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Planches:HISTOIRE NATURELLE, MINÉRALOGIE, Ardoiserie de la Meuse (volume VI)

De Encyclopédie

HISTOIRE NATURELLE.

MINÉRALOGIE.

Ardoiserie de la Meuse, contenant 5 Planches.

PLANCHE Iere.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

ON a marqué des mêmes lettres & des mêmes chiffres les mêmes choses qui se trouvent répétées dans le plan supérieur, la coupe verticale & le plan des souterreins.

Toutes les échelles sont marquées par les lettres majuscules A, B, C, D, E, F, G, H, I, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, V, X, Y, Z, &, AA, BB, & CC, observant que depuis le premier A à l'entrée de la fosse, jusques & compris l'avant derniere BB, toutes ces échelles vont en descendant. La derniere CC remonte dans la derniere culée qu'on fonce actuellement.

Les pompes sont numérotées 1, 2, 3, 4, &c. en commençant par celle du fond, sur quoi il faut observer que la pompe 3 reçoit l'eau non-seulement de la pompe 2, mais encore de la pompe 2 a, qui a aussi une autre pompe de qui elle reçoit l'eau.

La pompe 14 a, qui a deux pompes seulement au-dessous d'elle, se décharge ainsi que celle 14, dans le gouffre 3, où il y a plus de deux cens piés de profondeur d'eau, mais dont on entretient le dessus au niveau du pié des deux pompes numérotées 15, qui portent l'eau aux deux numérotées 16, & celles-ci aux trois numérotées 17, d'où l'eau s'en va par le canal ci-après.

a b Canal souterrein qui passe par des anciens ouvrages, & dont l'eau va se perdre sur la croupe de la montagne du côté du village.

c d Autre canal souterrein qui ne reçoit que les eaux supérieures au sommet de l'échelle B, & qui les conduit aussi dans le vallon du côté du village, mais plus du côté de l'est.

e Haillons ou petites huttes où travaillent les ouvriers d'en haut, c'est-à-dire ceux qui refendent les morceaux qu'on apporte d'en-bas, & donnent à l'ardoise sa derniere façon.

f Crêtes ou treilles d'ardoise, c'est ainsi qu'on appelle de longs tas d'ardoises rangées par qualité & échantillon.

PLANCHE II.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Outils & Equipages du dedans de la Fosse.

A Pic. a est le même pic vû par-devant ; les pics pesent depuis cinq jusqu'à sept livres. Ceux pour le crabotage ont le fer plus court & le manche plus long.

B Espece de masse ou de marteau appellé assez improprement hache d'ouvrage. b est le même outil vû d'un autre sens ; les haches d'ouvrage sont garnies d'acier, elles pesent depuis huit jusqu'à quinze liv.

C, c Face & profil d'un coin.

D, d Face & profil d'un refendret.

Les coins & refendrets ont leur taillant garni d'acier, on n'a donné ici leur figure que pour faire voir la différence du coin au refendret.

E Chevalet ; les chevilles 1 & 2 servent à porter un morceau d'ardoise sur lequel l'ouvrier s'assied pour travailler aux tailles de devant & aux tenures. Voy. Pl. IV. fig. 1. un chevalet f posé sur une longuesse, & un ouvrier a assis sur un pareil chevalet.

F Autre espece de chevalet appellé étapliau, il sert pour asseoir les ouvriers qui travaillent aux tailles de côté. 1, 2 est le siége ; les deux bouts 2, 3 posent sur la longuesse à laquelle on travaille ; la cheville 4 qu'on avance & recule au moyen des trous 5, sert à empêcher l'étapliau de glisser. Voy. Pl. IV. fig. 1. un ouvrier b assis sur un étapliau.

G Hottes dans lesquelles les faiseleux enlevent les décombres. 1, 1, 1 sont les lames. 2 les bretelles qui se font avec des branches tordues ; les faiseleux font eux-mêmes ces hottes qui sont très-légeres.

H Pompe. 1 corps de pompe. 2 la canne. 3 le cheneau. 4 la crosse. 5 la queue de la crosse. 6 la fourchette. 7 la roue ; ces vieilles roues dans lesquelles on fixe la fourchette, lui procurent une assiette solide sur les échafauds saillans où on est obligé d'établir les pompes.

Dehors de la Fosse.

I Plan, & j coupe d'un haillon, dans lequel deux refendeurs & deux hacheurs peuvent travailler commodément.

K, k Face & profil d'un gros ciseau à refendre ; le ci-seau moyen n'a que la même épaisseur, mais il a environ un tiers de plus en longueur, comme on le peut voir par les lignes ponctuées des mêmes fig. K, k ; le ciseau fin n'est autre chose qu'un ci-seau moyen aminci à force d'avoir servi.

L Maillet.

M Profil, & m plan vu d'oiseau du cheval sur lequel le hacheur façonne l'ardoise. 1, 2 est le bequillon dont la partie supérieure 1 se nomme la bride.

N, n, n Rebatret vû de face, de profil & par le bout ; on met communément au rebatret une poignée d'étoffe.

O Oiseau dans lequel on enleve les recoupes.

PLANCHE III.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

Fig. 1. Plan & coupe d'une culée entierement foncée, & d'une autre à foncer ensuite ; on s'est contenté de ponctuer celle-ci.

2. Plan & élévation d'un crabotage. r plan d'un pain de nœuds. S le même pain vû de face.

3. Ouvrier qui travaille dans un crabotage de côté. b c perche sur laquelle il appuye son pié pour ne pas glisser.

4. Ouvrier qui travaille dans le fond d'un crabotage de derriere. a chandelle fixée dans un morceau de terre grasse.

5. Plan & élévation d'un ouvrage composé de trois longuesses H, I, L. a b taille de devant marquée d sur l'élévation. e D taille de derriere marquée s à l'élévation. e a taille de côté. C tailles en travers. S manotte.

6. Plan & coupe d'une manotte marquée S sur cette figure comme sur la fig. 5. a coins placés dans leur tenure.

PLANCHE IV.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

1. Cette figure représente la vue en perspective d'une culée & de ses sept longuesses A, B, C, D, E, F, G ; on a marqué sur la longuesse de devant G, les manottes qu'il faut faire pour placer & battre les coins qui doivent détacher la piece.

H Ouvrier qui travaille à une taille de côté de la longuesse B ; il est assis sur un étapliau dont la queue est retenue contre le devant de la longuesse A, par le moyen de la cheville n.

I Ouvrier qui travaille à faire une tenure sur le devant de la longuesse A, il est assis sur un chevalet dont on voit le pié m.

L Ouvriers qui frappent sur les coins placés au-devant de la longuesse D, afin de la faire lever. o perche sur laquelle l'ouvrier appuye un de ses piés afin de ne pas glisser.

M Ouvrier qui frappe sur une étendelle pour la refendre suivant lá ligne c k, & en détacher par ce moyen un faix ; on ne peut pas voir le coin de fer placé entre cet étendelle & l'intérieur environ à six pouces de leur devant.

e Petite échelle de quatre ou cinq piés de longueur pour le service de la culée.

f Chevalet.

g Ecope pour jetter l'eau.

h Echelle pour descendre dans la culée voisine, d'où on monte ensuite par d'autres échelles jusqu'à la sortie de la fosse.

i l Ligne ponctuée qui marque la séparation du forage de côté qui a été fait d'abord, d'avec le forage de la derniere qui a été fait ensuite.

2. Cette figure représente la coupe d'une galerie inclinée, dont la partie c g h d supposée pratiquée dans de mauvaise terre, a le ciel & les côtés entierement revêtus en charpente. La partie l n f e taillée dans le grais se soutient seule.

a Ouvrier chargé d'un faix & qui monte le long de l'échelle f e.

b Autre ouvrier qui fourre le bout de son faix sous un des boursons de l'échelle c d, afin de se garantir de quelque chose qu'il entend tomber au-dessus de lui.

