SENS (v15-37)
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SENS, (Géogr. mod.) en latin Agendicum, Agetineum, Agenniacum ; ville de France en Champagne, capitale du Sénonois, au confluent de l’Yonne & de la Vanne, à 12 lieues au nord d’Auxerre, à 13 au couchant de Troyes, & à 25 au sud-est de Paris.
Cette ville autrefois capitale du peuple Sénonois, fort peuplée & connue des Romains, est aujourd’hui assez chétive, & contient à peine dans toute son étendue six mille habitans. Ils ne purent arrêter les progrès des conquêtes de César dans les Gaules, & se trouverent mal de leur révolte contre ce général ; mais l’empereur Julien n’étant encore que césar, soutint avec succès un siege dans cette ville contre les Germains. Toutes les antiquités de Sens se bornent aujourd’hui à quelques monnoies de Charlemagne & de sa postérité, qui ont été battues à Sens.
Vers l’an 940 elle étoit au pouvoir de Hugues le grand, duc de France. En 1015 le roi Robert prit cette ville, & la réunit à la couronne. L’archevêché de Sens fut érigé, selon M. de Marca, vers l’an 380 ; son archevêque prend le titre de primat des Gaules, mais la primatie est demeurée provisionnellement à l’archevêque de Lyon. Celui de Sens n’a pour suffragans actuels que les évêques de Troyes, d’Auxerre & de Nevers ; il avoit encore autrefois les évêques de Paris, de Chartres, de Meaux & d’Orléans. Son archevêché vaut au moins 70000 livres de revenu, & son diocèse est d’une grande étendue ; car il renferme suivant le pouillé, 766 cures, tant séculieres que régulieres ; 26 abbayes, tant d’hommes que de filles ; & 11 chapitres, sans compter celui de la métropole, dont l’église a quelques privileges particuliers.
Le chapitre de Sens a une bibliotheque qui renferme quelques manuscrits, & entr’autres l’original de l’ancien office des Fous, tel qu’il se chantoit autrefois dans l’église de Sens. C’est un in-folio long & étroit, écrit en lettres assez menues, & couvert d’ivoire sculpté : on y voit des bacchanales & autres folies de l’ancienne fête des Fous représentés grossierement ; on y lit au commencement une prose rimée au sujet de l’âne, qu’on fêtoit aussi dans quelques diocèses. Le reste de l’office est composé de prieres de l’église, confondues les unes dans les autres, pour répondre au titre de la fête des Fous. Voyez Fête des Fous.
Entre plusieurs conciles tenus à Sens, le plus célebre est le premier, de l’an 1140. Le roi Louis le jeune y assista, & S. Bernard, ennemi d’Abailard, fit condamner dans ce concile ce fameux docteur, qui n’avoit aucun tort dans sa doctrine, & qui appella de sa condamnation au pape.
Sens est le siege d’un présidial, d’une élection & d’un bailliage. Il y a dans cette ville deux abbayes de bénédictins, un college, un séminaire dirigé par les PP. de la mission, & plusieurs couvens. La situation de Sens seroit très-propre pour le commerce, & cependant il ne s’y en fait presque aucun. Long. suivant Cassini, 20. 45. 30. lat. 48. 11.
Malingre (Claude), né à Sens dans le xvij. siecle, publia sur l’histoire de France, un grand nombre d’ouvrages qui ne sont point estimés, & qui ne l’ont jamais été. Le premier qu’il mit au jour en 1635, est une Histoire des dignités honoraires de France, & c’est le seul de ses livres qui ait une certaine utilité, parce qu’il a eu soin de citer ses garans. Il est mort entre les années 1652 & 1655.
Loiseau (Charles), son compatriote, est un des plus habiles jurisconsultes de la France, & a donné plusieurs ouvrages excellens sur des matieres de droit. Il est mort à Paris, en 1627, âgé de 63 ans.