ROMAIN empire
ROMAIN empire, (Gouvernement des Romains.) la république romaine avoit englouti toutes les autres républiques, & avoit anéanti tous les rois qui restoient encore, quand elle s’affaissa sous le poids de sa grandeur & de sa puissance. Les Romains en détruisant tous les peuples, se détruisoient eux-mêmes ; sans cesse dans l’action, l’effort, & la violence, ils s’userent comme s’use une arme dont on se sert toujours. Enfin, les discordes civiles, les triumvirats, les proscriptions, contribuerent à affoiblir Rome, plus encore que toutes ses guerres précédentes.
Les réglemens qu’ils firent pour remédier à de tels maux, eurent leur effet pendant que la république dans la force de son institution, n’eut à réparer que les pertes qu’elle faisoit par son courage, par son audace, par sa fermeté, & par son amour pour la gloire. Mais dans la suite, toutes les lois ne purent rétablir ce qu’une république mourante, ce qu’une anarchie générale, ce qu’un gouvernement militaire, ce qu’un empire dur, ce qu’un despotisme superbe, ce qu’une monarchie foible, ce qu’une cour stupide, idiote, & superstitieuse, abattirent successivement. On eût dit qu’ils n’avoient conquis le monde que pour l’affoiblir, & le livrer sans défense aux Barbares : les nations Gothes, Gothiques, Sarrazines, & Tartares, les accablerent tour-à-tour. Bien-tôt les peuples barbares n’eurent à détruire que des peuples barbares ; ainsi dans le tems des fables, après les inondations & les déluges, il sortit de la terre des hommes armés qui s’exterminerent les uns les autres. Parcourons, d’après M. de Montesquieu, tous ces événemens d’un œil rapide ; l’ame s’éleve, l’esprit s’étend, en s’accoutumant à considérer les grands objets.
Il étoit tellement impossible que la république pût se relever après la tyrannie de César, qu’il arriva à sa mort ce qu’on n’avoit point encore vu, qu’il n’y eut plus de tyrans, & qu’il n’y eût pas de liberté ;car les causes qui l’avoient détruite, subsistoient toujours.
Sextus Pompée tenoit la Sicile & la Sardaigne ; il étoit maître de la mer, & il avoit avec lui une infinité de fugitifs & de proscrits, qui combattoient pour leurs dernieres espérances. Octave lui fit deux guerres très-laborieuses ; & après bien des mauvais succès, il le vainquit par l’habileté d’Agrippa. Il gagna les soldats de Lépidus, & le dépouillant de la puissance du triumvirat, il lui envia même la consolation de mener une vie obscure, & le força de se trouver comme homme privé dans les assemblées du peuple. Ensuite la bataille d’Actium se donna, & Cléopatre en fuyant, entraîna Antoine avec elle. Tant de capitaines & tant de rois, qu’Antoine avoit faits ou aggrandis, lui manquerent ; & comme si la générosité avoit été liée à l’esclavage, une simple troupe de gladiateurs lui conserva une fidélité héroïque.
Auguste, c’est le nom que la flaterie donna à Octave, établit l’ordre, c’est-à-dire une servitude durable : car dans un état libre où l’on vient d’usurper la souveraineté, on appelle regle, tout ce qui peut fonder l’autorité sans bornes d’un seul ; & on nomme trouble, dissension, mauvais gouvernement, tout ce qui peut maintenir l’honnête liberté des sujets.
Tous les gens qui avoient eu des projets ambitieux, avoient travaillé à mettre une espece d’anarchie dans la république. Pompée, Crassus, & César, y réussirent à merveille ; ils établirent une impunité de tous les crimes publics ; tout ce qui pouvoit arrêter la corruption des mœurs, tout ce qui pouvoit faire une bonne police, ils l’abolirent ; & comme les bons législateurs cherchent à rendre leurs concitoyens meilleurs, ceux-ci travailloient à les rendre pires : ils introduisirent la coutume de corrompre le peuple à prix d’argent ; & quand on étoit accusé de brigues, on corrompoit aussi les juges : ils firent troubler les élections par toutes sortes de violences ; & quand on étoit mis en justice, on intimidoit encore les juges : l’autorité même du peuple étoit anéantie ; témoin Gabinius, qui après avoir rétabli, malgré le peuple, Ptolomée à main armée, vint froidement demander le triomphe.
Ces derniers hommes de la république cherchoient à dégoûter le peuple de son devoir, & à devenir nécessaires, en rendant extrèmes les inconvéniens du gouvernement républicain : mais lorsqu’Auguste fut une fois le maître, la politique le fit travailler à rétablir l’ordre, pour faire sentir le bonheur du gouvernement d’un seul.
Au lieu que César disoit insolemment que la république n’étoit rien, & que les paroles de lui César, étoient des lois ; Auguste ne parla que de la dignité du sénat, & de son respect pour la république. Il songea donc à établir le gouvernement le plus capable de plaire qui fût possible, sans choquer ses intérêts, & il en fit un aristocratique par rapport au civil, & monarchique par rapport au militaire : gouvernement ambigu, qui n’étant pas soutenu par ses propres forces, ne pouvoit subsister que tandis qu’il plairoit au monarque, & étoit entierement monarchique par conséquent. En un mot, toutes les actions d’Auguste, tous ses réglemens tendoient à l’établissement de la monarchie. Sylla se défit de la dictature : mais dans toute la vie de Sylla au milieu de ses violences, on vit un esprit républicain ; tous ses réglemens, quoique tyranniquement exécutés, tendoient toujours à une certaine forme de république. Sylla homme emporté, menoit violemment les Romains à la liberté : Auguste rusé tyran, les conduisit doucement à la servitude. Pendant que sous Sylla, la république reprenoit des forces, tout le monde crioit à la tyrannie ; & pendant que sous Auguste la tyrannie se fortifioit, on ne parloit que de liberté.
La coutume des triomphes qui avoit tant contribué à la grandeur de Rome, se perdit sous ce prince ; ou plutôt cet honneur devint un privilége de la souveraineté. Dans le tems de la république, celui-là seul avoit droit de demander le triomphe sous les auspices duquel la guerre s’étoit faite ; or elle se faisoit toujours sous les auspices du chef, & par conséquent de l’empereur, qui étoit le chef de toutes les armées.
Sous prétexte de quelques tumultes arrivés dans les élections, Auguste mit dans la ville un gouverneur & une garnison ; il rendit les corps des légions éternels, les plaça sur les frontieres, & établit des fonds particuliers pour les payer. Enfin, il ordonna que les vétérans recevroient leur récompense en argent, & non pas en terres.
Dion remarque très-bien, que depuis lors, il fut plus difficile d’écrire l’histoire : tout devint secret : toutes les dépêches des provinces furent portées dans le cabinet des empereurs ; on ne sut plus que ce que la folie & la hardiesse des tyrans ne voulut point cacher, ou ce que les historiens conjecturerent.
Comme on voit un fleuve miner lentement & sans bruit les digues qu’on lui oppose, & enfin les renverser dans un moment, & couvrir les campagnes qu’elles conservoient ; ainsi la puissance souveraine, sous Auguste, agit insensiblement, & renversa sous Tibere avec violence.