3. Bloc d'ardoise dont la surface A B C D est supposée parallele au ciel de la carriere, & sur lequel on a marqué tous les différens délits qui se rencontrent dans cette pierre.

1, 2, 3 Naye ou laye.

7, 8, 9, & 4, 5, 6 Avantages.

13, 14, 15 Rifléau.

10, 11, 12 Macquerie.

4. Cette figure représente la vue en perspective de partie d'une culée entierement foncée, avec une petite rigole a a a, & une perche b e, pour diriger dans le canal e les eaux qui filtrent du ciel & des parois de cette culée.

PLANCHE V.

Bibliothèque Mazarine, exemplaire 2° 3442, numérisé par l’ENCCRE. Licence CC BY-NC-ND 3.0 France — pas d’utilisation commerciale, pas de modification. Le texte de ce site est sous une autre licence, CC BY-SA 3.0.

1. Cette figure représente l'intérieur d'un haillon, & une partie du terrein à côté.

a Refendeur qui refend le reparton 1.

b Hacheur ou rebatteur placé sur son cheval 2 3, sur lequel il débite en ardoise les pieces d'en-haut 5, à mesure que le refendeur les fait. Les recoupes tombent dans l'oiseau 4.

c Faiseleux qui emporte un oiseau rempli de recoupes qu'il va jetter hors du haillon.

d Crêtes ou treilles d'ardoises toutes rangées & comptées.

2. Cette figure représente le plan & le profil d'un banc d'ardoise moins épais que celui de Rimogne.

A B C D Profil du haut du banc qui se prolonge beaucoup au-delà de C D.

a b c Entrée de la fosse.

G E F H K Galerie de niveau ou à-peu près.

H Q R E Galerie inclinée suivant le banc.

P V I S & M T X N Etais ou piliers.

Mémoire sur les Ardoisieres qui se travaillent par galeries couvertes.

Les ardoisieres situées le long de la Meuse au-dessous de Charleville, ont leur banc incliné, & la roche mêlée de cailloux qui le couvre, est si dure, qu'il seroit souvent impossible, ou au molns toujours trop couteux de le découvrir pour l'exploiter à ciel ouvert: c'est pour cette raison qu'on les travaille par galeries.

Je ne crois pouvoir rien donner de plus instructif sur l'exploitation de ces sortes d'ardoisieres que la description de celle de Rimogne, une des plus considérables du pays, avec le détail des différentes manœuvres qui s'y font depuis la séparation de la pierre avec le reste du banc, jusqu'à ce que l'ardoise soit remise au Facteur. Ce Facteur est un commis préposé par le propriétaire de l'ardoisiere pour veiller à son exploitation, recevoir l'ardoise des ouvriers qui l'ont façonnée, & la débiter ensuite aux marchands, c'est-à-dire aux acheteurs à mesure qu'il s'en présente.

L'ardoisiere de Rimogne est située sur une hauteur à quatre petites lieues ouest de Charleville. Son banc que les ouvriers appellent la Planche, a plus de 60 piés d'épaisseur, mais on ne l'exploite que sur 40 ou 45 piés, tant parce qu'il faut réserver un ciel de bonne pierre, que parce que sa partie inférieure que les ouvriers nomment pierre grenue, est trop aigre & trop dure pour pouvoir être débitée en ardoise. Ce banc est incliné d'environ 40 degrés du nord au sud ; il a outre cela un devers de l'est à l'ouest d'environ un demi-pouce par pié: on ne connoît point sa longueur. Lorsque les ouvriers sont arrivés à une certaine distance, ils aiment mieux se jetter de côté que de pousser plus loin, tant par rapport à ce que les épuisemens seroient plus considérables, & à ce que la pierre y est un peu grenue, que parce qu'ils auroient trop haut à la monter ; car le banc étant, comme nous venons de le voir, incliné d'environ 40 degrés, on ne peut pousser en avant de quatre piés, qu'on ne descende en même tems de près de trois. La largeur du banc n'est pas mieux connue que sa longueur ; on sçait seulement qu'elle est au moins de 60 toises, puisqu'il y a des galeries à plus de 30 toises de chaque côté de celle du milieu.

Le plus long discours ne rendroit jamais qu'imparfaitement ce qu'on verra d'un coup d'œil avec le secours de la Planche premiere & de ses renvois. La fig. 1. de cette Planche représente le plan d'une partie du terrein sous lequel sont les galeries. La fig. 2. est une coupe sur la longueur de l'ardoisiere, & la troisieme le plan d'une partie des galeries. Je crois devoir prévenir que pour rendre ces desseins plus intelligibles, on a été obligé de prendre quelques licences, comme d'avoir supposé dans la coupe toutes les galeries sur une même ligne, & d'avoir fait la projection des souterreins sur un plan parallele au ciel de la carriere ; de sorte qu'on voit sur ce plan des souterreins, & sur la coupe beaucoup de choses qui à la rigueur n'auroient dû y être que ponctuées. Il ne faut pas être beaucoup versé dans le dessein, pour sentir la confusion qui en seroit résultée.

On voit par la fig. 2. que comme toutes les galeries sont inclinées suivant le banc, on ne parvient au bout, c'est-à-dire au fond de l'ardoisiere qu'à l'aide de vingt-six échelles plus ou moins grandes qu'on a aussi marquées sur le plan fig. 3. & qui produisent ensemble environ 400 piés de hauteur perpendiculaire. Toutes ces échelles sont jumelles, c'est-à-dire qu'il y en a deux à côté l'une de l'autre, afin que les ouvriers qui montent & ceux qui descendent, ne se causent mutuellement aucun embarras. Indépendamment de cette suite d'échelles, il y en a encore d'autres qui conduisent à d'autres galeries ; car on tire en même tems de la pierre d'ardoise dans plusieurs endroits du banc, mais le plus fort attelier est actuellement (Octobre 1761.) dans la culée a b c d, fig. 2. & 3. On appelle culée un espace quadrangulaire d'environ 60 piés de long, & de 20 ou 22 de largeur, qu'on creuse, & d'où l'on tire de la pierre d'ardoise, jusqu'à ce qu'on ait atteint la pierre grenue. Pour lors on ne va pas plus loin, & l'on dit que la culée est entierement foncée, de sorte que foncer une culée, n'est autre chose que d'en tirer toute la pierre qui est propre à faire de l'ardoise.

Supposons, pour montrer comment se fait ce travail, que A B C D fig. 1. Pl. III. soit le plan d'une culée entierement foncée ; que E F G H soit la coupe sur la longueur de cette même culée, & qu'il s'agisse d'en forer une nouvelle, on ne peut le faire sur le derriere DC, en prolongeant les côtés A D & B C, parce qu'il seroit à craindre que le ciel ainsi en l'air sur une trop grande étendue, ne vînt à manquer. L'usage est de faire un forage de côté a b D e, de vingt-cinq piés de face, sur une largeur D e de vingt ou vingt deux piés: le forage de derriere D c d e, qu'on fait ensuite, forme avec le premier une culée a b c d, pareille à celle A B C D. Les masses a b A & c D C qu'on réserve, & derriere lesquelles on vient ensuite travailler par d'autres galeries se nomment piliers. Celui qui dirige le travail doit veiller à ce qu'on n'affame pas trop ces piliers: on leur donne communément vingt piés d'épaisseur. La fig. 2. de la Pl. I. & la fig. 1. de la Pl. III. font voir que les faces de devant & de derriere des piliers ne sont point verticales, ces piliers étant à-peu-près perpendiculaires sur le ciel de la carriere.

