Planches:HISTOIRE NATURELLE, MINÉRALOGIE, Ardoiseries d’Anjou (volume VI)
HISTOIRE NATURELLE.
MINÉRALOGIE.
Ardoiseries d’Anjou, contenant 7 Planches.
PLANCHE Iere.

LA premiere vignette de cette Planche représente une carriere d'ardoise ouverte & en œuvre ; on voit les ouvriers en action au fond de la carriere.
En supposant que q représente la surface de la terre ou de la seconde cosse, 2, 1 représentera une autre cosse. 1, 2, la premiere foncée. 2, 3, la seconde foncée, ainsi de suite.
K, K, Petit enfoncement que pratiquent les ouvriers sur la nef des bancs à quatre, cinq ou six pouces du bord ; cette opération s'appelle faire le chemin ; elle s'exécute à l'aide d'un instrument appellé pointe, représenté par les deux fig. B, b.
K K Représente aussi des coins de fer qu'on enfonce dans le chemin pour séparer les blocs ; on les voit détaillés au bas de la Planche K 1 K 2 K 3.
On se sert ensuite d'un coin ou quille de fer marqué V. Quand une quille est entrée suffisamment, on en met une seconde, & même une troisieme, pour faire partir le bloc.
X Ciseau de fer, grand de lame & de manche, dont on se sert pour renverser les blocs, quand leur inclinaison n'est pas dirigée vers le fond de la carriere.
Y Barre de fer qu'on nomme levre, destinée au même usage.
Z Crochet dont on se sert pour tirer les blocs les uns de dessus les autres.
& Double crochet qu'on nomme tranche, employé au même usage.
10 Représente une machine qu'on nomme le trait, destinée à enlever les vuidanges du fond de la tranchée ; cette machine est détaillée dans la Planche seconde.
a 1 Représente une hotte à vuidanges.
a 2 Une hotte à quartiers.
a 3 La même vue par derriere.
a Cuvette qu'on ménage au pié du principal chef de la carriere b b c c, pour y rassembler les eaux.
a, d Corde qui porte un seau & qui aboutit à un des engins.
C Pelle dont on se sert pour mettre en tas les vuidanges ; elle est armée d'une plaque de tôle ou d'un fer plat.
19 Enclume dont le couvreur se sert lorsqu'il travaille sur les toits.
20 Marteau du couvreur dont la tête est arrondie pour frapper les clous, & l'autre extrémité pointue pour percer l'ardoise ; il se sert aussi du tranchant pour la tailler.
T, V Outil appellé doleau, dont l'ouvrier tailleur se sert pour couper son ardoise.
T Le même outil séparé de son manche.
PLANCHE Iere. N°. 2.

La vignette représente le travail de l'ardoise hors de la carriere, on voit plusieurs ouvriers qui fendent & taillent l'ardoise.
Fig. 1. Ouvrier qui porte les crenons à l'ouvrier fendeur.
2. Ouvrier fendeur qui divise l'ardoise en repartons ; les morceaux g qu'on voit autour de lui passent à un autre ouvrier, qui les pose de même entre ses jambes, & à l'aide du ciseau moyen C2, pousse la division des repartons en contre-fendis ; ensuite à l'aide du passe-partout ou ciseau C 4, C 3, on divise le contre-fendis en fendis ou ardoise brute.
3. Ouvrier tailleur qui façonne le fendis en ardoises.
a a a Chefs de la carriere.
b b Monticules formés des débris de l'ardoise & des vuidanges.
D e f Bâtimens nécessaires pour le service de la carriere.
D Est la forge qui sert à réparer les outils. e la maison du clerc de la carriere. f un petit bâtiment appellé Veulle, qui sert de retraite aux ouvriers.
A b b, &c. Cuirs ou chiffons dont les fendeurs enveloppent leurs jambes pour retenir plus ferme les blocs d'ardoise qu'ils doivent séparer ; ces cuirs ou ces chiffons sont arrêtés par les cordons b b b.
C 1 C 2 Ciseaux de différentes especes dont se servent les fendeurs, & qu'ils enfoncent à l'aide du maillet D.
E E F f Crenon dans lequel l'ouvrier fendeur enfonce le ciseau C pour le partager en deux parties égales E f E f.
M Crenon qui ne peut être divisé exactement à cause de la fine & des chats qui s'y trouvent.
O P R S Q Chaput ou billot cylindrique sur lequel l'ouvrier tailleur pose l'ardoise pour la façonner à l'aide du doleau marqué T V, Planche premiere.
7. Ouvrier compteur qui arrange l'ardoise en tas.
Z Z Feuillet d'ardoise qui n'est point encore taillé.
& & Feuillet d'ardoise taillé sur la ligne & &.
1 Ardoise gros noir.
2 Ardoise quarrée.
18 Ardoise en écaille.
21 21 22 22 Les mêmes clouées.
19 19 Tue vent dont se couvrent les ouvriers tailleurs.
20 20 Le même avec son support.
PLANCHE Iere. N°. 3.

Plan d'une carriere d'ardoise ; la ligne a*, b* designe les banquettes qu'on ménage du côté du nord, pour prévenir le devers ou l'écroulement des couches.
La ligne c* c* designe les taluts vus suivant l'inclinaison des couches du midi en plongeant vers le nord.
d d Engins qui servent à enlever les matieres & les eaux du fond de la carriere.
e e, e e, Grands délits montans du levant au couchant.
f* f* Autres délits montans allant du midi au nord.
3 4 5 6 7 8 9 10 Ardoises gros noir, taillées & arrangées par tas.
11 12 13 14 15, 16 17 Ardoises quarrées, taillées & arrangées par tas.
PLANCHE Iere. N°. 4.

Coupe sur le principal chef de la carriere du côté du couchant élevé à plomb avec retraite de deux pouces à chaque foncée de neuf piés.
a b Banquette qu'on ménage à chaque foncée, pour prévenir l'écroulement des bancs.
c c Taluts suivant l'inclinaison des couches.
d d Engins ou machines pour enlever les eaux, les vuidanges, & l'ardoise du fond de la carriere.
f Grands délits montans qui séparent les bancs ou couches ayant leur direction du levant au couchant, & plongeant au nord par un angle de soixante & dix degrés avec l'horizon.
D D Ouvrage fait.
C C C Ouvrage restant à faire.
a a b b Partie d'une foncée vue plus en grand.
a a Cuvette où se rendent les eaux pour être enlevées par le seau C.
K K, &c. Marquent le chemin où l'on enfonce les coins ou fers pour séparer & détacher les blocs.
l H g E f I Portion d'une foncée vue en hauteur ; les bancs sont inclinés à l'horizon de vingt pouces sur neuf piés.
P Echelle dont on se sert pour monter d'une foncée à une autre.
PLANCHE Iere. N° 5.

Coupe du levant au couchant, en regardant au midi.
e e Délits montans plongeant vers le nord par un angle de soixante & dix degrés, & ayant leur direction du levant au couchant.
D D Ouvrage fait.
C C Ouvrage restant à faire.
g g Premiere cosse.
X X Seconde cosse.
Fig. 1. Coupe d’une carriere suivant l’usage ordinaire.
2. Coupe d’une carriere proposée dans le Mémoire.
PLANCHE II.

La Planche II. représente une des machines destinées à enlever les eaux, les crenons & les vuidanges du fond de la carriere.
a X Poutres qui soutiennent la machine arrêtée par leur extrémité a dans le mur, l’autre extrémité est soutenue par un arcboutant b qui porte sur le mur.
O Q Arbre tournant.
R S Tambour sur lequel roulent les cordes P S P R, qui passent sur les poulies p p.
H e H e Poteaux fixés perpendiculairement sur les saillies.
G G Autres poteaux.
i i Traverses soutenues par des aisseliers.
H l Autres traverses qu’on nomme filieres.
1, 2 Crochets qui arrêtent le seau & le font verser dans l’auge C C.
a a différens tas d’ardoises.
1 Petit tombereau dont on se sert pour porter les blocs d’ardoise aux ouvriers fendeurs.
2 Brouette dont se sert l’ouvrier compteur pour porter les ardoises au tas.
3 Décharge du bassicot que l’on établit au haut de l’engin.
4 Panier ou chassis à pierres ou à ardoises.
5 Brinqueballe nommé conducteur des seaux.
6 Chat ou masse de pierre dure qui se trouve quelque-fois dans l’ardoise.
10 Détails de la machine appellée le trait. La partie 10 P s’emboîte dans la partie Q P, sur laquelle elle peut tourner; sur cette partie porte la verve ou levier S t ; ce levier porte une corde & un crochet marqué 9, auquel on attache un panier ou un bassicot pour enlever les blocs ou les vuidanges.
PLANCHE II. N°. 2.

La vignette représente un autre engin qui sert à tirer l’eau de la carriere.
a a a Poutres en saillie portées sur trois surbadiers a b a b &, les surbadiers sont arrêtés dans le mur D.
b Chapeau sur lequel porte la fusée hf; l’autre extrémité porte sur la poutre k.
f Tabouret formé par deux pieces nommées tourtelles, qui contiennent des fuseaux ; les fuseaux s’engrainent dans les dents c c c du rouet ; ces dents s’appellent alluchons.
i Corde qui monte tandis que la corde l descend au fond de la carriere.
m Seau.
n Auge ou canal où se vuident les eaux.
Bas de la Planche.
u u, y y Bassicot ; les planches qui le forment sont arrêtées par les tenons u, u, y, y.
y & y Cordes appellées bertos, portées par le crochet &.
Z Z Planche mobile appellée lucet, qui est arrêtée par deux tenons.
15 15 16 16 Auge dans laquelle se vuident les seaux.
13 14 Crochets destinés à arrêter les seaux ; on voit un crochet entier & séparé dans les fig. 18. 19.
17 Ouverture par où s’écoule l’eau.
55 66 Seau qui sert à élever l’eau.
44, 55 Enferrures qui servent à retenir les pieces qui le composent.
6 6 6 6 Cerceau de fer ou chapeau arrêté au seau par des tenons ; c’est ce chapeau qu’arrêtent les crochets qu’on voit sur le devant de l’auge pour forcer le seau à se renverser.
20 Anse qui suspend le seau aux trois quarts de sa hauteur, arrêtée par deux tourillons 3, & attachée à une corde par le moyen d’un crochet 20 appellé havet.
88 99 Le chapeau vû avec ses treilles & ses ailerons.
7 Le même séparé de ses treilles & de ses ailerons.
10 Oreille qui est arrêtée à la partie intérieure du seau.
11 Aileron qui est arrêté à la partie extérieure.
12 Anse vue séparément.
Mémoire sur les Carrieres d’Anjou, tant d’Ardoise que de Charbon de terre.