A peine ce prince fut monté sur le trône, qu’il appliqua la loi de majesté, non pas aux cas pour lesquels elle avoit été faite, mais à tout ce qui put servir sa haine, ou ses défiances. Ce n’étoient pas seulement les actions qui tomboient dans le cas de cette loi ; mais des paroles, des signes, & des pensées mêmes : car ce qui se dit dans ces épanchemens de cœur que la conversation produit entre deux amis, ne peut être regardé que comme des pensées. Il n’y eut donc plus de liberté dans les festins, de confiance dans les parentés, de fidélité dans les esclaves ; la dissimulation & la tristesse du prince se communiquant par-tout, l’amitié fut regardée comme un écueil, l’ingénuité comme une imprudence, & la vertu comme une affectation qui pouvoit rappeller dans l’esprit des peuples le bonheur des tems précédens.
Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle qu’on exerce à l’ombre des lois, & avec les couleurs de la justice ; lorsqu’on va, pour ainsi dire, noyer des malheureux sur la planche même sur laquelle ils s’étoient sauvés. Et comme il n’est jamais arrivé qu’un tyran ait manqué d’instrumens de sa tyrannie, Tibere trouva toujours des juges prêts à condamner autant de gens qu’il en put soupçonner.
Du tems de la république, le sénat qui ne jugeoit point en corps les affaires des particuliers, connoissoit par une délégation du peuple, des crimes qu’on imputoit aux alliés. Tibere lui renvoya de même le jugement de tout ce qui s’appelloit crime de lése-majesté contre lui. Ce corps tomba dans un état de bassesse qui ne peut s’exprimer ; les sénateurs alloient au-devant de la servitude, sous la faveur de Séjan ; les plus illustres d’entre eux faisoient le métier de délateurs.
Avant que Rome fût gouvernée par un seul, les richesses des principaux Romains étoient immenses, quelles que fussent les voies qu’ils employoient pour les acquérir : elles furent presque toutes ôtées sous les empereurs ; les sénateurs n’avoient plus ces grands cliens qui les combloient de biens ; on ne pouvoit guere rien prendre dans les provinces que pour César, sur-tout lorsque ses procurateurs, qui étoient à-peu-près comme sont aujourd’hui nos intendans, y furent établis. Cependant, quoique la source des richesses fût coupée, les dépenses subsistoient toujours ; le train de vie étoit pris, & onne pouvoit plus le soutenir que par la faveur de l’empereur.
Auguste avoit ôté au peuple la puissance de faire des lois, & celle de juger les crimes publics ; mais il lui avoit laissé, ou du-moins avoit paru lui laisser, celle d’élire les magistrats. Tibere, qui craignoit les assemblées d’un peuple si nombreux, lui ôta encore ce privilége, & le donna au sénat, c’est-à-dire à lui-même : or on ne sauroit croire combien cette décadence du pouvoir du peuple avilit l’ame des grands. Lorsque le peuple disposoit des dignités, les magistrats qui les briguoient, faisoient bien des bassesses ; mais elles étoient jointes à une certaine magnificence qui les cachoit, soit qu’ils donnassent des jeux, ou de certains repas au peuple, soit qu’ils lui distribuassent de l’argent ou des grains. Quoique le motif fût bas, le moyen avoit quelque chose de noble, parce qu’il convient toujours à un grand homme d’obtenir par des libéralités, la faveur du peuple. Mais, lorsque le peuple n’eût plus rien à donner, & que le prince, au nom du sénat, disposa de tous les emplois, on les demanda, & on les obtint par des voies indignes ; la flatterie, l’infamie, les crimes, furent des arts nécessaires pour y parvenir.
Caligula succéda à Tibere. On disoit de lui qu’il n’y avoit jamais eu un meilleur esclave, ni un plus méchant maître ; ces deux choses sont assez liées, car la même disposition d’esprit, qui fait qu’on a été vivement frappé de la puissance illimitée de celui qui commande, fait qu’on ne l’est pas moins lorsqu’on vient à commander soi-même.
Ce monstre faisoit mourir militairement tous ceux qui lui déplaisoient, ou dont les biens tentoient son avarice ; plusieurs de ses successeurs l’imiterent : nous ne trouvons rien de semblable dans nos histoires modernes. Attribuons-en la cause à des mœurs plus douces, & à une religion plus réprimante ; de plus on n’a point à dépouiller les familles de ces sénateurs qui avoient ravagé le monde Nous tirons cet avantage de la médiocrité de nos fortunes, qu’elles sont plus sûres ; nous ne valons pas la peine qu’on nous ravisse nos biens.
Le petit peuple de Rome, ce que l’on appelloit plebs, ne haïssoit pas cependant les plus mauvais empereurs. Depuis qu’il avoit perdu l’empire & qu’il n’étoit plus occupé à la guerre, il étoit devenu le plus vil de tous les peuples ; il regardoit le commerce & les arts comme des choses propres aux seuls esclaves, & les distributions de blé qu’il recevoit lui faisoient négliger les terres ; on l’avoit accoutumé aux jeux & aux spectacles. Quand il n’eut plus de tribuns à écouter, ni de magistrats à élire, ces choses vaines lui devinrent nécessaires, & son oisiveté lui en augmenta le goût. Or, Caligula, Néron, Commode, Caracalla étoient regrettés du peuple, à cause de leur folie même ; car ils aimoient avec fureur ce que le peuple aimoit, & contribuoient de tout leur pouvoir & même de leur personne à ses plaisirs ; ils prodiguoient pour lui toutes les richesses de l’empire ; & quand elles étoient épuisées, le peuple voyant sans peine dépouiller toutes les grandes familles, il jouissoit des fruits de la tyrannie, & il en jouissoit purement ; car il trouvoit sa sûreté dans sa bassesse. De tels gens haïssoient naturellement les gens de bien ; ils savoient qu’ils n’en étoient pas approuvés : indignés de la contradiction ou du silence d’un citoyen austere, enivrés des applaudissemens de la populace, ils parvenoient à s’imaginer que leur gouvernement faisoit la félicité publique, & qu’il n’y avoit que des gens mal intentionnés qui pussent le censurer.
Caligula étoit un vrai sophiste dans sa cruauté : comme il descendoit également d’Antoine & d’Auguste, il disoit qu’il puniroit les consuls s’ils célé- broient le jour de réjouissance établi en mémoire de la victoire d’Actium, & qu’il les puniroit s’ils ne le célébroient pas ; & Drusille, à qui il accorda les honneurs divins, étant morte, c’étoit un crime de la pleurer, parce qu’elle étoit déesse, & de ne la pas pleurer, parce qu’elle étoit sa sœur.
C’est ici qu’il faut se donner le spectacle des choses humaines. Qu’on voie dans l’histoire de Rome tant de guerres entreprises, tant de sang répandu, tant de peuples détruits, tant de grandes actions, tant de triomphes, tant de politique, de sagesse, de prudence, de constance, de courage ; ce projet d’envahir tout, si bien formé, si bien soutenu, si bien fini, à quoi aboutit-il, qu’à assouvir le bonheur de cinq ou six monstres ? Quoi ! ce sénat n’avoit fait évanouir tant de rois que pour tomber lui-même dans le plus bas esclavage de quelques uns de ses plus indignes citoyens, & s’exterminer par ses propres arrêts ? On n’éleve donc sa puissance que pour la voir mieux renversée ? Les hommes ne travaillent à augmenter leur pouvoir que pour le voir tomber contre eux-mêmes dans de plus heureuses mains.