Les dimensions que je viens d'indiquer pour les forages pour les culées & pour les piliers, sont celles qu'on donne le plus ordinairement, car l'ignorance ou la capacité de ceux qui sont chargés de diriger le travail, l'avidité des ouvriers, & la qualité plus ou moins bonne de la pierre dans telle ou telle partie qu'on avoit d'abord destinée pour y foncer une culée, ou pour y réserver un pilier, sont autant de causes qui font varier la situation & les dimensions de ces culées ou de ces piliers. Au-lieu, par exemple, de faire toujours un forage entier, on ne fait souvent qu'un demi-forage. C'est ainsi qu'on appelle celui qui n'a que dix à onze piés de largeur, au-lieu de vingt ou vingt-deux, car la dénomination de demi-forage se prend toujours par rapport à sa largeur de l'est à l'ouest, & sans avoir égard au plus ou moins de longueur du nord au sud. Un forage entrepris sur A B ou sur a b, & sur D C ou d c, s'appelle un forage debout ; mais celui sur A B ou a b, vû la partie supérieure du banc, prend le nom particulier de forage de devant, comme celui sur D C ou d c vers sa partie inférieure s'appelle forage de derriere. Quant aux forages entrepris sur D A & d a, ou sur C B & c b, on les nomme toujours & sans aucune distinction forages de côté.

Un forage soit debout soit de côté, se commence toujours vers le ciel de la carriere. Ce commencement de travail qui se fait immédiatement sous le ciel, se nomme crabotage, & comme presque toute la pierre qu'on tire d'un crabotage tombe en pure perte, on le fait le plus petit, c'est-à-dire le moins haut qu'il est possible ; cette hauteur est ordinairement de deux piés & demi: ainsi le crabotage i F m l fig. 1. Pl. III. n'a que deux pouces & demi de i en F, de sorte que quand il est fini il forme une espece de boîte de vingt-cinq piés de long, vingt-deux piés de largeur, & deux piés & demi seulement de hauteur, dans laquelle on entre par le seul côté i F ml.

Avant que d'entrer dans aucun détail sur la maniere dont se fait le crabotage, & sur toutes les autres manœuvres relatives à l'exploitation de cette ardoisiere, il est bon de prévenir qu'on trouvera sur la Pl. II. les desseins de tous les différens outils qui servent à cette exploitation. Je me contenterai, pour ne pas alonger inutilement le discours, de renvoyer à cette Planche la premiere fois que j'aurai occasion de parler de ces outils.

Outre les outils représentés sur la Planche II. on se sert encore pour soulever & manœuvrer les gros blocs d'ardoises, de grands leviers de bois & de piés-de-chevre & de ringards de fer, trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en donner la figure ; il en est de même des écopes pour jetter l'eau, des petites échelles & des grandes ; ces dernieres doivent être fort solides, c'est pour cela qu'on donne à leurs jumelles quatre & cinq pouces d'équarrissage, & aux boursons deux pouces de diametre au milieu.

Le crabotage commençant toujours au ciel de la carriere, les ouvriers ne peuvent y travailler sans s'échafauder ; les échafauds dont ils se servent n'ont rien de particulier que leur extrême légereté: ceux pour les forages debout, que les ouvriers nomment hourdages, sont soutenus par deux pieces de bois qu'ils nomment béculs, & qui sont placées en goussets dans les deux angles de la culée ; on pose sur ces deux béculs deux traverses qu'on recouvre avec des perches & des claies, auxquelles on donne un peu de devers du côté de l'ouvrage. Les échafauds pour les crabotages de côté se nomment houres, & comme ils sont beaucoup plus longs que les autres, au-lieu de faire porter les traverses sur deux béculs, on les soutient avec des perches qui montent de fond. C'est sur ces échafauds que les ouvriers se placent pour commencer le crabotage en piochant avec un pic A Pl. II. Les décombres sont enlevés ensuite dans des hottes G même Planche, par de petits garçons appellés faiseleux, qui les portent dans d'anciennes culées ; on les y jette souvent sans autre dessin que de s'en débarrasser ; quelquefois cependant on les arrange par assises pour contre-buter les piliers, & même pour soutenir le ciel lorsqu'on s'apperçoit qu'il y a du danger.

Outre qu'il faut savoir prendre le sens de la pierre pour la piocher avec avantage, il y a encore des attentions à avoir pour que tout ce qui sort du crabotage, ne tombe pas en pure perte. Les ouvriers en tirent ce qu'ils appellent des pains de nœuds ; ce sont des morceaux d'environ un pié de long, un pié de large, & dix-huit pouces de hauteur, avec lesquels on peut par conséquent faire de l'ardoise. Voici comme on se procure ces pains de nœuds.

Soit D e a b fig. 2. Pl. III. le plan d'une masse d'ardoise à craboter, & i F m l la face verticale de cette même masse, on commence par creuser avec le pic vers m l un trou n o m l de deux piés & demi de hauteur, qui est celle du crabotage, environ deux piés de largeur & un pié de profondeur ; on réserve ensuite un pain de nœuds S d'un pié de large & un pouce & demi de hauteur qu'on détache du dessous p n l & du côté q p, par une tranchée d'un pié de largeur seulement, & d'un pié de profondeur, comme le trou n o m l: le pain isolé pour-lors par quatre de ses faces, ne tient plus que par le haut & par sa queue, qu'on a même eu attention de démaigrir, comme on le peut voir par le plan r de ce pain. C'est alors qu'on le détache en le frappant de côté à grands coups de hache d'ouvrage B Pl. II. On forme & enleve ainsi successivement tous les pains de nœuds ponctués, tant au plan que sur l'élévation fig. 2. Pl. III. après quoi le crabotage se trouve fait sur un pié de profondeur. On enleve ensuite de la même maniere une seconde file de pains de nœuds, puis une troisieme, & ainsi successivement jusqu'à ce que le crabotage soit tout-à-fait achevé, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la ligne e a.

Les ouvriers sont certainement bien peu à leur aise dans le fond des crabotages, pas aussi mal cependant qu'on pourroit se l'imaginer, d après ce qui a été dit, qu'on ne donnoit à ces crabotages que deux piés & demi de hauteur. Les fig. 3. & 4 de la Pl. III. font voir quelle facilité les ouvriers tirent dans cette occasion de la grande inclinaison du banc, qui fait qu'ils ne sont réellement qu'un peu couchés sur le côté, au-lieu d'être courbés comme on le croiroit d'abord.

Le crabotage une fois achevé, on divise la masse e a b D fig. 5. Pl. III. en trois longuesses H, I, L, par le moyen d'une taille de devant le long de a b, marquée d sur l'élévation d'une de derriere le long de e D, marquée s sur la même élévation, d'une de côté le long de e a, & de deux autres marquées C, tant au plan qu'à l'élévation. Les tailles sont, comme on le peut voir par ce plan & cette élévation des tranchées, de six à neuf pouces de largeur, & de douze à 15 pouces de profondeur, elles servent a isoler les quatre côtés des longuesses qui le sont déjà par dessus, de sorte qu'il n'y a plus que leur dessous qui tienne au reste du banc, dont on les sépare pour-lors avec des coins comme nous le verrons un peu plus bas.

Outre la taille de devant qui sépare la premiere longuesse d'avec le devant a b de la culée, on fait encore à cette longuesse des trous S de pareille profondeur de douze à quinze pouces sur autant de largeur, & dix-huit ou vingt-un pouces de longueur ; ces trous se nomment manottes, ils donnent la facilité de placer & de frapper ensuite avec la hache d'ouvrage les coins C Planche II. qui doivent faire lever la longuesse. Il est essentiel d'observer qu'à quelque endroit qu'on place un coin, soit dans le fond d'une manotte ou ailleurs, on lui prépare toujours l'entrée avec le pic, & ce petit trou fait pour recevoir le coin s'appelle une tenure. La fig. 6. représente le plan & la coupe d'une manotte avec les coins a placés dans leurs tenures, & prêts à être frappés. On met ordinairement dans chaque manotte deux coins, sur lesquels des ouvriers placés, un vis-à-vis de chaque manotte, frappent alternativement, & de maniere cependant que tous les ouvriers frappent toujours ensemble. Quand les coins se trouvent une fois enfoncés jusqu'à la tête, & que la longuesse n'est pas encore détachée, on en insinue de plus épais, & toujours ainsi successivement jusqu'à ce qu'elle ne tienne plus ; une longuesse ainsi séparée du reste du banc prend le nom de piece d'en-bas.