Les carrieres d’ardoise d’Anjou sont situées sur un côteau qui regne du côté du levant depuis Angers jusqu’à Trelazé ; du côté du couchant il est interrompu par la riviere de Mayenne, il n’est point escarpé, se perd souvent dans la plaine, & sa pente n’est sensible que du côté de la riviere. Sa direction depuis Avrillé passant par Angers & traversant la Mayenne jusqu’à Trelazé sur deux lieues de distance, est telle que les huit différentes carrieres ouvertes sur cette étendue, & toutes les anciennes fouilles forment une ligne continue du levant au couchant, ce qui joint aux différentes observations dont on fera mention dans la partie physique, pourroit engager à mettre l’ardoise dans la classe des minéraux, comme ayant un très-grand rapport avec les mines de charbon & autres assujetties aux mêmes loix & variations. Toutesles ardoiseries sont traversées de grands délits ou fils séparant les couches ou bancs d’ardoise qui ont tous leur direction du levant au couchant, & qui étant paralleles, sont inclinés à l’horizon en se plongeant vers le nord, c’est-à-dire que le sommet de la couche se retire du côté du midi d’environ vingt degrès.
Quand on veut ouvrir une carriere, on choisit un terrein à-peu-près quarré que l’on fouille jusqu’à 15 piés environ de profondeur, où se trouve communément le vrai banc ou franc quartier propre à fournir l’ardoise ; alors on forme dans le milieu de l’emplacement une tranchée de neuf piés de profondeur d’après laquelle on enleve tout le rocher dans l’espace déterminé pour la superficie de la carriere.
Cette premiere épaisseur du rocher ainsi déblayée sur neuf piés de profondeur, se nomme foncée ; le travail se continue suivant le même ordre & toujours par foncée, observant essentiellement que la paroi du côté du nord où toutes les couches se trouvent dans leur plus grand desavantage par leur inclinaison naturelle du pié vers le nord, & du sommet vers le midi, soit formée par gradins ou banquettes pour prévenir le devers ou écroulement desdites couches ; que l’autre paroi du côté du midi soit taillée en talut suivant l’inclinaison des couches qui par conséquent n’ont pas besoin d’être garanties par aucune banquette comme étant dans leur position naturelle, & que les deux côtés du levant & du couchant, qu’on nomme les chefs de la carriere, soient presque à plomb, ou du moins n’ayent sur toute leur hauteur que des retraites d’environ deux pouces de neuf piés en neuf piés, lesquelles annoncent chaque foncée.
Sur la paroi élevée à plomb du côté du couchant, qui est le principal chef de la carriere, on construit un mur à pierre seche jusqu’au niveau du terrein supérieur, sur lequel on établit les machines à moulette qui servent à faire les épuisemens des eaux & l’extraction des matieres.
Les carrieres sont plus ou moins profondes, cela dépend de la qualité du rocher ou des évenemens qui peuvent en causer la ruine ; les plus profondes s’exploitent jusqu’à 24 foncées ou 216 piés de profondeur, & jamais au-delà de 30 foncées ou de 270 piés ; c’est alors que l’abondance des eaux qui se réunissent aisément dans le fond de ces carrieres, & la crainte de l’éboulement des parois verticales & de celui en banquettes, les dépenses qui augmentent à proportion des forces redoublées qu’il faut employer pour l’enlevement des eaux & des matieres, passent pour des obstacles insurmontables pour descendre à une plus grande profondeur ; l’expérience nous apprend néanmoins que plus ces carrieres sont profondes, plus l’ardoise est abondante, & plus elle augmente de qualité & de beauté.
D’après ce principe fondé sur l’expérience, il est aisé de conclure qu’on ne peut apporter trop de soins, de travail & d’intelligence à la perfection des manœuvres qu’exige l’extraction d’une matiere si belle & si nécessaire.
Je pose pour principes que l’exploitation ordinaire des carrieres d’ardoise est susceptible dans sa forme & son état actuel de plusieurs avantages qu’il est de l’intérêt public de ne pas négliger, & qu’en s’écartant de l’usage ordinaire, on peut se flatter de les rendre plus belles, plus sures & plus avantageuses.
Quoiqu’il soit démontré par l’expérience que plus on approfondit une carriere, & plus la matiere qu’elle produit est abondante & belle ; supposons un instant qu’on regarde la profondeur de 30 foncées comme le nec plus ultra, on doit au-moins en ce cas s’occuper des moyens d’y parvenir avec le plus d’avantage possible. Il est donc essentiel de déterminer avec intelligence les premieres opérations & les premieres fouilles d’une carriere qui décident pour l’ordinaire de sa réussite. Le cube à enlever étant un prisme quadrangulaire dont deux côtés sont censés paralleles, & les deux autres ont la même inclinaison, on en doit aisément connoître la base supérieure, puisque l’axe & les angles sont connus.
Car si l’on considere la coupe de la carriere du côté du couchant ou du principal chef, on remarquera que les parois du midi & du nord étant taillées suivant un même angle d’inclinaison en sens contraire, ils doivent se réunir ou se couper à une profondeur qui sera déterminée par leur inclinaison commune & la largeur de la base supérieure. Ils forment alors un triangle isocele, dont les angles sur la base qui est l’ouverture du haut de la carriere, sont chacun de 70 degrés, & dont la pointe ou le sommet est à la section des plans des parois du nord & du midi qui en font les côtés. L’exploitation ordinaire des carrieres exigeant de ne point réunir les sections des parois du nord & du midi, & de réserver une partie rectangulaire à la profondeur des 30 foncées, où l’on a pour but de descendre, il est évident que l’axe du prisme quadrangulaire supérieur sera exprimé par 270 piés hauteur des foncées, & que si l’on suppose que de part & d’autre de cet axe il reste dans le bas vingt piés de largeur jusqu’au pié des parois du nord & du midi, on parviendra facilement à connoître la ligne horizontale du haut de la carriere qui exprime la moitié de son ouverture depuis l’axe jusqu’au sommet de la couche ; car en supposant que l’on prolonge les deux parois du nord & du midi jusqu’à leur section, l’angle que formeront ces deux plans au sommet du triangle, sera de 40 degrés, puisque les deux de la base sont chacun de 70, ce qui fera 20 degrés pour la moitié de l’angle de la pointe du prisme triangulaire & idéal qui restera en terre sous le quadrangulaire. Or ce prisme triangulaire étant coupé en deux parties par l’axe, chacun des triangles sera facilement connu, tant pour les angles que pour les côtés ; car l’angle du sommet est de 20 degrés, celui joignant l’axe de 90, le troisieme sera donc de 70 degrés, & puisque la base de ce triangle est de 20 piés, ainsi qu’on l’a déterminé ci-dessus par un simple calcul des sinus, on aura la hauteur de l’axe du prisme triangulaire inférieur, & conséquemment celle du prisme total triangulaire réunissant les deux autres ; d’où l’on voit que par une proportion très-simple des triangles semblables, on connoîtra la base du grand triangle supérieur qui est l’ouverture totale de la carriere.
Il résulte de ce qui vient d’être dit, que l’axe du prisme quadrangulaire qui exprime la profondeur où l’on veut descendre étant de 270 piés, l’axe du pent prisme triangulaire inférieur sera de 54 piés, la hauteur totale des axes réunis de 324 piés, & la base du triangle ou la largeur de l’ouverture de la carriere de 242 piés, ce qui fait connoître que cette ouverture doit être à la profondent à laquelle on se propose de descendre, comme 24 est à 27 ; mais si l’on fait attention que tous les accidens qu’on éprouve d’ordinaire dans ces sortes de travaux proviennent presque toujours de l’écroulement de la paroi du nord, où toutes les couches sont coupées dans leur plus grand désavantage par leur inclinaison naturelle, on sentira la nécessité, en laissant subsister le talut de la paroi du midi, qui doit être invariable, puisqu’elle suit l’inclinaison des couches elles-mêmes, de donner plus de talut à celui du nord, pour rendre par ce moyen la charge supérieure des banquettes beaucoup moins considérable. L’expérience même confirme que les déblais deviennent toujours nécessaires dans cette partie pendant le travail, mais que souvent par des manœuvres précédentes & non raisonnées, on se trouve dans l’impossibilité de les faire avec succès.
Il est donc question de déterminer quel est l’angle qu’il conviendroit de donner à cette paroi du nord, pour lui assurer l’inclinaison la plus avantageuse ; il n’est pas douteux que la désunion constante des couches par les matieres étrangeres qui les pénetrent & les fils acci-dentels qui les divisent en tout sens, doivent les faire regarder comme tendantes continuellement à s’écrouler, & que par cette raison l’angle le plus avantageux qu’on pourroit fixer à la paroi du nord, seroit celui des grands taluts des terres rapportées, qu’on sait être de 55 degrés ; ce seroit sans contredit se mettre au-dessus des accidens, mais augmenter considérablement la dépense sans une nécessité absolue, au-lieu qu’en se fixant à 45 degrés, talut ordinaire des terres moins coulantes, les opérations pratiquées deviennent plus aisées, & l’inquiétude des accidens doit cesser également. On peut donc conclure avec certitude de ce qui vient d’être dit, que toutes les fois qu’il sera question de former une carriere d’ardoise, la largeur de l’ouverture sur le principal chef doit être à sa profondeur, telle qu’elle soit, dans le rapport de 41 à 27, c’est-à-dire, pour plus grande facilité dans la pratique, que le point de l’axe sera aux deux tiers de la largeur de la base de la carriere, dont deux tiers jusqu’au sommet du talut de la paroi du nord, & un tiers jusqu’à celui de la paroi du midi, en se reculant, s’il est besoin, jusqu’à l’inclinaison favorable de quelque couche ; je joins pour plus grande intelligence un exemple au précepte.
Si l’on veut descendre à 300 piés de profondeur on dira: Si 270 piés de profondeur d’une carriere exigent pour la largeur de son ouverture 411 piés, combien 300 piés de profondeur exigeront-ils? Le résultat sera de 455 piés, dont 185 pour la distance de l’axe aux parois du midi, & 270 à celui du nord.
On doit d’autant plus sentir la nécessité d’agir en pareil cas avec intelligence & connoissance de cause, que nous avons vû des entreprises considérables en ce genre, échouer par la seule cause d’une opération mal entamée, souvent attribuée sans raison à la mauvaise qualité de la matiere, par le transport non raisonné des vuidanges dans des endroits peu convenables, par l’impossibilité de travailler dans des anciennes fouilles, par la fausse certitude d’une ancienne extraction qui n’a point eu lieu, par l’encombrement d’un terrein précieux & non fouillé, & enfin par des dépenses inutiles & multipliées, par le peu de savoir & d’expérience des personnes commises à des travaux de cette importance.