Caligula ayant été tué, le sénat s’assembla pour établir une forme de gouvernement. Dans le tems qu’il délibéroit, quelques soldats entrerent dans le palais pour piller, ils trouverent dans un lieu obscur un homme tremblant de peur ; c’étoit Claude : ils le saluerent empereur. Cet empereur acheva de perdre les anciens ordres, en donnant à ses officiers le droit de rendre la justice. Les guerres de Marius & de Sylla ne se faisoient que pour savoir qui auroit ce droit, des sénateurs ou des chevaliers. Une fantaisie d’un imbécille l’ôta aux uns & aux autres ; étrange succès d’une dispute qui avoit mis en combustion tout l’univers !
Les soldats avoient été attachés à la famille de César, qui étoit garante de tous les avantages que leur avoit procuré la révolution. Le tems vint que les grandes familles de Rome furent toutes exterminées par celle de César, & que celle de César, dans la personne de Néron, périt elle-même. La puissance civile qu’on avoit sans cesse abattue, se trouve hors d’état de contre-balancer la militaire ; chaque armée voulut nommer un empereur.
Galba, Othon, Vitellius ne firent que passer, Vespasien fut élu, comme eux, par les soldats : il ne songea, dans tout le cours de son regne, qu’à rétablir l’empire, qui avoit été successivement occupé par six tyrans également cruels, presque tous furieux, souvent imbécilles, & pour comble de malheur, prodigues jusqu’à la folie.
Tite, qui vint à succéder à Vespasien, fut les délices du peuple. Domitien fit voir un nouveau monstre, plus cruel, ou du-moins plus implacable que ceux qui l’avoient précédé, parce qu’il étoit plus timide. Ses affranchis les plus chers, &, à ce quelques-uns ont dit, sa femme même, voyant qu’il étoit aussi dangereux dans ses amitiés que dans ses haines, & qu’il ne mettoit aucunes bornes à ses méfiances, ni à ses accusations, s’en défirent. Avant de faire le coup, ils jetterent les yeux sur un successeur, & choisirent Nerva, vénérable vieillard.
Nerva adopta Trajan, prince le plus accompli dont l’histoire ait jamais parlé. Adrien, son successeur, abandonna ses conquêtes & borna l’empire à l’Euphrate.
Dans ces tems-là, la secte des stoïciens s’étendoit & s’accréditoit de plus en plus. Il sembloit que la nature humaine eût fait un effort pour produire d’elle-même cette secte admirable, qui étoit comme ces plantes que la terre fait naître dans des lieux que le ciel n’a jamais vus.
Les Romains lui durent leurs meilleurs empereurs. Rien n’est capable de faire oublier le premier Anto-nin que Marc-Aurele qu’il adopta. On sent en soi-même un plaisir secret, lorsqu’on parle de cet empereur ; on ne peut lire sa vie sans une espece d’attendrissement : tel est l’effet qu’elle produit, qu’on a meilleure opinion de soi-même, parce qu’on a meilleure opinion des hommes. La sagesse de Nerva, la gloire de Trajan, la valeur d’Adrien, la vertu des deux Antonins se firent respecter des soldats. Mais lorsque de nouveaux monstres prirent leur place, l’abus du gouvernement militaire parut dans tout son excès ; & les soldats qui avoient vendu l’empire, assassinerent les empereurs pour en avoir un nouveau prix.
Commode succéda à Marc-Aurele son pere. C’étoit un monstre qui suivoit toutes ses passions, & toutes celles de ses ministres & de ses courtisans. Ceux qui en délivrerent le monde, nommerent en sa place Pertinax, vénérable vieillard, que les soldats prétoriens massacrerent d’abord.
Ils mirent l’empire à l’enchere, & Didius Julien l’emportant par ses promesses, souleva tous les Romains ; car quoique l’empire eût été souvent acheté, il n’avoit pas encore été marchandé. Pescennius Niger, Sévere & Albin furent salués empereurs, & Julien n’ayant pu payer les sommes immenses qu’il avoit promises fut abandonné par ses troupes.
Sévere avoit de grandes qualités, mais il avoit encore de plus grands défauts ; quoique jaloux de son autorité autant que l’avoit été Tibere, il se laissa gouverner par Plautien d’une maniere misérable. Enfin il étoit cruel & barbare ; il employa les exactions d’un long regne, & les proscriptions de ceux qui avoient suivi le parti de ses concurrens, à amasser des trésors immenses. Mais les trésors amassés par des princes n’ont presque jamais que des effets funestes : ils corrompent le successeur qui en est ébloui ; & s’ils ne gâtent pas son cœur, ils gâtent son esprit. Ils forment d’abord de grandes entreprises avec une puissance qui est d’accident, qui ne peut pas durer, qui n’est pas naturelle, & qui est plutôt enflée qu’aggrandie. Les proscriptions de cet empereur furent cause que plusieurs soldats de Niger se retirerent chez les Parthes. Ils leur apprirent ce qui manquoit à leur art militaire, à se servir des armes romaines, & même à en fabriquer, ce qui fit que ces peuples qui s’étoient ordinairement contentés de se défendre, furent dans la suite presque toujours agresseurs.
Il est remarquable que dans cette suite de guerres civiles qui s’éleverent continuellement, ceux qui avoient les légions d’Europe vainquirent presque toujours ceux qui avoient les légions d’Asie ; & l’on trouve dans l’histoire de Sévere qu’il ne put prendre la ville d’Atra en Arabie, parce que les légions d’Europe s’étant mutinées, il fut obligé d’employer celles de Syrie. On sentit cette différence depuis qu’on commença à faire des levées dans les provinces ; & elle fut telle entre les légions qu’elles étoient entre les peuples mêmes qui, par la nature & par l’éducation, sont plus ou moins propres pour la guerre.
Ces levées faites dans les provinces produisirent un autre effet : les empereurs pris ordinairement dans la milice furent presque tous étrangers & quelquefois barbares. Rome ne fut plus la maîtresse du monde, & reçut des lois de tout l’univers. Chaque empereur y porta quelque chose de son pays ou pour les manieres, ou pour les mœurs, ou pour la police, ou pour le culte ; & Héliogabale alla jusqu’à vouloir détruire tous les objets de la vénération de Rome, & ôter tous les dieux de leurs temples pour y placer le sien.
On pourroit appeller Caracalla qui vint à succéder à Sévere non pas un tyran, mais le destructeur des hommes. Caligula, Néron & Domitien bornoient leurs cruautés dans la capitale ; celui-ci alloit promener sa fureur dans tout l’univers. Ayant commencé son regne par tuer de sa propre main Géta son frere, il employa ses richesses à augmenter la paye des soldats, pour leur faire souffrir son crime ; & pour en diminuer encore l’horreur, il mit son frere au rang des dieux. Ce qu’il y a de singulier, c’est que le même honneur lui fut exactement rendu par Macrin, qui, après l’avoir fait poignarder, voulant appaiser les soldats prétoriens affligés de la mort de ce prince qui les avoit comblés de largesses, lui fit bâtir un temple, & y établit des prêtres flamines pour le desservir.