Une piece d'en-bas qui a environ quinze pouces d'épaisseur, se divise avec des refendrets D Pl. II. c'est-à-dire des coins plus minces, en deux ou trois étendelles qui n’ont plus que cinq à six pouces d’épaisseur, & qu’on divise encore avec les mêmes refendrets ou avec d’autres plus déliés, chacune en deux ou trois étendelles plus minces, de sorte qu’une de ces dernieres étendelles, lorsqu’il n’y a point de délit dans la pierre, ou lorsqu’il n’arrive point d’accident, ce qui est à la vérité fort rare, est une table d’ardoise d’environ vingt piés de long, sept de large, & deux pouces d’épaisseur. On débite ensuite ces étendelles sur leur longueur en fax ou faix, ainsi nommés sans doute, parce qu’ils font communément la charge d’un homme: on donne à ces faix depuis douze jusqu’à quinze pouces de largeur, & ils ont de longueur environ sept piés, qui est la largeur de l’étendelle. Pour débiter une étendelle en faix, on met dessous cette étendelle à quelques pouces près de son devant, un coin de fer, & on frappe sur l’étendelle avec la hache d’ouvrage, précisement à plomb de l’endroit qui porte sur le coin. Après deux ou trois coups, souvent même dès le premier, l’étendelle se fend assez droit du devant à l’arriere: on pousse ensuite le coin douze ou quinze pouces plus loin, & en frappant de nouveau, on fait encore un nouveau faix, on continue de même jusqu’à ce que toute l’étendelle soit débitée. Ces faix sont enlevés à mesure pour être portés au dépôt, qui est environ à moitié chemin de l’ouverture de la fosse vers le pié de l’échelle cotée N sur les fig. 2. & 3. de la Planche premiere.

Je suis entré dans le plus grand détail sur la mamere de détacher cette premiere longuesse de devant, & de la débiter en étendelles & en faix, parce que toutes les autres longuesses s’enlevent & se débitent de même, sur quoi l’on doit seulement observer que la longuesse de devant une fois enlevée, cela donne du jeu pour battre les coins qui doivent faire lever la suivante, sans qu’il soit besoin de faire de manottes, on se contente de tenures qu’on espace de pié-en-pié. Les ouvriers qui sont pour lors moins gênés que lorsqu’il faut battre les coins dans les manottes, frappent chacun successivement sur trois coins, sans être obligés pour cela de changer de place, parce qu’ils se mettent vis-à-vis celui du milieu ; quand les trois longuesses sont enlévées, on en enleve de la même maniere trois autres inmédiatement au-dessous des trois premieres ; & comme le forage se trouve alors avoir plus de cinq piés de hauteur, & qu’on y est très à son aise, on peut commencer le crabotage de la partie d e D c fig. 1. Pl. III. Ce crabotage une fois achevé, toute la culée sera entamée, & il ne s’agira plus que de la foncer, en formant dans la nouvelle partie des longuesses pareilles à celles de la premiere, & en les détachant & débitant de la même maniere. Il est bon d’observer à ce sujet que pour mettre le travail tout-à fait en regle, il ne faut pas faire d’abord toutes les tailles qui séparent les longuesses aussi profondes les unes que les autres. On doit donner plus de profondeur à celles de devant qu’à celles de derriere, afin que ces longuesses forment des especes de gradins, comme on le voit dans la culée a b c d des fig. 2. & 3. de la Planche premiere, cela donne la facilité d’exploiter toutes les longuesses en même tems, ce qu’on ne pourroit pas faire si toutes avoient leur dessus dans le même plan. La fig. 1. de la Planche IV. servira à éclaircir tout ce que nous venons de voir, elle représente la vue en perspective d’une culée où plusieurs ouvriers exécutent les plus essentielles des manœuvres relatives à son exploitation.

Nous avons vû qu’à mesure que les ouvriers d’en-bas, c’est-à-dire ceux qui travaillent à foncer les culées, avoient divisé une étendelle en faix, ils portoient ces faix à un dépôt environ à moitié chemin de la culée à la sortie de la fosse, c’est à ce dépôt que les ouvriers d’en-haut viennent prendre les faix pour les porter dans leurs haillons, c’est-à-dire dans les petites huttes, où ils débitent ces faix, & où ils donnent à l’ardoise sa derniere façon ; les uns & les autres portent ces faix sur leur dos presque toujours sans y mettre la main, tel est celui marqué a, fig. 2. Planche IV. Celui marqué b enfonce le bout de son faix sous un des boursons de l’échelle, & monte en même tems un bourson de plus pour se garantir de quelque chose qu’il entend tomber au-dessus de lui, & même pour le retenir. Cette précaution est presque toujours superflue, les ouvriers qui sentent leur faix glisser ayant ordinairement l’attention, lorsqu’ils ne peuvent le retenir, de le rejetter promptement de côté & en-dehors de l’échelle.

Comme les faix pesent communément plus de deux cens livres, les ouvriers quand leur tour vient de les porter, endossent une espece de sarot appellé bassat, qui n’est autre chose qu’un vieil habit dont le dos est matelassé. Tous les ouvriers soit d’en-haut, soit d’en-bas ont aussi ce qu’ils appellent waguettes: ce sont des morceaux de feutre qu’ils attachent avec une courroie sur le devant de leurs jambes. Ces waguettes servent à amortir les coups qu’ils sont sujets à se donner contre les angles de la pierre & contre les boursons des échelles.

Les ouvriers se servent de chandelle pour éclairer leur travail du dedans de la fosse, mais ils portent leurs faix sans aucune lumiere, soit dans les galeries, soit sur les échelles, à force de passer par le même endroit il se forme dans les galeries des especes d’augets dans lesquels les ouvriers sont couler leurs piés, ce qui les dirige dans leur marche.

Nous venons de conduire les faix dans les haillons, mais avant que d’expliqner la maniere dont on y façonne l’ardoise, il convîent de dire un mot de la nature de celle qu’on tire de cette carriere, & même des autres carrieres voisines. Il n’est pas moins essentiel d’indiquer les précautions qu’il faut prendre pour donner à l’air de la fosse une libre circulation, & pour se débarrasser des eaux qui filtrent à-travers les délits de la pierre.