Ce n’est pas tout, l’ouverture d’une carriere ne devroit point être une chose arbitraire, la province devroit posséder un détail exact de ses richesses en ce genre, une carte Minéralogique & bien détaillée du cours de ces carrieres devroit indiquer ces mêmes richesses ; les fouilles anciennes y seroient exactement constatées, le terrein vierge connu, & toute carriere à ouvrir approuvée & limitée en connoissance de cause, on éviteroit l’inconvénient de voir des compagnies se hasarder à l’entreprise d’une carriere, & ne s’y livrer qu’imparfaitement, par la crainte continuelle d’un travail infructueux, obstacle essentiel aux progrès de l’industrie & aux efforts des artistes ; on assureroit la conservation d’une matiere précieuse, l’émulation redoubleroit d’ac-tivité le génie feroit des efforts, le commerce augmenteroit.
On a vû que les carrieres d’ardoise dans leur état actuel sont susceptibles de perfection ; il reste à démontrer qu’en s’écartant de l’usage ordinaire elles peuvent devenir plus belles & plus avantageuses: on est bien convaincu par l’expérience que la matiere augmente en beauté & qualité, à proportion de la profondeur de la carriere, & l’on ne doute pas que les plus grandes dépenses qui se font pour son exploitation, consistent dans le transport & la fouille des cosses & matieres étrangeres jusqu’à la rencontre du franc-quartier, & ensuite dans l’enlevement de ce franc-quartier lui-même, des eaux pluviales, de celles de source & des vuidanges: je conclus de-là que plus on approfondira une carriere, plus on aura d’avantage en tout genre, si l’on parvient à des moyens plus simples d’extraction, puisqu’un des plus grands inconvéniens, qui est celui du déblai premier ne subsistera plus, & que l’autre diminuera en raison de la bonté de ces nouveaux moyens d’extraction.
Ce raisonnement conduit in sensiblement à désapprouver l’usage des machines ordinaires qu’on employe dans ces sortes de travaux ; & ce n’est pas sans fondement, si l’on veut refléchir sur la dépense des moyens mis en usage, sur leur lenteur, sur le peu de travail qui en résulte, & sur leur défaut même de méchanique dans leur état actuel.
Recourons à l’expérience & nous reconnoîtrons que pour élever un seau de 150 piés de profondeur, un cheval emploie huit minutes, compris le tems de la charge & décharge, & qu’au-lieu de 1800 toises par heure qu’il devroit parcourir dans le travail le plus ordinaire, il n’en parcourt que 1056 & ne fait l’extraction que d’environ 80 piés cubes d’eau, ou dix muids par heure.
On laisse à juger du défaut de moyens, sans parler de l’inquiétude des ouvriers du bas pendant l’enlevement des matieres ou des vuidanges ; que seroit-ce si comme on le propose, il étoit question de doubler la profondeur des carrieres? Je sais qu’on est persuadé qu’il n’est pas possible d’employer des moyens plus efficaces, mais pour détruire ce préjugé, il suffit de citer nombre de machines mises en usage pour des travaux de même nature, dont le succès & les avantages ne sont point douteux: le seul pays de Liege, le Haynault, le Brabant, les mines d’argent, de plomb, de cuivre, d’étain, & autres matieres précieuses situées en Alsace, en Allemagne, en Suede, en Danemarck, en Angleterre, qui possedent les mêmes richesses, sont remplies de modeles en ce genre qui ne laissent rien à desirer ; on pourroit ici, à l’aide du calcul & de l’expérience, en faire quelque heureuse application ; mais comme cette matiere mériteroit de faire l’objet d’un Mémoire séparé, on se restraint en ce moment aux preuves générales, & l’on croit suffisant pour remplir le but que l’on s’est proposé, d’assurer qu’il est des modeles de perfection dont on peut aisément faire usage. Consultez les auteurs, interrogez les voyageurs, sortez de votre province, parcourez vous-même les pays étrangers ; que l’esprit de recherche, d’invention, de méchanique dirige vos pas & vos actions, l’on vous répond du succès ; la révolution de l’empire des Russes, leur passage de l’ignorance la plus basse à la réunion des arts les plus parfaits dans Petersbourg, fut l’ouvrage d’un seul homme, & le miracle de quelques années.
Je passe à ce qui concerne les mines de charbon de terre.
Il ne s’agit pas de démontrer quelles richesses nous possedons dans les mines de charbons de terre qui traversent la province d’Anjou, elles sont d’autant plus précieuses que leur valeur augmente de jour en jour, par l’avantage qu’elles ont de suppléer le bois, dont l’espece devient de plus en plus rate, & les sages vues que paroît adopter le gouvernement en empêchant l’importation du charbon d’Angleterre en France, vues d’autant plus sages que l’on peut démontrer, d’après des Mémoires très-exacts, qu’un chauther de charbon de Neucastle, mesure de Londres, pesant 2300 livres, revient au propriétaire d’une mine à Londres, tous frais faits, à 13 schellins, monnoie d’Agleterre, ce qui fait 26 deniers & demi argent de France, pour un boisseau mesure d’Angers, qui se vend néanmoins à Londres 7 sols argent de France, & à Nantes au moins 12 sols ; d’où il est évident que déduction de la différence du prix de Londres à celui de Nantes, estimée pour les frais de transport & droit d’entrée, le bénéfice du propriétaire Anglois est à Nantes de 7 sols pour chaque boisseau d’Angers. On laisse à conclure de-là combien il est intéressant pour cette province & pour l’état entier, de rompre une telle branche de commerce, déjà trop considérable, & dont nous pourrions aisément nous passer si nous travaillions nos mines avec l’économie & l’intelligence nécessaires, avantage essentiel dont jouit l’Angleterre, qui ne contribue pas peu à conserver à son charbon cette qualité supérieure jusqu’à ce jour au nôtre, dont nous sommes forcés de convenir. Nons avons donc encore à desirer en ce genre, & l’on ne craint point de le dire, nous sommes fort éloignés du degré de perfection dans l’exploitation & le travail des mines de charbon de terre.
Personne n’ignore que toutes les mines de charbon de terre ont une direction constante du levant au couchant, en s’approchant plus du nord, & dans le cas d’obliquité des veines une inclinaison du nord au midi, à-peu-près semblables à celles que nous avons reconnues dans les carrieres & bancs d’ardoises, mais qui varient à l’infini. Cette vérité se confirme par les mines situées en Anjou, puisqu’on peut remarquer sur la carte que tous les endroits où l’on en a ouvert, tels que Doue, Saint-Georges, Chatilaison, Chaudefonds, Saint-Aubin de Luigné, Châlonne, Montejean & Montrelais sont sur une même ligne, ont la direction générale du levant au couchant ; on peut même pousser plus loin ses recherches, soit du côté de la Bretagne, soit du côté de l’Auvergne & du Bourbonnois, où l’on verra les principales mines, telles que celles de Saint-Ramber, Saint-Etienne, & autres, être exactement sur la même direction que celles d’Anjou ; il sera encore facile d’y former des paralleles avec celles de Normandie & Franche Comté traversant la Bourgogne, ainsi qu’avec celles de Liege, d’Angleterre & d’Ecosse, malgré l’intervalle des mers.
Le travail ordinaire de ces mines se fait en ouvrant des puits jusqu’à ce qu’on rencontre une veine de charbon, autrement dite filon ; il en est de trois sortes, le filon perpendiculaire, l’oblique, & l’horizontal.
L’horizontal est le plus avantageux, il est aussi le plus rare ; c’est celui que dans le pays de Liege on appelle plateur ou grande veine, la matiere est dans tous les cas contenue entre deux bancs de pierre qui forment une chemise ou enveloppe que les ouvriers nomment le toit & le mur. Lorsqu’on est parvenu à rencontrer un de ces filons obliques ou perpendiculaires en perçant le puits, qu’on a soin de cuveler & fasciner à mesure qu’on travaille, pour empêcher l’éboulement des terres, on s’occupe alors à former des galeries suivant la direction du filon, pour en extraire la matiere ; le travail du puits se continue toujours de la même maniere, & à mesure qu’on descend on forme de nouvelles galeries dans le filon ; ces galeries sont construites avec des poteaux debout assemblés par des traverses haut & bas, dont les intervalles sont garnis de bois rond, & fascinages propres à contenir les terres.
Les plus grandes difficultés qu’on éprouve dans cette espece de travail, proviennent du défaut d’air & de l’abondance des eaux ; on remédie au premier inconvénient en formant des puits paralleles au premier qu’on fait communiquer par des rameaux ou galeries, qui facilitent la circulation de l’air ; on emploie encore avec succès les sacs de toile en forme d’entonnoirs à l’ouverture de ces galeries de communication, pour accélérer la vîtesse de l’air, & encore plus surement des fourneaux dans le bas des principaux puits, dont le feu étant entretenu par la matiere même dont on fait l’extraction, raréfie l’air que la colonne extérieure cherche à remplacer à l’avantage des galeries ; ce moyen est très-sûr, & ce renouvellement continuel d’air est si nécessaire, que c’est à son seul défaut qu’on doit attribuer l’abandon de la plus grande partie des mines de charbon de terre, sur tout lorsqu’il est sulfureux ; on sait les accidens qui en résultent, & les dangers que courent les ouvriers en pareil cas ; l’atmosphere dans laquelle ils se trouvent étant abondamment chargée de parties inflammables, une seule étincelle de feu, qui peut provenir du travail des ouvriers, les lumieres même dont on est obligé de se servir, produisent souvent un embrasement subit, qui consumant avec violence & promptitude, cause la mort aux travailleurs.
L’inconvénient des eaux quoique moins dangereux en apparence, n’est pas moins redoutable, puisqu’elles occasionnent la cessation du travail lorsqu’elles sont en trop grande abondance, ou que les moyens ne sont ni assez puissans, ni assez prompts pour détruire le mal ; mais heureusement l’industrie & la méchanique d’accord en ce point, ont fait des prodiges, & on verra toujours avec autant d’admiration que de surprise, l’ingénieuse machine à feu de Fresne près Condé en Haynault, servir à l’extraction des eaux des mines de charbon de terre, jusqu’à une très-grande profondeur par le seul moyen des eaux elles-mêmes & de la matiere dont on fait l’extraction.