Les profusions de Caracalla envers ses troupes avoient été immenses, & il avoit très-bien suivi le conseil que son pere lui avoit donné en mourant, d’enrichir les gens de guerre, & de ne s’embarrasser pas des autres. Mais cette politique n’étoit guere bonne que pour un regne ; car le successeur ne pouvant plus faire les mêmes dépenses, étoit d’abord massacré par l’armée ; de façon qu’on voyoit toujours les empereurs sages mis à mort par les soldats, & les méchans par des conspirations ou des arrêts du sénat.
Quand un tyran qui se livroit aux gens de guerre avoit laissé les citoyens exposés à leurs violences & à leurs rapines, cela ne pouvoit durer qu’un regne ; car les soldats, à force de détruire, alloient jusqu’à s’ôter à eux-mêmes leur solde. Il falloit donc songer à rétablir la discipline militaire ; entreprise qui coutoit toujours la vie à celui qui osoit la tenter.
Quand Caracalla eut été tué par les embuches de Macrin, les soldats élurent Héliogabale ; & quand ce dernier qui n’étant occupé que de ses sales voluptés, les laissoit vivre à leur fantaisie, ne put plus être souffert, ils le massacrerent. Ils tuerent de même Alexandre qui vouloit rétablir la discipline, & parloit de les punir. Ainsi un tyran qui ne s’assûroit point la vie, mais le pouvoir de faire des crimes, périssoit avec ce funeste avantage, que celui qui voudroit faire mieux périroit après lui.
Après Alexandre, on élut Maximin qui fut le premier empereur d’une origine barbare. Sa taille gigantesque & la force de son corps l’avoient fait connoître : il fut tué avec son fils par ses soldats. Les deux premiers Gordiens périrent en Afrique ; Maxime, Balbin & le troisieme Gordien furent massacrés. Philippe qui avoit fait tuer le jeune Gordien, fut tué lui-même avec son fils ; & Dèce qui fut élu en sa place, périt à son tour par la trahison de Gallus.
Ce qu’on appelloit l’empire romain dans ce siecle-là, étoit une espece de république irréguliere, telle à-peu-près que l’aristocratie d’Alger, où la milice qui a la puissance souveraine fait & défait un magistrat, qu’on appelle le dey.
Dans ces mêmes tems, les Barbares au commencement inconnus aux Romains, ensuite seulement incommodes, leur étoient devenus redoutables. Par l’événement du monde le plus extraordinaire, Rome avoit si bien anéanti tous les peuples, que lorsqu’elle fut vaincue elle-même, il sembla que la terre en eût enfanté de nouveaux pour la détruire.
Sous le regne de Gallus, un grand nombre de nations qui se rendirent ensuite plus célebres, ravagerent l’Europe ; & les Perses ayant envahi la Syrie, ne quitterent leurs conquêtes que pour conserver leur butin. Les violences des Romains avoient fait retirer les peuples du midi au nord ; tandis que la force qui les contenoit subsista, ils y resterent ; quand elle fut affoiblie, ils se répandirent de toutes parts. La même chose arriva quelques siecles après. Les conquêtes de Charlemagne & ses tyrannies avoient une seconde fois fait reculer les peuples du midi au nord : si-tôt que cet empire fut affoibli, ils se porte-rent une seconde fois du nord au midi. Et si aujourd’hui un prince faisoit en Europe les mêmes ravages, les nations repoussées dans le nord, adossées aux limites de l’univers, y tiendroient ferme jusqu’au moment qu’elles inonderoient & conquereroient l’Europe une troisieme fois.
L’affreux désordre qui étoit dans la succession à l’empire étant venu à son comble, on vit paroître, sur la fin du regne de Valerien & pendant celui de Gallien, trente prétendans divers qui s’étant la plûpart entre-détruits, ayant eu un regne très-court, furent nommés tyrans. Valerien ayant été pris par les Perses, & Gallien son fils négligeant les affaires, les barbares pénétrerent par-tout ; l’empire se trouvant dans cet état où il fut environ un siecle après en Occident, & il auroit été dès-lors détruit sans un concours heureux de circonstances ; quatre grands hommes, Claude, Aurélien, Tacite & Probus qui, par un grand bonheur, se succéderent, rétablirent l’empire prêt à périr.
Cependant pour prévenir les trahisons continuelles des soldats, les empereurs s’associerent des personnes en qui ils avoient confiance ; & Dioclétien, sous la grandeur des affaires, régla qu’il y auroit toujours deux empereurs & deux césars ; mais ce qui contint encore plus les gens de guerre, c’est que les richesses des particuliers & la fortune publique ayant diminué, les empereurs ne purent plus leur faire des dons si considérables, de maniere que la récompense fut plus proportionnée au danger de faire une nouvelle élection. D’ailleurs les préfets du prétoire qui faisoient à leur gré massacrer les empereurs pour se mettre en leur place, furent entierement abaissés par Constantin, qui ne leur laissa que les fonctions civiles, & en fit quatre au lieu de deux.
La vie des empereurs commença donc à être plus assurée ; il purent mourir dans leur lit, & cela sembla avoir un peu adouci leurs mœurs ; ils ne verserent plus le sang avec tant de férocité. Mais comme il falloit que ce pouvoir immense débordât quelque part, on vit un autre genre de tyrannie plus sourde. Ce ne furent plus des massacres, mais des jugemens iniques, des formes de justice qui sembloient n’éloigner la mort que pour flétrir la vie : la cour fut gouvernée, & gouverna par plus d’artifices, par des arts plus exquis, avec un plus grand silence : enfin au lieu de cette hardiesse à concevoir une mauvaise action, & de cette impétuosité à la commettre, on ne vit plus regner que les vices des ames foibles & des crimes réfléchis.
Il s’établit encore un nouveau genre de corruption, les premiers empereurs aimoient les plaisirs, ceux-ci la mollesse : ils se montrerent moins aux gens de guerre, ils furent plus oisifs, plus livrés à leurs domestiques, plus attachés à leurs palais, & plus séparés de l’empire. Le poison de la cour augmenta sa force, à mesure qu’il fut plus séparé ; on ne dit rien, on insinua tout ; les grandes réputations furent toutes attaquées ; & les ministres & les officiers de guerre furent mis sans cesse à la discrétion de cette sorte de gens qui ne peuvent servir l’état, ni souffrir qu’on le serve avec gloire. Le prince ne sçut plus rien que sur le rapport de quelques confidens, qui toujours de concert, souvent même lorsqu’ils sembloient être d’opinion contraire, ne faisoient auprès de lui que l’office d’un seul.
Le séjour de plusieurs empereurs en Asie & leur perpétuelle rivalité avec les rois de Perse firent qu’ils voulurent être adorés comme eux ; & Dioclétien, d’autres disent Galere, l’ordonna par un édit. Ce faste & cette pompe asiatique s’établissant, les yeux s’y accoutumerent d’abord : & lorsque Julien voulut mettre de la simplicité & de la modestie dans ses ma- nieres, on appella oubli de la dignité ce qui n’étoit que la mémoire des anciennes mœurs.
