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BASSE, ou BATURE

De Encyclopédie

BASSE, ou BATURE, s. f. c’est (en Marine) un fond mêlé de sable de roche ou de cailloux, qui paroît à la surface de l’eau : quand on voit la mer briser dessus, alors on nomme cet endroit bature ou brisant.

Basse

Basse, adj. fém. Voyez Bas.

Basse

Basse, adj. pris subst. est celle des parties de la Musique qui est au-dessous des autres ; la plus basse de toutes, d’où vient son nom de basse. Voyez Partition.

La basse est la plus importante des parties ; parce que c’est sur elle que s’établit le corps de l’harmonie : aussi est-ce une espece d’axiome parmi les Musiciens, que quand la basse est bonne, rarement l’harmonie est mauvaise.

Il y a plusieurs especes de basses ; basse fondamentale, dont nous ferons un article particulier.

Basse continue, ainsi appellée parce qu’elle dure pendant toute la piece : son principal usage, outre celui de régler l’harmonie, est de soûtenir les voix, & de conserver le ton. On prétend que c’est un Ludovico-Viana, dont nous en avons un traité, qui au commencement du dernier siecle la mit le premier en usage.

Basse figurée, qui au lieu de s’arrêter sur une seule note, en partage la valeur en plusieurs autres notes sous un même accord. Voyez Harmonie figurée.

Basse contrainte, dont le sujet ou le chant, borné à un petit nombre de mesures, recommence sans cesse, tandis que les parties supérieures poursuivent leur chant & leur harmonie, & les varient de différentes manieres. Cette basse appartient originairement aux couplets de la chaconne : mais on ne s’y asservit plus aujourd’hui. La basse contrainte descendant diatoniquement ou chromatiquement, & avec lenteur, de la tonique à la dominante dans les tons mineurs, est admirable pour les morceaux pathétiques : ces retours périodiques affectent insensiblement l’ame, & la disposent à la tristesse & à la langueur. On en voit de fort beaux exemples dans plusieurs scenes des opera François.

Basse chantante, est l’espece de voix qui chante la partie de la basse. Il y a des basses récitantes & des basses de chœur ; des concordans ou basses-tailles, qui tiennent le milieu entre la taille & la basse ; des basses proprement dites que l’usage fait encore appeller aujourd’hui basse-tailles ; & enfin des basse-contres, les plus graves de toutes les voix, qui chantent la basse sous la basse même, & qu’il ne faut pas confondre avec les contre-basses qui sont des instrumens. Voyez Contre-basse.

Basse fondamentale

Basse fondamentale, est celle qui n’est formée que des sons fondamentaux de l’harmonie ; desorte qu’au-dessous de chaque accord, elle fait entendre le vrai son fondamental de cet accord ; par où l’on voit qu’elle ne peut avoir d’autre contexture que celle de la succession fondamentale de l’harmonie.

Pour bien entendre ceci, il faut savoir que tout accord, quoique composé de plusieurs sons, n’en a qu’un qui soit fondamental : savoir celui qui a produit cet accord, & qui lui sert de base. Or la basse qui regne au-dessous de toutes les autres parties, n’exprime pas toûjours les sons fondamentaux des accords : car entre tous les sons d’un accord, on est maître de porter à la basse celui qu’on croit préférable, eu égard à la marche de cette basse, au beau chant, ou à l’expression. Alors le vrai son fondamental, au lieu d’être à sa place naturelle, qui est la basse, se transporte dans les autres parties, ou même ne s’exprime point du tout ; & un tel accord s’appelle accord renversé. Dans le fond, un accord renversé ne differe point de l’accord direct qui l’a produit ; car ce sont toûjours les mêmes sons : mais ces sons formant des combinaisons différentes, on a long-tems pris ces combinaisons pour autant d’accords fondamentaux, & on leur a donné différens noms, qu’on peut voir au mot accord, & qui ont achevé de les distinguer ; comme si la différence des noms en produisoit réellement dans les choses. M. Rameau a fait voir dans son traité de l’Harmonie, que plusieurs de ces prétendus accords n’étoient que des renversemens d’un seul. Ainsi l’accord de sixte n’est que l’accord parfait dont la tierce est transportée à la basse : en y portant la quinte, on aura l’accord de sixte quarte. Voilà donc trois combinaisons d’un accord qui n’a que trois sons ; ceux qui en ont quatre, sont susceptibles de quatre combinaisons ; car chacun des sons peut être porté à la basse : mais en portant au-dessous de celle-ci une autre basse, qui sous toutes les combinaisons d’un même accord, présente toûjours le son fondamental, il est évident qu’on réduit au tiers le nombre des accords consonans, & au quart le nombre des dissonans. Ajoûtez à cela tous les accords par supposition, qui se réduisent encore aux mêmes fondamentaux ; vous trouverez l’harmonie simplifiée à un point qu’on n’eût jamais espéré de l’état de confusion où étoient ses regles jusqu’au tems de M. Rameau. C’est certainement, comme l’observe cet auteur, une chose très-étonnante qu’on ait pû pousser la pratique de cet Art jusqu’au point où elle est parvenue, sans en connoître le fondement, & qu’on ait trouvé exactement toutes les regles, avant que de trouver le principe qui les produit.