Les puits ne sont mis en usage que dans les cas indispensables ; des galeries de niveau à des rivieres, à la mer elle-même, traversent des montagnes, elles servent à l’exploitation des matieres, elles évitent des travaux considérables qu’occasionnent les puits, elles portent à l’instant sur des matieres plus épurées qui ne se trouvent jamais qu’à une très-grande profondeur ; otez à ces mineurs les avantages de cette position sur le bord de la mer, d’une riviere, vous en admirerez davantage la fécondité de leurs inventions, vous verrez dans les mines de Neucastle sortir en douze heures de travail, de 300 piés de profondeur 6162 boisseaux de charbon de terre mesure d’Angers.
Vous serez encore plus surpris de voir un seul cheval rouler, par les secours de l’art, de la mine au magasin, sept chauthers de Neucastle, ou 5320 livres de charbon sur un même chariot.
On conclura peut-être de-là que l’abondance de la matiere inspire naturellement les moyens & le desir de la faire valoir, & qu’on est bien éloigné de jouir en Anjou des mêmes avantages ; on m’objectera que depuis un tems immémorial qu’on travaille aux mines situées dans cette province, on n’est point encore parvenu à trouver cette grande veine ou plateur, que ce sont des filons épars sur la superficie de la terre, obliques, perpendiculaires, horizontaux, ayant peu d épaisseur, & toujours interrompus ; la tradition du pays apprendra que communément à quatre-vingts & cent piés de profondeur on doit perdre toute espérance d’extraire avec avantage du charbon de terre, qu’à ce terme le toit & le mur d’une veine ou filon qu’on a exploité avec attention & qui a fourni beaucoup de charbon, se réu nissent presque toujours, & qu’inutilement approfondiroit-on pour reconnoître si ce filon n’a point de suite.
L’on seroit tenté de céder à ces raisonnemens fondés sur l’expérience, si la connoissance des endroits où l’on s’occupe du même travail n’apprenoit aussi que dans le pays de Liege, par exemple, très-abondant en mines de charbon de terre, il faut pour trouver la grande veine ou plateur, approfondir au-moins de trois ou quatre cens piés en suivant un filon oblique, quelque-fois très-inégal, paroissant souvent à sa fin, & qu’à cette profondeur il devient horizontal, ce qui forme le plateur ou banc de niveau, qui après une fort grande étendue, remonte vers la superficie de la terre ; il se trouve ainsi une grande quantité de bancs paralleles les uns sur les autres, suivant la même direction, ayant jusqu’à quatre piés d’épaisseur, & toujours entre le toit & le mur, pour se servir des termes de l’art ; on voit donc que pour parvenir à l’exploitation de ces veines horizontales ou plateurs qui font le plus grand avantage des mines, il faut descendre jusqu’à quatre cens piés, & l’on remarque qu’il n’est pas un ouvrage en Anjou qui soit poussé à cette profondeur.
Des recherches exactes sur la nature & les variations des veines de charbon de terre, convainquent en outre que quand on a découvert un filon horizontal, quelque peu épais qu’il soit, il faut toujours présumer qu’il y en a d’autres dessous ou dans le cas d’obliquité & de la perpendiculaire, plusieurs autres paralleles, parce que dans le fait on a trouvé qu’à la profondeur de 150 piés il y a généralement deux, trois ou plusieurs filons les uns sur les autres ayant des couches de différentes na-tures & épaisseurs, de maniere que les mineurs ne peuvent jamais être assurés à quelque profondeur que soient conduits leurs puits, qu’ils aient atteint le filon le plus bas, car quoique le nombre en soit limité par la nature, les bornes de cette limitation sont inconnues aussi bien aux Naturalistes les plus savans, qu’au commun des mineurs.
On s’est d’ailleurs convaincu par soi-même, qu’il est dans cette province des filons assez constans qu’indiquent les anciennes fouilles ; on en a reconnu cinq différentes, obliques, à-peu-près paralleles, ayant’depuis un pié jusqu’à quatre d’épaisseur, qui paroissent se continuer très-loin & sans interruption, dans l’étendue des paroisses citées ci-dessus ; les puits les plus profonds entrepris sur cette direction n’atteignent pas 300 piés, ils n’en ont même communément que 100 & 120, d’où l’on conclut que loin d’en tirer aucune conséquence au préjudice de l’existence de la grande veine, tout semble opiner en sa faveur.
L’on conçoit sans peine que la facilité qu’on trouve dans l’exploitation ordinaire des mines d’Anjou, doit déterminer à ne point aller chercher avec beaucoup de dépense à une plus grande profondeur en terre, ce qu’on trouve aisément à la superficie, mais qui pourra s’empêcher de convenir qu’il est très-fâcheux que cet avantage particulier & momentané produise pour l’avenir un mal très-réel? on se rebute aisément des moindres difficultés par l’espérance d’un bien prochain ; les ouvriers que le seul appas du gain détermine, & dont les vues & l’intelligence sont toujours bornées, sont les premiers à persuader au propriétaire qu’ils ont fait l’entiere extraction d’un filon, ils recomblent les trous avec d’autant plus de facilité, que les frais qu’ils ont faits ne sont pas considérables, la plus grande & la meilleure partie du charbon reste en terre, & se trouve perdue pour toujours, parce que d’anciens ouvrages comblés semblent s’opposer & s’opposeront en effet par la suite à de nouvelles recherches, qui seroient cependant nécessaires pour parvenir à découvrir la grande veine.
En même tems que l’on se plaint d’un abus que l’on sent être entierement au détriment futur de la province, on ne peut s’empêcher de convenir qu’il est difficile d’y apporter un remede certain, puisque les facultés des propriétaires des différens terreins où peuvent s’ouvrir ces mines de charbon de terre, ne leur permettent pas d’entreprendre des travaux assez considérables pour se flatter d’une réussite telle que celle que l’on desire, & que cependant ils retirent de leur exploitation actuelle un bénéfice certain en extrayant à peu de frais les filons épars & petites veines que produit leur terrein, & sont en même tems le bien du commerce. On desireroit donc en bon citoyen, qu’en cherchant à prévenir les abus pour l’avenir, on pût faire un bien présent.
C’est-là vraiment le cas de faire, ainsi qu’on l’a proposé pour les carrieres d’ardoise, une carte Minéralogique de toute l’étendue du pays où l’usage a fait établir des mines ; on voudroit qu’on y marquât très-exactement toutes les fouilles faites jusqu’à ce jour, qu’on prît toutes les instructions nécessaires & possibles pour constater quelle a été la nature de leur exploitation & de leur profondeur ; on desireroit qu’on n’en pût ouvrir aucune nouvelle qu’on n’eût déterminé & fait approuver la situation par gens à ce connoisseurs, on auroit par ce moyen, & ceux qu’un travail raisonné & suivi sur cette matiere pourroit suggérer, la consolation de ne point nuire aux travaux à venir, d’éclairer même, & de guider avec certitude ceux qui les entreprendront, de faire naître l’industrie & l’émulation, & d’assurer l’existence d’une matiere précieuse, qu’un abus plus longtems perpétué ne manqueroit pas d’anéantir.
Questions & Réponses sur les Carrieres d’ardoise.
M. de Magnanville, Intendant de la généralité de Tours, ayant remis au sieur de Vauglie, Ingénieur du Roi pour les ponts & chaussées des provinces du Maine & d’Anjou, un mémoire en réponse à des questions faites sur la nature des carrieres d’ardoise d’Anjou, & desirant qu’il examinât avec soin par lui-même sur les lieux tout ce qui fait le sujet de ce mémoire, l’Ingénieur après l’avoir lu avec toute l’attention possible, & avoir jugé beaucoup de connoissance en ce genre dans l’auteur de ce mémoire, qui est le sieur Sarthe, propriétaire de deux de ces carrieres d’ardoise, dont il fait faire lui-même journellement l’exploitation, a cru ne pouvoir mieux remplir sa commission, que de profiter des lumieres de ce négociant acquises par une longue expérience sur ce sujet, il s’est donc transporté sur les lieux, où conjointement avec le sieur Sarthe, & d’après leurs observations communes, il a travaillé à répondre ainsi qu’il suit, aux différentes questions faites sur la nature des carrieres d’ardoise situées en Anjou.
Premiere Question.
Les carrieres qui renferment de l’ardoise, sont-elles situées dans la plaine ou sur le penchant de quelque côteau?
Réponse.
Les carrieres d’ardoise d’Anjou sont situées sur un côteau qui regne du côté du levant depuis Angers jusqu’à Trelazé; du côté du couchant il est interrompu par la riviere de Mayenne. Ce côteau n’est point escarpé, il se perd souvent dans la plaine, & sa pente n’est sensible que du côté de la riviere ; sa direction depuis Avrillé passant par Angers & traversant la Mayenne, jusqu’à Trelazé sur deux lieues de distance, est telle, que toutes les huit différentes carrieres ouvertes sur cette étendue, & toutes les anciennes fouilles forment une ligne continue du levant au couchant, ce qui joint aux différentes observations dont on fera mention ci-après, pourroit engager à mettre l’ardoise dans la classe des minéraux comme ayant un très grand rapport avec les mines de charbon de terre & autres.
Seconde Question.
Quelques matieres indiquent-elles à la superficie de la terre qu’on peut espérer de trouver de l’ardoise en creusant? ces matieres varient sans doute? On souhaiteroit un détail exact de l’épaisseur de chacun de leur lit, de la forme & de la nature de ces matieres.
Réponse.
Quand on veut ouvrir une carriere, on ne s’écarte pas du côteau dont on vient de parler, on suit même d’assez près les anciennes fouilles; ce sont les indices les plus certains qui sont confirmés par la nature du rocher qui se trouve à peu de profondeur, c’est-à-dire à 12 ou 13 piés plus ou moins de la superficie du terrein qui présente une terre susceptible de culture.
La surface du rocher ou la premiere cosse est ordinairement sans consistance par feuillets, peu suivie & d’une couleur qui tient de la nature de la terre qui la couvre, son épaisseur est de quatre ou cinq piés, on y reconnoît déjà les matieres étrangeres.
Au dessous de cette premiere cosse est une seconde plus solide de la nature & de la forme de la pierre qui fournit l’ardoise, ayant à-peu-près même épaisseur que la précédente, mais qui varie néanmoins suivant la qualité du terrein, & sur laquelle sont les couches de la bonne pierre que l’on nomme le franc-quartier, dans lequel se rencontre accidentellement les feuillets, les chats, les toreines & autres matieres étrangeres, dont nous parlerons ci-après, mais dont la qualité n’est pas constamment bonne à la même hauteur dans toutes les carrieres.
Troisieme Question.
Ce que l’on appelle vulgairement lit de carrieres en fait de pierre à bâtir, est la disposition parallele de ces lits disposés les uns sur les autres horizontalement; l’ardoise estelle ainsi placée dans les ardoisieres, & le sens dans lequel on en fend les blocs, est-il perpendiculaire ou parallele à l’horizon?