Quoique depuis Marc-Aurele il y eût eu plusieurs empereurs, il n’y avoit eu qu’un empire ; & l’autorité de tous étant reconnue dans la province, c’étoit une puissance unique exercée par plusieurs. Mais Galere & Constance Chlore n’ayant pu s’accorder, ils partagerent réellement l’empire, & cet exemple que Constantin suivit sur le plan de Galere produisit une étrange révolution. Ce prince qui n’a fait que des fautes en matiere de politique, porta le siege de l’empire en Orient ; cette division qu’on en fit le ruina, parce que toutes les parties de ce grand corps liées depuis long-tems ensemble, s’étoient, pour ainsi dire, ajustées pour y rester & dépendre les unes des autres.
Dès que Constantin eut établi son siege à Constartinople, Rome presque entiere y passa, & l’Italie fut privée de ses habitans & de ses richesses. L’or & l’argent devinrent extrèmement rares en Europe ; & comme les empereurs en voulurent toujours tirer les mêmes tributs, ils souleverent tout le monde.
Constantin, après avoir affoibli la capitale, frappa un autre coup sur les frontieres ; il ôta les légions qui étoient sur le bord des grands fleuves, & les dispersa dans les provinces : ce qui produisit deux maux ; l’un, que la barriere qui contenoit tant de nations fut ôtée ; & l’autre, que les soldats vécurent & s’amollirent dans le cirque & dans les théâtres.
Plusieurs autres causes concoururent à la ruine de l’empire. On prenoit un corps de barbares pour s’opposer aux inondations d’autres barbares, & ces nouveaux corps de milice étoient toujours prêts à recevoir de l’argent, à piller & à se battre ; on étoit servi pour le moment ; mais dans la suite, on avoit autant de peine à réduire les auxiliaires que les ennemis.
Les nations qui entouroient l’empire en Europe & en Asie, absorberent peu-à-peu les richesses des Romains ; & comme ils s’étoient aggrandis, parce que l’or & l’argent de tous les rois étoient portés chez eux, ils s’affoiblirent, parce que leur or & leur argent fut porté chez les autres. « Vous voulez des richesses ? disoit Julien à son armée qui murmuroit ; voilà le pays des Perses, allons en chercher. Croyez-moi, de tant de trésors que possédoit la république romaine, il ne reste plus rien ; & le mal vient de ceux qui ont appris aux princes à acheter la paix des barbares. Nos finances sont épuisées, nos villes sont détruites, nos provinces ruinées. Un empereur qui ne connoit d’autres biens que ceux de l’ame, n’a pas honte d’avouer une pauvreté honnête ».
De plus les Romains perdirent toute leur discipline militaire, ils abandonnerent jusqu’à leurs propres armes. Végece dit que les soldats les trouvant trop pesantes, ils obtinrent de l’empereur Gratien de quitter leur cuirasse, & ensuite leur casque ; de façon qu’exposés aux coups sans défense, ils ne songerent plus qu’à fuir. Il ajoute qu’ils avoient perdu la coutume de fortifier leur camp ; & que, par cette négligence, leurs armées furent enlevées par la cavalerie des Barbares.
C’étoit une regle inviolable des premiers Romains, que quiconque avoit abandonné son poste ou laissé ses armes dans le combat, étoit puni de mort ; Julien & Valentinien avoient à cet égard rétabli les anciennes peines. Mais les barbares pris à la solde des Romains, accoutumés à faire la guerre, comme la font aujourd’hui les Tartares, à fuir pour combattre encore, à chercher le pillage plus que l’honneur, étoient incapables d’une pareille discipline.
Telle étoit celle des premiers Romains, qu’on y avoit vu des généraux condamner leurs enfans à mourir pour avoir, sans leur ordre, gagné la victoire :mais quand ils furent mêlés parmi les Barbares, ils y contracterent un esprit d’indépendance qui faisoit le caractere de ces nations ; & si l’on lit les guerres de Bélisaire contre les Goths, on verra un général presque toujours désobéi par ses officiers.
Dans cette position, Attila parut dans le monde pour soumettre tous les peuples du nord. Ce prince dans sa maison de bois, où nous le représente Priscus, se fit connoître pour un des grands monarques dont l’histoire ait jamais parlé. Il étoit maître de toutes les nations barbares, & en quelque façon de presque toutes celles qui étoient policées. Il s’étendit depuis le Danube jusqu’au Rhin, détruisit tous les forts & tous les ouvrages qu’on avoit faits sur ces fleuves, & rendit les deux empires tributaires. On voyoit à sa cour les ambassadeurs des empereurs qui venoient recevoir ses lois, ou implorer sa clémence. Il avoit mis sur l’empire d’orient un tribut de deux mille cent livres d’or. Il envoyoit à Constantinople ceux qu’il vouloit récompenser, afin qu’on les comblât de biens, faisant un trafic continuel de la frayeur des Romains. Il étoit craint de ses sujets ; & il ne paroît pas qu’il en fût haï. Fidélement servi des rois mêmes qui étoient sous sa dépendance, il garda pour lui seul l’ancienne simplicité des mœurs des Huns.
Après sa mort, toutes les nations barbares se rediviserent ; mais les Romains étoient si foibles, qu’il n’y avoit pas de si petit peuple qui ne pût leur nuire. Ce ne fut pas une certaine invasion qui perdit l’empire ; ce furent toutes les invasions. Depuis celle qui fut si générale sous Gallus, il sembla rétabli, parce qu’il n’avoit point perdu de terrain ; mais il alla de degrés en dégrés, de la décadence à sa chûte, jusqu’à ce qu’il s’affaissa tout-à-coup sous Arcadius & Honorius.
En vain on auroit rechassé les Barbares dans leur pays, ils y seroient tout de même rentrés, pour mettre en sûreté leur butin. En vain on les extermina, les villes n’étoient pas moins saccagées, les villages brûlés, les familles tuées ou dispersées. Lorsqu’une province avoit été ravagée, les barbares qui succédoient, n’y trouvant plus rien, devoient passer à une autre. On ne ravagea au commencement que la Thrace, la Mysie, la Pannonie. Quand ces pays furent dévastés, on ruina la Macédoine, la Thessalie, la Grece ; de-là il fallut aller aux Noriques. L’empire, c’est-à-dire le pays habité, se rétrécissoit toujours, & l’Italie devenoit frontiere.
L’empire d’occident fut le premier abattu, & Honorius fut obligé de s’enfuir à Ravennes. Théodoric s’empara de l’Italie, qu’Alaric avoit déjà ravagée. Rome s’étoit aggrandie, parce qu’elle n’avoit eu que des guerres successives, chaque nation, par un bonheur inconcevable, ne l’attaquant que quand l’autre avoit été ruinée. Rome fut détruite, parce que toutes les nations l’attaquerent à la fois, & pénêtrerent partout.
L’empire d’orient (dont on peut voir l’article au mot Orient), après avoir essuyé toutes sortes de tempêtes, fut réduit sous ces derniers empereurs, aux faubourgs de Constantinople, & finit comme le Rhin, qui n’est plus qu’un ruisseau lorsqu’il se perd dans l’Océan.