La marche ou le mouvement de la basse fondamentale se regle sur les lois de la succession harmonique ; de sorte que si cette basse s’écarte de l’ordre prescrit, il y a faute dans l’harmonie.

Bien moduler & observer la liaison, sont les deux plus importantes regles de la basse fondamentale. Voyez Harmonie & Modulation. Et la principale regle méchanique qui en découle, est de ne faire marcher la basse fondamentale que par intervalles consonans, si ce n’est seulement dans un acte de cadence rompue, ou après un accord de septieme diminuée, qu’elle monte diatoniquement. Quant à la descente diatonique, c’est une marche interdite à la basse fondamentale, ou tout au plus tolérée dans le cas de deux accords parfaits séparés par un repos, exprimé ou sous-entendu ; cette regle n’a point d’autre exception. Il est vrai que M. Rameau a fait descendre diatoniquement la basse fondamentale sous des accords de septieme, mais nous en dirons la raison aux mots Cadence & Dissonance.

Qu’on retourne comme on voudra une basse fondamentale ; si elle est bien faite on n’y trouvera jamais que ces deux choses : ou des accords parfaits sur les mouvemens consonans, sans lesquels ces accords n’auroient point de liaison ; ou des accords dissonans dans des actes de cadence ; en tout autre cas, la dissonance ne sauroit être ni bien placée ni bien sauvée.

Il s’ensuit de-là que la basse fondamentale ne peut jamais marcher que d’une de ces trois manieres :1°. monter ou descendre de tierce ou de sixte ; 2°. de quarte ou de quinte ; 3°. monter diatoniquement au moyen de la dissonance qui forme la liaison, ou par licence sur un accord parfait. Toute autre marche de la basse fondamentale est mauvaise.

Quoique la basse fondamentale doive régner généralement au-dessous de la basse continue, il est pourtant des cas où celle-ci descend au-dessous de la fondamentale ; tels sont ceux des accords par supposition, ainsi appellés, parce que la basse continue suppose au-dessous de l’accord un nouveau son qui n’est point de cet accord, qui en excede les bornes, & qui ainsi se trouve au-dessous de la basse fondamentale. Voyez Supposition.

La basse fondamentale, qui n’est faite que pour servir de preuve à l’harmonie, se retranche dans l’exécution, & souvent elle y feroit un fort mauvais effet. Elle produiroit tout-au-moins une monotonie très-ennuyeuse par les retours fréquens du même accord, qu’on deguise & qu’on varie plus agréablement, en le combinant différemment sur la basse continue.

En général, les regles rigoureuses de la basse fondamentale peuvent se reduire à celles-ci.

1°. Il doit toûjours y avoir au moins un son commun dans l’harmonie de deux sons fondamentaux consécutifs. Voyez Liaison.

2°. Dans toute dominante la dissonance doit être préparée, à moins que la dominante ne soit tonique.

3°. Toute dominante doit descendre de quinte, & toute sous-dominante doit monter de quinte. V. Dissonance, Dominante, Sous-dominante, Préparer, &c. On trouvera à ces articles les raisons de ces regles.

Au reste la basse fondamentale prend quelquefois des licences ; on peut mettre de ce nombre les accords de septieme diminuée, & les cadences rompues, dont on peut cependant donner la raison. Voyez Septieme diminuée & Cadence

Regles de la basse continue. La basse continue n’est qu’une basse fondamentale, renversée pour être plus chantante. Ainsi dès que la basse fondamentale est faite, on trouvera une basse continue par le renversement des accords. Voyez Accord. Par exemple, cette basse fondamentale monotone ut sol ut sol ut sol ut, peut donner cette basse continue plus chantante ut si ut ré mi fa mi. La basse continue n’est obligée de se conformer à la basse fondamentale, que lorsqu’elle approche des cadences, ou qu’elle s’y termine. La basse continue admet aussi les accords par supposition. Voyez Accord & Supposition. Toute note qui porte dans la basse continue l’accord de fausse quinte, doit monter ensuite diatoniquement ; & toute note qui porte l’accord de triton, doit descendre diatoniquement. Voyez Fausse-quinte & Triton. On trouvera les raisons de toutes ces regles à leurs différens articles.