Réponse.
On distingue dans toutes les ardoisieres de grands délits ou fils séparant les couches ou bancs d’ardoise, lesquels étant tous paralleles sont inclinés à l’horizon. En se plongeant vers le nord, c’est-à-dire que le sommet de la couche se retirant du côté du midi d’environ trois piés d’après une ligne verticale de neuf piés de hauteur, l’angle opposé à l’angle droit formé par la perpendiculaire & l’horizontale, est d’environ soixante-dix degrés.
Ces délits montans sont constans & suivis dans les carrieres, ils indiquent surement la séparation des couches, mais ils ne sont pas les seuls, on en remarque d’autres accidentels remplis de matieres étrangeres, qui coupent, pour ainsi dire, les premieres à angles droits, sauf la direction qu’ils ont du midi au nord, & l’inclinaison du levant au couchant par un angle à-peu-près semblable à ceux inclinés au nord. Les grands délits ayant leur direction du levant au couchant, se rencontrent dans toutes les carrieres, & sont les seuls qui se suivent constamment dans leurs directions & inclinaisons; les uns & les autres sont néanmoins traversés par une infinité de fils accidentels, n’ayant aucune direction suivie, dus en entier au hazard.
La matiere qui compose ces bancs, ou l’ardoise en général, est poreuse, & n’est qu’un assemblage de couches les unes sur les autres, dont le tissu est si fin, qu’il peut être considéré comme divisible à l’infini.
Indépendamment des différentes positions de l’ardoise dont on vient de parler, on rencontre souvent dans le même banc des couches paralleles, quelquefois perpendiculaires, d’autres fois inclinées à l’horizon même en deux sens opposés, de maniere qu’elles représentent un compas à demi-ouvert, ou se terminent en forme de pyramide, ou forment des losanges de toutes grandeurs enclavées les unes dans les autres. Il se rencontre aussi de l’ardoise dont les couches sont na-turellement courbes, de maniere que dans l’exploitation elles occasionnent une perte considérable aux entrepreneurs qui sont obligés de la rebuter par la difficulté de la mettre en œuvre dans les bâtimens, à moins qu’elle ne soit tellement courbée, qu’on puisse l’employer à des domes & autres bâtimens de cette nature, ce qui est fort rare, dans ce cas elle augmente de prix, on lui donne le nom de cofine.
Il paroît que l’on peut conclure de tout ce qui vient d’être dit, que les délits montans peuvent être considérés comme le lit des bancs d’ardoise, quoiqu’ils semblent en former les joints par leur position qui approche de la perpendiculaire, & que dans la construction ordinaire des bâtimens où l’on en fait usage de la sorte, la pierre se trouve posée comme elle doit l’être, & suivant l’art de bâtir. Le même effet a lieu dans les voussoirs des arcs bandés avec cette pierre, puisque les délits montans qui paroissent les joints dans les carrieres, étant considérés ainsi que nous le desirons, comme les lits de l’ardoise, elle se trouve alors dans sa position naturelle de carriere. Cette façon de bâtir assurée par l’expérience, paroît d’autant plus convenable, que, suivant la disposition des couches de l’ardoise, on l’emploie dans toute sa force possible, en pressant ces mêmes couches les unes sur les autres, au lieu de les charger sur les tranches.
Quatrieme Question.
Les ardoiseries s’exploitent-elles en ouvrant de larges puits très-profonds, ou bien pratique-t-on des galeries sous terre, ainsi qu’il est d’usage de le faire dans les mines?
Réponse.
Pour avoir une idée plus parfaite de la maniere dont se fait l’exploitation des carrieres d’ardoises, il faut examiner le plan ci-joint d’une de ces carrieres, appartenante au sieur Sarthe, & dite de Bouillon, ainsi que les différentes coupes faites sur sa longueur & largeur ; cette carriere est à l’extrémité du fauxbourg S. Michel d’Angers, & est en exploitation depuis près de huit ans.
Le terrein dont on a disposé pour l’ouverture de cette carriere, peut être considéré comme un carré dont les côtés sont d’environ quarante toises de longueur ; on en a d’abord enlevé la terre à la superficie jusqu’à ce qu’ayant déblayé les deux cosses dont on a parlé ci-dessus, on ait rencontré le franc-quartier qui a commencé à douze ou quinze piés de profondeur ; alors on a formé dans le milieu de l’emplacement une tranchée de neuf piés de profondeur, d’après laquelle on a enlevé tout le rocher dans l’espace déterminé pour la superficie de la carriere.
Cette premiere épaisseur du rocher déblayée sur toute la superficie de la carriere, & neuf piés de profondeur, se nomme foncée ; le travail s’est continué suivant le même ordre, & toujours par foncée, observant essentiellement que la paroi du côté du nord où toutes les couches se trouvent dans leur plus grand désavantage, par leur inclinaison naturelle du pié vers le nord & du sommet vers le midi, ou le centre de la carriere, fût formé par gradins ou banquettes, pour prévenir le devers ou écroulement desdites couches ; que l’autre paroi du côté du midi fût taillée en talut, suivant l’inclinaison des couches, qui par conséquent n’ont pas besoin d’être garanties par aucunes banquettes, comme étant dans leur position naturelle, & que les deux du levant & du couchant que l’on nomme les chefs de la carriere, fussent presqu’à plomb, ou du moins n’eussent sur toute leur hauteur que des retraites d’environ deux pouces, de neuf piés en neuf piés, lesquelles annoncent chaque foncée.
Sur la paroi élevée à plomb du côté du couchant, qui est le principal chef de la carriere, on a construit un mur de quinze à dix-huit piés d’épaisseur, à pierre seche, jusqu’au niveau du terrein supérieur, c’est-à-dire environ vingt piés de hauteur, assuré par des tirans & sablieres à leurs extrémités traversant le corps de la maçonnerie, & retenus dans le derriere ; sur ce mur sont établies cinq machines propres à l’enlevement des eaux & de l’ardoise du fond de la carriere, lesquelles couvertes d’un hangard, sont composées d’un tambour, d’une lanterne, & d’une roue de champ adaptée à un treuil vertical tournant sur un pivot à l’aide d’un bras de levier que fait mouvoir circulairement un cheval ; sur le tambour est un cable, aux extrémités duquel sont deux fortes caisses de bois de trois piés & demi de longueur, & dix à douze pouces de profondeur, qui descendent & remontent alternativement par le moyen du cable roulé à contre-sens sur le treuil, lorsqu’il est question d’épuiser ou substituer des seaux aux caisses. Une partie de ces machines fait saillie sur le chef de la carriere, au moyen d’une galerie à hauteur d’appui, laquelle est soutenue en-dessous par des pieces de bois saillantes déchargées par des liens ou contre-fiches, dont le pié est encastré dans le mur à pierre seche du chef de la carriere.
Si l’on fait attention à ce qui a été dit ci-dessus, l’on sentira à merveille qu’il est indispensable d’établir les chefs de carrieres sur les parois du levant ou du couchant, puisque par la position naturelle & inclinée des bancs d’ardoises, ils sont les seuls sur lesquels on puisse le faire en sureté, car sur la paroi du nord on chargeroit les banquettes à leur désavantage, & celui du midi formé en talut suivant l’inclinaison même du banc, ne permettroit pas même d’y établir aucune manœuvre perpendiculaire: quoique cette attention dans le travail paroisle fort naturelle, & si simple, que la seule pratique auroit dû donner aux ouvriers toute l’intelligence nécessaire à cet égard, il vient néanmoins d’arriver récemment dans une de ces carrieres un éboullement très-considérable, occasionné par le seul établissement des chefs sur la paroi du nord ; il est donc très-certain que c’est de la position & de la solidité de ces chefs que dépend l’exploitation des carrieres, & que vû la disposition & la nature des bancs de l’ardoise, elle ne paroît pas susceptible d’être exploitée par des galeries, comme les mines de charbon de terre & autres.
Cinquieme Question.
Quelle est la plus grande profondeur actuelle des ardoisieres? L’ardoise qu’on y trouve differe-t elle essentiellement en couleur & en solidité de l’ardoise supérieure?
Réponse.
Les carrieres sont plus ou moins profondes, cela dépend de la qualité du rocher, ou des événemens, qui peuvent en causer la ruine. La plus profonde actuellement en exploltation est à Trelazé, elle a vingt-quatre foncées, c’est-à-dire 216 piés de profondeur ; une carriere d’ardoise ne passe jamais trente foncées, ou 270 piés ; son exploitation peut durer environ vingt ans.
L’ardoise supérieure differe en couleur & en solidité de celle qui se tire à une certaine profondeur, qui est alors plus solide, sonore, & communément d’une couleur bleuâtre, que l’on dit noire ; la plus parfaite étant fabriquée doit être unie & sans tache, elle se nomme dans le pays quarrée forte, elle provient des francs-quartiers, qui sont assez bas dans la carriere, & assez denses pour ne recevoir aucune impression de l’eau des pluies ou des sucs des matieres étrangeres qui forment les taches de la différence de la couleur ; car l’ardoise étant, comme on l’a dit ci-dessus, composée d’une matiere poreuse, & disposée par feuillets ou couches, divisible à l’infini, il est aisé de concevoir que les blocs du sommet de la carriere sujets à être humectés par l’eau des pluies, qui charie des parties minérales & métalliques doivent être susceptibles de différentes nuances ou couleurs, suivant la quantité des parties qui les pénetrent.
Les parties ferrugineuses impriment sur l’ardoise une couleur rougeâtre qui tient de la rouille, les mines de cuivre ou de soufre lui donnent une nuance jaune ou dorée ; la couleur verdâtre qu’elle a quelquefois semble ne provenir que de l’eau pure ou des parties vitrioliques qui s’y rencontrent ; ce n’est qu’à environ 150 piés de profondeur que les eaux des pluies & des fontaines s’étant purifiées des parties étrangeres qu’elles charioient, & les blocs ayant acquis la densité nécessaire pour n’admettre aucune partie étrangere, elles ne font plus d’impression sur l’ardoise, si ce n’est à la surface ou dans les délits des différens blocs, car dans l’intérieur elle conserve sa couleur spécifique, d’où l’on peut conclure avec raison que plus les carrieres sont profondes, plus l’ardoise est abondante, & plus elle augmente de qualité & de beauté.
Sixieme Question.
A-t-on trouvé le fond de quelques-unes de ces carrieres près d’Angers, c’est-à-dire un terme, passé lequel on n’a plus obtenu d’ardoise, mais une matiere qui servoit de base à l’ardoiserie? Quelle est cette matiere?
Réponse.