Je n’ajoute qu’une seule, mais admirable réflexion, qu’on doit encore à M. de Montesquieu. Ce n’est pas, dit-il, la fortune qui domine le monde ; on peut le demander aux Romains qui eurent une suite continuelle de prospérités, quand ils se gouvernerent sur un certain plan, & une suite non interrompue de revers, lorsqu’ils se conduisirent sur un autre. Il y a des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l’élevent, la maintiennent ou la précipitent ; tous les accidens sont soumis à ces causes ; & si le hasard d’une bataill- le, c’est-à-dire une cause particuliere, a ruiné un état, il y avoit une cause générale qui faisoit que cet état devoit périr par une seule bataille. En un mot, l’allure principale entraîne avec elle tous les accidens particuliers.
Romains. Philosophie des Etrusques & des Romains
Romains. Philosophie des Etrusques & des Romains, (Hist. de la Philosophie.) nous savons peu de chose des opinions des Etrusques sur le monde, les dieux, l’ame & la nature. Ils ont été les inventeurs de la divination par les augures, ou de cette science frivole qui consiste à connoître la volonté des dieux, ou par le vol des oiseaux, ou par leur chant, ou par l’inspection des entrailles d’une victime. O combien nos lumieres sont foibles & trompeuses ! tantôt c’est notre imagination, ce sont les événemens, nos passions, notre terreur & notre curiosité qui nous entrainent aux suppositions les plus ridicules ; tantôt c’est une autre sorte d’erreur qui nous joue. Avons-nous découvert à force de raison & d’étude quelque principe vraissemblable ou vrai ? Nous nous égarons des les premieres conséquences que nous en tirons, & nous flottons incertains. Nous ne savons s’il y a vice ou dans le principe, ou dans la conséquence ; & nous ne pouvons nous résoudre, ni à admettre l’un, ni à rejetter l’autre, ni à les recevoir tous deux. Le sophisme consiste dans quelque chose de très-subtil qui nous échappe. Que répondrions-nous à un augure qui nous diroit : écoute philosophe incrédule, & humilie-toi. Ne conviens-tu pas que tout est lié dans la nature ?… J’en conviens… Pourquoi donc oses-tu nier qu’il y ait entre la conformation de ce foie & cet événement, un rapport qui m’éclaire ?…Le rapport y est sans doute, mais comment peut-il l’éclairer… comme le mouvement de l’astre de la nuit t’instruit sur l’élévation ou l’abaissement des eaux de la mer, & combien d’autres circonstances où tu vois qu’un phénomene étant, un autre phénomene est ou sera, sans appercevoir entre ces phénomenes aucune liaison de cause & d’effet ? Quel est le fondement de la science en pareil cas ? D’où sais-tu que si l’on approche le feu de ce corps, il en sera consume ?… De l’expérience… Eh bien l’expérience est aussi le fondement de mon art. Le hasard te conduisit à une premiere observation, & moi aussi. J’en fis une seconde, une troisieme ; & je conclus de ces observations réiterées, une concomitance constante & peut-être nécessaire entre des effets très-éloignés & très disparates. Mon esprit n’eut point une autre marche que le tien. Viens donc. Approche-toi de l’autel. Interrogeons ensemble les entrailles des victimes, & si la vérité accompagne toujours leurs réponses, adore mon art & garde le silence… Et voilà, mon philosophe, s’il est un peu sincere, réduit à laisser de côté sa raison, & à prendre le couteau du sacrificateur, ou à abandonner un principe incontestable ; c’est que que tout tient dans la nature par un enchainement nécessaire ; ou à réfuter par l’expérience même, la plus absurde de toutes les idées ; c’est qu’il y a une liaison ineffable & secrette, entre le sort de l’empire & l’appétit ou le dégoût des poulets sacrés. S’ils mangent, tout va bien ; tout est perdu, s’ils ne mangent pas. Qu’on rende le philosophe si subtil que l’on voudra, si l’augure n’est pas un imbécille, il répondra à tout, & ramenera le philosophe, malgré qu’il en ait, à l’expérience.
Les Etrusques disoient, Jupiter a trois foudres : un foudre qu’il lance au hasard, & qui avertit les hommes qu’il est ; un foudre qu’il n’envoye qu’après en avoir déliberé avec quelques dieux & qui intimide les méchans ; un foudre qu’il ne prend que dans le conseil général des immortels, & qui écrase & qui perd.
Ils pensoient que Dieu avoit employé douze mille ans à créer le monde, & partagé sa durée en dou-ze périodes de mille ans chacune. Il créa dans les premiers mille ans, le ciel & la terre ; dans les seconds mille ans, le firmament ; dans les troisiemes, la mer & toutes les eaux ; dans les quatriemes, le soleil, la lune & les autres astres qui éclairent le ciel ; dans les cinquiemes, les oiseaux, les insectes, les reptiles, les quadrupedes, & tout ce qui vit dans l’air, dans les eaux & sur la terre. Le monde avoit six milles ans, que l’homme n’étoit pas encore. L’espece humaine subsistera jusqu’à la fin de la derniere période ; c’est alors que les tems seront consommés.
Les périodes de la création des étrusques correspondent exactement aux jours de la création de Moïse.
Il arriva sous Marius un phénomene étonnant. On entendit dans le ciel le son d’une trompette, aiguë & lugubre ; & les augures Etrusques consultés en inférerent le passage d’une période du monde à une autre, & quelque changement marqué dans la race des hommes.
Les divinités d’Isis & d’Osiris ont-elles été ignorées ou connues des Etrusques ? c’est une question que nous laissons à discuter aux érudits.
Les premiers Romains ont emprunté sans doute, des Sabins, des Etrusques, & des peuples circonvoisins, le peu d’idées raisonnables qu’ils ont eues ; mais qu’étoit-ce que la philosophie d’une poignée de brigands, réfugiés entre des collines, d’où ils ne s’échappoient par intervalles, que pour porter le fer, le feu, la terreur & le ravage chez les peuples malheureux qui les entouroient ? Romulus les renferma dans des murs qui furent arrosés du sang de son frere, Numa tourna leurs regards vers le ciel, & il en fit descendre les lois. Il éleva des autels ; il institua des danses, des jours de solemnité & des sacrifices. Il connut l’effet des prodiges sur l’esprit des peuples, & il en opéra ; il se retira dans les lieux écartés & déserts ; conféra avec les nymphes ; il eut des révélations ; il alluma le feu sacré ; il en confia le soin à des vestales ; il étudia le cours des astres, & il en tira la mesure des tems. Il tempéra les ames féroces de ses sujets par des exhortations, des institutions politiques & des cérémonies religieuses. Il éleva sa tête entre les dieux pour tenir les hommes prosternés à ses piés ; il se donna un caractere auguste, en alliant le rôle de pontife à celui de roi. Il immola les coupables avec le fer sacré dont il égorgeoit les victimes. Il écrivit, mais il voulut que ses livres fussent déposés avec son corps dans le tombeau, ce qui fut exécuté. Il y avoit cinq cens ans qu’ils y étoient, lorsque dans une longue inondation, la violence des eaux sépara les pierres du tombeau de Numa, & offrit au prêteur Petilius les volumes de ce législateur. On les lut ; on ne crut pas devoir en permettre la connoissance à la multitude, & on les brûla.