De toutes les ardoises qui se tirent aux environs de Charleville, celle de Rimogne approche le plus de celle d’Angers, tant par sa qualité que par sa couleur, qui est d’un bleu très-soncé. Celle de Saint-Louis au contraire est verdâtre & parsemée d’une infinité de petits grains métalliques, ou au-moins pyriteux ; aussi rencontre-t-on souvent dans l’ardoisiere de Saint-Louis & dans les autres ardoisieres situées sur le bord de la Meuse, de petites pyrites cubiques couleur de cuivre, qu’on ne trouve point dans celle de Rimogne ; on ne trouve dans aucune de ces ardoisieres ni coquilles ni impressions de poissons, ce qui est d’autant plus extraordinaire qu’il y a dans les terres voisines & dans les carrieres de pierres à bâtir des environs beaucoup de coquilles fossiles ou pétrifiées. Le banc de Rimogne est le plus épais qu’on connoisse dans le pays, il est plein & uniforme: on y rencontre peu de craies ou cordons, c’est ainsi que les ouvriers appellent des veines de cailloux qui empêchent que la pierre ne se débite facilement & à profit. On y rencontre aussi peu de délits par comparaison aux autres ardoisieres du voisinage. Ces délits, qui ne sont autre chose que des fentes remplies d’une matiere plus tendre, prennent suivant leur position par rapport à celle du banc, différens noms, qu’il ne faut pas ignorer lorsqu’on veut converser avec les ouvriers, & en tirer quelques éclaircissemens sur leur travail. Ils appellent naye ou laye tout délit vertical qui se trouve à-peu-près dans le sens de la longueur du banc ; lorsque la laye au-lieu de se soutenir dans la verticale, s’en éloigne en plongeant de l’est à l’ouest, ou de l’ouest à l’est, elle prend le nom d’avantage. Le délit qui plonge dans le banc du nord au sud s’appelle rifleau, & celui qui y plonge en sens contraire, c’est-à-dire du sud au nord s’appelle macquerie. En général on nomme délit en couteau ou en becuant, tout délit qui n’est pas à l’équerre sur la surface du banc. On a marqué tous ces différens délits sur un bloc d’ardoise représenté fig. 3. de la Pl. IV. à laquelle on peut avoir recours, ainsi qu’à son explication. Il faut avoir une grande attention aux délits qui peuvent se rencontrer dans les piliers qu’on laisse pour soutenir le ciel ; car comme ces piliers sont inclinés à l’horizon, une tranche comprise entre deux délits aussi inclinés peut facilement glisser, même quand ces délits sont paralleles, & à plus forte raison lorsqu’ils forment un coin dont la tête est du côté où le banc plonge.

Lorsqu'on pousse plusieurs culées à la suite les unes des autres, sans leur donner aucune communication avec les ouvrages voisins, il est assez ordinaire que l'air cesse de circuler dans toute cette partie, mais surtout dans la derniere culée. On est averti du danger qu'y courent les ouvriers par l'impossibilité qu'il y a d'y conserver de la chandelle allumée. Dans ce cas il faut ouvrir une communication entre la culée la plus proche de celle où on ne peut pas rester sans danger, & quelques anciens ouvrages, c'est le seul moyen dont on se soit servi jusqu'à présent pour entretenir la circulation de l'air dans cette carriere, parce que les ouvrages y ont marché assez également sur la largeur du banc pour qu'il ait toujours été facile d'ouvrir ces communications d'un ouvrage à l'autre. Dans une carriere où on ne pourroit pas se les procurer, il faudroit avoir recours aux moyens usités en pareil cas dans les mines & autres souterreins.

C'est beaucoup que d'avoir assuré le ciel de la carriere & d'avoir donné à l'air de la fosse une libre circulation, mais il n'est pas moins important de ne se pas laisser gagner par les eaux ; leur dérivation est la partie la plus délicate de l'exploitation d'une ardoisiere, tant par rapport à la dépense immense qu'entraînent les épuisemens lorsqu'ils sont mal conduits, que parce que le peu d'intelligence de la plûpart des facteurs à cet égard, met souvent dans le cas d'abandonner les meilleures carrieres. L'essentiel est de bien choisir l'emplacement des bassins où on doit réunir les eaux & où les pompes doivent puiser. Comme on se sert communément de pompes aspirantes, ces puisarts ou réservoirs peuvent se placer à environ trente piés au-dessus les uns des autres, mais il y a des circonstances locales qui forcent à les multiplier bien davantage. C'est pour cela que dans l'ardoisiere de Rimogne dont il s'agit ici, il y a dix-sept pompes les unes sur les autres, pour le moins de trois cens piés de hauteur. Je ne parle que de trois cens piés, parce qu'il n'a pas été nécessaire d'élever les eaux jusqu'à l'entrée de la fosse ; elles s'écoulent environ cent piés au-dessous de cette entrée par deux canaux souterteins qui ont leur issue sur la croupe de la montagne. Ces sortes de canaux coûtent ordinairement beaucoup de premiere construction, mais c'est une dépense qui est bientôt regagnée ; aussi doit-on commencer, lorsqu'on ouvre une ardoisiere, par examiner tous les dehors, pour voir s'il n'y a pas moyen de se procurer un pareil canal de décharge, qu'il faut toujours placer le plus bas qu'il est possible. On rejette aussi quelque-fois les eaux dans d'anciennes fosses, qui servent pour-lors de réservoirs aux pompes supérieures ; tel est le gouffre g, fig. 3. Pl. premiere, où se réunissent toutes les eaux inférieures aux quinziemes pompes. Il est sûr que ce seroit une grande dépense, que d'avoir une seconde suite de pompes dans ces anciennes culées abandonnées ; mais il faut être bien sûr des parois d'un pareil gouffre, qui inonderoit en un instant toute la partie basse de la carriere, si jamais les eaux venoient à s'ouvrir un passage vers son fond. On voit par-là combien il est essentiel de n'en pas trop approcher les nouvelles culées qu'on fonce aux environs. Un plan exact des anciens ouvrages seroit une chose bien utile en pareille circonstance. Il est bien étonnant que les propriétaires des ardoisieres n'aient point de pareils plans, sans lesquels on court les risques de faire de grandes fautes, surtout lorsque les ouvrages dans lesquels on veut éviter de tomber sont si anciens, qu'il n'y a plus aucun des ouvriers qui y ont travaillé. Je reviens aux épuisemens.

Comme les puisarts reçoivent toujours, à mesure qu'on monte, d'autres eaux que celles des pompes inférieures, & que souvent même plusieurs suites de pompes viennent se décharger dans le même puisart, non-seulement les pompes supérieures deviennent plus fortes à tirer, mais on est même obligé de les redoubler ; c'est pour cela qu'on voit, fig. 3. Pl. premiere, qu'il y a deux pompes numérotées 15, qui répondent à la quatorzieme, & trois numérotées 17, qui répondent aux deux numérotées 16. Les nouvelles eaux se conduisent dans les puisarts par des rigoles qui partent d'autres petits puisarts, où on les réunit de différentes manieres très-simples. On fait, par exemple, dans les parois des galeries, de petites rigoles a, fig. 4. Planche IV. par le moyen desquelles on ramasse toutes les eaux qui sourcillent le long de ces parois, & même du ciel de la carriere. Lorsqu'il se trouve en quelque endroit de ce ciel comme en b, une petite source qui couleroit le long du plafond vers c, & qui étant trop considérable pour être contenue dans la rigole a, tomberoit dans le fond d, d'où il faudroit ensuite la faire remonter en e ; on dirige tout de suite cette source vers e, en fixant solidement & verticalement une grande perche lisse b e, le long de laquelle l'eau coule d'elle-même.

Voilà tout le travail des ouvriers d'en-bas, nous avons déjà même vû ceux d'en-haut aller chercher les faix à moitié chemin, & les rapporter dans leurs haillons, pour donner à l'ardoise sa derniere façon. On trouvera I, j, Pl. II. le plan & la coupe d'un de ces haillons ; on y met les faix à mesure qu'on les sort de la fosse, il ne faut pas même les y garder trop longtems avant que de les débiter, car la pierre se durcit à l'air au point qu'il n'est quelquefois plus possible de la refendre.