On n’a jamais trouvé le fond d’une carriere près d’Angers, on est seulement convaincu par l’expérience, que plus elles sont profondes, plus la matiere en est belle, ainsi qu’on vient de le dire.
On a vû ci-dessus que les plus profondes carrieres d’Anjou sont de 270 piés ; l’expérience n’a point encore indiqué les moyens de passer ce terme ; l’abondance des eaux qui se réunissent nécessairement dans le fond de ces carrieres, terminées en forme de cône renversé, ou plutôt de pyramide tronquée, le danger auquel sont exposés les ouvriers par la crainte de l’éboullement des parois verticales & de celle en banquettes, vû le mélange des différentes matieres sans consistance, qui se trouvent sur une si grande hauteur ; le peu de superficie du fond à-moins que l’on ne prît un espace considérable dans le haut, qui chargeroit d’autant plus les parties du bas par les saillies des banquettes, & enfin les dépenses excessives, qui augmentent à proportion des forces redoublées qu’il faut employer pour l’enlevement des eaux & des matieres, paroissent autant d’obstacles insurmontables pour descendre à une plus grande profondeur.
Septieme Question.
A quelle profondeur a-t-on communément de l’ardoise qui soit de bon service?
Réponse.
On ne trouve communément la bonne ardoise qu’après la cinquieme ou sixieme foncée, c’est-à-dire dont les quartiers soient francs & plus abondans.
Toutes les carrieres ne produisent pas, comme on l’a dit, en-dessus de la bonne ardoise à une même profondeur, cette fertilité dépend de la qualité & de la propriété du rocher, & des hasards qui se rencontrent dans son exploitation.
Huitieme Question.
L’ardoise est elle aussi dure en sortant de la carriere, que lorsqu’elle a été quelque tems exposée à l’air, & donne-t-elle alors un son aussi net lorsqu’on l’a frappée avec une clé, ou tout autre instrument de fer?
Réponse.
Les blocs ou francs-quartiers sont durs & sonores en sortant de la carriere, les ouvriers affectent de les annoncer pour flatter les entrepreneurs en la frappant avec leur marteau sitôt qu’ils les ont fendus ; le son qu’ils rendent instruit les travailleurs du haut, qui en frappant de même avec leurs outils sur les quartiers qu’ils débitent, prouvent ainsi que le quartier est franc, donne un son très-net en sortant de la carriere, & doit produire de bonne ardoise.
La gelée produit un effet singulier sur l’ardoise, la surface des bancs gele dans le fond des carrieres par un grand froid, celle des blocs sortis des carrieres gele sur l’attelier par un froid médiocre ; tant que ces blocs restent dans un état de gelée ils se fendent bien plus facilement que dans leur état naturel ; ceux même qui sont aigres ou mêlés de corps étrangers, & qui dans le travail ordinaire offrent plus de difficultés, se fendent aisément pendant la gelée.
Si le soleil ou quelque vent austral passent sur ces blocs, ils sont dégelés à l’instant, & perdent non-seulement la nouvelle propriété qu’ils avoient acquise, mais encore celle qui leur étoit naturelle, le franc-quartier ne peut plus se fendre, l’ardoise aigre est tout-à-fait intraitable, l’un & l’autre résistent au ciseau & ne forment plus qu’un seul corps non divisible.
Si la gelée continue, ces blocs ne sont pas perdus, l’ouvrier les expose au plus grand froid de la nuit, il les reprend au matin, ils ont alors les qualités qu’ils sembloient avoir perdues par le dégel ; mais s’ils ont été gelés & degelés pendant quatre ou cinq jours sans interruption, ils perdent absolument toute leur qualité, & l’on est enfin obligé de les rebuter.
Ne pourroit-on pas attribuer ces effets à l’action de l’air, qui remplissant, avec une infinité de parties aqueuses les couches de l’ardoise, les serre par sa propre élasticité, comme par autant de ressorts, les unes contre les autres, mais qui se condense par le froid extérieur qui le comprime de toutes parts, se reunit avec les parties humides au centre des couches, où par un effet tout méchanique, il en doit rendre la séparation beaucoup plus facile? Si dans cet état la cause du froid diminue, l’air devenant moins dense reprend sa situation premiere, l’humide radical est chassé du centre à la circonférence, & l’ardoise est moins aisée à se fendre qu’avant la gelée ; si ces deux effets contraires ont successivement lieu pendant plusieurs jours, les couches deviennent de nécessité tellement adhérentes par l’expulsion répétée de l’humide radical & de l’air intérieur, dont le ressort doit s’anéantir à proportion, qu’elles sont, pour-ainsi-dire, indivisibles, aigres & intraitables dans la fente, ainsi que l’expérience le confirme.
Neuvieme Question.
Les bancs d’ardoise ont-ils été quelquefois interrompus par d’autres bancs ou lits de pierre, de gravier, de sable, d’argille? Ces bancs ayant été enlevés a-t-on trouvé en contre-bas de l’ardoise nouvelle?
Réponse.
Les bancs de matieres étrangeres qui divisent les bancs d’ardoise, sont les feuilletis, les chats & les torreins ; on y remarque aussi de petites couches d’argille mêlées de graviers & de parties métalliques, ainsi que des filons d’une terre noire semblable au charbon de terre. Toutes les couches de ces matieres sont paralleles aux bancs d’ardoise, dont elles suivent l’inclinaison & la direction. Entrons dans le détail de ces différentes matieres.
Les feuilletis sont de la nature du franc-quartier, mais ils n’ont ni solidité ni qualité essentielle ; le feuillet qui les compose, est si friable, qu’il se sépare sans peine & se brise en tombant ; ses couches sont paralleles & dans la même direction que celles du franc-quartier, elles ont depuis un pié jusqu’à quatre piés d’épaisseur, & les divisent accidentellement.
Les chats sont un amas de petits corps durs liés ensemble, & de la nature du caillou blanc, dans lesquels se rencontrent des parties de crystal de roche ; ils forment des couches ou espece de cordes paralleles aux bancs d’ardoise dont les plus gros ayant environ deux piés d’épaisseur, nourrissent des rameaux qui pénetrent & divisent l’ardoise en tous sens & la rendent aigre & intraitable.
Les torreins sont bien moins communs que les feuilletis & les chats, mais ils sont beaucoup plus étendus & constans ; ils suivent la direction des bancs d’ardoise & leur inclinaison, ils sont composés d’un amas de matieres étrangeres, dont la base est une espece de gros sable ou gravier très-fortement lié avec toutes les autres matieres étrangeres, telles que des parties de chats, de feuilletis, d’argille & d’ardoise, qui jettées comme au hasard, perdent dans cet assemblage leur position premiere, & n’ont plus entre elles la même direction qu’elles ont dans les carrieres, lorsqu’elles y sont posées séparément. Les petites couches d’ardoise accidentelles y deviennent, par exemple, quelquefois horizontales.
Les couches d’argille ou de terre mêlées de gravier & différentes parties métalliques forment une espece de lit à l’ardoise ; elles n’ont communément que huit à dix pouces d’épaisseur, & suivent la direction des bancs dont elles remplissent les délits ; conséquemment avec la même inclinaison au nord, elles ne produisent d’autre inconvénient que d’humecter les parties qui les resserrent, & de leur imprimer une couleur rougeâtre. Quelquefois on rencontre dans l’intérieur des blocs des cavités d’un pié environ de diametre, remplies d’une glaise pure & légere que l’on juge n’être qu’un sédimeut des eaux & l’effet des filtrations.
Les filons de terre noire semblable au charbon de terre, ont à-peu-près les mêmes qualités & positions que les couches d’argille dont on vient de parler ; mais on n’y reconnoît aucune qualité relative au charbon de terre. On a essayé de cette matiere à la forge échauffée par le feu ; elle rend à la vérité une foible odeur sulfureuse, mais ne s’embrase point, & se réduit en poussiere.
Dixieme Question.
Le feuillet de l’ardoise s’apperçoit-il dans les coupes transversales des bancs à l’instant qu’on les sort des carrieres, aussi distinctement qu’après que ces mêmes bancs ont été tant soit peu desséchés à l’air libre.
Réponse.
Quoique l’ardoise soit composée, ainsi qu’on l’a dit précédemment, d’une infinité de couches divisibles à l’infini, on ne remarque cependant aucunes distinctions dans les coupes transversales des feuillets, ni dans les joints des blocs, soit avant que la pierre soit détachée de la masse de la carriere, soit avant qu’elle en ait été tirée.
L’ouvrier qui fend l’ardoise, n’observe aucun ordre dans son travail pour la division des blocs & des feuillets, sur son ciseau posé au hasard sur les fils de l’ardoise qu’il ne peut distinguer, il donne un coup de marteau & divise le bloc en deux ; il recommence ainsi toujours la même opération, & pourroit le réduire en feuillets aussi minces qu’une feuille de papier, lorsqu’il est franc ; car s’il est aigre, trop dur ou mêlé de corps étrangers, les feuillets ne peuvent être réduits qu’à une certaine épaisseur, ce qui fait que l’ardoise qui provient même du quartier le plus franc, ne peut jamais avoir une épaisseur réguliere, comme si ces feuillets étoient bien distincts ; d’où l’on peut conclure que l’Ordonnance de la ville de Paris de 1672, qui enjoint que l’épaisseur de l’ardoise sera constamment la même, pêche dans son principe.
Les blocs d’ardoise se dessechent étant trop longtems exposés à l’air & au soleil ; & lorsqu’ils ont totalement perdu leurs eaux (en terme de carriere), il n’est plus possible de les fendre: on a vu ci-dessus l’effet que produit la gelée sur l’ardoise, on peut en faire l’application.
Onzieme & derniere Question.
Les fontaines qui sont ordinairement dans les ardoiseries, ont-elles quelques propriétés particulieres? Ne charient-elles pas des matieres noires & sulfureuses? Ne s’est-il jamais rencontré dans l’exploitation des ardoiseries quelques filons de charbon de terre, des pyrites, des coquillages pétrifiés, des impressions de feuilles ou d’animaux, des nodus, & enfin des matieres étrangeres?
Réponse.
Les Fontaines qui sortent ordinairement des délits des bancs d’ardoise sont quelquefois minérales, elles charient des matieres ferrugineuses & sulfureuses ; les médecins les ordonnent pour certaines maladies. On a dit ci-dessus qu’il s’y trouvoit des filons d’une terre noire semblable au charbon de terre, mais n’en ayant point les qualités ni les propriétés.