Numa disparoît d’entre les Romains ; Tullus Hostilius lui succede. Les brigandages recommencent. Toute idée de police & de religion s’éteint au milieu des armes, & la barbarie renaît. Ceux qui commandent n’échappent à l’indocile férocité des peuples, qu’en la tournant contre les nations voisines ; & les premiers rois cherchent leur sécurité dans la même politique que les derniers consuls. Quelle différence d’une contrée à une autre contrée ? A peine les Athéniens & les Grecs en général ont-ils été arrachés des cavernes & rassemblés en société, qu’on voit fleurir au milieu d’eux les Sciences & les Arts, & les progrès de l’esprit humain s’étendre de tous côtés, comme un grand incendie pendant la nuit, qui embrase & éclaire la nation, & qui attire l’attention des peuples circonvoisins. Les Romains au contraire restent abrutis jusqu’au tems où l’académicien Carnéade, le stoïcien Diogène, & le peripatéticien Critolaüs viennent solliciter au sénat la remise de la som- me d’argent à laquelle leurs compatriotes avoient été condamnés pour le dégât de la ville d’Orope. Publius Scipion, Nafica & Marius Marcellus étoient alors consuls, & Aulus-Albinus exerçoit la préture.
Ce fut un événement que l’apparition dans Rome des trois philosophes d’Athènes. On accourut pour les entendre. On distingua dans la foule, Lelius, Furius & Scipion, celui qui fut dans la suite surnommé l’Africain. La lumiere alloit prendre, lorsque Caton l’ancien, homme superstitieusement attaché à la grossiereté des premiers tems, & en qui les infirmités de la vieillesse augmentoient encore une mauvaise humeur naturelle, pressa la conclusion de l’affaire d’Orope, & fit congédier les ambassadeurs.
On enjoignit peu de tems après au préteur Pomponius, de veiller à ce qu’il n’y eût ni école, ni philosophe dans Rome, & l’on publia contre les rhéteurs ce fameux decret qu’Aulugelle nous a conservé ; il est conçu en ces termes : Sur la dénonciation qui nous a été faite, qu’il y avoit parmi nous des hommes qui accréditoient un nouveau genre de discipline ; qu’ils tenoient des écoles où la jeunesse romaine s’assembloit ; qu’ils se donnoient le titre de rhéteurs latins, & que nos enfans perdoient le tems à les entendre : nous avons pensé que nos ancêtres instruisoient eux-mêmes leurs enfans & qu’ils avoient pourvû aux écoles, où ils avoient jugé convenable qu’on les enseignât ; que ces nouveaux établissemens étoient contre les mœurs & les usages des premiers tems ; qu’ils étoient mauvais & qu’ils devoient nous déplaire ; en conséquence nous avons conclu à ce qu’il fût déclaré, & à ceux qui tenoient ces écoles nouvelles, & à ceux qui s’y rendent, qu’ils faisoient une chose qui nous déplaisoit.
Ceux qui souscrivirent à ce decret étoient bien éloignés de soupçonner qu’un jour les ouvrages de Ciceron, le poëme de Lucrece, les comédies de Plaute & de Térence, les vers d’Horace & de Virgile, les élégies de Tibulle, les madrigaux de Catulle, l’histoire de Saluste, de Tite-Live & de Tacite, les fables de Phedre, feroient plus d’honneur au nom romain que toutes ses conquêtes, & que la postérité ne pourroit arracher ses yeux remplis d’admiration de dessus les pages sacrées de ses auteurs, tandis qu’elle les détourneroit avec horreur de l’inscription de Pompée, après avoir égorgé trois millions d’hommes. Que reste-t-il de toute cette énorme grandeur de Rome ? La mémoire de quelques actions vertueuses, & quelques lignes d’une écriture immortelle pour distraire d’une longue suite d’atrocités.
L’éloquence pouvoit tout dans Athènes. Les hommes rustiques & grossiers qui commandoient dans Rome, craignirent que bientôt elle n’y exerçât le même despotisme. Il leur étoit bien plus facile de chasser les Philosophes, que de le devenir. Mais la premiere impression étoit faite, & ce fut inutilement que l’on renouvella quelquefois le decret de proscription. La jeunesse se porta avec d’autant plus de fureur à l’étude, qu’elle étoit défendue. Les tems montrerent que Caton & les peres conscripts qui avoient opiné après lui, avoient manqué doublement de jugement. Ils passerent ; & les jeunes gens qui s’étoient instruits secrétement, leur succéderent aux premieres fonctions de la république, & furent des protecteurs déclarés de la science. La conquête de la Grece acheva l’ouvrage. Les Romains devinrent les disciples de ceux dont ils s’étoient rendus les maîtres par la force des armes, & ils rapporterent sur leurs fronts le laurier de Bellone entrelacé de celui d’Apollon. Alexandre mettoit Homere sous son oreiller ; Scipion y mit Xénéphon. Ils gouterent particulierement l’austérité stoïcienne. Ils connurent successivement l’Epicuréisme, le Platonisme, le Pythagorisme, le Cynisme, l’Aristotélisme, & la Philosophie eut des sectateursparmi les grands, parmi les citoyens, dans la classe des affranchis & des esclaves.
Lucullus s’attacha à l’académie ancienne. Il recueillit un grand nombre de livres ; il en forma une bibliotheque très-riche, & son palais fut l’asyle de tous les hommes instruits qui passerent d’Athènes à Rome.
Sylla fit couper les arbres du lycée & des jardins d’académies, pour en construire des machines de guerre ; mais au milieu du tumulte des armes, il veilla à la conservation de la bibliotheque d’Apellicon de Teïos.
Ennius embrassa la doctrine de Pythagore ; elle plut aussi à Nigidius Figulus. Celui-ci s’appliqua à l’étude des Mathématiques & de l’Astronomie. Il écrivit des animaux, des augures, des vents.
Marius Brutus préféra le Platonisme & la doctrine de la premiere académie, à toutes les autres manieres de philosopher qui lui étoient également connues ; mais il vécut en stoïcien.
Cicéron, qui avoit été proscrit par les triumvirs avec M. Térentius Varron, le plus savant des Romains, inscrit celui ci dans la classe des sectateurs de l’ancienne académie. Il dit de lui : tu ætatem patriæ, tu descriptiones temporum, tu sacrorum jura, tu sacerdotum, tu domesticam, tu bellicam disciplinam, tu sedem regionum & locorum, tu omnium divinarum humanarumque nomina, genera, officia, causas aperuisti ; plurimumque poetis nostris omninoque latinis & litteris luminis attulisti & verbis, atque ipse varium & elegans omni fere numero poema fecisti ; Philosophiamque multisque locis inchoasti, ad impellendum satis, ad docendum parum.
M. Pison se montra plutôt péripatétien qu’académicien dans son ouvrage, de finibus bonorum & malorum.
Cicéron fut alternativement péripatéticien, stoïcien, platonicien & sceptique. Il étudia la Philosophie comme un moyen sans lequel il étoit impossible de se distinguer dans l’art oratoire ; & l’art oratoire, comme un moyen sans lequel il n’y avoit point de dignité à obtenir dans la république. Sa vie fut pusillanime, & sa mort héroïque.