Les ouvriers d'en-haut sont les refendeurs, & les hacheurs ou rebatteurs. Les resendeurs divisent les faix sur leur épaisseur en repartons, ce qui se fait à l'aide d'un gros ciseau K Pl. II. Ces repartons se divisent encore en d'autres plus minces avec un moyen ciseau, & enfin ceux-ci en pieces d'en-haut, soit avec le même moyen ciseau, soit avec le ciseau fin, qui n'est qu'un moyen ciseau devenu plus délié à force d'avoir servi. La fig. 1. Pl. V. représente l'intérieur d'un haillon. a est un refendeur qui débite en repartons un morceau de pierre qu'il place à cet effet entre ses jambes, de maniere qu'il soit serré par le bas entre ses talons, & par le haut entre ses genoux. Outre la différence des ciseaux dont se sert le refendeur à mesure qu'il doit refendre des morceaux plus minces, il y a encore un certain ménagement à avoir dans la maniere de s'en servir. Il consiste à frapper avec le maillet L Pl. II. sur la tête du ciseau qui doit refendre les morceaux les plus épais & les plus durs, à frapper plus doucement avec le même maillet quand la pierre est plus mince & plus tendre, & enfin à ne chasser le ciseau qu'avec la paume de la main, lorsqu'on en est à la derniere division. Il faut aussi, à mesure que le ciseau entre, le frapper de tems-en-tems sur la tranche, pour détacher en même tems la pierre sur toute sa largeur, sans quoi il seroit à craindre qu'- elle n'éclatât à l'endroit du ciseau. C'est toujours par l'angle du faix ou du reparton qu'il faut faire entrer le ciseau ; quelque fois l'angle s'éclatte sous le ciseau, qui se rejette par ce moyen de côté sans entror dans la pierre ; on l'attaque pour-lors par un autre angle. Il y a encore un tour de main essentiel au refendeur ; quand son ciseau est une fois arrivé au tiers ou à moitié de sa pierre, suivant qu'elle est plus ou moins épaisse, il acheve pour-lors de l'enfoncer avec la main seulement, en l'agitant légerement de la droite à la gauche entre les deux feuilles, qu'il sépare enfin tout-à-fait en éloignant d'abord la tête du ciseau & en la remuant ensuite subitement vers lui.

Il faut aussi avoir attention, à mesure que les repartons s'amincissent, de diminuer leur largeur, si elle est trop grande, parce qu'un morceau moins grand est toujours plus facile à refendre. Ce qu'on retranche ainsi avant ne pourroit servir de rien, & si le morceau se refendoit mal faute d'avoir fait ce retranchement, il pourroit très bien se casser de façon qu'il ne seroit plus possible d en tirer une ardoise entiere.

b Même fig. 1. de la Pl. V. est un hacheur ou rebatteur ; c'est lui qui prend les pieces d'en-haut des mains du refendeur, & qui les façonne en ardoise d'échantillon. Il est à califourchon sur une espece de treteau appellé cheval ; la tête de ce cheval est traversée comme on le voit dans la figure, mais encore mieux M Pl. II. par une espece de petite planche qui se nomme béquillon, & dont la partie supérieure qu'on appelle la bride, excede la tête du cheval d'environ trois pouces. C'est sur la bride que le rebatteur sépare de la piece un morceau propre à faire une ardoise, & qu'il façonne ensuite cette ardoise. Il se sertà cet effet d'un rebattret N Pl. II. qu'il tient de champ de la main droite, & dont le tranchant est dirigé par le parement de la bride du côté de ce rebattret. Quand le rebatteur tient de la main gauche un morceau de piece d'en-haut, destiné à former une ardoise ; cette ardoise se trouve toujours entre la main gauche & la bride, & tout ce qui est à droite de cette bride doit s'en aller en recoupes. Ces recoupes tombent dans une espece de petite auge 4, appellée oiseau, qui se place sous la tête du cheval, & dont on voit le dessein en grand O Pl. II. un petit faisceleux prend l'oiseau lorsqu'il est plein, & va le vuider en-dehors du haillon ; ce sont ces recoupes qui ont formé les especes de petites montagnes qu'on voit sur les fig. 1. & 2. de la Planche premiere.

Les hacheurs encore novices se servent de leur rebattret pour donner à l'ardoise la longueur qui lui convient, c'est pour cela que la longueur du rebattret est précisément de onze pouces, qui est celle de l'ardoise moyenne. Ils donnent à-peu-près un pouce de plus à la grande, & un pouce de moins à la petite: on peut aussi dans la même vue, donner à la bride la largeur de l'ardoise moyenne, mais quand un ouvrier est une fois formé, il façonne son ardoise au simple coup-d'œil sans jamais se tromper. On commence ordinairement par faire le bout ou le pié de l'ardoise qui doit être en ligne droite, ensuite les côtés qui le sont aussi jusqu'à environ moitié de leur longueur, & on finit par la tête, qui est arrondie quelquefois même assez irrégulierement ; c'est cette irrégularité de la tête qui sauve les ouvriers. Ils font cependant de l'ardoise quarrée qui a ses quatre angles à l'équerre, mais elle est beaucoup plus chere que l'autre, parce qu'elle occasionne bien davantage de déchet. On sent que ce déchet seroit encore bien plus considérable si on ne faisoit que de la quarrée. Il paroît même qu'on ne multiplie pas assez les échantillons, ce qui fait perdre beaucoup de pierre, d'autant plus qu'il faut toujours que la longueur de l'ardoise soit dans le sens de la longueur du banc.

Il faut beaucoup de tems avant qu'un ouvrier puisse devenir bon hacheur, non-seulement parce qu'il faut travailler fort vîte à ce métier pour y gagner quelque chose, mais encore parce qu'il faut à cet ouvrier un coup-d'œil juste pour voir sur-le-champ en prenant une piece, combien il en pourra tirer d'ardoises, & de quel échantillon. Comme la pierre est au compte des ouvriers qui se chargent de la tirer, de la monter, de la débiter, de la façonner, & délivrer ensuite pour un certain prix fixé par le propriétaire de la carriere, on voit combien l'ouvrier qui sait tirer le meilleur parti de sa pierre a d'avantage sur les autres. Le hacheur range ses hardoises à mesure qu'il les fait, non-seulement par échantillon, mais encore par épaisseur, parce que dans le même échantillon il y a de la grosse, de la moyenne & de la fine, suivant que la piece étoit plus ou moins épaisse.

Les échantillons qui se font à la carriere de Rimogne & dans beaucoup de celles des environs sont la quarrée de douze pouces de long sur huit de largeur ; le barra d'un pié sur sept pouces ; la demêlée de onze pouces sur six ; & la flamande de dix pouces sur six pouces & demi. La quarrée seule a, comme nous l'avons déjà vû, ses quatre angles à l'équerre, les trois autres ont leur tête arrondie, mais le barra & la demêlée ne sont faits que pour avoir quatre pouces de pureau, c'est-à-dire qu'elles n'ont leurs côtés en ligne droite que jusqu'à un peu plus de quatre pouces de leur pié, au-lieu que la flamande, quoique plus courte que les autres, peut porter cinq pouces & demi de pureau, c'est en quoi elle est préférable. On fait aussi, avec les rebuts, des faiseaux, c'est le nom qu'on donne à des ardoises irrégulieres par leur forme & par leur épaisseur, elles servent à couvrir les maisons du pays, & se posent sur un mortier de terre.

Tous les jours, le matin & le soir, les ouvriers sortent du haillon l'ardoise qui s'y trouve façonnée, & la portent à leurs crêtes ou treilles ; on nomme ainsi de grandes files d'ardoises f f, fig. 1. & 2. Planche premiere, où les ardoises sont rangées par nature & par échantillon, elles y sont aussi toutes comptées & divisées par cent, comme on le voit en d, fig. 1. Pl. V. c'est-à-dire que chaque nouveau cent saille en-devant d'environ un quart de pouce sur celui qui le précede. Les bouts de chaque crête sont retenus par un morceau d'ardoise fiché en terre qu'on nomme pé ou pey. C'est sur un des peys qu'on écrit la quantité d'ardoises qu'il y a dans chaque crête, & le nom du chef de la bande à qui cette crête appartient, car les ouvriers ne livrent leurs ardoises au facteur que deux fois l'année, à la S. Jean & à Noël ; cela n'empêche pas qu'on ne leur donne de tems-en-tems des à comptes, suivant qu'ils ont plus ou moins d'ardoises de faites, mais ils répondent de la quantité jusqu'à ce qu'elle ait été livrée à une des deux époques susdites, après quoi elle est au compte du maître, ou au moins du facteur.