Les pyrites y sont très-communes, elles sont quelquefois parsemées en forme de gros grains de sable sur des couches très-étendues d’ardoise où elles sont adhérentes & retenues par une matiere pierreuse & fort dure, bien différente de celle de l’ardoise, d’autres fois elles forment des nodus, toujours empreints sur cette matiere pierreuse ; les plus fortes de celles qui forment des nodus sont de figure cubique de la grosseur d’un dé à jouer, elles semblent participer de la mine de cuivre, cependant en leur faisant éprouver le feu, elles n’y résistent point, elles rendent une odeur sulfureuse très-forte, & tombent en dissolution, ce qui pourroit induire à croire que ces pyrites ne sont autre chose qu’un amas de parties sulfureuses très-fines & très-déliées, ce qui augmente leur densité ; toutes ces pyrites frappées avec un morceau d’acier, laissent échapper des parties ignées très-vives.
On rencontre aussi des marcassites par petites couches ou filons mélangés de sable & d’argille, & dans lesquels on remarque la même matiere pierreuse des couches d’ardoise auxquelles les pyrites sont adhérentes ; les chats, les pyrites & les marcassites forment également des nodus, l’ardoise même produit cet effet, c’est ce que les ouvriers appellent moelles ou mousses.
On trouve sur l’ardoise des impressions de feuilles, d’herbes, de mousses, ou plantes de différentes especes, mais on n’a aucune connoissance d’impressions d’animaux.
Tels sont à-peu-près les corps étrangers qui se rencontrent dans les ardoiseries: quant aux coquillages pétrifiés, & autres productions marines, elles n’en ont jamais produit, ou du moins on n’en a jamais trouvé, quelque extrême attention que l’on ait apportée à cette recherche.
Si l’auteur des éclaircissemens demandés desire avoir quelques instructions plus amples sur ce qui concerne les ardoiseries, ou s’il se trouve dans ce Mémoire quelques objets qui méritent des détails plus particuliers, l’Ingénieur fera tout ce qui dépendra de lui pour satisfaire aux nouvelles questions qui pourront lui être adressées à ce sujet ; si l’on a même besoin de faire quelques expériences qui exigent du tems & des précautions, il les exécutera avec d’autant plus de facilité & d’assurance, qu’il peut compter sur le travail, les soins & l’intelligence du sieur Sarthe, possédant & exploitant, comme on l’a dit ci-dessus, deux des plus belles carrieres d’ardoises des environs d’Angers, & auquel il doit une partie du travail & des observations ci-jointes.
Le présent Mémoire fait par nous, Ingénieur du Roi pour les ponts & chaussées des provinces du Maine & d’Anjou. A Angers le 12 Janvier 1754.
Observations sur l’Art nouvellement publié, de tirer des carrieres la pierre d’ardoise, &c.
Avertissement, page iv.
ON promet de détailler les moyens employés pour tirer la pierre d’ardoise des carrieres de la Champagne. C’est principalement cette partie de l’ouvrage qu’on se propose d’examiner ici. Le zele de l’auteur pour le progrès des Arts fait espérer qu’il approuvera qu’on remarque des négligences qui doivent moins lui être imputées qu’aux personnes auxquelles il a été obligé d’avoir recours, n’étant pas possible qu’il vît tout par lui-même. Par rapport au petit nombre d’observations qu’on fera sur ce qu’il a dit de la maniere d’exploiter les carrieres des environs d’Angers, elles sont beaucoup moins importantes; mais l’ouvrage mérite qu’on ne néglige rien de ce qui peut tendre à n’y laisser aucune tache dans une nouvelle édition.
Corps de l’Ouvrage, page 4. ligne 31.
Les carrieres ont environ 157 ou 200 piés de largeur, les plus grandes en longueur, 120 ou 150 piés. La longueur doit ordinairement être plus grande que la largeur. On ne fait ici cette observation, que parce que ces négligences de style sont fort communes dans cet ouvrage où elles portent quelquefois même de l’obscurité. On y trouve souvent le mot vague de grandeur pour désigner des dimensions bien déterminées, telles que la longueur, la largeur, l’épaisseur. On y trouve petit pour mince, détruire pour effacer une figure de géométrie tracèe avec de la craie sur une ardoise. Il y auroit eu de l’affectation à relever toutes les négligences de cette espece à mesure qu’elles se seroient présentées; mais j’ai cru devoir observer en général qu’elles se présentent souvent.
Page 7. ligne 12 & suivantes.
Cet article manque de précision; car on entend communément par puits, des trous verticaux par lesquels on enleve les matériaux & vuidanges à l’aide de quelque machine: je ne connois point de carriere en Champagne au-dessous de Charleville, qui s’exploite de cette maniere. Quand l’entrée de la fosse est sur le dessus de la montagne, on descend dans la carriere par une galerie inclinée suivant le même angle que le banc d’ardoise; & quand il est possible d’attaquer la carriere par le flanc de la montagne, on y entre par une galerie horizontale. Il peut y avoir au surplus dans le pays de Liege au-dessous de Charleville, & en Champagne du côté de Chaumont, des ardoisieres où l’on descende par des puits, mais ces puits n’excluent point les galeries, au lieu que dans cet article M. de F. semble faire des puits & des galeries deux manieres différentes d’exploiter les carrieres d’ardoise.
Page 8. ligne 23.
Presque toutes les carrieres de Rimogne en Champagne, &c. On pourroit inférer de ceci qu’il y a Rimogne plusieurs carrieres différemment inclinées & orientées. Il n’y a au contraire à Rimogne qu’un seul & même banc, dans lequel on a ouvert à la vérité plusieurs fosses, mais qui se communiquent toutes, & qui appartiennent au même propriétaire: ainsi il falloit dire, presque toutes les carrieres au-dessus de Charleville, ce qui auroit compris celles de Rimogne, Saint-Louis, Saint-Barnabé, &c.
Page 9. ligne 15.
La longueur de ce fossé est ce que nous nommons la longueur de la perriere, & l’on trouve (page 10. ligne 23.) la foncée (pour la rigole) parvenue à sa grandeur, au lieu de sa longueur, qui regle, comme on le peut voir dans la Pl. I. la largeur de la perriere. Voilà, comme on voit, une foule de négligences qui ne peuvent que jetter de l’obscurité dans des articles qui étoient faits au contraire pour s’éclaircir mutuellemement.
Page 13. ligne 32.
Les Ouvriers pour cet effet font une coupe avec les pics le long des parties (35. 36.) de la carriere. Il auroit fallu marquer cette coupe sur le dessein, cela étoit facile.
Page 15. ligne 27.
Sur cette premiere couche d’ardoise moins parfaite, &c. On croiroit d’après cela, qu’il est question d’une mauvaise couche posée horizontalement sur une autre meilleure dont elle est séparée d’une maniere bien distincte. La moindre réflexion sur la disposition des carrieres d’ardoise, dont M. de F. traite ici, fait connoître qu’- elles ne sont point composées de pareilles couches A B. Les bancs a b qui forment ces carrieres, sont presque verticaux. Ce n’est point un de ces bancs qui est plus dur & plus taché que les autres, mais chacun est plus dur & plus taché précisément vers l’endroit a où il est plus près de la surface.
Page 19. ligne 26 & suivantes.
On a oublié d’indiquer ici que dans tout le reste de cette page il n’est plus question de la Planche III. mais de la Planche premiere, à laquelle les renvois 18, 32, 31, A & c, c, c, se rapportent.
Page 20. ligne 15.
Une de ces machines, &c. Cet aliena & les deux suivans manquent de clarté, je crois même d’exactitude; il doit en effet y avoir deux chefs, un vers le levant, l’autre vers le couchant; tous deux & non pas un seul, doivent être perpendiculaires au sens dans lequel se fend l’ardoise; il faut à tous deux couper le blocs pour la détacher. La pente du banc d’ardoise vers le nord ne peut donc pas avoir plus d’influence sur l’un de ces chefs que sur l’autre. Tous deux sont par conséquent également solides, ou s’ils ne le sont pas, il faut qu’il y en ait une autre raison que celle que M. de F. apporte.
Page 22. lignes 21 & 22.
Contre ses parois extérieures, lisez contre ses parois intérieures.
Page 25. ligne 33.
On assied le bassicot, &c. Toute cette manœuvre du bassicot & surtout du chassis sur lequel on le pose pour le vuider plus facilement, ne me paroît pas clairement expliquée. Quelle est la position de ce chassis à l’égard du chef de la carriere? le chassis entier est-il mobile. ou n’y a-t-il que les deux décharges qui le soient? Les deux chevilles saillantes qui sont figurées vers deux des angles du grand chassis, & dont il n’est point du tout question dans le discours, n’empêchent-elles pas les décharges de s’éloigner autant qu’il paroît que cela est nécessaire pour le passage d’un bassicot? &c. La figure 1. de la Planche II. & son explication, bien loin d’éclaircir ce passage, en augmentent l’obscurité; car le bassicot Y que vuide l’ouvrier Z est posé à terre, & non pas sur un chassis.
Page 27. ligne 14.
Des 24 heures de jour on ne peut guere faire travailler les mêmes que deux ou trois heures de suite. Cela n’apprend rien, car il faudroit encore savoir de combien est le tems du repos après ce travail continu de deux ou trois heures. Il est difficile qu’un cheval résiste à travailler & à se reposer alternativement deux heures. J’ai vu plusieurs machines mues continuellement par des chevaux, où le tems du repos étoit double de celui du travail, & pour le service desquelles il falloit par conséquent trois relais de chevaux.
Même page, ligne derniere.
Les pompes coutent beaucoup de premiere construction, &c. Les pompes dont on fait usage à la carriere de Rimogne au-dessous de Charleville, & dont il est fait mention dans la description que M. Vialet a donnée de la maniere dont cette carriere s’exploite, coutent très-peu de premiere construction & même d’entretien. Comme ces pompes sont simplement aspirantes, il en faut une tous les 25 ou 30 piés de hauteur. Les réservoirs pourroient se placer dans un angle de la carriere, à-peu-près comme il est marqué ci-dessous; mais il faut regarder comme un grand avantage la propriété qu’ont les engins dont on se sert à Angers, de pouvoir servir indifféremment & suivant le besoin qu’on en a, aux épuisemens des eaux, ou à l’enlevement des matériaux.
Page 33. ligne 36.
Si quelques Couvreurs appellent sans en savoir davantage, pureau le pié a b d’une ardoise, c’est une faute qui ne doit pas être consacrée dans un ouvrage fait pour fixer le langage des arts. Le pureau est la partie a b d c, qui reste à découvert dans une ardoise mise en œuvre; c’est pour cela que donner à la tuile ou à l’ardoise un tiers ou un quart de pureau, c’est n’en laisser à découvert qu’un tiers ou un quart de chacune, & recouvrir le reste avec les tuiles ou ardoises supérieures.