Regles que doit observer le dessus par rapport à la basse fondamentale. Toute note du dessus qui fait dissonance avec la note qui lui répond dans la basse fondamentale, doit être préparée & sauvée. Voyez Harmonie, Dessus, Composition, Préparer, Sauver, &c.

La connoissance de la basse fondamentale, ou la regle pour trouver la basse fondamentale d’un chant donné, dépend beaucoup de celle du mode, ou de la modulation. Voyez Mode.

Basse de Viole

Basse de Viole, instrument de Musique. Voyez Viole, & la table du rapport & de l’étendue des instrumens de Musique. Cet instrument a sept cordes, dont la plus grosse à vuide est à l’unisson du la du ravalement des clavecins, ou du la du 16 pié. La plus petite ou la chanterelle, est à l’unisson du qui suit immédiatement la clef de c sol ut.

Basse de Flûte à bec

Basse de Flûte à bec, instrument dont la figu- re & la tablature est entierement semblable à celle de la flûte-à-bec décrite à son article, dont la basse ne differe qu’en grandeur. Cet instrument sonne l’octave au-dessous de la flûte-à-bec, appellée taille. Son ton le plus grave est à l’unisson du fa de la clef f ut fa des clavecins, & il a une 13e d’étendue jusqu’au à l’octave de celui qui suit immédiatement la clé de c sol ut. Voyez la table du rapport de l’étendue des instrumens de Musique.

Basse de Flûte traversiere

Basse de Flûte traversiere, représentée Pl. IX. de Lutherie, fig. 34. & suiv. est un instrument qui sonne la quinte au-dessous de la flûte traversiere, & qui lui est en tout semblable, à cela près, qu’il est plus grand, & qu’il est courbé dans la premiere partie, pour que l’embouchure a soit plus près de l’endroit où il faut poser les mains. Le coude B qui joint la piece où est l’embouchure avec le reste de l’instrument, est un tuyau de laiton qui entre par chacune de ses extrémités dans des boîtes ou noix pratiquées aux extrémités des pieces qu’il faut joindre. Les trous 1, 2, 3, 4 & 6 auxquels les doigts ne sauroient atteindre, vû la grandeur de l’instrument, se bouchent avec les clés que l’on voit vis-à-vis. Ces clés sont tellement fabriquées, que lorsqu’elles sont abandonnées à leurs ressorts, elles laissent les trous qui sont vis-à-vis, ouverts, & que lorsque l’on appuie dessus avec un doigt, ils sont fermés, la soupape de ces clés étant entre la charniere & le point où on applique le doigt ; au lieu qu’à la clef du mi b mol, c’est la charniere qui est entre la soûpape & l’endroit où on pose le doigt. Cet instrument sert de basse dans les concerts de flûte. Son ton le plus grave est à l’unisson du sol qui se trouve entre la clé de f ut fa & de c sol ut des clavecins ; ce qui est, comme on a dit ci-devant, une quinte au-dessous des flûtes ordinaires qui ont deux piés de long. Voyez Flûte traversiere, & la tablature de cet instrument, qui sert pour celui-ci, observant toutefois de commencer par le sol 5e. On façonne cet instrument qui est de bouis ou de quelqu’autre bois dur, sur le tour, comme tous les autres instrumens à vent. Voyez l’article Flûte traversiere & Tour à lunette, & la table du rapport & de l’étendue des instrumens de Musique.

Basse des Italiens

Basse des Italiens, c’est le même instrument que celui que nous appellons basse de violon. Voyez Basse de Violon. Avec cette différence qu’ils l’accordent une tierce mineure plus bas, ensorte que le son le plus grave de cet instrument sonne l’unisson de l’a mi la du 16 pié. Voyez la table du rapport de l’étendue de tous les instrumens de Musique.

Basse de violon

Basse de violon, instrument de Musique en tout semblable au violon, à l’exception des oüies, qui sont en C, au lieu qu’au violon elles sont en S, & en ce qu’il est beaucoup plus grand, & qu’on le tient entre ses jambes pour en joüer. On le construit sur le moule représenté fig. 2. Pl. XII. de Lutherie. Voyez Violon & Viole.