L'ardoisiere de Rimogne occupe actuellement près de cent vingt ouvriers, non compris le facteur & les maréchaux employés à réparer les outils. On compte parmi ces cent vingt ouvriers cinquante maîtres écaillons, & trente ou trente-cinq petits faiseleux qui servent les écaillons. Les autres sont appellés Tireurs, & font agir les pompes ; ce sont presque toutes femmes & filles. Les cinquante maîtres écaillons sont divisés en six ou sept bandes appellées couples. Un couple est ordinairement composé de huit hommes, dont cinq travaillent en-bas ; ce sont eux qui, comme nous l'avons déjà vû, séparent la pierre du banc, la débitent en étendelles & en faix, & montent les faix à moitié chemin. Les trois ouvriers d'en-haut qui prennent la pierre au dépôt & la montent dans les haillons, sont les mêmes qui refendent les faix en repartons & en pieces, & débitent les pieces en ardoises. Quand le travail du fond de la fosse est difficile, & que les ouvriers d'en-bas ne tirent pas assez de pierre pour entretenir ceux d'en-haut, un ou deux de ceux-ci descendent pour aider les autres ; tout le couple même travaille en-bas, pendant tout le tems que dure le crabotage ; & comme c'est une opération qu'on a intérêt de hâter, & que tous les huit ne peuvent cependant pas ordinairement y travailler en même tems, ils reprennent successivement le travail qui se continue par ce moyen jour & nuit. C'est par cette raison que tous les ouvriers d'en-haut savent travailler en-bas, au-lieu qu'il y a beaucoup d'ouvriers d'en-bas qui ne savent pas travailler en-haut ; l'ouvrage se fait cependant en commun, c'est-à-dire que ce que le maître de l'ardoisiere paye pour chaque mille d'ardoises qui est livré à son facteur, se partage également entre tous les ouvriers du couple. Quant aux cinq ou six petits faiseleux qui les servent & qui enlevent les décombres & recoupes, tant au-dedans qu'au-dehors de la fosse, ils n'ont d'autre payement que ces mêmes recoupes & quelques morceaux de bonne pierre que les maîtres ouvriers leur donnent ; ils en font des faisaux & de l'ardoise qu'ils vendent à leur profit, mais toujours au propriétaire de l'ardoisiere, dont le facteur seul peut vendre & débiter aux particuliers.

On voit par tout ce qui précéde que le propriétaire de l'ardoisiere reçoit l'ardoise toute façonnée de la main des ouvriers qui se fournissent d'outils & de lumiere. Il ne la leur paie même que moitié de ce qu'il la vend ; mais il ne faut pas croire pour cela que cette seconde moitié soit tout gain. Il faut qu'il préleve dessus les droits dus au seigneur, les premiers frais de l'ouverture de la fosse, l'intérêt de ses avances, les appointemens de son facteur, une certaine somme qu'il donne pour chaque crabotage qui s'adjuge ordinairement au rabais. & toujours avec la condition que les mêmes qui auront fait le crabotage, exploiteront à leur profit la pierre qui se trouvera au-dessous. Le propriétaire de l'ardoisiere est encore tenu de la fourniture des bois nécessaires pour les houres & hourdages, & pour les étayemens, de la fourniture & entretien des échelles, de la construction & entretien des grands conduits souterreins, & de la fourniture & entretien des pompes. Quant aux tireurs qui font agir ces pompes, il les paie seul pendant tout le tems qu'on ne travaille pas dans la fosse ; mais il n'en paie plus que la moitié, quand une fois le travail de la fosse est ouvert ; il faut savoir, pour entendre ceci, que ce travail ne va pas toujours. On le suspend ordinairement depuis la fauchaison jusqu'à-près les moissons, tant parce que les ouvriers trouvent dans cette saison à gagner de plus fortes journées, en travaillant à la campagne, que parce que s'ils travailloient toute l'année, ils feroient plus d'ardoise qu'on ne trouve à en vendre. C'est pour intéresser les maîtres ouvriers à diminuer autant qu'il est possible, la dépense des épuisemens, qu'on leur fait payer entre eux tous la moitié de cette dépense pendant qu'ils travaillent. C'est aussi pour la même raison qu'ils sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de faire & entretenir les rigoles & les conduits pour diriger les eaux au pié des pompes. La dépense des épuisemens n'est pas considérable à l'ardoisiere de Rimogne. On n'y fait communément aller les pompes que depuis quatre heures du matin jusqu'à neuf, au plus tard jusqu'à midi, & cela suffit ordinairement jusqu'au lendemâin.

Je n'ai point cru devoir me borner au détail de l'art ; je suis aussi entré dans celui de la police du travail, parce que le but du Dictionnaire encyclopédique est d'étendre non-seulement les arts, mais encore le commerce, & que c'est de l'ordre & de l'économie que dépend ordinairement le succès des grandes entreprises. Pour ne rien laisser à desirer de ce qui peut contribuer à en faire d'avantageuses en ce genre, je vais expliquer de quelle maniere on doit s'y prendre pour exploiter un banc qui auroit beaucoup moins d'épaisseur que celui de Rimogne.

A B C D, fig. 2. Pl. V. le profil de la partie de devant d'un banc d'ardoise de 12 ou 15 piés seulement d'épaisseur enfermé entre deux lits de cailloux. Celui de dessous est indifférent, mais il faut absolument qu'il y ait en-dessous un banc de cailloux, d'autre ardoise, ou de pierre ; car si c'étoit de la terre ordinaire & sans consistance, la dépense qu'il faudroit faire pour soutenir le ciel, couteroit plus qu'un banc aussi peu épais ne pourroit rapporter. Si le banc avoit plus de 12 ou 15 piés d'épaisseur, & qu'il fût recouvert de mauvaise terre, on pourroit sacrifier une partie de ce banc pour former un ciel: supposant donc qu'on puisse s'en procurer un solide le long de B C, il faut commencer par ouvrir vers le flanc de la montagne une galerie dont l'entrée est marquée E F au plan de la même fig. 2. & a b c au profil. Comme ces galeries coutent beaucoup à faire, elles sont ordinairement fort étroites & fort basses ; il suffit que deux hommes puissent y passer à côté l'un de l'autre en se baissant par rapport à la grande inclinaison des parois de la galerie dont la coupe, comme on le voit par la figure, est un triangle.

Cette premiere galerie doit être prolongée indéfiniment vers le cœur de la montagne comme en K, afin de savoir si le banc a assez de largeur pour qu'on puisse espérer quelque profit à le travailler. On a aussi attention de conduire cette galerie un peu en montant, afin de diriger vers le dehors les eaux qui viennent d'en-haut, & qu'il est essentiel de ne pas laisser tomber dans la partie inférieure. Lorsqu'on s'est une fois assuré que le banc mérite la peine d'être exploité, ou ouvre à un point tel que H, une nouvelle galerie à l'équerre sur la premiere. On lui donne six piés de largeur & autant de hauteur que le banc, ciel réservé comme de raison, lorsqu'on a trouvé nécessaire d'en laisser un. Quand la pierre qui sort d'une galerie, est de bonne qualité, on ne la pioche pas toute en décombres, & on tâche d'en sauver quelques morceaux propres à faire de l'ardoise ou au-moins des faisceaux, comme nous avons vû que le font les craboteurs de Rimogne. Cette seconde galerie doit être inclinée suivant le banc, on la prolonge jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la bonne pierre dans laquelle on entre même de 26 piés. Supposant donc que la pierre soit déja de bonne qualité au point H, il faudra donner à la galerie 26 piés de G en I. On exploite ensuite les masses d'ardoise H I P K & L M N O de droite & de gauche de cette galerie. Cette exploitation se fait par parties successives de 20 piés de largeur en commençant toujours vers le haut par un crabotage de deux piés & en formant ensuite des longuesses qui se débitent par pieces & par étendelles comme à Rimogne. On pousse ce travail aussi loin qu'il est possible, c'est-à-dire autant que la pierre se trouve bonne, ou qu'il ne se rencontre pas des obstacles qui forcent de s'arrêter. Il y a, par exemple, le long de la Meuse des ardoisieres dont le banc s'étend sous cette riviere. On voit aisément qu'il faut être arrivé à une certaine profondeur avant que de pouvoir y pousser des galeries, & que si on en établissoit trop peu au-dessous du fond de la riviere, on courroit risque d'y être submergé en un instant, mais à une certaine profondeur il n'y a plus aucun danger: aussi tient-on qu'il y a dans l'ardoisiere de Saint-Louis beaucoup de ces galeries qui passent sous la Meuse.