Page 36. ligne 27.
L’ouvrier en taillant, &c. Cet article dit précisément que l’ouvrier ne peut faire de l’ardoise forte que de plus de deux lignes d’épaisseur. Et c’est tout le contraire, car, comme on l’a vu, ligne 7 de la même page, les marchands ont représenté qu’elle étoit trop épaisse à deux lignes, & qu’une ligne lui suffisoit.
Page 38. ligne 32.
Les ouvriers du pays estiment cette profondeur de 12 à 1500 piés. Il falloit dire que les ouvriers, pour faire paroître leur travail plus extraordinaire, disent qu’ils descendent jusqu’à 12 ou 1500 piés, c’est-à-dire trois fois plus bas qu’ils ne descendent réellement. On peut consulter sur cette profondeur & sur la vraie inclinaison du banc de Rimogne, le Mémoire de M. Vialet. On doit en général s’en tenir de préférence à ce Mémoire pour tous les points sur lesquels il est en contradiction avec M. de F.
Page 39. ligne 7.
On prétend qu’aux environs de Charleville on tire de l’ardoise à 300 piés plus bas que la Meuse qui en est éloignée de trois ou quatre lieues. Il est bien difficile de deviner ce que cela veut dire; car la Meuse passe non pas à quatre lieues, mais au pié des murs de Charleville. On a peut-être voulu dire qu’à trois ou quatre lieues de Charleville il y avoit sur le bord de la Meuse des ardoiseries qui descendoient 300 piés plus bas que le fond de cette riviere. Cela peut être vrai; on assure même qu’il y a des galeries qui passent dessous.
Même page, ligne 11.
Mais les ouvriers croyent qu’au-dessous du banc qu’ils travaillent, &c. Tout cet article annonce que M. de F. ignore la maniere dont le banc de Rimogne s’exploite. Ce qu’il y a sous ce banc, est tout-à-fait indifférent à la profondeur de la carriere. m a b n est ce banc. a b est par conséquent son epaisseur. Quand une fois cette épaisseur est reconnue, le banc s’exploite par chambrées successives que les ouvriers appellent culées; de sorte qu’après la culée a b d c, vient celle c d f e, ensuite celle e f h g, en laissant toutefois les piliers nécessaires pour soutenir le ciel en i g e c a, & ainsi toujours successivement, jusqu’à ce que l’abondance de l’eau ou la longueur du tems qu’il faut pour monter les matériaux, forcent à quitter. On voit donc clairement que la na-ture de la pierre ou de la terre qui se trouve sous le banc en n l h f d b, n’influe en aucune maniere sur l’approfondissement de cette carriere.
Même page, ligne 26.
Et ainsi jusqu’à ce que l’eau soit parvenue à la superficie du terrein, &c. On n’éleve point jusqu’à la superficie du terrein l’eau qu’on tire avec des pompes du fond de la carriere de Rimogne; on l’éleve seulement un peu plus haut qu’une vallée voisine dans laquelle elle va se jetter par un aqueduc souterrein, comme il est marqué ci-dessous. A point jusqu’où les pompes élevent l’eau. A B aqueduc. C B vallon.
Même page, ligne 31.
Dans celle de Rimogne les ouvriers, &c. Cette description du travail de Rimogne est louche & insuffisante.
Même page, ligne derniere, & au haut de la page suiv.
Les ouvriers travaillent en partie sous terre. Il se servent d’une espece de flambeau composé d’ecorce de bois séchée & enduite de résine qu’ils nomment perluau.
1°. La carriere de Rimogne n’est point en partie, mais entierement sous terre. Il en est de même de toutes les autres ardoiseries de Champagne au-dessous de Charleville.
2°. Les ouvriers qui travaillent au fond de la fosse, se servent de chandelle ordinaire; c’est avec cette même chandelle qu’on éclaire les curieux qui veulent visiter l’ardoiserie, car pour les porteurs d’ardoise & les faiseleux ou petits garçons qui enlevent les décombres, ils marchent toujours sans lumiere.
Quant aux perluaux dont on se sert dans les ardoiseries de Saint-Louis, Saint-Barnabé & autres sur le bord de la Meuse, je ne sçai s’il y en a d’écorce goudronée, mais j’ai été conduit dans ces ardoiseries avec de simples éclats de bois blanc bien séchés pour qu’ils s’allument plus facilement.
Page 40. ligne 4.
Comme dans celle de Rimogne, &c. Il y a dans cet alinea trois erreurs. 1°. Ce ne sont point les plus jeunes ouvriers qu’on emploie à porter les faix d’ardoise, chacun les porte à son tour. 2°. On n’en voit point douze de suite portant chacun sur une épaule; c’est toujours à plat sur le dos que les faix se portent. 3°. Les ouvriers ne se relayent point de galerie en galerie; il n’y a qu’un seul relais vers le milieu de la hauteur. Les ouvriers d’en-bas sont obligés d’apporter leur pierre jusqu’à cet endroit où les ouvriers d’en-haut la viennent prendre.
Même page, ligne 12.
Voici une autre maniere, &c. Je ne connois point d’ardoiserie au-dessous de Charleville, qui s’exploite de cette maniere; je puis même assurer qu’il n’y en a point dans cette partie de la Champagne. Je ne puis rien dire de celles qui sont situées sur le pays de Liege.
Page 41. ligne 8.
Le fendeur à Rimogne, &c. Tout cet article est faux, on ne connoît point à Rimogne cette espece de couteau à manche; on s’y sert pour refendre l’ardoise de ciseaux pareils à ceux dont M. de F. dit qu’on se sert à Angers. Voyez le détail du travail des fendeurs dans le Mémoire de M. Viallet.
Ligne 18.
Le tailleur de Rimogne, &c. Cet article est aussi peu exact que le précédent; on ne se sert point-du-tout à Rimogne pour tailler l’ardoise, d’enclume de fer, mais d’une espece de chevalet de bois, appellé par les ouvriers petit cheval. On ne se sert point non plus du même doleau qu’en Anjou, mais d’un outil qui ne lui ressemble en aucune maniere, & qui s’appelle rebattret. Voyez encore le Mémoire de M. Viallet.
Je dois faire remarquer que les deux articles que je viens d’examiner sont faux, non-seulement pour l’ardoiserie de Rimogne, mais aussi pour toutes les autres situées en Champagne au-dessous de Charleville.
Ligne 24.
Le tailleur (on auroit dû dire le hacheur), ici comme à Angers, &c. Il est vrai que les hacheurs de Rimogne forment assez communément leur ardoise à vue & sans prendre aucune mesure. Il n’en est pas moins vrai que la longueur du rebattret est précisément celle de l’ardoise ordinaire, dont la longueur est aussi égale à celle de la bride du petit cheval, c’est-à-dire du morceau de bois qui sort de la tête de ce petit cheval, & sur lequel on pose l’ardoise pour la tailler. Les habiles négligent ce secours pour faire leur ardoise d’échantillon, mais le commun des hacheurs s’en sert.
Ligne 38.
Et des frais d’épuisement. Le propriétaire de la carrïere de Rimogne ne paye les épuisemens en entier que quand le travail y est suspendu; mais quand il va, les ouvriers payent la moitié des tireurs, c’est à-dire des journaliers employés à faire manœuvrer les pompes. C’est sans doute une précaution pour que ces ouvriers soient intéressés à faire travailler les tireurs, & à n’en pas souffrir plus qu’il n en faut.
Page 43. ligne 2.
On fait une ouverture quarrée (1). C’est donc par erreur qu’elle est marquée ronde au dessein.
Page 45. ligne 29.
La couleur des ardoises change aussi, &c. Il y en a à Fumai ou Fumey, non loin de la Meuse, de couleur de lie de vin. M. Viallet ne se rappelle pas s’il en a fait mention dans son Mémoire; s’il ne l’a pas fait, c’est une omission qu’il faut réparer.
Page 47. lignes 5. & 6.
Très-tendre .... point cassante. Cela semble se contre-dire.
Ligne 28. & suivantes.
Il y avoit encore une objection à faire à Boot; celle de la position presque verticale du banc d’Angers. Cela n’indique point un dépôt dans le fond d’un marais. Il est vrai qu’une grande catastrophe, &c.
Page 60. lignes 10. & 11.
Au-lieu d’un des bouts de cette claie est en pointe, lisez un des bouts de ces perches est en pointe.
Figures. Vignette de la figure premiere.
Il étoit facile de marquer l’inclinaison du banc à chaque redan des foncées, & surtout aux faces de la rigole 21; faute de l’avoir fait, cette figure donne une idée fausse de la carriere qu’on a voulu représenter.
Premiere Vignette de la Planche II.
Le bassicot Y est à terre. On auroit dû le mettre en place sur le chassis de sa décharge; cela étoit très-nécessaire pour éclaircir la description fort incomplette que le discours & l’explication des Planches donnent de la maniere dont on fait usage de ce chassis.
La vignette 2. de la même Planche, me paroît fautive en ce que le point d’appui h du tambour devroit tomber à plomb de la poutre du milieu des trois, outre qu’il y auroit plus de solidité: à quoi peut servir la troisieme poutre à gauche, si toute la machine porte sur les deux à droite?
Vignette de la Planche III.
L’entrée I, qui est indiquée quarrée au discours, est ronde au dessein, ce qui est au surplus d’une très-petite importance. Je pense qu’il faut que cette entrée soit ronde quand les terres peuvent se soutenir d’elles-mêmes, & quarrée quand on ne peut les soutenir qu’à l’aide d’un chassis de charpente.
Au bas de la même Planche.
On a vû dans la remarque sur la page 25, que la figure du chassis A B C D est fautive & insuffisante.
Le cercle séparé O du seau M, n’a point ses côtés au-dessus des tourillons, plus élevés que le reste, ainsi que le discours l’annonce, & qu’il est marqué en M. On ne voit pas au surplus à quoi peut servir cette sur-élévation.
PLANCHE IV.
Le prétendu ciseau a a est un instrument chimérique & inconnu à Rimogne.
Dictionnaire des Termes.
Graffe, &c. Le banc de Rimogne est assez plein & uniforme; on y rencontre très-peu de matieres étrangeres, & jamais assez pour être obligé d’abandonner l’ouvrage, quand il ne s’y joint pas d’autres causes.
Doleau, &c. On a déjà dit que cet outil n’est point connu à Rimogne. Le rebattret & non rebattoir qui en tient lieu est fait tout differemment.
Foncée, &c. La foncée n’est point un nombre de blocs d’ardoise, mais la place qu’occupoient ces blocs.
Rebattoir, &c. Corrigez cet article suivant ce qui a été dit au mot Doleau.