Le peuple que son éloquence avoit si souvent rassemblé aux rostres, vit au même endroit ses mains exposées à côté de sa tête. L’existence de ces dieux immortels, qu’il atteste avec tant d’emphase & de véhémence dans ses harangues publiques, lui fut très suspecte dans son cabinet.
Quintus Lucilius Balbus fit honneur à la secte stoïcienne.
Lucain a dit de Caton d’Utique :
Hi mores, hæc duri immota Catonis Secta fuit, servare modum, finemque tenere, Naturamque sequi, patriamque impendere vitam, Nec sibi, sed toti genitum se credere mundo ; Huic epuloe, vicisse famem, magnique penates Summovisse hyemem tecto ; pretiosaque vestis, Hirtam membra super Romani more quiritis Induxisse togam, Venerisque huic maximus usus, Progenies. Urbi pater est, urbique maritus. Justitiæ cultor, rigidi servator honesti, In commune bonus, nullosque Catonis in actus Subrepsit, partemque tulit sibi nata voluptas.
Ce caractere où il y a plus d’idées que de poésie, plus de force que de nombre & d’harmonie, est celui du stoïcien parfait. Il mourut entre Apollonide & Démétrius, en disant à ces philosophes : « Ou détruisez les principes que vous m’avez inspirés, ou permettez que je meure ».
Andronicus de Rhodes suivit la philosophie d’Aristote.
Cicéron envoya son fils à Athènes, sous le péripatéticien Cratippus.
Torquatus, Velleius, Atticus, Papirius, Pætus, Verrius, Albutius, Pison, Pansa, Fabius Gallus, & beaucoup d’autres hommes célebres embrasserent l’Epicuréisme.
Lucrece chanta la doctrine d’Epicure. Virgile, Varius, Horace écrivirent & vécurent en épicuriens.
Ovide ne fut attaché à aucun système. Il les connut presque tous, & ne retint d’aucun que ce qui prêtoit des charmes à la fiction.
Manilius, Lucain & Perse pancherent vers le Stoïcisme.
Séneque inscrit le nom de Tite-Live parmi les Philosophes en général.
Tacite fut stoïcien ; Strabon aristotélicien ; Mécène épicurien ; Cneius Julius & Thraseas stoiciens ; Helvidius Priscus prit le même manteau.
Auguste appella auprès de lui les Philosophes.
Tibere n’eut point d’aversion pour eux.
Claude, Néron & Domitien les chasserent.
Trajan, Hadrien & les Antonins les rapellerent.
Ils ne furent pas sans considération sous Septime Sévere.
Héliogabale les maltraita ; ils jouirent d’un sort plus supportable sous Alexandre Sévere & sous les Gordiens.
La Philosophie, depuis Auguste jusqu’à Constantin, eut quelques protecteurs ; & l’on peut dire à son honneur que ses ennemis, parmi les princes, furent en même tems ceux de la justice, de la liberté, de la vertu, de la raison & de l’humanité. Et s’il est permis de prononcer d’après l’expérience d’un grand nombre de siecles écoulés, on peut avancer que le souverain qui haïra les sciences, les arts & la Philosophie, sera un imbécille ou un méchant, ou tous les deux.
Terminons cet abregé historique de la philosophie des Romains, c’est qu’ils n’ont rien inventé dans ce genre ; qu’ils ont passé leur tems à s’instruire de ce que les Grecs avoient découvert, & qu’en Philosophie, les maîtres du monde n’ont été que des écoliers.
Romains, roi des
Romains, roi des, (Hist. mod. Droit public.) c’est le nom qu’on donne en Allemagne à un prince, qui, du vivant de l’empereur, est élu par les électeurs, pour être son vicaire & son lieutenant-général, & pour lui succéder dans la dignité impériale, aussi-tôt après sa mort, sans avoir besoin pour cela d’une nouvelle élection.
L’usage d’élire un roi des Romains a été établi en Allemagne, pour éviter les inconvéniens des interregnes, & pour assurer le bien-être & la tranquillité de l’empire que la concurrence des contendans pouvoit altérer. Pour élire un roi des Romains, il faut que tous les électeurs s’assemblent & déliberent si la chose est avantageuse au bien de l’empire. En vertu de la capitulation impériale, le roi des Romains peut être choisi par les électeurs indépendamment du consentement de l’empereur, lorsqu’il n’a point de bonnes raisons pour s’y opposer. Les Jurisconsultes ne sont point d’accord pour savoir si un roi des Romains a, en cette qualité, une autorité qui lui est propre, ou si son autorité n’est qu’empruntée (delegata). Il paroît constant que le roi des Romains n’est que le successeur désigné de l’empereur, & qu’il ne doit être regardé que comme le premier des sujets de l’empire.
Les empereurs qui en ont eu le crédit, ont eu soin de faire élire leur fils ou leur frere roi des Romains, pour assurer dans leur famille la dignité impériale qui n’est point héréditaire, mais qui est élective. Voyez Empereur & Capitulation impériale.
Romains, jeux
Romains, jeux, (Antiq. rom.) ou les grands jeux, parce que c’étoit les plus solemnels de tous. Ilsavoient été institués par le premier Tarquin. On les célébroit à l’honneur de Jupiter, de Junon & de Minerve. Ils commençoient toujours le 4 Septembre, & ils duroient 4 jours du tems de Cicéron. Leur durée fut augmentée dans la suite, aussi-bien que celle de la plupart des autres jeux publics, quand les empereurs se furent emparés du droit de les faire représenter. Quoique les jeux romains fussent ordinairement des jeux circenses, magni circenses, selon Plutarque ; cependant on les faisoit aussi scéniques ; je n’en veux pour preuve que ce passage de Tite-Live, lib. XXXI. Ludi romani scenici eo anno magnificè, apparatèque facti, ab ædilibus curulibus L. Valerio Flacco & L. Quintio Flaminio biduum instaurati sunt. « Les jeux romains scéniques furent célébrés cette année-là magnifiquement, & avec apparat, par les édiles curules L. Valérius Flaccus, & L. Quintius Flaminius, durant deux jours continuels ».
Romain
Romain, adj. (Arith.) le chiffre romain n’est autre chose que les lettres majuscules de l’alphabet I, V, X, L, C, D, &c. auxquelles on a donné des valeurs déterminées ; soit qu’on les prenne séparément ; soit qu’on les considere relativement à la place qu’elles occupent avec d’autres lettres. Voyez Caractere.
Le chiffre romain est fort en usage dans les inscriptions, sur les cadrans des horloges, &c. Voyez Chiffre.
Romain gros
Romain gros, fondeurs en caracteres d’Imprimerie, est le onzieme des corps sur lesquels on fond les caracteres d’imprimerie ; sa proportion est de trois lignes mesure de l’échelle ; il est le corps double de la gaillarde, & le sien est le trimégiste. Voyez Proportion des Caracteres, & l’exemple à l’article Caractere.
Romain petit
Romain petit, sixieme corps des caracteres d’imprimerie ; sa proportion est d’une ligne quatre points mesure de l’échelle ; son corps double est le petit parangon. Voyez Proportion des Caracteres, & l’exemple à l’article Caractere.