Quand on a une fois poussé le travail aussi loin qu'il a été possible de droite & de gaucbe de la galerie H I M L, on en ouvre une nouvelle I Q R M suivant l'inclinaison du banc comme la premiere, mais on lui donne 36 piés de longueur, afin qu'en exploitant encore de droite & de gauche sur 26 piés de Q en S, & de R en T, il puisse rester des piliers ou plutôt des étais P I S V & N M T X de dix pies d'épaisseur. Tout le banc s'exploite ainsi successivement par chambrée de 26 piés de largeur entre lesquelles il y a des murs de 10 piés d'épaisseur. Cette largeur de 26 piés doit cependant varier suivant que le ciel est plus ou moins solide ; mais les accidens ne sont jamais bien fréquens dans un banc de peu d'épaisseur par la facilité avec laquelle on peut les prévenir & à peu de frais. Indépendamment des piliers qu'on réserve quelquefois à cet effet dans le sens de la longueur du banc, on en fait encore dans le même sens avec les décombres. J'ai déja observé, en parlant de l'ardoisiere de Rimogne, qu'une infinité de circonstances obligeoient à s'écarter dans la position & les dimensions des galeries & des piliers, de l'ordre qu'on s'étoit d'abord proposé: on fait souvent, par exemple, surtout lorsque le banc est large, plusieurs galeries paralleles à H Q R L, & on n'attend pas toujours que les chambrées à droite & à gauche d'une galerie soient entierement foncées, pour la prolonger & pour attaquer le banc à droite & à gauche de ce prolongement ; tout cela dépend de l'intelligence & de la prudence de celui qui est à la tête de l'exploitation.

Ce que nous avons vû de la maniere de ranger les échelles & d'épuiser les eaux de l'ardoisiere de Rimogne peut s'appliquer à toutes les autres ardoisieres, avec certaines modifications relatives aux circonstances. Lorsque les eaux, par exemple, sont trop abondantes, on peut au-lieu de simples pompes à bras, se servir de machines plus compliquées, auxquelles on applique des chevaux ; le vent, l'eau même, sont encore des agens qu'on peut employer quelquefois avec succès. Ceci doit seulement s'entendre de la machine supérieure qui est toujours la plus chargée d'eau, & au pié de laquelle on conduit & amene les eaux de toutes les galeries par les moyens ordinaires. Je répete ici comme une chose très-essentielle, que le premier soin lorsqu'on veut ouvrir une ardoisiere, doit être de chercher si on ne pourra pas se débarrasser des eaux par quelque conduit souterrein qui ait son débouché dans le vallon voisin le plus profond. La seule attention qu'on doive avoir, est de bien s'informer jusqu'où monte le débordement de la riviere, qui passe quelque-fois dans ce vallon, afin de tenir le conduit assez élevé pour que l'eau de cette riviere ne puisse jamais s'introduire dans la fosse.

Je souhaiterois, après avoir donné la maniere d'exploiter les ardoisieres, pouvoir y joindre quelques indices certains pour n'en jamais ouvrir à faux, mais quelques recherches que j'aie faites, je n'ai jamais rien pû recueillir de satisfaisant à cet égard, tel banc qui promet beaucoup vers le haut, ne valant quelquefois rien plus bas. Communément cependant, plus le banc est couvert de terre, plus il est sain, de sorte que la pierre devient meilleure à mesure qu'on s'enfonce, jusqu'à ce qu'elle soit en quelque façon trop bonne, c'est-à-dire si dure qu'il n'est plus possible de la débiter on ardoises. C'est par rapport à cette propriété qu'a ordinairement le banc d'ardoise de devenir meilleur à me-sure qu'il est plas couvert de terre, qu'il faut, autant qu'on le peut, attaquer ce banc par le flanc, afin de tomber tout de suite dans le cœur. On doit d'ailleurs chercher à accourcir le chemin du fond de la fosse à sa sortie. On doit aussi, autant qu'on le peut, placer cette sortie à portée d'un chemin facile, & surtout de la riviere, si elle est navigable.

Les ouvriers qui excitent à ouvrir une ardoisiere ne manquent jamais de dire qu'ils ont trouvé le banc qui a ordinairement le plus de réputation dans le pays ; mais outre que ces bancs, qui ont à la vérité quelque-fois beaucoup d'étendue, ne vont souvent pas jusqu'à l'endroit où ils supposent l'avoir trouvé, il n'est point du tout certain que le banc qui donne de bonne pierre à un endroit, en donne de pareille une lieue plus loin. C'est tout-au-plus une présomption, mais à laquelle on ne doit pas se livrer inconsidérément. Quant aux moyens dont on peut se servir pour reconnoître ce banc, que des bois, des terres cultivées, la riviere même ont souvent empêché de suivre, le plus sûr est la comparaison des couches de matiere dont il est recouvert ou sur lesquelles il porte, on doit les retrouver de même nature & rangées dans le même ordre. La comparaison de leur épaisseur augmente encore la certitude, non que ces épaisseurs soient partout les mêmes, mais communément elles ont entre elles un rapport assez constant.

Je ne crois point devoir terminer ce Mémoire sans parler d'une tentative que j'ai faite, pour améliorer l'ardoise trop tendre qu'on tire de plusieurs carrieres des bords de la Meuse ; j'ai rendu compte de ces essais dans un Mémoire que j'ai lû à une des assemblées publiques de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne. Il en résulte que l'ardoise cuite dans un four à briques ordinaire (ce qui ne coûte que trente sols par mille), devient d'un rouge pâle, & acquiert une dureté qui la fait durer au-moins le double de la crue Celle que j'ai fait vernisser de la même maniere qu'on vernit les poteries de terre, est tout-à-fait impénétrable à l'eau, & ne peut par conséquent jamais prendre la mousse, mais la dépense va à environ huit livres de plus par mille. La dureté que l'ardoise acquiert à la cuisson n'est point aigre, de sorte qu'elle n'en devient pas plus cassante, mais il n'est plus possible de la tailler ni de la percer ; c'est pour cela qu'il faut avoir attention de la réparer & de faire les trous pour les clous avant que de la mettre au four. On doit par la même raison faire cuire des moitiés & des quarts, pour former les rangées dont la longueur ne s'accorde pas précisément avec la largeur des ardoises ; il faut aussi en faire cuire de tranchées en biais sur trente-cinq, quarante-cinq & soixante degrés pour les noues & les arrêtiers. Cela suffit dans tous les cas, surtout à Paris, où l'usage est de couvrir les arrêtiers en plomb, & où il est par conséquent inutile que les ardoises qui les forment joignent si parfaitement. Ce Mémoire & les desseins sont de M. Vialet, Ingénieur des ponts & chaussées de Caen.