Cet instrument sonne l’octave au-dessous de la quinte de violon & la douzieme au-dessous du violon, & l’unisson des basses du clavecin depuis le c sol ut double octave au-dessous de celui de la clé de c sol ut ou l’unisson du huit pié ouvert. Voyez la table du rapport de l’étendue des instrumens de Musique.

Basse ou Calade

Basse ou Calade, s. f. (Manége.) pente douce d’une colline, sur laquelle on accoûtume un cheval à courir au galop, pour lui apprendre à plier les jarrets.

Basse-contre

Basse-contre, s. f. acteur qui dans les chœurs de l’opéra & autres concerts chante la partie de basse-contre.

Il y a peu de basse-contres à l’opéra ; l’harmonie des chœurs y gagneroit, s’il y en avoit un plus grand nombre.

Basse-cour

Basse-cour, s. f. terme d’Architecture ; on appelle ainsi, dans un bâtiment construit à la ville, une cour séparée de la principale, autour de laquelle sont élevés des bâtimens destinés aux remises, aux écuries, ou bien où sont placés les cuisines, offices, communs, &c. Ces basses-cours doivent avoir des entrées de dégagement par les dehors, pour que le service de leurs bâtimens se puisse faire commodément & sans être apperçû des appartemens des maîtres & de la cour principale.

Pour l’ordinaire ces basses-cours ont des issues dans la principale cour ; mais la largeur des portes qui leur y donnent entrée s’accordant mal avec l’ordonnance d’un bâtiment régulier, il est mieux que les équipages, après avoir amené les maîtres près le vestibule, s’en retournent par les dehors pour aller à leur destination.

On appelle à la campagne basse-cour, non-seulement celles qui servent aux mêmes usages dont nous venons de parler, mais aussi celles destinées au pressoir, sellier, bûcher, ainsi que celles des bestiaux, des grains, &c.

Basse-eau, ou Basse-mer

Basse-eau, ou Basse-mer (Marine) ; se dit de la mer retirée, & lorsque l’eau n’est pas plus haute qu’elle étoit avant que la mer commençât à monter, ce qui est entierement opposé à plaine mer.

Basse-enceinte

Basse-enceinte, s. f. c’est la même chose que la fausse-braie, en terme de Fortification. V. Fausse-braie.

Basse-justice

Basse-justice. (Jurisprudence.) Voyez Justice, & Fonciere. V. aussi ci-dessus Bas-justicier.

Basse-taille

Basse-taille, s. m. acteur de l’opéra ou d’un concert qui chante les rôles de basse-taille. Voy. Basse.

Ces rôles ont été les dominans ou en sous-ordre, dans les opéra, selon le plus ou le moins de goût que le public a montré pour les acteurs qui en ont été chargés.

La basse-taille étoit à la mode pendant tout le tems que Thevenard a resté au théatre : mais les compositeurs d’à present font leurs rôles les plus brillans pour la haute-contre.

Les rôles de Roland, d’Egée, d’Hidraot, d’Amadis de Grece, &c. sont des rôles de basse-taille.

On appelle Tancrede l’opéra des basse-tailles, parce qu’il n’y a point de rôles de haute-contre, & que ceux de Tancrede, d’Argant & d’Ismenor sont des rôles fort beaux de basse-taille.

Les Magiciens, les Tyrans, les Amans haïs sont pour l’ordinaire des basses-tailles ; les femmes semblent avoir décidé, on ne sait pourquoi, que la haute-contre doit être l’amant favorisé, elles disent que c’est la voix du cœur ; des sons mâles & forts allarment sans doute leur délicatesse. Le sentiment, cet être imaginaire dont on parle tant, qu’on veut placer par-tout, qu’on décompose sans cesse sans l’éprouver, sans le définir, sans le connoître, le sentiment a prononcé en faveur des hautes-contre. Lorsqu’une basse-taille nouvelle se sera mise en crédit, qu’il paroîtra un autre Thevenard, ce système s’écroulera de lui-même, & vraissemblablement on se servira encore du sentiment pour prouver que la haute-contre ne fut jamais la voix du cœur. V. Haute-contre.

Basses-voiles

Basses-voiles, c’est ainsi qu’on appelle en Marine, la grande voile & celle de misene ; quelques-uns y ajoûtent l’artimon, qui ne doit pas y être compris quand on dit amarez les basses-voiles ; car l’artimon n’a point de coüets.