour ou enclos couvert d’un filet, dans lequel on enferme les faisans rares, ou dont on veut tirer race.

6. Paillassons, sous lesquels les faisans se mettent à couvert, & se perchent sur des bâtons. Ces paillassons doivent être dans l’enclos couvert de filet. fig. 5. Il y a aussi de semblables paillassons qui sont posés d’un bout à terre, & appuyés de l’autre contre la muraille.

7. Claie qui sert à couvrir la partie ouverte de la caisse, fig. 4. elles ont deux piés de large, & deux & demi de long. Dans le lointain on voit plusieurs caisses couvertes, qui sont placées auprès de petits buissons qui leur portent ombrage.

Bas de la Planche.

Fig. 1. Panier à couver; il est rempli de foin aux deux tiers.

2. Mue.

3. Caisse dont on a supposé une des planches latérales, brisée pour laisser voir les barreaux quî séparent la caisse en deux parties.

4. Couvercle de la caisse, dont les planches antérieures sont rompues, pour laisser voir le bâtis de menuiserie qui les supporte.

Voyez pour les détails l’art. Faisant & autres de l’ouvrage auquel ces Planches sont relatives.